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mercredi, 16 avril 2008

Alix obéit mais se réveille


Chapitre 1  -  Où le sourire prête main forte à l’inhumation…
   
    Il était une fois une très belle princesse qui désirait redevenir une enfant. Un jour froid d´hiver, elle était assise à une fenêtre, lisant un livre fort ennuyeux décrivant par le menu les mille manières d’être sérieux. C’est que la vie de princesse ne transige point avec le protocole. Pauvre Alix, priée d’être le prototype de tout ce qui colle : dans l’ombre, sa mère veille. Soudain passe en courant dans le jardin un énorme lapin noir coiffé d’une toque blanche. La princesse Alix fut stupéfaite ! Par son sourire de fille de beauté, par son sourire lumière dans l’obscurité, cette vision l’horrifia : à l’ère des mille et une couleurs de l’arc-en-ciel, comment peut-on encore courir ainsi en brandissant le flambeau du monochrome ?
    N’en pouvant mais de cette insulte vivante à la bonne humeur, elle entreprit derechef de poursuivre le scélérat qui chantait à tue-tête : "il est urgent !… il est urgent !… il est urgent !… " Le cas de ce lapin s’aggravait : on sait bien que l’urgent ne fait pas le bonheur. Cette énigme vivante s’enfonça alors dans un sombre terrier : encore du noir ! Ce n’est pas un obstacle pour la jeune princesse : son sourire est lumière dans l’obscurité. Wonder full : ses piles se rechargent à coups de zygomatiques. La gaîté n’empêche pas de se retrouver dans une pièce souterraine après une interminable chute dans le terrier. Au milieu de cette pièce, une table. Au milieu de cette table, une tasse à moitié pleine de ce qui semblait du café. Sur l’anse de cette tasse, une étiquette avec cette indication : "à la tienne, Etienne !" . Le sourire d’Alix se figea un instant : ne serait-elle pas seule ? Qui donc est cet Etienne ? Ne serait-il pas tapi dans l’ombre, prêt à lui voler son âme d’enfant ? Ce questionnement la fatiguant, elle résolut d’y remédier en prenant un petit café. Ce qui tombait bien : bien qu’un peu tiède, il était servi ! Alix but donc d’un trait le contenu de la tasse. Elle fut alors envahie d’une étrange sensation : le protocole princier lui devint tout à coup sympathique… et la lumière faiblit. Elle eut juste le temps d’apercevoir un biscuit posé près de la tasse, à côté duquel trônait une nouvelle étiquette : "pour te couper la faim, de la part du nain !"  Un nain, à présent : ce n’est plus un terrier, mais une bouche de métro ! À moins naturellement qu’Etienne et le nain ne fassent qu’un, le coquin. Désireuse de renouer avec la lumière, Alix ne fit qu’une bouchée du biscuit. Pourvu qu’il lui rétablisse son sourire, sinon elle sera doublement cuite !…

Chapitre 2  - Où l’on se demande si Alix ne va pas prêter main forte au lapin…
   
    Le biscuit fit son effet, en effet. Double effet : fondant à l’extérieur, craquant à l’intérieur. Les spécialistes sont plus précis : fins pâtissiers, ils reconnaissent sans peine l’effet bipolaire. (Et ce, indépendamment de la fraîcheur qui règne naturellement sous terre.) Sans peine, c’est beaucoup dire. Car Alix fait peine à voir ! Cette peine est aussi double que l’effet, concernant au même titre l’observateur que la jeune observée. Double effet : Alix a craqué pour le biscuit, le laissant fondre sous son palais de princesse. Et elle craque… en fondant en larmes ! Quand une pâtisserie est doublement cuite, elle se durcit ; quand on la mange, on se ramollit : ce monde souterrain est bien étrange…

    Et Alix grandit, grandit : jusqu’alors si abscons, le livre fort ennuyeux décrivant par le menu les mille manières d’être sérieux lui parut tout à coup de plus en plus abordable. Et elle grandit encore : le livre fort ennuyeux commença à lui sembler suranné. Elle pleure toutes les larmes de son corps. Si elle n’était pas aussi déprimée, elle aurait commencé à rire : le livre fort ennuyeux ressemblait à présent à un amanach d’histoires drôles ! Entre deux hoquets de lourds sanglots, elle aperçoit le lapin noir qui repasse. Opportuniste, l’animal avait ignominieusement profité de ce chagrin pour emplir le réservoir de son fer à vapeur en recueillant les eaux lacrymales : son linge aussi était urgent, et peu lui importait qu’une jeune princesse en soit froissée.
    Le liquide restant malgré tout plus abondant que la vapeur, la pièce commença à se remplir : meubles, lapin, fer à repasser, linge propre (et moins sec) et princesse furent contraints de surnager dans une véritable piscine souterraine. C’est bien connu : tout lavage présente l’inconvénient possible du rapetissage. Intérieurement de plus en plus grande, la chère Alix a le don de s’adapter rapidement à son environnement : extérieurement, voilà qu’elle se fait toute petite. Non qu’elle aie peur de déranger le lapin -qui a bien du mérite à repasser encore en de telles conditions-, mais elle a surtout peur que cet animal lui demande de repasser à sa place : c’est qu’elle a tellement mûri depuis son arrivée qu’il est devenu tentant de penser qu’elle en réunit davantage les aptitudes qu’une enfant insouciante… ou qu’un lapin, fût-il noir et coiffé d’une toque blanche. On a beau être dans un conte : on sait bien que toute légende comporte une part de concordance avec le réel…

Chapitre 3  - Où Alix demande au lapin…
   
    Cependant, la pile de linge repassé montait aussi vite que le niveau des larmes d’Alix. À la légitime appréhension de la jeune princesse, succéda un soupir de soulagement, épuisant ses produits lacrymaux à proportion du linge froissé. Rien ne se perd, rien ne se crée : tout se transforme. Le regard se fait plus incisif… sur les incisives du repasseur. Déjà que ce lapin n’est pas très drôle dans son pelage noir : pourquoi faut-il donc qu’il s’adonne à une activité si contraire aux aspirations d’une très belle princesse qui désirait redevenir une enfant ? Il ne manquerait plus qu’il passe l’aspirateur, à présent ! Résolue à retrouver un peu de lumière, Alix prit son courage à deux mains et tendit ses muscles zygomatiques aujourd’hui. Miracle ! La pièce s’éclaircit alors, apportant autant de chaleur que de lumière : ainsi s’évaporèrent les dernières flaques humides. Si la princesse retrouva sa taille normale, elle n’était cependant pas tirée d’affaire ! À la surface, elle avait connu la peur d’être sérieux par l’entremise d’un livre fort ennuyeux qui était étrangement passé au travers des mailles du filet de la loi n°49-956 du 16 juillet 1949. Et voilà que dans cette sordide pièce, cette peur l’a envahie de l’intérieur, la faisant trembler de la tête jusqu’aux pieds. Ces derniers touchant de nouveau une terre ferme, elle résolut de la chasser. Fallait-il pour cela chasser le lapin ? Changeant son fusil d’épaule, elle entreprit alors de le questionner :
    « Etienne ?
    Le lapin ne fit pas un pli : il venait en effet d’achever son ouvrage. Il se retourna alors vers la princesse et lui sourit. Visiblement, si les éléphants gris ont peur des souris, les énormes lapins noirs n’ont pas peur de sourire… et d’éclairer ainsi davantage cette buanderie improvisée.
-          Pas du tout, belle enfant. Mon nom est Nut.
-          Nut ?
-         Oui. Comme vous pouvez le constater : Nut est là. Car du fer je suis le héros ! »

    À ces mots, une odeur envoûtante de chocolat envahit la pièce. Ce lapin serait-il un lapin de Pâques ? Absurde : un lapin de Pâques ne saurait utiliser sans risque un fer à vapeur… Ne voulant pas en rester à cette réponse de Normand, notre princesse s’enhardit :

   « Le nain ?
-          Oui. C’est à quel sujet ?
-          Comment ? Vous êtes le nain ? Mais vous êtes énorme !
-          Rassurez-vous, gente demoiselle. N’y voyez là que sot briquet. Ces galeries étant fort sombres, une petite flamme n’est point de trop pour m’éclairer. Et par ma foi, je ne suis qu’un lapin : ayant plus d’oreilles que de cervelle, une flamme trop grosse me cuirait plus qu’elle ne m’éclairerait.
-          Pourtant, euh… vous n’êtes pas en chocolat ?
-          Certes non !
-          Alors, pourquoi cette odeur ?
-          Vous n’aimez pas ?
-          Si fait : au contraire. Mais d’où vient-elle ?
-          C’est que… moi aussi, j’accommode à volonté le chocolat ! »
    Ce lapin commence à devenir sympathique ! Voilà donc ce qui explique la présence de cette toque blanche qui le coiffe : il est pâtissier. S’il n’avait pas de si longues oreilles, il deviendrait un parfait petit homme d’intérieur…
 
Chapitre 4  - Où l’inhalation prête main forte au sourire…
   
    Toujours envoûtée par l’odeur qui envahissait la pièce (et par la pièce elle-même, puisqu’elle était voûtée), notre princesse se sentait revivre : elle aurait volontiers troqué le livre fort ennuyeux décrivant par le menu les mille manières d’être sérieux par un livre moins ennuyeux, décrivant mille menus accommodant sérieusement le chocolat. Voilà un aliment qui sied à merveille pour qui désire redevenir une enfant ! Elle réfléchit un instant : le pâtissier ayant plus d’oreilles que de cervelle, il ne saurait être assez créatif pour imaginer de lui-même de tels menus. Alors, elle se plaît à imaginer que le livre moins ennuyeux existe !

    Par son sourire de fille de beauté, par son sourire lumière dans l’obscurité, la nostalgie de la surface commençait à lui peser : là-haut règnent le soleil et les couleurs, ici le chocolat ne saurait lui faire oublier. Et si elle joignait l’utile à l’agréable ? Si elle échangeait le livre moins ennuyeux du lapin contre le sien ? Que pourrait-il y trouver à y redire ? Après tout, quand on repasse une pile si impressionnante de linge, on doit cultiver un goût certain pour les ouvrages ennuyeux. Naturellement, il convenait d’être habile : bien que bénéficiant de la lumière du jour, un livre fort ennuyeux restait un livre fort ennuyeux. Ce qui le rendait plus ennuyeux encore, c’est que les recettes qu’il proposait étaient aussi peu comestibles qu’indigestes : qu’en ferait un lapin pâtissier ? Il en serait bien ennuyé.
    En attendant, c’est Alix qui l’était… et la pièce s’assombrit. Ah non ! L’obscurité est trop laide. Et hop : un sourire de fille de beauté. Le noir était toujours là : il avait forme de lapin. Il sourit à son tour, aussi ébloui par un sourire lumière dans l’obscurité que reconnaissant à la princesse de lui avoir fourni matière à fabriquer de la vapeur. Au fond, n’était-elle pas en position de force, ayant tous les atouts en main pour négocier en sa faveur ?

    Son âme d’enfant aidant, la belle Alix avait cependant quelque scrupule à procéder à cet échange : n’était-ce point mentir au lapin que de lui proposer pareil marché ? Mais Dieu, cette odeur de chocolat !… Quand on sait pareillement l’accommoder, on doit savoir transformer une pierre en pain d’épices.
     « Vous m’avez l’air songeur, gente demoiselle. Et m’avez-vous dit de quel nom on vous appelle ? »
    Alix sursauta : Nut rimant ! Il est vrai qu’il est pâtissier… Il n’en est pas moins lapin : quand on a plus d’oreilles que de cervelle et que l’on vit sous terre, les vers que l’on peut dénicher ne sont guère du genre à se faire pâmer une jeune et jolie princesse...
 
Chapitre 5  - les questions prêtent main forte à la sonnerie
 
    Il n’en demeure pas moins que ce ver est un ver de trop : à quoi rimerait-il de ne point y répondre ? C’est que la vie de princesse ne transige point avec le protocole. Rien de moins protocolaire qu’une charmante princesse qui fait parler un lapin sans prendre lapine… -pardon, la peine- de s’être présentée à l’embarcation. Ce qui est une façon de parler, cette discussion ne volant pas haut et la pièce asséchée ne valant plus la moindre croisière en sous-sol. Au quai, se dit Alix : il me faut donc répondre !
 
  « Après réflexion, non. Je ne crois pas vous l’avoir dit.
-    Quoi donc, gente demoiselle ?
-    Eh bien, de quel nom on m’appelle, pardi !
-    Mais qui donc vous appelle ? »
 
    Ça par exemple ! Alix se surprend à échanger des vers avec ce lapin : voilà qui n’est pas franchement le prototype de tout ce qui colle ! Mais au fait, elle est ici à l’ombre… et sa mère veille : que penserait-elle d’une telle discordance protocolaire, elle qui s’évertue à la dissuader de parler aux inconnus ? À plus courte vue, que va-t-elle penser de son absence ? Bonne fille, elle s’en voudrait de l’inquiéter outre-mesure : il va lui falloir songer à remonter à la surface. Cependant, elle n’a pas mauvaise conscience : le fait est qu’elle ne parle pas à un inconnu puisqu’il s’est de lui-même présenté comme Nut. Et puis, ne s’est-il pas montré le plus mal élevé ? N’est-ce pas lui qui parle à une inconnue ? N’est-ce pas lui qui est passé sous sa fenêtre, odieuse insulte en noir et blanc à son sourire multicolore de fille de beauté ? N’est-ce pas encore lui qui, ensuite, a repassé sous son nez, épouvantable défi laborieux à qui désire redevenir une enfant ? N’est-ce pas enfin lui qui la retient, d’abord avec un café et un biscuit, ensuite avec cette enivrante odeur de chocolat ? N’est-ce pas toujours lui qui tend démesurément l’oreille ?…
 
    « Enfin, me direz-vous qui vous appelle ? »
    Alix prit alors un air fort ennuyé… un peu comme si elle avait dû apprendre par cœur cet objet de son prochain négoce : le livre décrivant par le menu les mille manières d’être sérieux. Mais c’est la question insistante du lapin qui suscita cet assombrissement chez elle : fouillant dans la poche de sa robe écarlate, elle en extrait son téléphone portable. Quelle que soit l’activité à laquelle on s’adonne -et aussi gaie puisse-t-elle être-, il suffit que sonne son portable pour que sonne simultanément le glas de tout désir de redevenir une enfant. Les sourcils se froncent, le sourire se fige, le teint pâlit : on sent que de l’appel qui nous parvient va dépendre l’avenir du monde…
    Mais l’objet de cette soudaine gravité est éteint : aucun appel, aucun message. Bien que lapin, Nut erra ! Alors, elle sourit…
 
 
Chapitre 6  - les questions prêtent question
 
    Rassurée de ne pas avoir à peser immédiatement sur l’avenir du monde, la charmante Alix se remit le portable dans la poche, avec son mouchoir par dessus. Ce nouveau sourire lumière dans l’obscurité éclaira d’un jour nouveau le lapin interrogateur : il lui semblait que ses oreilles avaient grandi depuis tout à l’heure… à moins que ce ne soit la tête qui aie rétréci ? La jeune princesse fit sienne les deux thèses : elle était ainsi certaine de ne se tromper qu’à moitié ! Mais se trompait-elle seulement ? Quand on interroge avec autant d’insistance, c’est bien que l’on affute son sens de l’écoute. Quand chaque question posée semble ignorer la précédente, la tête se doit de s’adapter à l’organe qu’elle protège afin d’éviter les courants d’air. Il fallait qu’Alix fasse vite : à ce train, le lapin allait devenir méconnaissable ; il fallait l’amadouer afin de l’ouvrir à l’échange envisagé, répondre enfin à sa question.
     « Alix !
    - 
Je vous demande pardon ?
    - 
Je disais que je m’appelle Alix.
     -  Rassurez-vous, belle enfant. Vous n’avez pas besoin de pelle : ni à l’x ni ailleurs dans l’alphabet. J’ai déjà tout creusé ! »
 
    La négociation s’annonçait plus difficile que prévue : si les réponses aux questions apportaient indubitablement une touche de fantaisie rafraîchissante, elles manquaient singulièrement de sérieux ! En de telles conditions, le partenariat commercial avait toute chance de capoter. Et ce fumet de chocolat qui n’en finissait pas de titiller les princières narines… Pourquoi ce lapin ne lui en a-t-elle pas proposé ? Ne subodorait-il pas qu’une jeune et jolie jeune fille puisse l’apprécier, fût-elle de bonne famille ? C’en était trop : à défaut du produit fini, elle devait s’emparer de l’ouvrage qui en décrit l’art de l’accommoder. Il fallait aboutir ! Mais où ?
     «  Ici !
    -  
Je vous demande pardon ? ( Ce lapin lirait-il à présent dans les pensées ? )
    -  
Venez ici, belle enfant : dans la pièce d’à côté, vous attend un chocolat fumant.
    -   J’avoue que c’est tentant. Mais n’est-il pas frelaté ? »
 
    Alix se faisait volontiers provocante. Ce lapin ne répond pas aux questions qu’on lui pose ouvertement, et semble répondre à celles qu’on ne lui pose pas ! Il allait finir par devenir sa bête noire : ce qui n’éclaircirait ni son pelage ni la situation…
 
 
INTERLUDE IMPOSSIBLE
 
     À propos d‘éclaircissement, que se passe-t-il tout à coup ? Qui a éteint la lumière ? Que t’arrive-t-il, princesse Alix ? Qu’as-tu fait de ton sourire de fille de beauté, de ton sourire lumière dans l’obscurité ? Vois ce qui se passe à présent ! Ou plutôt, ne vois pas : car la pièce s’est assombrie, et on n’y voit plus rien...
    En revanche, on a entendu une discrète sonnerie de portable. Cette fois, ce n’était pas une illusion. Non : c’était bien pire. Folle d’inquiétude, et restant dans l’ombre, Madame mère a fermement invité la chère Alix à remettre les pieds sur terre. Pourquoi le livre fort ennuyeux décrivant par le menu les mille manières d’être sérieux était-il ainsi abandonné au pied de la fenêtre, là-haut ? Quoi, comment ? Un lapin ? Un lapin au chocolat ? Non ? Un lapin… qui fait du chocolat ? Un lapin qui propose du chocolat ? Mais il parle, ce lapin ! Voyons, ma chérie : un lapin, ça ne parle pas ! C’est IMPOSSIBLE. Un lapin au chocolat, à la rigueur… mais qui en fait et s’en vante, non. C’est IMPOSSIBLE. Comment, il repasse aussi ? Normal, les lapins, cela passe partout ! Comment… du linge ? C’est IMPOSSIBLE. Il s’appelle Nut ? Eh là ! C’est IMPOSSIBLE. Et que la princesse ne rentre pas dare-dare, c’était IMPOSSIBLE aussi. Effondrée, la pauvre Alix tourna le dos au lapin. Il pourrait bien faire du vélo sous son nez, elle n’y croirait pas ; voire lui proposer de l’emmener sur son destrier, elle n’aurait plus confiance. Mitraillée d’IMPOSSIBLES, elle se surprit à se faire IMPOSSIBLE. De fait, sans son sourire de fille de beauté, elle devenait méconnaissable ; sans son sourire l’obscurité prenait le pas sur la lumière. Âme d’enfant, qu’un simple coup de fil pouvait altérer. Pour se venger de cet infâme appareil -qui cumulait les fonctions-, elle l’utilisa pour photographier le lapin à son insu : puisque Nut est là, autant l’immortaliser afin de s’assurer que ce n’était pas un rêve !
    Mais puisqu’elle n’y voyait plus rien, il devenait IMPOSSIBLE qu’elle rentre toute seule. Elle décida alors de s’agenouiller et d’attendre son roi.
    « Entre l’ombre et la lumière, comme la Belle au Bois dormant,

    Elle attend celui qui viendra doucement
    Malade d’amour, elle attend… »
 
    Viendra-t-il, ce roi ? Sait-il au moins où en est sa fille ? Dans quelle sombre pièce elle joue ce rôle IMPOSSIBLE ? A-t-elle seulement pensé à l’appeler ? C’est bien la peine d’avoir un portable…
 


podcast

Daniel Facérias : Thérèse  5mn32
(extrait de « Oser l’éternité », Bayard Musique)
 
 
Interlude possible dans l’INTERLUDE IMPOSSIBLE
 
    On a beau savoir que l’action se déroule dans le fond d’un terrier, qu’il y fait nécessairement assez frais, de là à expliquer un tel interlude (presque quinze jours !) qui finit par s’apparenter à une nuit polaire, il y a un pas que ni Alix ni le lapin ne franchiraient… de peur de trébucher dans une obscurité qui se fait chaque jour plus oppressante. Il fait tellement noir qu’il semblerait que la jeune princesse soit paralysée au point d’avoir égaré son portable. Le roi peut attendre. On dirait qu’elle lui a refermé au nez les deux rideaux de son cœur : on s’étonnera ensuite que la pièce se fasse de plus en plus sombre… de plus en plus IMPOSSIBLE ! Voilà qui ne ressemble pas du tout à une très belle princesse au sourire lumière dans l’obscurité.
 
    Mais qui sait : le roi n’est peut-être pas là où on pense…
 
    La pénombre est propice au sommeil, le sommeil est propice au rêve… et le rêve fournit un interlude à cet éprouvant interlude impossible. L’avantage du conte, c’est qu’on y VOIT les rêves : il suffit d’attendre dans l’ombre, comme la Belle au Bois dormant, le doux rêve qui viendra sûrement. Pas besoin de se rendre malade ; il faut attendre… et entendre. C’est que les ronflements peuvent être annonciateurs, et sous le poids de ses longues oreilles on devine que Nut est las… Alors, chut : s’il s’assoupit, ne le dérangeons pas. À quoi peut donc rêver ce mystérieux lapin noir ?
 
 
 
il est possible que le lapin se fasse IMPOSSIBLE…
 
    Non, non : ce n’est pas le chapitre 7 ! Pas encore : l’interlude est toujours là, notre princesse n’étant pas résolue à rallumer la lumière de son sourire de beauté. Elle qui désirait redevenir une enfant, voilà qu’elle en adopte la posture la plus désagréable : le caprice. D’accord, ce n’est pas très agréable non plus de se retrouver dans le noir avec un lapin noir que l’on connaît à peine. Mais tout de même : ce n’est qu’un lapin, pas un loup ! Et ce n’est pas parce que nous sommes au cœur d’un conte que les lapins devraient tout à coup manger les petites filles. Il n’empêche : la charmante Alix a peur du lapin. Cet animal n’a-t-il donc pas quelque lapine et lapereaux qui l’attendent quelque part ? Ne nourrirait-il pas quelque inavouable intention à son égard ? Ce chocolat qui continue d’embaumer l’armosphère ne serait-il pas un piège subtil ? Que de pensées trop sérieuses pour une jolie princesse qui veut redevenir une enfant : comment pourrait-elle sourire en nourrissant de telles inquiétudes ?
 
    « Ah si elle savait, se disait Nut dans son lapin intérieur. Si elle savait que je n’étais pas un VRAI lapin noir, que c’est un horrible sorcier tout blanc qui m’a jeté un sortilège… ou plutôt qui a jeté un sortilège sur tous ceux qui me regardent, ne leur faisant plus voir que cette énorme chose qui me fait devenir leur bête noire… »
    Et le fier héros sur sa roche dort. Dieu merci, il a eu la présence d’esprit d’aller auparavant à tâtons dans la pièce voisine pour y éteindre son chocolat : étrange ce lapin qui feint d’être distrait alors qu’il pense à tout… Il pense surtout qu’il fait peur à la jeune princesse, et il a horreur de cela ! S’il lui avoue avoir conscience de lui faire peur, elle aura encore plus peur. Après tout le mal qu’il s’est donné…
 
    Tiens : où sommes-nous ? Voilà qu’il fait jour, et que nous ne sommes plus sous terre. Voilà qu’à terre est étalé un grand tapis noir… avec de longues oreilles à son extrémité. Ce n’est pas un tapis, mais une peau de lapin ! Où donc est son locataire ? Voilà une très belle princesse au sourire de fille de beauté, au sourire lumière chassant toute obscurité : elle chante comme un pinson au milieu des oiseaux et des papillons. Redevenant une enfant, elle a repris goût au déguisement, s‘est coiffée d’une toque blanche gisant là, près de la peau de lapin… toujours sans son occupant. Elle sourit, sourit éperdument à quelqu’un : il ne faut pas -ou plus- avoir peur pour sourire à ce point, pour créer pareil arc-en-ciel quand il n’a pas plu ! On croit rêver. Et pour cause : nous sommes DANS le rêve du lapin. Il faut en effet que ce soit un rêve : a-t-on jamais vu jeune et jolie princesse prendre tant de place dans la vie d’un gros lapin ? Cela ne se fait pas, à moins que l’animal soit en peluche. Ceci est dûment certifié dans l’alinéa 14b du chapitre IV (dénommé poétiquement « conventions sociales ») du livre fort ennuyeux décrivant par le menu les mille manières d’être sérieux. Il y a ici heureusement comme une sorte de vide juridique, n’ayant pas été prévue la présence d’une peau de lapin sans son habitant. Dans les doux rêves de faux lapin, les livres fort ennuyeux ont toute chance de s’ennuyer. Tellement doux ces rêves qu’ils sont aussi fragiles qu’une bulle de savon : plop !
 
    « Ah zut, ce n’était encore qu’un rêve… » soupire Nut, qui ouvre péniblement un œil. Quelque part dans la pénombre, son rêve est là mais il se tait. La réalité est parfois aussi fragile que les rêves : ainsi notre lapin redoute-t-il l’instant où Alix quittera les lieux : reviendra-t-elle jamais ? Lui qui feignait l’indifférence en repassant sous son nez, en répondant à côté de ses questions, c’est le même qui s’est arrangé pour la faire descendre ici en la provoquant sous sa fenêtre, antithèse parfaite par sa détonante monochromie et son apparent surbooking : assez pour éveiller la curiosité d’une enfant saisie par le contraste qu’il lui offrait. Il savait qu’il n’y avait qu’elle qui puisse rompre le sortilège de l’horrible sorcier tout blanc : à la tristesse méthodique et cruelle de l’un, il lui fallait opposer la joyeuse humeur communicative de l’autre. Et voilà que « l’autre » -pauvre princesse apeurée- prenait ses distances alors que la pièce n’était pas encore jouée ! Le rêve tourne au cauchemar, tant pour l’un que pour l’autre. Et ceci par la faute d’une émotion aussi stupide que la peur. Lui-même a peur de comprendre. Ah non, pas cela ! Si elle partait, elle le tuerait. Car Nut a le pressentiment que jamais plus il ne la reverrait. Mais il ne peut pas lui interdire de partir, et encore moins la contraindre à sourire : il y a vraiment des lapins qui mènent une vie de chien…
    D’ailleurs, ces deux oreilles qui se font trop longues n’auraient-elles point contribué à apeurer la jolie princesse recroquevillée dans l’obscurité ? Puisqu’il en est ainsi, clic-clac ! raccourcissons : tant qu’à mener une vie de cabot, autant adopter les oreilles qui vont avec… et guettons le prochain sourire de la princesse qui, par sa lumière dans l’obscurité, verra peut-être notre brave bête d’un œil nouveau ?…
  Thierry Amiel et Amel Bent - Quand on n'a que l'amour .mp3  
 
Found at bee mp3 search engine
 

le lapin appelle son copain Winnie à la rescousse...

 
     ...afin d'amadouer Madame mère qui, là-haut, doit trouver le temps bien long. Un ours en peluche qui lui livre des fleurs pour la fête des mères, c'est IMPOSSIBLE peut-être ? Non mais...

Winniefleurs.jpg

 
l’INTERLUDE IMPOSSIBLE s'internationalise étrangement...
 
  "Jesus first in your life ?" Wonderful ! Is it possible for me to be the LAST ? Because "the last is the first" (Mc 10, 28-31), of course ! (Better than the left test on your webpage : only 30 % ! Disappointing...) Too, it's more easy to wonder at... a smile light in the darkness.
A strange black rabbit in a long, too long interlude...
 
    Ce lapin ferait-il le cabot ? Après tout ce silence, voilà qu’il envoie un curieux message : tout en anglais, avec cela. Pour un peu, on se croirait chez Lewis Caroll !…
 
 
    Dernière M.A.J. : samedi 7 juin 2008, 22h05
À suivre…
 
Dernière minute : n’ayant pas perdu le nord en dépit de ses mésaventures souterraines, Alix se plaît à signaler que le regard d’aime d’été n’a pas attendu la vague actuelle d’hommages au regretté Pierre Desproges pour se rappeler à son bon souvenir : en témoignent encore les posts des cinq et six mars. Serait-ce le lapin de mars ?
 
La minute de Monsieur Cyclopède

Commentaires

En passant sur votre site, je suis tombé sur cet article et je me permet donc de vous demander quel en est l'intéret vu que votre site vise plutot à commenter les Evangiles ou à donner quelques lumières sur des sujets tournant autour de la religion et non à écrire un remake d'Alice au pays des Merveilles en changeant le nom de l'héroine?

Cela dit cette histoire n'est pas dénuée de sens et je la trouve meme amusante passé la surprise de trouver un tel article sur votre site!

Écrit par : Un visiteur curieux | mercredi, 30 juillet 2008

Que ce site "vise plutôt à commenter les Évangiles" etc, je n'en fais effectivement pas mystère : disons que c'en est la colonne vertébrale. Mais ce n'est pas non plus une sorte "d'e-cloître" refermé sur lui-même, bannissant toute fantaisie... et tout sujet moins directement "évangélique" ! (Vous remarquerez d'ailleurs -si vous poussez un peu votre curiosité- que mes liens externes, en colonne de droite, conduisent à des sujets parfois radicalement opposés à l'Évangile : non que je les cautionne, mais parce que j'y participe peu ou prou...)

Alors, un remake d'Alice, de Blanche-Neige et autres n'a "d'intérêt" que de ne pas se laisser enfermer trop vite sous une étiquette a priori tristounette de "commentateur" de l'Évangile et basta ! Ce qui risquerait d'en faire fuir plus d'un... plus qu'un pastiche de conte de fées, non ?
Alors, tant mieux si nous nous laissons surprendre : au diable les étiquettes !

Merci en tout cas de votre visite.

Écrit par : Michel au visiteur curieux | mercredi, 30 juillet 2008

J' aaadore ! Dis, Monsieur, tu me raconteras encore des histoires ? ...
Là, je crois bien avoir sombré en plein syndrome de Peter Pan (version girl).
Ah ! ça fait du bien ... Merci !

Écrit par : fée Clochette | mercredi, 30 juillet 2008

Savez-vous que je vous ai reconnue tout de suite, avant même d'avoir lu votre commentaire... et malgré votre déguisement de "fée" ?
Gaffe aux "syndromes" quand même : on peut y perdre des plumes !
Qui sait ? Peut-être qu'un de ces jours -et si la muse me titille- je pourrais faire réapparaître le chat botté ? Que va en penser votre Salambö ?...

Écrit par : Le Marquis de Bar-Tabac | jeudi, 31 juillet 2008

Pas seulement Salammbô mais Ts'Eu Hi également ... ces dames vont se crêper la fourrure en voyant (qui sait ?) la réincarnation d'Hamlet (leur ex) dûment chaussé de bottes. Vous croyez qu'entre l'au-delà félin et ici, il n'y a que 7 lieues ? ... Voilà 2 jours que je lutte contre une envie de cigarettes à la menthe et votre marquisat vient jouer les tentateurs ... Aaah ... damned !

Écrit par : S ? ... mais oui, c'est bien moi ! | jeudi, 31 juillet 2008

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