Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,52-59.
Les Juifs discutaient entre eux : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi. Tel est le pain qui descend du ciel : il n'est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
Voilà ce que Jésus a dit, dans son enseignement à la synagogue de Capharnaüm.
« Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » La suspicion de désincarnation par anthropophagie n’a pas attendu les esprits forts de notre temps pour s’incarner : elle est immédiate. Boulanger [1], Barman [2], serait-Il à présent en train d’être Boucher ? À Lui tout Seul, Il commence à cumuler les casquettes : on s’étonne ensuite qu’il y ait du chômage ! Pourtant, en termes anthropophagiques, donner sa chair à manger devrait conduire tout droit à la mort : c’est que de nouveau le Marchand EST Sa marchandise. Ainsi, Il continue de s’incarner dans le monde sans en épouser la logique. Celle-ci commande en effet une sorte de transfert de vie : la chair vive est abattue afin que vive la chair supérieure. Mais ici, il s’agit de la chair du Fils de l'homme, non de celle d’un animal. Manger cette dernière, c’est avoir la vie en soi… jusqu’au lendemain. Du côté de l’animal mangé, la vie n’est pas brillante. Or, celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Non seulement Celui qui est mangé ne meurt pas, mais Il promet la résurrection de la chair morte dans la vie éternelle ! Il pousse "l’insolence" biologique jusqu’à ne pas se laisser digérer : et moi je demeure en lui. Régime sans selles : il ne faut pas être à cheval sur les lois de la nature. Elles ne sont pas suspendues, mais soumises à une loi qui leur est supérieure : toujours la loi de l’amour [3].
De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi. Temps PRÉSENT pour le Père, passé composé POUR rendre PRÉSENT le Fils, double futur conditionnel pour celui qui rend PRÉSENT le Fils. Tel est le pain qui descend du ciel : il n'est pas comme celui que vos pères ont mangé. Temps PRÉSENT pour le pain dans son acception positive, passé décomposé dans son acception négative. La loi de l’amour se joue des contraintes du temps : elle relève de la vie éternelle. Elle s’inscrit cependant DANS le temps : le conditionnel, pour être précis. Et non le futur, en dépit de certaines apparences.
De ce fait, le pain qui descend du ciel n’est toujours pas le père Noël [1] : il ne serait distribué qu’aux "enfants sages" qui croient en lui[4]… Le pain qui descend du ciel est un pain de qualité AVANT d’être un pain de quantité. Le pain rassit vite, surtout quand on se constitue une réserve trop abondante. Le pain qui descend du ciel s’inscrit également dans le temps : il ne fait donc pas exception à la règle. En effet, s’il constituait une sorte de blindage intérieur contre les aléas du monde, ce ne serait plus du pain mais de la potion magique. Celui qui mange ce pain vivra éternellement. Si l’on considère que l’éternité se conjugue au présent (cf. LRDLF, pp.12-13), ce futur est un conditionnel. Sinon il nous serait écrit : « Celui qui mange ce pain vit éternellement ». De même : celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Une potion magique rend invincible, voire immortel : un immortel n’a pas besoin de ressusciter. Ce sont les morts qui ressuscitent, non les super-héros de Marvel Comics®. Le dernier jour est le jour du bilan. Comment a-t-on mangé la chair du Fils de l'homme ? Comme un super-héros [5] ? C’est-à-dire, selon l’amour de la loi [6] ? Ou bien, selon la loi de l’amour [7] ?
Si le pain de l’amour ne se digère pas, c’est aussi parce qu’il ne digère pas les faux-semblants… tant chez ses consommateurs que chez ses distributeurs : ces derniers ne répondent qu’au Boulanger et à nul autre. Seul Son pain est pain de la miséricorde. C’est pourquoi il est souvent imité, jamais égalé…
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