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À PROPOS DE LA MÉFIANCE…

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Méfiance, méfiance… on se méfie de tout ! Le monde est si peu sûr. Les gens ont l’air si gentil, et voilà que nous apprenons au détour d’une conversation que l’un d’entre eux est une bête assoiffée de sang… ou sur le point de le devenir ! Lui à qui on aurait donné le bon Dieu sans confession : on ne se méfie jamais assez. Afin de ne point paraître trop naïf, on mesure donc le degré de maturité à celui de la méfiance. Il est à présent de bon ton de se méfier du voisin de palier, du collègue de travail, du facteur (attention au chien !), du banquier (le relevé mensuel de compte est-il correct ?) ou de la boulangère (a-t-elle bien rendu toute la monnaie ?). Jusque dans sa propre famille, rien n’est laissé au hasard. L’ado rentre de son lycée avec un quart d’heure de retard ? Il s’est fait hacher menu par un « psychopathe » qu’il a suivi sans se méfier, lui. On a beau se méfier de tout ce qu’on nous raconte à la télévision, il y a quand même sûrement un peu de vrai… 

Certes, on se méfie un peu de la méfiance : juste assez pour prendre conscience qu’elle finit par nous empester sérieusement la vie. Alors, on la déguise pour se donner un peu d’air : la « prudence », c’est davantage tendance. Mais qui pense à se méfier de la méfiance… SANS la déguiser ? La méfiance n’est peut-être pas là où on va la chercher : on ne se méfie pas assez…

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  Venons à l’Évangile de ce vendredi 14 juillet (Matthieu 10, 16-23). Ne nous abritons pas derrière le « mystère » en faisant l’économie de clarifier cette phrase : « Méfiez-vous des hommes… ». Prise au pied de la lettre, elle apporte des conséquences qui peuvent être fâcheuses : se méfier des hommes -créés à l’image de Dieu- peut conduire tout droit à se méfier de Dieu lui-même !

Penchons alors pour une ambiguïté de traduction. Ce n’est pas la seule dans les Évangiles. La plus controversée est bien sûr cette fameuse formule du Notre Père : « ne nous soumets pas à la tentation ». L’ancienne formule « ne nous laisse pas succomber à la tentation »  est sans doute plus fidèle au texte original. Si le Père permet la tentation, seul le démon peut nous y soumettre : pourquoi persister à faire endosser ce rôle presque « blasphématoire » au Père, même en-dehors de toute intention maligne à cet égard ? Surtout quand on lui demande aussitôt de « nous délivrer du mal » ! N’est-ce pas lui demander simultanément une chose et son contraire ? Est-ce donc si insurmontable de remettre en question une mauvaise traduction qui ne contribue guère à clarifier l’esprit du texte originel ? Si l’on tient véritablement à cette nouvelle formule -en cours depuis les années post-conciliaires- (mais le Concile Vatican II n’y est pour rien…), il conviendrait de la préciser de cette façon : « ne permets pas que nous soyons soumis à la tentation ». C’est plus long… mais tellement moins ambigu ! L’ajout est moins anodin qu’il n’y paraît : il rétablit le rôle du père, ce rôle si malmené de nos jours. Dans une civilisation digne de ce nom, le père est celui qui détient l’autorité. Il est celui qui dicte la loi, qui énonce le droit : il permet… ou ne permet pas. Cela vaut pour les pères de la terre, comme pour « Notre Père qui es aux Cieux » dont ils sont précisément à l’image. La traduction contemporaine d’un Père qu’on soupçonne de nous soumettre à la tentation a pour étrange effet de brouiller cette perception : est-ce un « hasard » ?...

« Méfiez-vous des hommes… ». Ici également, l’ambiguïté est patente : comment un même Dieu peut-Il nous inviter simultanément à la confiance et à la méfiance ? C’est l’une ou l’autre : le reste vient du Mauvais. Laissons de côté cette traduction officielle pour examiner celle de sœur Jeanne d’Arc, op. qui a l’imprimatur de l’évêque du Puy. Nous y trouvons ceci : « Défiez-vous des hommes… » Une simple consonne de différence… mais quelle différence ! Bien entendu, le langage courant donne à ces deux verbes un sens analogue sous leur forme pronominale. Mais le langage courant n’est pas nécessairement la meilleure référence pour l’attribution d’un sens. Recourons aux services d’un dictionnaire classique (le petit Robert, pour ne pas le citer). Dans les deux cas, nous sommes face à un préfixe privatif : et .
_____Or, le dictionnaire nous livre la définition de ces préfixes : elle n’est pas sans surprises…

- « DÉ-, DES, DÉS - Élément, du lat.
dis-, qui indique l’éloignement, la séparation, la privation. »
- « MÉ  - Élément à valeur péjorative, du frq.
missi : mécompte, mépris ; més. devant voyelle : se mésallier ; mes- devant s : messoir. » (On pourrait ajouter d’autres exemples, comme médisance ou méfait…)

Ce qui saute immédiatement aux yeux, c’est la valeur dite péjorative du préfixe : les exemples cités ne font que l’attester. Cette valeur est heureusement inexistante chez .
_____Cela suffit déjà à mesurer l’abîme de différence qui peut exister sur le sens profond d’un mot, selon qu’il est doté de l’un ou de l’autre de ces préfixes. L’un est un privatif neutre, l’autre est un privatif à forte connotation morale… dans le plus mauvais sens du terme.
_____Dès lors, la méfiance devient un mot plus pernicieux qu’il n’y paraît. On s’en doutait déjà : un simple dictionnaire en apporte enfin la preuve ! Sur le plan théologique, le mot est une catastrophe. Mé-fiance ; quand on le décortique, le sens en est clair. Il consiste étymologiquement à tourner le dos à la foi, à la fidélité, à s’y fermer.

La défiance semble a priori aller dans le même sens : la plupart des dictionnaires s’accorde d’ailleurs à en faire des synonymes. Mais rappelons la neutralité morale du . Dé-fiance ; nous avons ici plus subtilement une invitation à nous « dé-faire » de toute naïveté en prêtant foi au premier venu. Mais si celui-ci s’avère digne de foi, en découle la confiance (con-fiance : « foi -ou fidélité- avec »)

À l’usage, il est plus difficile de passer de la méfiance à la confiance que de la défiance à la confiance : la méfiance est un fruit de la peur ; elle ferme le cœur et confond le sujet avec ce qu’il nous dit. Ce sujet est pour nous un menteur, un homme de peu de foi ou dans l’erreur : nous ne le croyons pas. La défiance est un fruit de la prudence : elle garde le cœur ouvert en nous faisant distinguer le sujet de ce qu’il nous dit. Ce sujet est pour nous dans l’erreur : nous ne le croyons pas ponctuellement MAIS conservons l’espérance qu’il retrouve la vérité… et nous agissons précisément dans le dessein de restaurer en lui cette vérité.

Allons plus loin, et découvrons que les deux mots sont à la racine… antonymes ! Curieusement, le verbe se méfier n’existe PAS en dehors de sa forme pronominale. Ce n’est pas le cas du verbe se défier. Le verbe défier existe bel et bien. Quand on parcourt les définitions qui en sont données dans n’importe quel dictionnaire, le moins que l’on puisse dire est que nous sommes aux antipodes de la PEUR… CQFD.

« Défiez-vous des hommes… » À la lumière de ce qui vient d’être énoncé, cette phrase prend donc une toute autre tournure. Elle ne contredit PLUS celle qui la précède : « Soyez donc adroits comme les serpents, et candides comme les colombes. »

©MdT, juillet 2006

Écrit par MdT Lien permanent | Commentaires (9)

Commentaires

très bon site et j'aime beaucoup.

Écrit par : chaussures mbt tariki | jeudi, 12 mai 2011

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" Apprenez mon bon monsieur, que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute ... "
" Cette leçon vaut bien une godasse, sans doute ? " ...

Écrit par : propos d'unijambiste | jeudi, 12 mai 2011

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Noooooon ? Vous croyez que les marchands de chaussures viennent ici pour flatter ? Alors là, permettez que je me méfie (en plein dans la page, non ?) d'une interprétation aussi hâtive !
Aussi, livrons-nous à une expérience intéressante en révélant toute la vérité (ça va : j'ai retiré les piles du détecteur de mensonges) aux impétueux prospecteurs de la godasse : qu'ils apprennent que, tout petit, le maître de céans a subi un fâcheux accident de poussette. Aussi s'est-il fait amputer des deux jambes (j'ai failli rajouter : dans la foulée ; mais ce serait contradictoire). Par conséquent -ô hélas-, il vit à jamais déchaussé. Commercialement consternant, non ?

Écrit par : L'homme sans pattes (mais sans s'empâter) | vendredi, 13 mai 2011

Pour le coup, vous m'avez sciée. Moi qui pensais vous demander de jouer les guides touristiques de votre belle ville au pas de charge ! Comment allons nous faire ? ... Il va me falloir pousser la petite voiture alors ?
Heureusement que ma compassion est égale à votre connaissance des lieux ! Au fait, y a t-il une mosquée sur place ? Car votre fourgueur de pompes (funèbres ou non) pourrait y trouver la clientèle adéquate, il suffira juste pour cela que le club de culs en l'air récupère la position verticale ...

Écrit par : ben chat alors ! ... | vendredi, 13 mai 2011

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zut ! vous voulez bien me flinguer ce " z " intempestif ? ... Je vous en serai infiniment reconnaissante ... merci !

Écrit par : houpss ! | vendredi, 13 mai 2011

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Flinguer un z intempestif ?
http://micheldetiarelov.hautetfort.com/album/philou-pping/961674160.html
Mais c'est de l'incitation au meurtre, ça ! Que va penser mon fidèle (et paisible) lectorat après un truc pareil, hmmm ?...

Écrit par : Un goût impératif d'infinitif ? | vendredi, 13 mai 2011

En parlant de Z ... z'aime pas du tout cette photo sur Facebook ! Il est temps que votre photographe reprenne du service (si vous voyez ce que ze veux dire ? ...)

Écrit par : clic ! | vendredi, 13 mai 2011

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...et comme ça (en attendant !), vous z'aimez mieux ? Ze précize être dans la chemize d'un autre (que z'ai dû lui piquer au bout d'une nuit)...
http://micheldetiarelov.hautetfort.com/album/philou-pping/3332305205.html

Écrit par : clac ! merci Mr K ! | dimanche, 15 mai 2011

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Mouais ... un peu mieux. Il n'empêche que même si Mister K n'est pas une chochotte, il aurait intérêt à apprendre l'usage du gel coiffant. Autant se montrer à son avantage, non ? ... Et une pub émanant d'un salon de coiffure, une ! (ça changera des tatanes)

Écrit par : look ! | dimanche, 15 mai 2011

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