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lundi, 14 janvier 2008

En route pour Raihël !

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Il était une fois un joli pays que l’on nommait Raihël, peuplé d’adorables créatures : les raihëliens et les raihëliennes.  Ils vivaient heureux dans leur beau pays : ils avaient plein de cubes de toutes les couleurs, des petits trains, des poupées, des ours en peluche et des petites voitures télécommandées dont on n’avait jamais besoin de changer les piles. Pour la plupart, c’était de petits bonshommes tous ronds, au visage poupin. Pour eux, Raihël c’est jouer et compter jusqu’à dix. Les plus doués d’entre eux y parvenaient en 3 secondes chrono !

Quelques fois, on en voyait qui parvenaient à compter jusqu’à onze. Malheur à eux : ce chiffre n’existe pas au pays de Raihël. On sentait bien que ce n’était pas de la faute du coupable : aussi ne lui en voulait-on pas trop. Il existe d’autres créatures dans ce beau pays : ce sont des loups. Bien sûr, ils ne se présentent pas comme tels : ils feraient fuir les raihëliens. Aussi revêtent-ils en tout temps un joli petit costume de gentil docteur tout blanc. N’oublions pas que nous sommes à Raihël : par conséquent, ces docteurs ne savaient naturellement pas compter jusqu’à trente-trois. Mais ils le faisaient croire, afin de justifier leur présence en un lieu aussi insolite. Ils avaient construit de grandes maisons étudiées pour accueillir le récalcitrant ayant osé compter jusqu’à onze. Plus il dépassait ce chiffre, plus on le plaignait amèrement : c’était de moins en moins de sa faute. Il s’intéressait de moins en moins aux petits cubes, aux petits trains, aux poupées, aux ours en peluche et aux petites voitures télécommandées dont on n’avait jamais besoin de changer les piles. Visiblement, il se déconnectait de Raihël.  Et ce n’était pas bien du tout !

Alors, on appelait le gentil docteur. Plus le rebelle savait compter loin, plus il voyait que le gentil docteurblouseblanche.jpgdocteur était un loup. Il tentait alors d’en aviser ses amis, ses frères et ses sœurs, mais tous ceux-ci ne le croyaient pas : c’est qu’ils ne comptaient que jusqu’à dix. Pour eux, Raihël c’est dix, un point c’est tout. Par conséquent, le docteur est un gentil docteur et le « malade » n’a plus toute sa tête pour s’en rendre compte : heureusement qu’il a autour de lui des tas de gens qui savent mieux que lui qu’un gentil docteur est un gentil docteur. Non mais ! Il est malade, et en plus il va nous faire un vilain caprice ? C’est vrai que les raihëliens aiment bien jouer au docteur : un bon raihëlien doit jouer au docteur sous peine d’aggraver sa « maladie ». C’est étrange, mais c’est comme ça : heureusement, ce n’est qu’un conte !

Les grandes maisons des gentils docteurs étaient très bien étudiées : elles comportaient des chambres différentes, selon le degré de la « maladie » de ses « invités ». Ceux qui comptaient jusqu’à onze, douze ou treize étaient bien soignés : le gentil docteur leur préparait un élixir magique, qui effaçait comme par enchantement les chiffres surnuméraires. Les plus chanceux d’entre eux pouvaient donc ressortir assez rapidement. Il y avait souvent des effets secondaires : ils avaient été tellement « guéris » qu’on en rencontrait parfois qui ne savaient plus compter que jusqu’à trois, et encore avec difficulté. Au moins était-on redevenu tranquille avec ceux-là : ils joueraient de nouveau avec leurs cubes sans embêter personne.

Il y avait cependant les cas plus rares : certains comptaient jusqu’à cinquante voire davantage. Intolérable au pays de Raihël ! Non seulement ils comptaient jusqu’à cinquante, mais ils ne voulaient plus jouer aux petits cubes, aux petits trains, aux poupées, aux ours en peluche et aux petites voitures télécommandées dont on n’avait jamais besoin de changer les piles. On cherchait alors à les forcer à jouer, mais ils refusaient en se mettant parfois en colère : de plus en plus intolérable… Ça va pas la tête, non ? Ils étaient donc réputés dangereux pour la bonne harmonie des raihëliens. Tout d’abord, la chambre que leur attribuait le gentil docteur était différente de celle des autres : pas question d’en sortir ! C’est qu’on risquerait de contaminer les autres « malades », non mais !  Ensuite, il n’y avait pas à discuter sur l’élixir magique : la dose maximale était requise. Le loup s’en léchait les babines, et louait la naïveté des raihëliens qui lui confiaient ainsi leur grand « malade ». Ce n’était pas de leur faute non plus : ils ne savaient compter que jusqu’à dix. Le loup aussi : il met donc le thermostat de son four à dix. Car il aime beaucoup « soigner » le « raihëlien ». Il paraît que c’est très bon quand c’est préparé sur un lit d’échalotes : un léger goût de mouton mâtiné d’un arrière-goût d’âne… surtout pour celui qui est venu se livrer de son plein gré au bon docteur.  C’est qu’à forte dose, son élixir magique a un effet surprenant : il transforme le « malade » en malade. Un coup de baguette magique et pfuit ! envolés les guillemets. Du coup, l’élixir se justifie d’autant plus : il faut soigner ça. On soigne tant et si bien que le malade est enfin guéri… et le four du loup enfin chaud. Les échalotes sont déjà disposées : tout va bien. Bien sûr, il va falloir expliquer aux survivants qu’il y a eu un « accident ». (Eh ! Ça n’arrive pas qu’aux autres !) Toujours déguisé en gentil docteur, le loup ne craint rien : très souvent, c’est « l’accident » qui va démontrer que le « malade » n’avait plus toute sa tête. S’il n’avait pas été « malade », il n’aurait pas été « accidenté », na !  On a vraiment tout essayé, mais le cas était désespéré. En tout cas, il est bien digéré… par le loup comme par la famille du plat, pardon du cas.

C’était un joli pays que Raihël… mais il va être difficile d’achever ce conte par « ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». En effet, on finissait par s’y ennuyer : que faire quand on a fini de compter jusqu’à dix ? Que faire quand ceux qui plafonnent à trois se font de plus en plus nombreux ? Et puis les enfants en disparaissaient les uns après les autres. Les gentils docteurs devenaient de plus en plus dodus. Il y avait de moins en moins d’enfants et de plus en plus de gentils docteurs. Ils ont beau être gentils : un pays de docteurs finit par être triste…

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