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mercredi, 30 avril 2008

Porteur, s’il vous plaît !

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 16,12-15.
« J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l'instant vous n'avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu'il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »

_____Si nous disons que nous ne sommes pas pécheurs, nous faisons de lui un menteur et sa parole n'est pas en nous.[1] Et si chacun vivait sur une île déserte, le mensonge ne se retournerait jamais que contre soi, sans plus de conséquences que celle d’une Parole qui résonne dans le vide.

_____Le singe de l'Esprit de vérité [2] s’intéresse davantage à la vie en société, prémisses de la communion des saints… ou de leur désunion. Par conséquent, lui aussi vient, et s’attache à guider vers SA "vérité" tout entière. « J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l'instant vous n'avez pas la force de les porter. » L’instant d’il y a deux mille ans est sans doute un peu passé : beaucoup d’eau a coulé depuis sous les ponts. S’il est un Texte qui ne saurait être suspect d’être figé et de figer, c’est bien celui de l’Évangile. Saisons et siècles passent, apportant la force de porter certaines choses, de même que l’aliment solide convient mieux à l’adulte qu’au nourrisson. "L'Esprit de vérité" va donc jouer la carte de la "bienveillance", en nous mâchant la nourriture. Cette carte est assurément un joker, se substituant à toute autre carte. Grâce à elle, l’infantilisation se substitue elle-même à un authentique esprit d’enfance. Il convient donc de DIMINUER la force de porter certaines choses, laissant ensuite entendre -avec force trémolos dans la voix- que l’on dispose de quoi l’AUGMENTER.
_____En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu'il aura entendu. Le « PVA » peut se réapproprier cette phrase à la virgule près ! En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même mais de ce qu’il aura entendu de la part d’un "respectable"« PIA » ayant pignon sur rue. Sa probité morale est donc apparemment impeccable, reposant sur la "vérité" tout entière d’un "expert" [3] dont l’éminente "formation" inclut visiblement dans son cursus la greffe d’un scanner à haute définition en lieu et place de l’organe dont il se veut le "spécialiste" le plus averti ! (Une greffe du cœur serait plus indiquée…) Remarquable apport technologique, quand on sait qu’il ne requiert pas même la présence de "l’objet" scanné : vont être envieux les informaticiens oublieux qui ont un document urgent à numériser… dont il s’aperçoivent à la dernière seconde que l’original leur fait défaut.
_____Mais le « PVA » n’est pas très regardant sur l’aspect "scientifique" du « PIA » : le "consulter" est moins un acte "médical" qu’un acte de foi. Le "soin" (dont la première consonne pourrait avantageusement être remplacée par un f…) n’est qu’un alibi moral recouvrant la fausse nécessité de demander à un autre de penser à votre place : un autre qui fait "profession" d’avoir la force de porter ce que son client estime ne pas pouvoir porter, par seule paresse intellectuelle et spirituelle. À des degrés divers, on parvient donc à trouver aussi des "troublés psychiques" à l’état presque "naturel" ! Le « PIA » non plus n’est pas très regardant : si elle lui offre une raison sociale avantageuse, la "santé" est le cadet de ses soucis… l’aîné étant l’insurpassable "emploi" qui pulvérise l’autre dans les sondages relatifs aux préoccupations premières de nos contemporains. (C’est que la "santé" semble tellement s’éloigner telle la ligne d’horizon, qu’on se demande si elle n’est pas une utopie : au moins "l’emploi" est-il une réalité concrète et sérieuse.)
_____Afin de préserver son "emploi", le « PIA » a donc naturellement besoin de justifier ses émoluments sans avoir à hériter des mal-êtres de sa clientèle "spontanée". Sa "spécialité" lui faisant mettre en jachère une authentique science médicale qui disparaît au fil du temps faute d’exercice et de "mises à jour", elle lui reste cependant précieuse afin de légitimer le seul pouvoir qui lui reste : pouvoir ô combien redoutable, puisque c’est celui de prescrire. C’est le SEUL et UNIQUE point qui le relie encore à une apparence "médicale". Pour le reste, l’esprit qui le meut est celui de la "préservation de son emploi". En d’autres termes, c’est un commercial… et les commerciaux n’aspirent guère à hériter de tous les soucis de leur clientèle, de crainte de faire partie de celle-là ! Le client "spontané" a donc toutes ses faveurs… surtout quand il lui demande explicitement de lui "confirmer" que le mal-être qui justifie sa visite est à attribuer à une tierce personne qu’on se garde bien d’aviser de l’opération ! Les absents ont toujours tort, c’est bien connu… Dans ce cas précis, on remarque même que le client N’EST PAS le "malade" ! Il va en effet "beaucoup mieux", fort de la caution morale que lui aura accordée avec "générosité" son praticien. Mais gare à l’absent ! En commercial avisé et en médecin oublié, le bon "docteur" ne déculpabilise QUE les clients "spontanés". S’il les "guérit", c’est mauvais pour le marché. Il faut donc entretenir celui-ci en exploitant le filon entamé : l’absent paie donc son manque de "spontanéité" par un "diagnostic" si carabiné qu’à côté de la description dite –sans rire- "clinique" de son état de "santé mentale", le grand méchant loup deviendrait aussi inoffensif que Cendrillon face aux trois petits cochons ! Stephen King devrait être autorisé à assister à quelques "consultations" par contumace : cela lui fournirait sans doute matière à inspiration pour ses prochains films d’épouvante.

_____Si les sept années d’études de VRAIE médecine s’étiolent avec le temps, les quelques années de "spécialisation", elles, sont plus fraîches. En matière de manipulation mentale (matière PRINCIPALE, à défaut d’apprendre à lire à l’intérieur de l’autre…), le ressort humain le plus aisé à mettre en action est celui de la peur, émotion qui s’excite en fonction du degré de lâcheté de chacun. D’où une certaine délectation de nos « PIA » à avoir savamment nourri l’illusion qu’ils étaient des "experts" en matière de prédiction de la "dangerosité". Prédiction le plus souvent démentie par les faits, mais CELA N’A AUCUNE IMPORTANCE pour personne : ce qui démontre assez que le mobile qui préside à tout ceci n’a strictement RIEN de scientifique et TOUT d’une foi SANS raison. On en redemande ! Le commercial ne saurait se soustraire à ce marché si florissant : c’est MORAL puisque c’est RENTABLE…
_____Médaille d’or du degré zéro de l’intelligence, le "médecin de l’intelligence" partage sa coupe avec sa clientèle "spontanée". Il reste au "diagnostiqué" absent le soin d’apprendre avec surprise qu’il souffre énormément ! Il se croyait chez des hommes debout ? Du jour au lendemain, on s’écarte de lui, les jambes flageolantes, le teint pâle et les cheveux dressés sur la tête. On ne lui adresse plus la parole, de crainte qu’il ne se mette en colère, et là… Plus de paroles, mais alors que de braiments ! Ceux-ci reprennent -avec "prudence" !- ce qui vient du "docteur" ( qui l’a fait connaître à X qui, lui-même, en a avisé Y, etc.) pour le faire connaître avec des pincettes à l’élément qui se situe à l’extrémité de cette chaîne presque comique tant elle est cousue de fil blanc : le fameux "diagnostiqué"… tout heureux d’apprendre néanmoins que "ce n’est pas de sa faute" ! Le comique réside en ce que tout le monde autour de lui devient fou à lier… mais que c’est LUI qui est réputé l’être. Il apprend également avec soulagement qu’il n’est pas "contagieux". Ce qui le rassure effectivement, étant aux premières loges pour constater que la contagion réelle est visiblement d’un autre ordre : celle de l’ânitude.

_____Il est cependant fichu, parce que fiché au catalogue du "grand banditisme psychique" : c’est sa parole contre celle du "docteur". Celui-ci ne l’a JAMAIS vu ? Aucune importance : on ne navigue plus sur les rivages de la raison dès lors qu’on se fie de près ou de loin au « PIA ». Le prescripteur a un effet placébo ! On aimerait pouvoir en dire autant de ce qu’il prescrit…

_____Ici, le comique cède la place au tragique à la mesure du degré de résistance du "malade" malgré lui. Nous ne sommes plus au temps de Molière ! Si le "malade" cède et se laisse "soigner", c’est une descente aux enfers qui lui est promise. Il va en effet lui être administré de quoi incarner assez la "maladie" dont il "souffre" pour ôter les guillemets au nom comme au verbe. On s’étonnera ensuite de constater la culpabilité généralisée des proches d’un "malade" dont l’état s’aggrave au fur et à mesure de sa "thérapie". Autant s’étonner que les ânes mangent du foin…
_____Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. La gloire du « PIA » est plus que jamais à proportion de la honte de sa clientèle.

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