09.05.2008

Quand l’huile tourne au vinaigre…

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 21,15-19.
Quand ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t'aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t'aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. » Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu m'aimes ? » Pierre fut peiné parce que, pour la troisième fois, il lui demandait : « Est-ce que tu m'aimes ? » et il répondit : « Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t'aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c'est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t'emmener là où tu ne voudrais pas aller. » Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Puis il lui dit encore : « Suis-moi. »
 
    Le troupeau qui n’aime pas son Berger pourra bien Le suivre en apparence : il reste perméable à tout ce qui contribue à sa dispersion. « Suis-moi. » La brebis égarée n’est PAS celle qui ne Le suit pas : celle-ci se veut "autonome"… ou d’un autre troupeau. La brebis égarée est au contraire celle qui dit Le suivre, tout en traçant son propre chemin : elle aussi se veut "autonome", tout en RESTANT dans le troupeau. Les trois interpellations de Jésus à Simon, fils de Jean, sont bien entendu l’écho du triple reniement de ce dernier [1]. À la trahison, doit répondre la seule logique qui puisse l’anéantir : celle de la loi de l’amour [2]. Du plus grand amour : m'aimes-tu plus que ceux-ci ?  Le plus d’amour vient écraser au préalable le moins du reniement. La réponse d’amour acquise, la loi de l’amour peut reprendre sa vitesse de croisière : reposée deux fois, la question est moins de l’ordre de l’amour "comparatif" que de celui du recentrage sur son Sujet. C’est que pour être le pasteur de Ses brebis, il convient de ne plus aimer en dilettante, d’un amour fragile qui s’ouvre à la trahison dès que survient le loup. Le berger est là pour protéger son troupeau du loup, non pour être le premier à le fuir ! S’il est certes "prudent" pour lui, il est traître à son troupeau. On ne le sait que trop : crier au loup ne fait pas le berger…[3] Le VRAI berger est bien sûr celui qui fait face au loup, qui le chasse afin d’en protéger son troupeau. Ce berger aime son troupeau comme le troupeau aime son berger. S’il fuyait, sa trahison serait triple… à l’image du reniement de Pierre. Il trahirait d’abord Celui qui lui a confié en garde son troupeau. Il trahirait bien entendu ce même troupeau en le laissant à la merci du loup. Enfin, il se trahirait lui-même, trahissant la confiance qu’on lui accorde en amont comme en aval. Contre une telle trahison, une triple affirmation d’amour n’est pas superflue à qui prétend conduire un troupeau : celui-là doit être prêt à tout pour défendre ce troupeau… y compris à y laisser sa peau si nécessaire : et c'est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t'emmener là où tu ne voudrais pas aller. À ce niveau, l’amour ne se mesure plus à la déclaration de principe mais se soumet à son ultime vérification. Comme l’or passé au feu, il a DÉPASSÉ le stade de la trahison.
 
    Prenons un récipient, remplissons-le aux trois quarts d’eau et ajoutons un dernier quart d’huile. Fermons le récipient et secouons-le. Nous obtenons un liquide trouble, s’apparentant davantage à de l’eau qu’à de l’huile : ce liquide est néanmoins imbuvable ! Laissons reposer ce même récipient, dans le silence de celui qui accueille et croit la parole des disciples du Fils.[3] Chaque liquide reprend ses prérogatives, l’un au-dessus de l’autre : chacun d’eux est redevenu pur et clair, et l’un ne se mélange pas à l’autre. De même que l’eau ne se mélange pas à l’huile, l’amour ne se mélange pas à la trahison : là où est la trahison, là n’est PLUS l’amour. On peut ensuite mélanger à l’envi, voire ajouter des litres d’eau, surenchérir sur de multiples déclarations d’amour : le liquide RESTE trouble tant que l’huile de la trahison n’en a pas été retirée, a fortiori tant qu’aucun regret n’a été exprimé sur l’ajout de cette huile.
 
    La "santé mentale" est une grande pourvoyeuse d’huile de la trahison. La laisser opérer, c’est lui donner blanc-seing pour remplir un récipient de trois quarts d’huile pour un quart d’eau ! Son huile à elle est à l’opposé de celle des vierges sages [4]. Ce n’est que de l’huile de vidange, fort peu propice à mener une vie d’ange… ou trop propice, si l’on est fatigué de vivre dans son corps ! Car cette huile infâme n’est qu’un brouet des cellules mortes vaincues par les cellules cancéreuses des moutons atteints de la tremblante spirituelle inoculée par un berger félon.[5] Cette huile laisse entendre qu’elle éclaire en brûlant : sa combustion ne produit qu’une fumée noire qui interdit toute visibilité… et toute respiration.
    Prenons n’importe quel document à connotation spirituelle, confions-le à un "expert" [6] de la "santé mentale" à fin d’analyse. Mort ou vif, l’auteur de ce document n’a plus qu’à numéroter ses abattis ! Car notre "spécialiste" n’a que le trouble pour spécialité : ce qui est pur et clair lui est insupportable ; ce qui est sain sort "pathologique" de chez lui ! Si le « PIA »  avait existé du temps des premiers disciples, il n’y aurait JAMAIS eu de premiers disciples. Les premiers sont les derniers : en un sens, l’Évangile aurait été accompli… et FINI. Jésus Lui-même n’y a pas échappé [7]… heureusement à titre rétrospectif ! Que des brebis de Son troupeau fassent encore allégeance aux adeptes de la "santé mentale" est -et demeure- un invraisemblable scandale. Que des brebis de Son troupeau poussent cette allégeance jusqu’à confier des documents personnels –à l’insu de leur auteur- à fin "d’expertise" (sic) dans l’objectif de se protéger d’autres brebis de ce même troupeau est davantage qu’un scandale. Cela touche aux bas-fonds de la trahison à tous les étages : celle à l’égard du Vrai Berger pour commencer, bien sûr celle à l’encontre de "l’expertisé" malgré lui, enfin celle de TOUS ceux qui l’entourent. Car ceci est un processus d’infection généralisée qui ne rencontre d’obstacle qu’à la mesure de ce qu’on aime une personne plus que son "diagnostic". Malgré elle, cette analyse bidon s’avère une épreuve de VÉRITÉ, distinguant les brebis qui suivent le Vrai Berger de toutes les autres ! Certaines pâtures ont l’étonnante faculté de se désertifier du jour au lendemain… tandis que d’autres –saturées d’herbes folles- parviennent tout à coup à saturation.
    On le sait : toute résistance de la part de "l’expertisé" est automatiquement qualifiée de "déni de sa souffrance". "Argument" faussement thérapeutique derrière lequel vont se retrancher tous ceux qui se trouveront infectés : cet "argument" présente l’avantage certain de s’économiser tout véritable argument à contrer à ceux que formule "l’expertisé". L’infection intoxique de facto toute donnée, à la suite de l’"expert"  de la "santé mentale" : tout ce qui est sain est perçu comme étant "pathologique", et inversement. Hommage inconscient du vice à la vertu, le "déni de sa souffrance" (traduit en termes prétendument "psychotiques" dans le langage de la nouvelle "vérité"…) cristallise sur un seul un déni plus grave et plus profond qui, lui, est d’ordre MORAL et non "psychique" : c’est un déni d’amour de la part de tous ceux qui n’auront pas su résister à l’infection. Ce déni se traduit par une triple trahison, telle qu’énoncée plus haut. Ici comme ailleurs, ce ne sont pas les mots qui parlent, mais les fruits. [3] Faire "expertiser" une personne contre son gré est déjà en soi un acte de haute trahison : cette trahison demeure pourtant imperceptible à qui est infecté ! Examinons d’ailleurs les motivations qui ont présidé à cette "expertise". Officiellement, il s’agissait de SE PROTÉGER, par conséquent de demander assistance à un pseudo-spécialiste. Ce dernier n’est spécialiste QUE de la peur : or, seul un client apeuré peut franchir sa porte afin de solliciter sa "protection". Il est donc demandeur de l’établissement d’une "pathologie"… pour UN AUTRE que lui ! Autrement dit, il sollicite de quoi entrer dans un cycle infernal de diffamation, de médisance et de calomnie à l’égard d’autrui. À cet égard, il ne rencontre que bienveillance chez un « PIA » acquis d’avance à sa cause. Tout l’art de ce dernier consistera à masquer soigneusement toutes ces excrétions spirituelles derrière une apparence pseudo-scientifique faussement neutre. La machinerie de l’inoculation de son virus se met ainsi en place, et n’épargne personne.
    De deux choses l’une.
  Soit la résistance de "l’expertisé" faiblit, et il consent à entreprendre une "thérapie". Autrement dit, il entame une procédure d’autodestruction, lente ou rapide en fonction du "diagnostic"… et du "traitement" afférent. À court terme, cela fait la joie de son entourage ! (« Amen, amen, je vous le dis : vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que le monde se réjouira… [4]) À plus long terme, les effets du "traitement" se feront sentir et VOIR, infection ou non. À la joie éphémère succédera une sourde culpabilité collective que l’infection généralisée interdira d’identifier formellement : le poids d’une TRAHISON qui, bien que partagée, n’en est pas moins réelle. Quand on "soigne" une "maladie" qui n’existe pas, l’on débouche nécessairement sur une maladie qui existe. Surtout quand la "thérapie" est à l’image du "thérapeute" : inoculation du VIRUS -dans le CORPS de celui qui aura jusqu’ici résisté dans l’esprit- par l’entremise de produits inhibant chez lui toute conscience morale, intellectuelle et surtout spirituelle : n’oublions pas que l’"expertise" de départ se fonde sur la désertion du combat spirituel d’un autre que le "soigné" !
    Soit la résistance de "l’expertisé" ne faiblit pas, et là c’est la panique ! À un "diagnostic" vraisemblablement peu flatteur, s’ajoute la demande pressante d’être rassuré par le « PIA ». Celui-ci n’a qu’une arme à sa disposition : celle du transfert de la peur, de son client à un "patient" potentiel qui ignore encore qu’il "souffre" comme un beau diable ! La logique du tigre blessé [5] reste de mise : l’absent est prié d’endosser une défroque de croquemitaine "psychique". Grâce à l’apport de la "science" (mais surtout à l’infection généralisée du « PIA » dans certaines institutions…), la menace peut aller jusqu’à la tentative de contrainte judiciaire. On connaît à ce propos les lois en vigueur [6], qui n’auraient pas déparé à Berlin dans les années trente. Quand on croit voir le loup partout, cela s’achève souvent par des bruits de bottes…
 
    En un cas comme dans l’autre, le liquide RESTE trouble tant que l’huile de la trahison n’en a pas été retirée, a fortiori tant qu’aucun regret n’a été exprimé sur l’ajout de cette huile. Tueur en série de consciences, le « PIA » est un saboteur de toute espérance de retour à la normale. Comment en effet exprimer quelque regret sur le mal que l’on a commis, quand la conscience de ce mal est "scientifiquement" gommée… et surtout arbitrairement détournée sur celui qui le SUBIT de plein fouet (perçu bien entendu comme étant celui qui le commet exclusivement) ? Al Capone et ses émules peuvent aller se rhabiller : aujourd’hui, les tueurs à gages ne sont plus pourchassés. Au vu et au su du monde, ils se sont fait chasseurs d’innocents sur lesquels ils n’ont AUCUNE pitié. Ils ne sont plus déférés en justice : ils se sont introduits dans les rouages de la justice pour y déféquer leur injustice [7]. Ils ne se font plus rémunérer en sous-main : ils reçoivent des émoluments officiels pour détruire la société dans laquelle ils se meuvent, et vont jusqu’à être remboursés par la Sécurité (sic) dite sociale (re-sic) ! Traîtres à la seule médecine, ils mettent des ceintures de contention à leur bétail humain, pour l'emmener là où il ne voudrait pas aller : à l’abattoir spirituel… quand ce n’est pas l’abattoir tout court.[8]
 
    Que des brebis du vrai troupeau fassent encore allégeance aux adeptes de la "santé mentale" est -et demeure- un invraisemblable scandale. On comprendra que dans leurs rangs, les culpabilités liées à des "soins" effectués sous pression soient plus LOURDES : qu’ils ne s’attendent pas à des miracles. Comme l’huile de vidange passée au feu, ils n’ont pas DÉPASSÉ le stade de la trahison.

08.05.2008

Label et la bête

 
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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 17,20-26.
« Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi. Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi. Que leur unité soit parfaite ; ainsi, le monde saura que tu m'as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m'as aimé. Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, et qu'ils contemplent ma gloire, celle que tu m'as donnée parce que tu m'as aimé avant même la création du monde. Père juste, le monde ne t'a pas connu, mais moi je t'ai connu, et ils ont reconnu, eux aussi, que tu m'as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître encore, pour qu'ils aient en eux l'amour dont tu m'as aimé, et que moi aussi, je sois en eux. »
 
    Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi. C’est dire que l’Écriture est encore loin d’être accomplie, même si Celui qui prononce ces paroles est à la veille de déclarer qu’Il a tout accompli.[1] Lui oui, nous non ! L’Écriture reste à accomplir : à VIVRE. Si l’on devait résumer l’Histoire des hommes d’un trait de plume, elle n’est jamais que la confrontation –et souvent, l’affrontement !- de ceux qui accomplissent l’Écriture et de ceux qui l’abolissent. [2] Mais l’Histoire montre davantage l’aspect extérieur des conflits que leurs racines intérieures. Il n’y a pas d’un côté les "bons"et de l’autre les "méchants" : la vie est plus nuancée qu’un western. Rien n’étant figé, on peut un jour accomplir l’Écriture… et l’abolir le lendemain : à cet égard, pas besoin de se trouver un ennemi à l’extérieur. Ceci dépend bien sûr de l’accueil de la parole et de la foi que nous y accordons. Ici, ce ne sont pas les mots qui parlent, mais les fruits. Quand la parole subit la concurrence d’autres paroles, le germe de la division est déjà en place : la parole peut être ni accueillie ni crue. (Si elle n’a pas été annoncée, c’est une autre histoire… quoique la nature aie horreur du vide : d’autres parolessont de toute façon accueillies et crues.)
    Les Écritures "concurrentes" ont l’avantage de se présenter comme telles : celles-ci manifestent également la volonté de s’accomplir et la tentation de s’abolir. Un raisonnement manichéen voudrait qu’il suffise d’accroître la volonté afin de réduire la tentation : on retrouve là la volonté prométhéenne de l’amour de la loi qui cherche à se substituer à la loi de l’amour.[3] C’est oublier que l’accueil de la parole est une acceptation intérieure, non une soumission extérieure qui n’a pour effet que le rejet de cette parole… et l’accroissement de la tentation de l’abolir au profit d’autres paroles qui trouveront meilleur accueil. Ici l’Histoire devient muette, parce qu’elle ne lit pas dans le cœur des hommes : elle ne s’en tient qu’à la relation des fruits visibles de l’accueil de paroles différentes, et parfois contradictoires.
 
    Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître encore, pour qu'ils aient en eux l'amour dont tu m'as aimé, et que moi aussi, je sois en eux. L’Histoire retient plus volontiers ce qui fait du bruit : elle est une longue litanie de bruits de bottes et d’armes qui s’entrechoquent. Où sont ceux qui ont en eux l'amour dont le Père a aimé le Fils ? Ils sont ici, ils sont là : au milieu de ces guerres dont ils sont les premiers à pâtir. On les retrouve volontiers au cœur des cessez-le-feu. L’Histoire retient peu leurs noms : eux ne font pas de bruit, car il est plus efficace d’accomplir l’Écriture hors des projecteurs médiatiques. À la gloire des hommes, ils privilégient la gloire que le Père a donné au Fils, pour qu'ils soient un comme Eux sont un. Tant qu’est sauve la loi de l’amour, le silence a des vertus salvatrices, régénératrices, propices à l’accueil de la parole. En un tel contexte, celui qui fait du bruit offre un contraste saisissant ; sa parole est perçue pour ce qu’elle est : celle de quelqu’un qui voudrait que l’on contemple sa gloireau détriment de celle des autres. Cette gloire du monde porte déjà la guerre en germe. Cette guerre est rarement une volonté première d’accomplissement : elle résulte précisément de la tentation de l’abolir ! La méthode ? Cette gloire du monde que l’on contemple dans son miroir, on croit la diminuer en la faisant partager au monde. « Écoutez ma parole, et vous serez comme des dieux !… » Cette parole est donnée pour "nouvelle", surpassant en éliminant toutes celles qui l’ont précédée, réputées "dépassées" : curieuse "modernité" qui a souvent de forts relents d’ancienneté ! (cf. Gn 3, 5) Mais pour peu que l’on soit de ceux qui contemplent la gloire du Fils, cette gloire du monde n’offre que peu de prise, n’est ni accueillie ni crue : on lui préfère celle qui ne se perçoit que dans un silence constructif. L’adversaire clairement identifié est celui qui rompt ce silence. Certes, il peut s’établir des rapports de force qui tournent à l’affrontement. Mais au moins ne se paie-t-on pas de mots : chaque camp est un en lui-même, oppose sa loi à celle de l’autre sans prétendre être l’autre.
 
    Simultanément, il peut s’établir des rapports de ruse destinés, eux, à éviter l’affrontement. Soit que d’authentiques rapports de force tourneraient au désavantage d’un attaquant numériquement plus faible, soit que cet attaquant aie tout simplement peur de mener des combats de cette nature. Cette peur est d’ailleurs redoutable, pouvant éventuellement conduire à une menace formelle : toujours la projection du tigre blessé. [2] Il existe des Ministères de la Défense : aucun Ministère de l’Attaque ! La logique voudrait donc qu’il n’y ait plus de guerre. Il semble que la réalité en décide autrement, ce qui démontre assez que derrière les mots censés traduire une certaine loi de l’amour se tapissent des non-dits relatifs à l’amour de la loi. Ces non-dits relèvent bien entendu d’un silence autre que celui qui accueille et croit la parole des disciples du Fils.
    Les rapports de ruse ne sont nullement l’apanage de la chose militaire : ils en sont plus volontiers les avatars, étant plutôt des rapports de désertion du combat ! Ils sont en effet aussi vieux que le monde, traductions de toutes les lâchetés de ce monde. Le combat est mené autrement, sur le terrain où il présente le moins de risques possibles : "courageux", mais pas téméraires !  Le must du rapport de forces gommé en surface, c’est le rapport de collaboration. L’ennemi se présente à l’ennemi en ami. Le loup se fait berger. [4] Son objectif : infecter [2] le troupeau afin de l’ouvrir à sa parole. Sans cette infection préalable –inoculation de la « MST »-, cette seule parole ne parviendrait qu’à le disperser ! Or, il s’agit au contraire de rassembler le troupeau autour de cette parole. Il convient donc de pénétrer de l’intérieur l’autre parole : celle du berger auquel se fie le troupeau. C’est cette autre parole qui est l’objet privilégié de l’infection : un rapport direct de forces entre la parole du vrai berger et celle du berger mercenaire éliminerait d’emblée cette dernière sans difficulté ! Il convient donc d’affaiblir la parole du bon pasteur en feignant d’agir avec lui, mais sur un autre domaine que le sien. Dans un premier temps, la parole du berger mercenaire va donc consister à asseoir la conviction qu’elle est autonome par rapport à celle d’un vrai berger qu’il feint hypocritement de respecter pour ne pas avoir à l’affronter directement. La poudre aux yeux de cette collaboration de tartuffe sera d’autant plus efficace et trompeuse qu’elle paraîtra plus vraie que nature, grâce à l’infection du vocabulaire relatif à la vraie parole. Qui pourrait se défier d’un "aide"-berger qui use d’un langage de berger ? C’est entendu : il ne se veut pas le berger… enfin, pas encore. Allant jusqu’à feindre le silence de celui qui accueilleet croit la parole du bon pasteur, il se tait beaucoup. Pour commencer, il tait ses ambitions ! Sur un plan purement stratégique, les révéler le conduirait tout droit à changer immédiatement de métier. D’autant que ce métier d’"aide"-berger génère beaucoup "d’accidents" : on ne compte plus les brebis égarées qu’il a à son actif ! On les retrouve fort diminuées… quand on a la chance de les retrouver. Cet "aide"-berger est en effet d’un courage très relatif : à tout propos, il fait du zèle en criant au loup.[5] Normal : sa vue basse lui fait prendre tout être vivant pour un loup. Au milieu d’un troupeau, cela fait un peu désordre… Dans un second temps, la parole du berger mercenaire va donc consister à laisser entendre qu’il bénéficie d’une vue perçante ! Que ne ferait-on pas pour la "préservation de l’emploi" ? Il faut vraiment être un mouton pour adhérer à une telle galéjade : soit un disciple qui s’est laissé éblouir par la gloire du monde, le rendant mûr à subir une certaine infection. C’est grâce à cette infection que le troupeau peut faire confiance à notre "aide"-berger : s’il a dit avoir vu le loup, c’est que le loup y était. Voir le loup –et en protéger le troupeau- telle est sa fonction, qui n’est justement pas celle d’un troupeau qui ne doit pas avoir d’autre souci que de brouter et de ruminer. Les brebis perdues ne se sont-elles pas égarées parce qu’elles n’avaient pas vu le loup ? Qui soupçonnerait une seconde QU’ELLES ONT VU LE LOUP ? Conscientes, mais un peu tard, qu’elles l’avaient elles-même laissé rentrer…[6 Qui soupçonnerait une seconde que le loup soit au dernier endroit où on l’aurait imaginé ? Ce n’est pas même un loup qui s’est déguisé en vétérinaire : un tel praticien s’efforce, lui, de ne pas faire souffrir sa clientèle ! (Encore qu’il aie un point commun avec ce dernier : lui non plus ne dédaigne pas achever un "patient" qualifié de perdu…) Et puis, allez convaincre une vache qu’elle souffre là où elle ne le sait pas… En revanche, il s’agit de transformer tout être vivant en ruminant. Que l’on broute et que l’on rumine. Que l’on rumine contre l’autre qui vous pique votre herbe ! [7] Et que l’on broute la bonne herbe "médicinale" de l’"aide"-berger : il sait mieux que nous ce qui est bon pour nous. Il est "bon" pour nous d’avoir une intelligence de ruminant… enfin, c’est surtout bon pour lui. Car c’est ainsi qu’il peut rassembler le troupeau autour de sa parole, l’idéal étant toujours que le vrai berger ne soit pas conscient que cette parole s’oppose à la sienne. Ce qui peut d’ailleurs conduire ce dernier à collaborer à son tour à son "aide"-berger ! [8][9] La boucle est bouclée, et le pâturage avec elle…
    « Pour Moi, je sais que des loups féroces s’introduiront chez vous quand je ne serai plus là, et le troupeau ne sera pas épargné. Même parmi vous surgiront des hommes qui tiendront des discours mensongers pour entraîner les disciples à leur suite… » (Ac 20, 28-38) Ce Texte de saint Paul ne date pas d’hier ! C’est dire que l’Écriture a été accomplie, afin que nul ne puisse attester d’avoir été pris en traître : encore faut-il la lire POUR la vivre. « Soyez donc vigilants », ajoute l’Apôtre des païens. Cette vigilance est devenue si affaiblie que ce sont ceux qui la maintiennent encore qu’on offre en pâture aux loups féroces ! Sans doute gênent-ils ceux qui veulent entraîner les disciples à leur suite : avec l’arme atomique de la "santé mentale", tout leur sourit…
 
    Soit un mouton qui a vu le loup. Mais lui l’a vu à temps ! Il court plus vite que lui, et défend bec et ongles son carré de pâturage contre l’intrusion du loup. Parmi le troupeau, quelle est la parole qui est la plus spontanément accueillie et crue ? Celle du mouton, ou celle du berger ? La parole du berger est naturellement prédominante… et ce, qu’il soit vrai ou mercenaire. La parole d’un berger infecté a plus de valeur que celle d’un mouton qui refuse net de se laisser inoculer le virus de la tremblante spirituelle ! Il n’en voit que trop les effets délétères chez ses congénères. Ce mouton-là va passer pour un mouton noir. On vous exclura de la synagogue. Et même, l'heure vient où tous ceux qui vous tueront s'imagineront offrir ainsi un sacrifice à Dieu. [7] Sale bête ! Elle est bonne à exclure du pâturage, et –pourquoi pas- à TUER. Ne met-elle pas en péril l’harmonie fragile d’un troupeau, qui souffre assez par ailleurs de la mystérieuse décimation dans ses rangs de brebis qui, malgré elles, se font boucs émissaires qui offrent pour les survivantes un sacrifice à Dieu ? Mais vous n'appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde ; voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous. [10] Mais le mouton qui a vu le loup à temps n’appartient pas au monde d’un troupeau infecté ; voilà pourquoi ce monde a de la haine [11]contre lui. Car ce monde a hérité de la vue basse de l’"aide"-berger : ayant brouté par mégarde un peu d’écorce de « l’arbre qui est au milieu du jardin » (Gn 3, 3), ce qui est noir est perçu blanc et ce qui est blanc est perçu noir. Quand un mouton passe pour un mouton noir, il n’a pas trop de souci à se faire pour sa santé : les autres s’en chargent pour lui ! Ils s’en déchargent pour eux, appuyés par un étrange berger qui se veut supérieur parce que plus nuancé. Chez lui en effet, tout est GRIS… comme un âne !
 
    Dans un monde qui sait que le Père a envoyé le Fils, et qu’Il les a aimés comme Il a aimé le Fils, ils ont en eux l'amour dont le Père a aimé le Fils, et le Fils aussi est en eux. C’est là un monde qui scelle l’Alliance entre le Vrai Berger et ses brebis, un monde aux couleurs de l’arc-en-ciel, un monde CLAIR qui, lui, voit venir le beau temps après la pluie qui l’a nettoyé. Ce monde ne se laisse pas assombrir par des apprentis sorciers qui, faute de légitimité scientifique et à défaut de pouvoir diagnostiquer des maladies vérifiables, mettent les bouchées doubles sur des "troubles"…qu’eux seuls parviennent à distinguer ! Ce vocabulaire est pourtant assez clair en soi : il signe la dérision d’une parole que seul un être vivant infecté peut accueillir et croire. À partir de là, un ange pourrait tomber du Ciel : il ne le croirait pas ! Un mouton blanc est nécessairement noir. Il semble qu’à l’image de son nouveau "Père", l’être vivant infecténe soit pas équipé de la marche arrière… [12]  Faut-il que le monde de ce "Père"soit sans âme, pour qu’il ose "médicaliser" celle-ci par sa seule dénomination ! Si le ridicule ne tue pas ceux qui s’y prêtent, une trop longue expérience démontre qu’il peut tuer ceux qui s’y fient. Un monde dont l’unité veut se parfaire en appelle à un surcroît de couleurs : il n’a surtout pas besoin de grisaille et de marchands de grisaille. Contre la bête, il oppose le label du Père.
 
 

07.05.2008

ATTENTION VIRUS

 
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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 17,11-19.
« Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m'as donné en partage, pour qu'ils soient un, comme nous-mêmes. Quand j'étais avec eux, je les gardais dans la fidélité à ton nom que tu m'as donné. J'ai veillé sur eux, et aucun ne s'est perdu, sauf celui qui s'en va à sa perte de sorte que l'Écriture soit accomplie. Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, en ce monde, pour qu'ils aient en eux ma joie, et qu'ils en soient comblés. Je leur ai fait don de ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu'ils ne sont pas du monde, de même que moi je ne suis pas du monde. Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me consacre moi-même, afin qu'ils soient, eux aussi, consacrés par la vérité.  »
 
    J'ai veillé sur eux, et aucun ne s'est perdu, sauf celui qui s'en va à sa perte de sorte que l'Écriture soit accomplie. Il n’est pas venu abolir, mais accomplir. [1] Même s’Il n’est plus dans le monde, nous, nous sommes dans le monde ! L’Écriture n’est pas abolie… et elle n’est pas accomplie non plus. Certes, Il a déclaré : Moi, je t'ai glorifié sur la terre en accomplissant l'œuvre que tu m'avais confiée. [2] Mais cette œuvre reste justement à perpétuer ET à accomplir par ces disciples gardés dans la fidélité au nom du Père qu’Il a donné en partage à son Fils. Pour que l’Écriture soit accomplie, il leur convient de veiller sur eux [3]afin qu’aucun ne se perde. Sauf celui qui s'en va à sa perte… Si L’Écriture était abolie, cela signifierait en quelque sorte qu’elle est une étrange histoire pleine de contrastes… et pleine de passé : passons à autre chose. Si elle ne l’est pas, la perspective est toute autre : l’Écriture reste à accomplir par les vases d’argile que nous sommes. À accomplir… ou à abolir, selon le degré de fidélité. On voudrait bien que celui qui s'en va à sa perte de sorte que l'Écriture soit accomplie se soit pendu une bonne fois pour toutes, et qu’on n’en parle plus : passons à autre chose. Autrement dit, l’on considère que l’Écriture est accomplie. Ce qui constitue déjà un terrain pour le moins propice à… aller à sa perte. N’était-Il pas "perdu" quand Il a prononcé : Tout est accompli. (Jn 19, 30) [4] ? C’est oublier qu’Il n’a pas dit : Tout est fini. L’accomplissement n’est pas un achèvement : il signe au contraire un nouveau départ ! C’est pour que l'Écriture s'accomplisse jusqu'au bout, que Jésus dit : « J'ai soif. » Cette soif, ce n’est certes pas avec une boisson vinaigrée qu’elle aura été étanchée ! C’est la soif que l'Écriture s'accomplisse jusqu'au bout. Si remettre l'esprit constituait ce bout, alors la Résurrection n’est plus que bluette faussement rassurante qui n’engage en rien dans le présent. Voilà encore un terrain qui peut s’avérer fertile à aller à sa perte. La Résurrection n’est plus en effet –au mieux- qu’une espérance exclusivement dirigée dans l’avenir, quand elle devrait être une expérience s’inscrivant dans le présent… un accomplissement à effectuer. Sans la participation à cet accomplissement, on peut "croire"ou non à la Résurrection : la réalité présente est qu’elle est abolie. C’est ainsi que l’on sort avant la fin du film… [5]
 
    Je leur ai fait don de ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu'ils ne sont pas du monde, de même que moi je ne suis pas du monde.Et c’est ainsi que, de peur d’être pris en haine par le monde, le disciple va se donner en partage la parole de ce monde. Cette parole se veut plus "réaliste"que celle du Père.[6] Ce qu’on appellerait aujourd’hui "plus proche des préoccupations de nos contemporains". Comme toujours, la peur est un indicateur : c’est quand elle devient le moteur de la réflexion et de l’action qu’elle se fait la marâtre de l’existence… plombant davantage les "préoccupations de nos contemporains" ! Contrefaisant le saint d’Assise, elle place la haine là où est l’amour. Mais cette haine ne tombe pas du ciel par "accident" ! On le sait : la haine n’est jamais que de l’amour dévoyé. [7] Elle est contagieuse : on le sait peut-être moins. Elle n’est pas contagieuse par goût, mais par DÉgoût. Ce dégoût est un dégoût de l’amour, d’un amour qui inspire la peur. Ce ne peut être déjà qu’un amour dévoyé, l’amour comblant de joie ; un amour qui n’a pas su se garder du Mauvais, parce qu’il a écouté une autre parole que celle de la vérité.
    Une parole de « PVA » est par excellence une de celles qui se parent des apparences de la vérité : le Mauvais n’offre de prise que sous le masque du Bon, cheval de Troie [8] avant l’heure. Le « PVA » agit au nom de la "prudence", soit au nom de la protection contre ce qu’il ressent comme un danger. C’est de l’ordre du ressenti, non de l’établissement formel et démontré d’un danger réellement existant. La peur est son moteur : il la travestit en "vertu" afin de la projeter sur autrui. Il a donc officiellement peur pour l’autre. Cette peur pour l’autre est un amour dévoyé, le comblant… d’inquiétude. Cette inquiétude est trop lourde pour lui : il la projette également sur l’autre. Dès lors que cette inquiétude est partagée, elle devient moins lourde pour chacun. Mais l’apaisement relatif qu’elle apporte ne repose que sur un danger imaginé, dont rien n’indique la vérité. Par conséquent, cette paix factice ne résiste guère à l’épreuve d’un réel qui rappelle que la véritable paix ne se trouve que dans l’amour et la vérité. La peur ne se