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mercredi, 27 février 2008

Si l’amour est hors-la-loi, il est recherché.

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Évangile de Jésus-Christ selon st Matthieu 5,17-19.
« Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu'à ce que tout se réalise.
Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume des cieux. »

_____C’est en quelque sorte un retour à la source qui nous est proposé aujourd’hui : source qui était symbolisée il n’y a pas si longtemps par le puits de Jacob, devant lequel s’était scellée la rencontre entre Jésus et la Samaritaine (cf. Jn 4-5, 42).[1] Souvenons-nous de cette confrontation de deux regards : celui de l’amour de la loi, et celui de la loi de l’amour.

_____La loi de l’amour ne s’oppose nullement à l’amour de la loi : elle n’est pas un électron libre qui ouvre en grand les portes de l’anarchie. La loi ne saurait être méprisée puisqu’elle n’est pas abolie. Au contraire, elle est accomplie. C’est-à-dire qu’elle est rendue complète : l’amour de la loi SANS la loi de l’amour n’est que légalisme creux auquel il manque la dimension vitale qui autorise son accomplissement et son incarnation en contournant l’écueil du formalisme contraignant. La loi est bien davantage que la simple gestion des relations humaines dictée par le dessein d’éviter l’anarchie : il lui est demandé de veiller à développer une saine harmonie entre les hommes. La justice qu’elle délivre ne saurait s’opposer à la loi de l’amour, faute de quoi elle se réduit à une sorte de garde-chiourme que l’on s’empresse de moquer en la contournant. Il n’est de loi inapplicable que celle qui s’édifie à rebours de la loi de l’amour : elle est rejetée puisqu’irréalisable. On lui substitue alors une loi contraire… qui aura les mêmes effets, les mêmes causes la rendant caduque. On multiplie ainsi la loi à l’infini, ses plus petits commandements entrant en conflit les uns entre les autres : multipliée, la loi divise ! Sujet privilégié d’une fuite en avant perpétuelle, elle donne à ses serviteurs zélés l’illusion de la respecter quand la quantité se constitue l’ersatz de la qualité… L’anarchie se révèle moins l’absence de loi que l’oppression générée par une overdose de loi : on ne saurait être opprimé par ce qui n’existe pas !
_____« Nul n’est censé ignorer la loi. » Cette formule elle-même est devenue totalement inapplicable dans le cadre de la loi civile ! C’est que nul n’est censé être un juriste patenté, faute d’expérience ou de formation en la matière… ou plus simplement, faute de goût. Car une loi dont les plus petits commandements sont continuellement sujets à controverses -voire à contradictions- n’inspire aucunement le respect et plus sûrement la nausée. Devenue l’outil dont s’emparent une fraction d’hommes contre une autre, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même : une caricature de loi dont les plus petits traits disparaissent en s’annulant les uns les autres, au gré des circonstances et des conflits d’intérêts. Quand cette loi-là se réalise, c’est elle qui n’est pas venue accomplir, mais abolir. Car c’est la loi de l’amour qu’elle abolit, trahissant par là sa véritable raison d’être. C’est la loi du « Pharisien ».

_____La Loi ou les Prophètes ne procèdent pas de cette logique délétère : elles la retournent en lui restaurant ses véritables prérogatives qui ne sont pas d’abolir mais d’accomplir : elles réorientent la loi en lui conciliant celle de l’amour. Faute de cette dimension, la loi pourra toujours se donner l’illusion de se compléter en surenchérissant sur la quantité : ce ne sera jamais qu’une illusion… source d’amères désillusions. C’est la loi qui s’oppose à la Loi, qui rejette ses plus petits commandements, et qui enseigne aux hommes à faire ainsi. Cette loi est la dernière dans le Royaume des cieux parce qu’elle se veut la première ici-bas, contrant la loi de l’amour. Celle-ci n’est pas réservée à une élite : à des « experts » de la loi.
_____À la quantité, elle privilégie la qualité parce qu’elle se doit d’être accessible au plus grand nombre : c’est pourquoi elle privilégie également les plus petits commandements, afin qu’ils soient assimilables mêmes par les plus petits, et que leur observation et leur enseignement puissent ainsi se réaliser sans rien abolir. Sans la docilité à ces plus petits commandements, l’observation des plus grands devient hors de portée : qui vole un œuf vole un bœuf ! Les Dix Commandements, c’est beaucoup plus petit en quantité que le Dalloz… mais c’est tellement plus grand !
_____Faut-il choisir entre l’accomplissement de l’abolition ou l’abolition de l’accomplissement ? Ce choix n’est en réalité qu’un trompe-l’œil puisque le premier conduit tout droit à la seconde, qui en est la réaction. Le véritable choix n’est-il pas de prendre les moyens de l’accomplissement dans ce qui existe et qui est à portée de main… sans rien abolir ? Enfermer la loi dans une sorte de ghetto ésotérique réservé aux spécialistes, c’est au contraire la condamner à être ignorée. D’autant qu’elle est ainsi la proie de toutes les interprétations subjectives, l’auto-alimentant à l’infini au moyen de procédures jurisprudentielles qui lui tiennent lieu de justification et d’unique raison d’être. Tôt ou tard, ce qui est déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux s’abolit de soi-même…

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