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jeudi, 19 juin 2008

Que ton rêve vienne !

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 6,7-15.
« Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous l'ayez demandé. Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié. Que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour. Remets-nous nos dettes, comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient.  Et (ne nous soumets pas) à la tentation, mais délivre-nous du Mal. Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, à vous non plus votre Père ne pardonnera pas vos fautes.»

_____Entre le rabâchage et la rumination [1], il y a comme un air de famille. À ceci près qu’on s’imagine mal qu’à force de meugler, une vache sera exaucée quant à son désir de dépasser son quota laitier. Il est d’autant moins demandé au fils d’en savoir autant que le Père [2] qu’Il sait de quoi vous avez besoin avant même que vous l'ayez demandé. C’est bien là la marque du Père. Ce qu’Il voit, PERSONNE d’autre que Lui ne le voit : pas même nous ! Par conséquent, Il sait mieux que nous ce dont nous avons besoin. En tant que vrai Père, c’est bien à ce besoin qu’Il répond : pas nécessairement à des demandes à laquelles nous ne soupçonnons pas toujours les aboutissants si elles étaient satisfaites à la lettre. Les enfants n’ont pas le monopole du caprice, ce dernier n’étant que la caricature de la bée attitude d’enfance. [3] Cette dernière commande d’accepter notre filiation, ce qui nous réconcilie avec notre destination : nier l’une, c’est nier l’autre.

_____Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié. Quand ? Dimanche prochain ? Où ? Aux cieux ? Que ton règne vienne : mêmes questions. Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel : voilà déjà des réponses plus consistantes. Sa volonté, Il la voit également mieux que nous. Il est peut-être aux cieux, mais Il nous apprend de la bouche du Fils que Sa volonté ne se cantonne pas aux sphères célestes : qu’Il tient à ce qu’elle soit faite sur la terre comme au ciel ! La difficulté saute aux yeux : comment savoir s’il en est ainsi puisque notre vue basse limite nos regards à la terre ? À cette difficulté, s’en ajoute une autre : comment distinguer Sa volonté… de la nôtre ? La tentation reste récurrente de se justifier en confondant les deux, ce qui est appuyer sur l’amour de la loi au détriment de la loi de l’amour. [4] C’est naturellement par les fruits [5] que se distingue cette volonté. Dans leur quantité comme dans leur qualité, ils établissent rétrospectivement une différence formelle entre la prière et le rabâchage. Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour. Le pain de ce jour vient rejoindre l’esprit de la résurrection et de l’amour [6] : au présent. Il ne viendrait à l’esprit de personne de remettre le pain de ce jour au dernier jour… Inversement, le quiétisme lui offre moins de prise : l’estomac qui crie famine ne saurait être exaucé à force de paroles ! À lui seul, le pain de ce jour atteste que Sa volonté faite sur la terre demande la participation active de ses habitants, mais cette participation n’est pas non plus une fin en soi : comme au ciel… afin d’être le moins dépaysé possible en parvenant à destination.
_____Sa volonté ? Il la manifeste parfois par des songes. [7] Le rêve n’est pas qu’une échappatoire des malheurs du temps présent : une sorte d’exquise fuite en avant. Il est plus souvent le murmure d’une brise légère [8], coup de pouce du destin qui prendra de multiples appellations, en fonction de la réceptivité de son bénéficiaire : signe [9], coïncidence, inspiration, idée, etc. À l’inverse du réel palpable, limité par toutes sortes de contingences, qu’il s’effectue en plein sommeil ou à l’état de veille, le rêve n’a pas de frontières ; pas même de lois ! S’il est fuite, ce n’est qu’afin de fuir les frontières et les lois. Non pour les contredire mais pour les dépasser. Le rêve n’abolit pas le réel : il l’accomplit [4] au-delà de ses légitimes appréhensions. Le rêve n’a qu’une seule loi : sa réalisation. Il donne un surcroît de vie au réel, à condition de lui donner vie. [5] Le rêve est le propre de l’homme. L’homme qui ne rêve pas est soit réduit à l’état animal (ou végétatif), soit… Dieu lui-même. Parce que Dieu ne rêve pas : Il n’en a pas besoin ! L’homme en a davantage besoin, moins pour s’évader que pour accueillir Sa volonté sur la terre au-delà de tout esprit de chapelle… ou de refus de cet esprit. Le rêve ? Il n’est autre qu’une sorte d’ouverture "laïque" à l’extraordinaire. Ce n’est pas au réel que se heurte sa réalisation : c’est aux rêves… des autres ! Plus précisément encore : à leurs cauchemars.
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_____Le cauchemar ? Un mauvais rêve qui s’est réalisé : à savoir, un rêve qui ne répondait pas à Sa volonté sur la terre. Autrement dit, un rêve qui répondait plus sûrement à une volonté humaine refermée sur elle-même, transformant les rêves des autres en cauchemars : un rêve qui est venu violer d’autres rêves. Car le rêve est avant tout intérieur et strictement personnel tant qu’il ne s’est pas extériorisé, c’est-à-dire réalisé : de même que nul ne saurait cultiver un rêve à la place d’un autre, nul ne saurait s’immiscer dans le rêve d’un autre parce qu’il n’y a pas deux rêves qui soient semblables : chacun fait ce qui lui plaît… mais il n’y a pas de rêve qui ne s’accorde avec au moins un autre, le rêve étant destiné à SE dépasser. Il faut ici distinguer le rêve personnel de sa fausse version "collective" incarnée par l’utopie idéologique. Celle-ci véhicule certes du rêve, mais il vient de l’extérieur : elle ne parvient qu’à singer une communauté de rêves qui ne peuvent se réaliser qu’en opposition à des rêves contraires [6 p.1], réinterprétés en "cauchemars". Que ton règne vienne ; le rêve est le marchepied de Son règne : chacun est libre de l’emprunter ou non, mais au nom de quoi en interdirait-on l’accès à ceux qui nourrissent de plus grands rêves ? Au nom de la "santé mentale", bien entendu, pour laquelle tout rêve n’est que "délire", "hallucination" et autres billevesées pseudo-réalistes. Avec elle, ne rêvons pas : elle détient le monopole du rêve. Version CAUCHEMAR, est-il utile de le préciser ? Elle s’immisce sans vergogne dans le rêve des autres, le dévalorise afin de mieux l’étouffer : elle est une briseuse de rêves, apôtre de la tristesse. [7] Rien ne lui fait davantage horreur que les rêves les plus… fous ! Que son nom soit laminé. Que son règne soit renversé ; que sa volonté soit défaite sur la terre afin de rouvrir le ciel. Ceci est un rêve.
_____Remets-nous nos dettes, comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient. Ce qui n’est pas sans rappeler la parabole du serviteur mauvais.[8] De même que nous recevons et donnons gratuitement [9], il nous est remis comme nous remettons.
_____Et (ne nous soumets pas) à la tentation, mais délivre-nous du Mal. Autre rêve : qu’on en finisse avec cette traduction approximative [10] qui n’est probablement pas innocente dans différents heurts entre "sensibilités" chrétiennes qui achoppent à juste titre sur une "soumission" à la tentation exercée par le Père Lui-même ! Est-ce faire venir son règne que de le laisser nous "soumettre" à la tentation ? Qu’il ne nous permette pas d’y être soumis si l’on veut réellement qu’Il nous délivre du Mal !…
_____Il est toujours surréaliste d’entendre des thuriféraires de la "santé mentale" achever de rabâcher pieusement leur Notre Père : mais délivre-nous du Mal. Car il sera difficile de faire mieux qu’elle pour ouvrir à deux battants la porte au Mal : elle délivre le Mal avec une totale inconscience de ses acteurs ! Sachant tirer de l’homme de bien le plus insoupçonnable tout ce qu’il a en lui de plus bas, de plus vil et de plus mesquin, elle réalise ainsi les plus mauvais rêves : qui la soupçonnerait de tuer le rêve quand elle en produit autant ? C’est pourquoi ses victimes elles-mêmes semblent s’y accrocher parfois [11] : à l’absence bestiale de rêve, on préfère encore le mauvais rêve…
_____Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, à vous non plus votre Père ne pardonnera pas vos fautes. La "santé mentale" ne pardonne pas, jamais : ses complices non plus. Elle n’a rien à se faire pardonner, jamais : ses complices non plus. Elle est le nouveau "Bien" qui délivre du "Mal", à la place du Père. Mais délivre-nous du Mal : du faux arbitre [12]. Le sommum du rêve qui se réalise, c’est la prière qui est exaucée.

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