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05.05.2008

Les savons font de la mousse…

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 16,29-33.
Ses disciples lui disent alors : « Voici que tu parles ouvertement, sans employer de paraboles. Maintenant nous savons que tu sais toutes choses, et qu'il n'y a pas besoin de t'interroger : voilà pourquoi nous croyons que tu es venu de Dieu. » Jésus leur répondit : « C'est maintenant que vous croyez ! L'heure vient - et même elle est venue - où vous serez dispersés chacun de son côté, et vous me laisserez seul ; pourtant je ne suis pas seul, puisque le Père est avec moi. Je vous ai dit tout cela pour que vous trouviez en moi la paix. Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : moi, je suis vainqueur du monde. »

    Maintenant nous savons que tu sais toutes choses, et qu'il n'y a pas besoin de t'interroger. Il n’y a pas besoin de L’interroger… sur ce qu’Il ne sait pas, puisqu’Il sait toutes choses. En foi de quoi, il y a de quoi nous interroger : sommes-nous, oui ou non, de ceux qui savent qu’Il sait ? Il ne s’agit pas là d’un savoir intellectuel, mais d’une adhésion intérieure d’un savoir relatif à un savoir absolu. On peut en effet savoir qu’Il sait… et passer son chemin, se disperser chacun de son côté, et Le laisser seul. On peut savoir qu’Il sait… mais au fond se cristalliser sur son savoir relatif, en faire un absolu dans une situation qualifiée d’urgence : l’esprit du monde peut ponctuellement vaincre la confiance. Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : moi, je suis vainqueur du monde. Dans la détresse, tout savoir est mis à l’épreuve du feu. C’est là une épreuve de vérité, qui purifie le savoir comme l’or passé au feu. À condition bien sûr de ne pas laisser la détresse dominer sur la confiance. Ce feu n’est pas la combustion instantanée de l’explosion, mais la lente combustion d’un brûleur domestique dont la chaleur se concentre dans des limites déterminées, propices à réchauffer ce qui était froid… sans le brûler.

    Sommes-nous, oui ou non, de ceux qui savent qu’Il sait ?
    Si oui, même si
nous trouvons la détresse, nous avons confiance : Lui, Il est vainqueur du monde et de ses soucis. Dans notre savoir relatif, nous savons que nous ne savons pas tout mais que Lui sait toutes choses, en particulier l’issue de la détresse subie. La confiance, c’est accepter de ne pas comprendre au cœur de la détresse, de SA détresse. Le plus souvent, en prime, c’est accepter de MIEUX comprendre APRÈS la détresse !
    Si non, quand
nous trouvons la détresse, nous n’avons pas confiance. Cette méfiance est induite par la peur, et la peur induit elle-même des mouvements de panique incontrôlés. La méfiance, c’est refuser de ne pas comprendre au cœur de la détresse, de SA détresse. Maintenant nous savons que tu sais toutes choses… oui mais nous sommes "réalistes" : maintenant nous savons que nous sommes dans la mouise et que nous voulons nous en extraire le plus rapidement possible, à n’importe quel prix ! Mais la confiance demeure toujours au cœur de la détresse : parasitée par la fiance, elle s’oriente différemment. Au départ, elle est la même : accepter de ne pas comprendre au cœur de la détresse, de SA détresse. Induite par la peur, la méfiance va rechercher de quoi se rassurer : une source de confiance. Soyons toujours "réalistes" : Lui là-haut, Il nous laisse seuls. (Par rapport à l’Évangile, l’attitude est déjà inversée.) Seuls, nous avons de plus en plus peur. Ne trouvant la paix qu’en Lui, nous ne l’avons plus. Puisque c’est dans le monde que nous avons trouvé la détresse, c’est dans le monde que nous trouverons de quoi nous rassurer par rapport à cette détresse. Le monde nous a d’ores et déjà vaincus !

    Car le monde se plaît à nous faire savoir qu’il sait toutes choses, ou peu s’en faut. Ce qu’il ne sait pas encore est sur le point d’être découvert : simple question de patience. Le monde ne sait pas que la détresse est personnelle, qu’elle n’est pas interchangeable. Elle peut être partagée par la compassion, mais elle ne peut pas être "transférée" d’une personne à l’autre. La détresse EST ou N’EST PAS : ceci serait un truisme… sans celui qu’on devine : le "professionnel" [1] de la détresse de l’autre ! Dans la racine philosophique de sa fonction, le « PIA » est déjà une ERREUR. Il attire à lui la confiance, apportant l’illusion de comprendre au cœur de la détresse de l’autre ! Lui, il crée de toutes pièces le besoin de l'interroger : voici qu’il parle fermement, en employant d’étranges paraboles. Il doit asseoir la confiance qu’on lui accorde, en faisant savoir qu’il sait toutes choses. Il est très fort : il déniche la détresse là où elle n’est pas ! Là où elle se trouve réellement, il est naturellement aussi inapte que n’importe qui pour la traiter : mais cela ne doit pas se savoir. Seul doit se savoir qu’il sait toutes choses : à défaut d’une qualité qui est condamnée à rester hors de sa portée, il privilégie donc la quantité. Plus il fait mousser sa "science", plus il donnera l’impression de savoir toutes choses. Sa "Bible" [2] s’enfle d’ailleurs à chacune de ses nouvelles éditions.
    Il nous a dit tout cela pour que nous trouvions en lui la paix. Pas de chance : cette paix s’éloigne au grand galop. Ce ne peut être du fait du « PIA » : lui qui sait toutes choses ne l’a pas vue passer ! Pour maintenir la confiance, il faut donc absolument trouver un fauteur de guerre… mais sans le présenter comme tel, sous peine d’être immédiatement démasqué. La solution est vite trouvée : puisque nous sommes dans la "médecine", le fauteur de guerre va être décrété en guerre contre lui-même, c’est-à-dire en détresse. Ne cherchons pas la caméra cachée : nous sommes toujours en "médecine", ce qui implique de compatir à la détresse de l’autre. Il est tellement "en panne", cet autre que ses feux de détresse sont eux-mêmes en panne. On pourrait suggérer tout simplement qu’il ne les a pas allumés, la nécessité ne s’en faisant pas sentir. Mais c’est bien connu : il faut faire confiance à la médecine, parce qu’elle sait toutes choses et que nous ne sommes que de pauvres ignares. Si les feux de détresse ne clignotent pas, c’est qu’ils sont en panne, point. Et on parle fermement, en faisant les gros yeux si nécessaire : on ne plaisante pas avec la "santé" ! (Pas avec la santé du "médecin", en tout cas…) Ce bon « docteur » va donc induire une détresse nouvelle chez l’autre, ayant ensuite beau jeu de "démontrer" son "diagnostic" initial quand elle deviendra bien réelle !
    In fine, la détresse primaire ne sera pas résolue mais amplifiée. Y sera greffée (normal : c’est de la "médecine"…) une détresse secondaire qui, à son tour, en générera d’autres et ainsi de suite. La détresse devient de la sorte un formidable marché en pleine expansion. Il faut bien vivre… à condition de ne pas être "patient", bien sûr.

    Maintenant nous savons qu’il ne sait RIEN, et qu'il n'y a pas besoin de l'interroger : il serait bien en peine de répondre ! Voilà pourquoi nous croyons qu’il peut aller au diable… Et que chacun se disperse de son côté, en prenant en charge SA propre détresse.