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mardi, 22 avril 2008

Le gardien de la paix s’en va… avec notre permis !

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 14,27-31.
« C'est la paix que je vous laisse, c'est ma paix que je vous donne ; ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m'en vais, et je reviens vers vous. Si vous m'aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit toutes ces choses maintenant, avant qu'elles n'arrivent ; ainsi, lorsqu'elles arriveront, vous croirez. Désormais, je ne parlerai plus beaucoup avec vous, car le prince du monde va venir. Certes, il n'y a rien en moi qui puisse lui donner prise, mais il faut que le monde sache que j'aime mon Père, et que je fais tout ce que mon Père m'a commandé. Levez-vous, partons d'ici. »
_____Le mode d’emploi -du GPS- est d’une simplicité enfantine : il suffit d’aimer, ce qui est à la portée du plus piètre conducteur.[1] Cela est insupportable au vieux routard qui a dû franchir tant d’obstacles à la force du poignet, surmonter bien des embûches, combattre des racketteurs de la route (avec ou sans uniforme…), être fier de se dépanner lui-même en mettant les mains dans le cambouis pour venir à bout d’incidents mécaniques sous un capot abritant les entrailles d’une "usine à gaz" dont le fonctionnement n’est pas à la portée du premier venu. Le vieux routard a des centaines de milliers de kilomètres au compteur. Pour lui, il n’y a de paix que chèrement payée : au prix d’une observation chaque jour plus pointue de la complexité du monde qui l’entoure. On s’habitue à tout, surtout à la complexité. Si en éclaircir un aspect apporte des bons points de "professionnel" [2], cela apporte plus sûrement une aura de prestige auprès de ceux qui "ne le sont pas". Il suffit d’aimer ? Voilà qui est signé : lot de consolation de "l’amateur". « C'est la paix que vous me laissez, c'est ma paix que je vous vends ; c'est à la manière du monde que je vous la vends. » Tel est l’acte de foi du marchand de paix du monde. Ne pas signer son contrat expose le récalcitrant à la suspicion d’ennemi de la paix.
_____Cette paix est réservée à l’élite des "experts", vieux routards chargés de RASSURER le monde. Ils sont autant d’astres illuminant les orages humains de leurs arcs-en-ciel : la paix, c’est leur rayon. Ils ont leurs organisations internationales, leurs reconnaissances nobelisées : ils sont ceux qui "savent". Et quand la paix n’est pas au rendez-vous, ceux qui "savent" savent même pourquoi : c’est de la faute de tous ces béotiens qui, eux, ne "savent" pas. Parmi ces derniers, il en est dont le Maître leur déclare : « C'est la paix que je vous laisse, c'est ma paix que je vous donne ; ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. » Ceux-là sont leurs sujets de prédilection, car le Maître continue ainsi : « Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés. » S’il suffisait d’aimer, pourquoi tous ceux-là sont-ils bouleversés et effrayés ? Si l’amour donne des ailes, il semble qu’elles leur servent à prendre la fuite ! Ceux qui "savent" ne savent qu’observer le bouleversement et la peur. Il suffit d’aimer ? Pour eux, ce n’est pas suffisant : trop simple pour être vrai. [3] Sus à la complexité des peurs, dont l’étude se veut la chasse gardée des "spécialistes" ! Ils le deviennent tant et si bien qu’ils en perdent leurs guillemets : voilà qui ajoute à leur aura
_____Or, la peur a ses raisons que la raison ne connaît pas : garde-fou à l’origine, elle fait perdre toute raison à proportion de sa diffusion. « C'est la paix que je vous laisse, c'est ma paix que je vous donne ; ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. » Cette paix n’a rien de spontané : elle réclame le simple effort d’aimer afin de se diffuser. Quel que soit l’enrobage du moment, à la manière du monde on ne sait diffuser spontanément que la peur. On peut la rationaliser à l’envi –ce qui rassure en surface, apportant l’illusion du "contrôle" de la situation-, on ne bâtit jamais que des structures théoriques se basant sur de l’irrationnel à haute dose. Ces structures se nourrissent de la lâcheté individuelle et collective : à moins d’un utopique paradis sur terre, elles n’auront jamais à se plaindre d’une panne sèche…
_____Les spécialistes ne sont jamais que des pompistes : il faut que leurs cuves soient pleines pour que le client s’arrête. Une station de gonflage est la bienvenue chez eux : cela leur permet de maintenir la pression. Ajoutons-leur la station de lavage, permettant au client de nettoyer les projections de ceux qu’il a croisés sur sa route… qui vont remplir les cuves de la station : la boucle est bouclée. Qui dit peur dit en effet épouvantail, réel ou supposé. La peur étant irrationnelle, elle incline plus sûrement à la supposition, fondement indépassable du mythe toujours renaissant du bouc émissaire.
_____Le spécialiste de la peur n’est en aucun cas un spécialiste de l’élimination de cette peur : aussi développée soit-elle, aucune science ne saurait en venir à bout. (La véritable science est ce qui est objectivement rationalisable, non ce qui est subjectivement rationalisé…) Mais il existe des sciences de distribution méthodique de la peur. On peut d’ores et déjà souscrire à une carte de fidélité [1]: elle est très utile ! La peur s’encarte avec une aisance déconcertante. Les points de bonus s’accumulent… au même rythme que la peur. Le spécialiste de la peur est celui qui sait… offrir en pâture à son aimable clientèle un bouc émissaire qui "tienne la route" à son regard. Tout le reste n’est que littérature jetant une épaisse brume sur la route de chacun…
_____Il suffit d’aimer : voilà qui est une insulte au mythe de la complexité du monde dont le prince s’y entend à distiller la peur. Elle est précisément l’apanage du prince, car elle reste ce qu’elle a toujours été : un outil d’asservissement et de pouvoir sans partage. Un peuple bouleversé et effrayé est prêt à tout croire pour se rassurer : il lui faut voir le loup ![4] « Seigneur prince du monde, montre-nous le loup ; cela nous suffit. » [5]
_____Curieusement, il n’a pas peur d’y perdre son âme… « Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c'est celui-là qui m'aime. » [1] ll n’a pas peur d’être infidèle. « Le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » ll n’a pas peur d’être ignare parce qu’amnésique. « Beaucoup peuvent trouver leur demeure… » [3] ll n’a pas peur d’être SDF ! (sac de frousse ?…) « Levez-vous, partons d'ici. » ll n’a pas peur de se coucher et de rester ici. Aurait-il peur que le Ciel lui tombe sur la tête ? D’une certaine façon, oui : parce qu’il a peur d’aimer, tout simplement. Il suffit qu’on lui fasse passer le berger des brebis [6] pour le loup, et les jeux sont faits ! Attention à ne pas y laisser jouer les enfants : ils seraient bouleversés et effrayés.

_____Avec tout ceci, on ne sait toujours  pas qui est le loup [7] ! On ne peut compter sur personne…

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