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samedi, 07 juin 2008

L’abus de méfiance nuit à la santé : sachez consommer sans confiance…

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 12,38-44.
Dans son enseignement, il disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques, les premiers rangs dans les synagogues, et les places d'honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d'autant plus sévèrement condamnés. »
Jésus s'était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait la foule déposer de l'argent dans le tronc. Beaucoup de gens riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s'avança et déposa deux piécettes. Jésus s'adressa à ses disciples : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre. »

_____On savait déjà que l’arithmétique de l’éternité faisait violence à celle du temps : tout au moins invite-t-elle cette dernière à modérer sa tentation toujours récurrente d’asseoir son pouvoir sur le verdict des chiffres. Derrière les querelles de mots [1], les batailles de chiffres ne sont jamais bien loin ! Mais jamais ne trouvera-t-on dans l’Évangile un mépris faussement vertueux du chiffre, qui conduise à déshabiller Paul pour habiller Jacques : la miséricorde s’articule constamment avec la justice pour toutes les parties. Il n’en demeure pas moins que cette arithmétique de l’éternité a des relents subversifs. Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront les premiers.[2] Celui qui veut être le premier sera l'esclave de tous.[3] Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. [4] Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. [5] Vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. [6] (ce qui dissuade déjà de se chercher des poux dans la tête…), etc.
_____L’arithmétique de l’éternité atteint ici des sommets de "violence" qui frisent la provocation : voilà que deux malheureuses piécettes ont –à la Bourse de la vie éternelle- une cotation supérieure à celle de grosses sommes versées par beaucoup de gens riches ! Il est vrai que nous savions déjà qu’il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. [7] Mais ici, la question n’est même pas là : elle n’est pas dans une dialectique entre riche et pauvre, mais dans la distinction entre superflu et indigence… et dans le contraste entre le premier et le second paragraphe de ce passage d’Évangile. Il s’agit de passer de la méfiance à la confiance…

_____« Méfiez-vous des scribes… » Il convient avant tout de se défier de certaines traductions ! [8]… Dans celle de sœur Jeanne d’Arc, op (LES ÉVANGILES, Desclée de Brouwer, 1992), la même phrase débute ainsi : « Gardez-vous des scribes… ». La signification ne change pas fondamentalement, à ceci près qu’une mise en garde appelle à une vigilance ponctuelle, ouverte à un éventuel lâcher prise de l’adversaire potentiel, voire à sa possible rédemption. L’état de méfiance, lui, est moins incisif mais plus permanent : il va jusqu’à mettre en doute tout lâcher prise et a fortiori toute rédemption, ne les interprétant que comme des ruses ultimes de l’adversaire. Nous avons d’un côté des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques, les premiers rangs dans les synagogues, et les places d'honneur dans les dîners.De l’autre, une pauvre veuve. Or, les scribes dévorent les biens des veuves ! À qui va l’argent déposé dans le tronc du Temple ? À ceux qui y passent le plus de temps : ils affectent de prier longuement : ils seront d'autant plus sévèrement condamnés. Mais qui les condamne sinon eux-mêmes ? Le portrait brossé d’eux ne montre-t-il pas le profond hiatus qui existe entre eux, à qui il ne manque rien, et une pauvre veuve qui a tout donné… à qui ils ont indirectement tout volé ? À vue humaine, cette pauvre veuve pourrait passer pour bien naïve, donnant tout ce qu'elle avait pour vivre. Non : elle a simplement agi avec une confiance totale et sans bornes en la Providence. Une confiance si extraordinaire qu’elle couvre la méfiance de tous ces gens riches qui mettent de grosses sommes… prises sur leur superflu, et se gardant de quoi voir venir ! Eux ne se veulent pas "naïfs"… C’est-à-dire qu’ils croient volontiers en la Providence, sont même prêts à verser de grosses sommes pour son service… mais sont un peu moins prêts à lui accorder une confiance totale. De quoi auraient-ils l’air s’ils convient à la place d’honneur des scribes à leurs dîners s’il ne leur reste qu’indigence à leur servir ?
_____« Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. » Certes, elle n’a plus de quoi inviter un scribe à dîner… mais ce dernier s’est déjà en quelque sorte servi. Au moins n’a-t-elle plus à s’en garder, ce qui la rend plus libre que les autres : moins soucieuse et plus joyeuse !

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