Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jeudi, 24 avril 2008

"Messie", le monstre du Loch Tristess

1856392078.jpg

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 15,9-11.
« Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j'ai gardé fidèlement les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie. »

_____Si vous êtes fidèles à mes commandements… j'ai gardé fidèlement les commandements de mon Père. Voilà de quoi mettre du baume au cœur de légions des « PVA »[1] de tous horizons ! La fidélité aux commandements, c’est à leurs yeux LA fidélité tout court. Est infidèle tout dissident qui roule hors des rails des commandements. Le mythe de la complexité du monde [2] a besoin d’être entretenu par ceux qui sont aux commandes des aiguillages : eux seuls vous "simplifient" la vie, pourvu que vous suiviez LEURS commandements. Il y a donc les "gentils" : ceux qui se laissent gentiment aiguiller ; et bien sûr les horribles "méchants" qui s’obstinent à suivre LEUR voie.
_____Il n’est de fidélité que dans l’amour : la fidélité dans la coercition n’en est que pâle caricature. La fidélité est ici présente dans l’amour, sans doute… mais l’amour de la loi.[3] Se satisfaire de la fidélité aux commandements, c’est se contenter de son os à ronger : fidélité du dogue [4]. Il n’est pas certain qu’aller mordre dans l’arrière-train de celui qui "déraille" contribue à demeurer dans son amour !…

_____C’est bien ici que se situe la ligne de démarcation entre l’amour de la loi et la loi de l’amour.[5] Au cœur de l’action, cette ligne est toujours floue et changeante : il convient de disposer de quelque recul afin de l’apprécier à sa juste mesure. Or, ce recul porte un nom : c’est la joie ! Mais pas N’IMPORTE QUELLE joie. La joie superficielle, satisfaction du "devoir accompli" du bien-pensant « PVA » se réjouissant d’être au-dessus de la mêlée [6] et faussement compatissant à l’égard du mal-agissant, ne saurait appartenir à ce registre. Elle est d’ailleurs un trompe-l’œil de bout en bout, décrivant un pharisien apparemment joyeux et un publicain apparemment triste. Or, la véritable joie émane de l’exercice de la justice : de ce qui est juste. On peut être scrupuleusement fidèle aux commandements et semer de profonds germes d’injustice autour de soi : si cette fidélité aux commandements suffisait à assurer une pleine justice, cela se saurait depuis longtemps ! Cette injustice n’est pas si difficile à déceler : elle se mesure au baromètre de la joie. L’aiguille de ce baromètre est aussi NETTE que l’aiguillage du chemin de fer, ne donnant pas dans la demi-mesure. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie. La voie de la joie ne souffre pas de positions intermédiaires : elle EST ou elle N’EST PAS. Quand elle est, elle comble les vides de l’angoisse. Quand la tristesse accable jusqu’aux raisons de la joie, c’est ce que cette dernière n’est pas aiguillée sur la bonne voie : elle va jusqu’à se faire oublier. Inversement, la joie qui comble ne fait nullement oublier les raisons de la tristesse. Elle n’élimine pas cette tristesse, mais l’habite d’espérance.[7]
_____Il ne s’agit nullement de l’espérance illusoire de l’attente résignée de "jours meilleurs" : ceux-là ont toujours le chic pour reculer à l’aune de la ligne d’horizon. C’est moins l’attente passive d’un avenir qui reste hypothétique que l’attente active dans le présent d’un avenir que nous espérons (plus que nous imaginons, avec les meilleures intentions du monde). C’est l’espérance garantie non par des rêves inaccessibles mais par la joie vécue de demeurer dans l’amour. L’être aimé peut être aux prises avec mille tempêtes : il espère pouvoir rentrer au port dès que possible. À cet égard, il ne saurait demeurer inactif en attendant benoîtement à fond de cale que la météo s’apaise : au contraire, il tient bon la barre, reste vigilant afin d’éviter les récifs et les vagues meurtrières. L’autre être aimé –celui qui est resté au port- est lui-même aux prises avec les tempêtes de l’inquiétude : il connaît les conditions déplorables dans lesquelles se débat celui qu’il attend. Il les connaît d’autant mieux quand l’autre laisse de temps en temps un message radio le rassurant sur son compte. Oui, il est sain et sauf… et il alimente l’espérance de l’autre en lui faisant savoir : il sent bien que tout silence prolongé de sa part ruinerait à petit feu l’espérance de l’autre. En dépit des malheurs à traverser, chacun est comblé de joie, sachant l’autre vivant et ayant des raisons d’espérer le retour qui se scellera dans l’étreinte d’un cœur à cœur. Il faut par conséquent que le marin loin du port maintienne le cap de cette bonne espérance, ce qui d’ailleurs le motive pour entretenir la sienne. Qu’il opte pour le silence, coupant sa radio afin de se concentrer sur sa lutte contre les éléments déchaînés qui l’assaillent, qui le condamnera ? Les apparences sont pour lui, mais il obéit dès lors à l’amour coercitif de la loi météorologique qui ne lui épargne rien, à commencer par la peur.

_____Compagne incontournable des tempêtes, la peur reste plus que jamais l’adversaire irréductible de l’amour [8]. Le cœur qui a ses raisons que la raison ne connaît pas n’est rien d’autre qu’un cœur apeuré : le cœur qui aime s’appuie au contraire sur la raison afin de ne point la perdre. Faute de quoi, il se laisse emporter par les vagues de l’émotion qui ne lui font entendre qu’une voix : celle des sirènes… de détresse où à queue de poisson. En matière de conduite, faire une queue-de-poisson consiste justement à couper la route, à contraindre à l’arrêt. C’est la logique du « PVA » : on comprend mieux que ce soit un drôle de poisson, truffé d’arêtes[1] La sirène vient substituer l’illusion à l’espérance. Au nom de son "réalisme", toute espérance devient illusoire et à toute illusion est apportée une note d’espérance. À son écoute, toute espérance est déçue. Mais elle n’en répond JAMAIS : comment une illusion pourrait-elle porter la moindre responsabilité ? Auto-protégée par son statut, elle promet monts et merveilles et disparaît dès que surviennent les premières désillusions. C’est qu’en effet, elle indique les récifs à gauche quand ils sont à droite, la mer d’huile là où elle est démontée, la terre ferme là où elle est engloutie et inversement. C’est dire qu’après avoir rassuré dans un premier temps, elle a contribué à ce que la peur s’installe plus profondément dans un second temps. Armée de la peur, tout lui est soumis, révélant –mais un peu tard- ses véritables écailles : celles du serpent de mer. La radio ? Inutile : ne perdons pas de temps avec l’être aimé, et concentrons-nous sur le gouvernail. Une tempête qui secoue la coque ? Voilà qui est "réaliste" ! Si d’aventure l’être aimé s’évaporait des pensées, ce serait "de sa faute" : il n’avait qu’à rejoindre à la nage l’objet de son amour dans sa tempête. Comme si risquer deux naufragés au lieu d’un avait le pouvoir de diminuer la force d’une tempête !!!…

_____Pendant ce temps la loi de l’amour s’étiole, victime d’un silence qui la plombe : que ce soit celui de la pleine mer ou celui du port, l’être aimé ne saurait nourrir son espérance de silence, étant alors amené à imaginer le pire, dans un sens ou dans l’autre… Il a besoin de savoir où est l’autre, ce qu’il fait, s’il pense encore à lui : la suspicion de son indifférence lui pèse, surtout s’il a au quotidien les moyens d’entrer en contact.
_____Reste l’éventualité d’une panne de la radio : l’espérance peut néanmoins se déplacer sur le météorologue. Lui sait déterminer les zones de turbulences, annoncer quelque amélioration ou ne pas cacher un possible accroissement des difficultés à traverser : au moins ne travestit-il pas l’espérance en vains espoirs. On aura reconnu le météorologue de l’extérieur, non celui de l’intérieur [8] dont les messages "d’espérance" soufflent le chaud et le froid… avec une nette prédilection pour le froid [9]! Saluons au passage cette exceptionnelle netteté chez lui : celle de l’aiguille de son baromètre qui ne fait pas exception à la règle, puisqu’elle ne donne pas non plus dans la demi-mesure. Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour : quoi qu’il arrive, vous conserverez le bon cap, celui qui vous ramènera au port. Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon "amour", parodie la sirène, météorologue de l’intérieur à l’esprit commercial affûté. Ce à quoi elle pourrait ajouter si elle faisait preuve d’un minimum de cohérence : Je vous ai dit cela pour que ma tristesse soit en vous, et que vous soyez comblés de tristesse. Ce qui, on en conviendra, est déjà moins "vendeur"… De la part d’un serpent de mer, c’est illusion que de lui demander de la cohérence : par nature, il louvoie autour de la coque en difficulté. Il bouleverse et il effraie. Il s’en va, et il revient vers nous. Il est plus grand que nous. [10] MAIS il n’existe QUE si on le laisse nous rencontrer.

_____Il n’est de fidélité QUE dans l’amour : quand elle s’ancre dans la peur, toute autre fidélité n’est qu’illusion qui accroît les tempêtes et éloigne du port…

Les commentaires sont fermés.