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08.05.2008

Label et la bête

 
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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 17,20-26.
« Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi. Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi. Que leur unité soit parfaite ; ainsi, le monde saura que tu m'as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m'as aimé. Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, et qu'ils contemplent ma gloire, celle que tu m'as donnée parce que tu m'as aimé avant même la création du monde. Père juste, le monde ne t'a pas connu, mais moi je t'ai connu, et ils ont reconnu, eux aussi, que tu m'as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître encore, pour qu'ils aient en eux l'amour dont tu m'as aimé, et que moi aussi, je sois en eux. »
 
    Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi. C’est dire que l’Écriture est encore loin d’être accomplie, même si Celui qui prononce ces paroles est à la veille de déclarer qu’Il a tout accompli.[1] Lui oui, nous non ! L’Écriture reste à accomplir : à VIVRE. Si l’on devait résumer l’Histoire des hommes d’un trait de plume, elle n’est jamais que la confrontation –et souvent, l’affrontement !- de ceux qui accomplissent l’Écriture et de ceux qui l’abolissent. [2] Mais l’Histoire montre davantage l’aspect extérieur des conflits que leurs racines intérieures. Il n’y a pas d’un côté les "bons"et de l’autre les "méchants" : la vie est plus nuancée qu’un western. Rien n’étant figé, on peut un jour accomplir l’Écriture… et l’abolir le lendemain : à cet égard, pas besoin de se trouver un ennemi à l’extérieur. Ceci dépend bien sûr de l’accueil de la parole et de la foi que nous y accordons. Ici, ce ne sont pas les mots qui parlent, mais les fruits. Quand la parole subit la concurrence d’autres paroles, le germe de la division est déjà en place : la parole peut être ni accueillie ni crue. (Si elle n’a pas été annoncée, c’est une autre histoire… quoique la nature aie horreur du vide : d’autres parolessont de toute façon accueillies et crues.)
    Les Écritures "concurrentes" ont l’avantage de se présenter comme telles : celles-ci manifestent également la volonté de s’accomplir et la tentation de s’abolir. Un raisonnement manichéen voudrait qu’il suffise d’accroître la volonté afin de réduire la tentation : on retrouve là la volonté prométhéenne de l’amour de la loi qui cherche à se substituer à la loi de l’amour.[3] C’est oublier que l’accueil de la parole est une acceptation intérieure, non une soumission extérieure qui n’a pour effet que le rejet de cette parole… et l’accroissement de la tentation de l’abolir au profit d’autres paroles qui trouveront meilleur accueil. Ici l’Histoire devient muette, parce qu’elle ne lit pas dans le cœur des hommes : elle ne s’en tient qu’à la relation des fruits visibles de l’accueil de paroles différentes, et parfois contradictoires.
 
    Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître encore, pour qu'ils aient en eux l'amour dont tu m'as aimé, et que moi aussi, je sois en eux. L’Histoire retient plus volontiers ce qui fait du bruit : elle est une longue litanie de bruits de bottes et d’armes qui s’entrechoquent. Où sont ceux qui ont en eux l'amour dont le Père a aimé le Fils ? Ils sont ici, ils sont là : au milieu de ces guerres dont ils sont les premiers à pâtir. On les retrouve volontiers au cœur des cessez-le-feu. L’Histoire retient peu leurs noms : eux ne font pas de bruit, car il est plus efficace d’accomplir l’Écriture hors des projecteurs médiatiques. À la gloire des hommes, ils privilégient la gloire que le Père a donné au Fils, pour qu'ils soient un comme Eux sont un. Tant qu’est sauve la loi de l’amour, le silence a des vertus salvatrices, régénératrices, propices à l’accueil de la parole. En un tel contexte, celui qui fait du bruit offre un contraste saisissant ; sa parole est perçue pour ce qu’elle est : celle de quelqu’un qui voudrait que l’on contemple sa gloireau détriment de celle des autres. Cette gloire du monde porte déjà la guerre en germe. Cette guerre est rarement une volonté première d’accomplissement : elle résulte précisément de la tentation de l’abolir ! La méthode ? Cette gloire du monde que l’on contemple dans son miroir, on croit la diminuer en la faisant partager au monde. « Écoutez ma parole, et vous serez comme des dieux !… » Cette parole est donnée pour "nouvelle", surpassant en éliminant toutes celles qui l’ont précédée, réputées "dépassées" : curieuse "modernité" qui a souvent de forts relents d’ancienneté ! (cf. Gn 3, 5) Mais pour peu que l’on soit de ceux qui contemplent la gloire du Fils, cette gloire du monde n’offre que peu de prise, n’est ni accueillie ni crue : on lui préfère celle qui ne se perçoit que dans un silence constructif. L’adversaire clairement identifié est celui qui rompt ce silence. Certes, il peut s’établir des rapports de force qui tournent à l’affrontement. Mais au moins ne se paie-t-on pas de mots : chaque camp est un en lui-même, oppose sa loi à celle de l’autre sans prétendre être l’autre.
 
    Simultanément, il peut s’établir des rapports de ruse destinés, eux, à éviter l’affrontement. Soit que d’authentiques rapports de force tourneraient au désavantage d’un attaquant numériquement plus faible, soit que cet attaquant aie tout simplement peur de mener des combats de cette nature. Cette peur est d’ailleurs redoutable, pouvant éventuellement conduire à une menace formelle : toujours la projection du tigre blessé. [2] Il existe des Ministères de la Défense : aucun Ministère de l’Attaque ! La logique voudrait donc qu’il n’y ait plus de guerre. Il semble que la réalité en décide autrement, ce qui démontre assez que derrière les mots censés traduire une certaine loi de l’amour se tapissent des non-dits relatifs à l’amour de la loi. Ces non-dits relèvent bien entendu d’un silence autre que celui qui accueille et croit la parole des disciples du Fils.
    Les rapports de ruse ne sont nullement l’apanage de la chose militaire : ils en sont plus volontiers les avatars, étant plutôt des rapports de désertion du combat ! Ils sont en effet aussi vieux que le monde, traductions de toutes les lâchetés de ce monde. Le combat est mené autrement, sur le terrain où il présente le moins de risques possibles : "courageux", mais pas téméraires !  Le must du rapport de forces gommé en surface, c’est le rapport de collaboration. L’ennemi se présente à l’ennemi en ami. Le loup se fait berger. [4] Son objectif : infecter [2] le troupeau afin de l’ouvrir à sa parole. Sans cette infection préalable –inoculation de la « MST »-, cette seule parole ne parviendrait qu’à le disperser ! Or, il s’agit au contraire de rassembler le troupeau autour de cette parole. Il convient donc de pénétrer de l’intérieur l’autre parole : celle du berger auquel se fie le troupeau. C’est cette autre parole qui est l’objet privilégié de l’infection : un rapport direct de forces entre la parole du vrai berger et celle du berger mercenaire éliminerait d’emblée cette dernière sans difficulté ! Il convient donc d’affaiblir la parole du bon pasteur en feignant d’agir avec lui, mais sur un autre domaine que le sien. Dans un premier temps, la parole du berger mercenaire va donc consister à asseoir la conviction qu’elle est autonome par rapport à celle d’un vrai berger qu’il feint hypocritement de respecter pour ne pas avoir à l’affronter directement. La poudre aux yeux de cette collaboration de tartuffe sera d’autant plus efficace et trompeuse qu’elle paraîtra plus vraie que nature, grâce à l’infection du vocabulaire relatif à la vraie parole. Qui pourrait se défier d’un "aide"-berger qui use d’un langage de berger ? C’est entendu : il ne se veut pas le berger… enfin, pas encore. Allant jusqu’à feindre le silence de celui qui accueilleet croit la parole du bon pasteur, il se tait beaucoup. Pour commencer, il tait ses ambitions ! Sur un plan purement stratégique, les révéler le conduirait tout droit à changer immédiatement de métier. D’autant que ce métier d’"aide"-berger génère beaucoup "d’accidents" : on ne compte plus les brebis égarées qu’il a à son actif ! On les retrouve fort diminuées… quand on a la chance de les retrouver. Cet "aide"-berger est en effet d’un courage très relatif : à tout propos, il fait du zèle en criant au loup.[5] Normal : sa vue basse lui fait prendre tout être vivant pour un loup. Au milieu d’un troupeau, cela fait un peu désordre… Dans un second temps, la parole du berger mercenaire va donc consister à laisser entendre qu’il bénéficie d’une vue perçante ! Que ne ferait-on pas pour la "préservation de l’emploi" ? Il faut vraiment être un mouton pour adhérer à une telle galéjade : soit un disciple qui s’est laissé éblouir par la gloire du monde, le rendant mûr à subir une certaine infection. C’est grâce à cette infection que le troupeau peut faire confiance à notre "aide"-berger : s’il a dit avoir vu le loup, c’est que le loup y était. Voir le loup –et en protéger le troupeau- telle est sa fonction, qui n’est justement pas celle d’un troupeau qui ne doit pas avoir d’autre souci que de brouter et de ruminer. Les brebis perdues ne se sont-elles pas égarées parce qu’elles n’avaient pas vu le loup ? Qui soupçonnerait une seconde QU’ELLES ONT VU LE LOUP ? Conscientes, mais un peu tard, qu’elles l’avaient elles-même laissé rentrer…[6 Qui soupçonnerait une seconde que le loup soit au dernier endroit où on l’aurait imaginé ? Ce n’est pas même un loup qui s’est déguisé en vétérinaire : un tel praticien s’efforce, lui, de ne pas faire souffrir sa clientèle ! (Encore qu’il aie un point commun avec ce dernier : lui non plus ne dédaigne pas achever un "patient" qualifié de perdu…) Et puis, allez convaincre une vache qu’elle souffre là où elle ne le sait pas… En revanche, il s’agit de transformer tout être vivant en ruminant. Que l’on broute et que l’on rumine. Que l’on rumine contre l’autre qui vous pique votre herbe ! [7] Et que l’on broute la bonne herbe "médicinale" de l’"aide"-berger : il sait mieux que nous ce qui est bon pour nous. Il est "bon" pour nous d’avoir une intelligence de ruminant… enfin, c’est surtout bon pour lui. Car c’est ainsi qu’il peut rassembler le troupeau autour de sa parole, l’idéal étant toujours que le vrai berger ne soit pas conscient que cette parole s’oppose à la sienne. Ce qui peut d’ailleurs conduire ce dernier à collaborer à son tour à son "aide"-berger ! [8][9] La boucle est bouclée, et le pâturage avec elle…
    « Pour Moi, je sais que des loups féroces s’introduiront chez vous quand je ne serai plus là, et le troupeau ne sera pas épargné. Même parmi vous surgiront des hommes qui tiendront des discours mensongers pour entraîner les disciples à leur suite… » (Ac 20, 28-38) Ce Texte de saint Paul ne date pas d’hier ! C’est dire que l’Écriture a été accomplie, afin que nul ne puisse attester d’avoir été pris en traître : encore faut-il la lire POUR la vivre. « Soyez donc vigilants », ajoute l’Apôtre des païens. Cette vigilance est devenue si affaiblie que ce sont ceux qui la maintiennent encore qu’on offre en pâture aux loups féroces ! Sans doute gênent-ils ceux qui veulent entraîner les disciples à leur suite : avec l’arme atomique de la "santé mentale", tout leur sourit…
 
    Soit un mouton qui a vu le loup. Mais lui l’a vu à temps ! Il court plus vite que lui, et défend bec et ongles son carré de pâturage contre l’intrusion du loup. Parmi le troupeau, quelle est la parole qui est la plus spontanément accueillie et crue ? Celle du mouton, ou celle du berger ? La parole du berger est naturellement prédominante… et ce, qu’il soit vrai ou mercenaire. La parole d’un berger infecté a plus de valeur que celle d’un mouton qui refuse net de se laisser inoculer le virus de la tremblante spirituelle ! Il n’en voit que trop les effets délétères chez ses congénères. Ce mouton-là va passer pour un mouton noir. On vous exclura de la synagogue. Et même, l'heure vient où tous ceux qui vous tueront s'imagineront offrir ainsi un sacrifice à Dieu. [7] Sale bête ! Elle est bonne à exclure du pâturage, et –pourquoi pas- à TUER. Ne met-elle pas en péril l’harmonie fragile d’un troupeau, qui souffre assez par ailleurs de la mystérieuse décimation dans ses rangs de brebis qui, malgré elles, se font boucs émissaires qui offrent pour les survivantes un sacrifice à Dieu ? Mais vous n'appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde ; voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous. [10] Mais le mouton qui a vu le loup à temps n’appartient pas au monde d’un troupeau infecté ; voilà pourquoi ce monde a de la haine [11]contre lui. Car ce monde a hérité de la vue basse de l’"aide"-berger : ayant brouté par mégarde un peu d’écorce de « l’arbre qui est au milieu du jardin » (Gn 3, 3), ce qui est noir est perçu blanc et ce qui est blanc est perçu noir. Quand un mouton passe pour un mouton noir, il n’a pas trop de souci à se faire pour sa santé : les autres s’en chargent pour lui ! Ils s’en déchargent pour eux, appuyés par un étrange berger qui se veut supérieur parce que plus nuancé. Chez lui en effet, tout est GRIS… comme un âne !
 
    Dans un monde qui sait que le Père a envoyé le Fils, et qu’Il les a aimés comme Il a aimé le Fils, ils ont en eux l'amour dont le Père a aimé le Fils, et le Fils aussi est en eux. C’est là un monde qui scelle l’Alliance entre le Vrai Berger et ses brebis, un monde aux couleurs de l’arc-en-ciel, un monde CLAIR qui, lui, voit venir le beau temps après la pluie qui l’a nettoyé. Ce monde ne se laisse pas assombrir par des apprentis sorciers qui, faute de légitimité scientifique et à défaut de pouvoir diagnostiquer des maladies vérifiables, mettent les bouchées doubles sur des "troubles"…qu’eux seuls parviennent à distinguer ! Ce vocabulaire est pourtant assez clair en soi : il signe la dérision d’une parole que seul un être vivant infecté peut accueillir et croire. À partir de là, un ange pourrait tomber du Ciel : il ne le croirait pas ! Un mouton blanc est nécessairement noir. Il semble qu’à l’image de son nouveau "Père", l’être vivant infecténe soit pas équipé de la marche arrière… [12]  Faut-il que le monde de ce "Père"soit sans âme, pour qu’il ose "médicaliser" celle-ci par sa seule dénomination ! Si le ridicule ne tue pas ceux qui s’y prêtent, une trop longue expérience démontre qu’il peut tuer ceux qui s’y fient. Un monde dont l’unité veut se parfaire en appelle à un surcroît de couleurs : il n’a surtout pas besoin de grisaille et de marchands de grisaille. Contre la bête, il oppose le label du Père.
 
 

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