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lundi, 23 juin 2008

Quand les diabolos mentent avec une paille…

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 7,1-5.
« Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ; le jugement que vous portez contre les autres sera porté aussi contre vous ; la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous. Qu'as-tu à regarder la paille dans l'œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil tu ne la remarques pas ? Comment vas-tu dire à ton frère : 'Laisse moi retirer la paille de ton œil', alors qu'il y a une poutre dans ton œil à toi ? Esprit faux ! Enlève d'abord la poutre de ton œil, alors tu verras clair pour retirer la paille qui est dans l'œil de ton frère. »

_____Qu’on se le dise : la forêt d’Amazonie –poumon vert du monde- est sauvée ! En effet, plus besoin d’en abattre ses arbres tant nous disposons d’un stock de bois si conséquent que tout problème de chauffage ou de papier est résolu pour les deux ou trois générations à venir. Plaçons bout à bout toutes les poutres qui sont dans l’œil de la "santé mentale" et l’on fait allègrement le tour du monde à pied sec. Cinq petite lignes pour cet Évangile, cinq fois y évoque-t-on l’œil, une fois le regard et une fois la claire vision.[1] Le regard est clairement associé au jugement, et le jugement au regard.

_____Ne jugez pas, pour ne pas être jugés. Grâce à l’artifice sémantique du "diagnostic", la "santé mentale" ne court pas le risque d’être jugée, puisqu’elle "ne juge pas". Esprit faux, elle ne court pas non plus le risque de guérir qui que ce soit, toute authentique guérison ne s’établissant que sur un mal non moins authentique ! L’illusion de son "non jugement" est une affaire entendue depuis longtemps [2] : sa persistance ne tient d’une part qu’à ses nécessités commerciales, [3] et d’autre part quà celles de s’auto-protéger de tout risque d’être elle-même jugée. Que l’on ne porte pas sur elle le jugement qu’elle porte contre les autres ! Elle s’en volatiliserait instantanément… À cet égard, sa suprême astuce fut d’investir les rouages de la justice humaine : se rangeant du côté du juge, qui oserait encore se servir pour elle de la mesure dont elle se sert pour les autres ? Le juge, sans doute : quand ce dernier sera las de brader sa fonction en la confiant aux margoulins irresponsables et déresponsabilisateurs qui font la joie des journaux à sensations, il consentira peut-être à extraire la justice de son marasme et de ses scandales permanents… Confier les arcanes de la justice aux protecteurs des lâches et des hypocrites, c’est aussi grotesque que demander à l’oncle Picsou de faire garder son coffre-fort par les frères Rapetou ! Tant que la justice ne sera pas réappropriée par le juge [4], elle ne cessera pas de se laisser engorger et éclabousser par des affaires de type Outreau. La justice est l’affaire [5] du juge : étonnant, non ?

_____Le plus étonnant est que l’on persiste à privilégier la paille à la poutre. La paille ? Elle brûle très vite, et sa combustion produit plus de fumée que de feu : voilà pourquoi l’adorateur de la "santé mentale" regarde avec insistance la paille dans l'œil de son frère, alors que la poutre qui est dans son œil il ne la remarque pas ! Même non-fumeur, il adore la fumée ! Moins parce que c’est un fumiste que parce qu’il se laisse griser par la fumée de l’encens : le recours au « PIA »relève en effet pour lui de la nécessité de s’alléger de bien des fardeaux de culpabilité personnelle. Il est assuré de trouver chez lui une oreille complaisante qui ne juge pas. [ Ici, dans un sitcom télévisé, le lecteur entendrait un fond sonore de rires enregistrés… ] On connaît la chanson : le client "spontané" se sent ensuite beaucoup plus léger, parce qu’il a été encensé. On connaît aussi les conditions : par un étrange phénomène de vases communicants, la poutre va être priée de se trouver un œil nouveau. [3] Et elle le trouve ! Exit le mal, il ne reste plus que des "pathologies" et des "troubles" : une paille quand on sait qu’ils ne concernent que les autres. Chez le « PIA », c’est le premier qui l’dit qui y est pas : le plus rapide a donc la meilleure part, celle de l’encens. Cela fait marcher le commerce, notamment celui des transports de poutres… et de fumier sans feu : même pas fichus de garder la paille [6] propre ! On le sait : le retardataire qui prend le train en cours de route n’est pas bien vu. [7] Pire : il ne voit pas clair ! "Heureusement" pour lui, il se voit tout à coup l’objet de beaucoup de sollicitude de la part de "frères" qui se bousculent pour lui demander de leur laisser retirer la paille de son œil : c’est qu’ils n’y ont jamais vu aussi clair que depuis que le "gentil encenseur" leur a fait croire -dans un épais rideau de fumée- qu’il leur avait retiré leur poutre ! Dans une telle purée de pois, la poutre qui est RESTÉE dans leur œil ils ne la remarquent pas. On notera donc que c’est celui qui se tient à l’écart de ces feux de paille qui est réputé ne pas voir clair. Enfoncée l’institutionnalisation de l’absurdité par les Monthy Python ou Mel Brooks : ce n’est jamais là que du cinéma. Comme l’est d’ailleurs la "santé mentale"… à ceci près que celle-ci crève l’écran, hormis celui de la fumée qu’elle produit : qui soupçonnerait des "médecins si sérieux" d’être des cinéastes ? Même en ce domaine, ils restent affligeants : partant d’un script de film comique, ils ne savent produire que du gore.

_____Il n’en demeure pas moins que la "santé mentale" reste la bouée de sauvetage du disciple qui bute sur ce passage : ne jugez pas, pour ne pas être jugés. Voilà une maxime particulièrement crucifiante pour un « PVA ». Et la suite ne contribue guère à le rassurer : le jugement que vous portez contre les autres sera porté aussi contre vous ; la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous. En clair, il est préférable d’être gentil avec les autres si l’on veut qu’ils soient gentils avec nous. "Gentil docteur"… si compréhensif : lui aussi voit clair. Il est formé [1, p.6] pour voir clair ! On apprend des chose étonnantes en Faculté de médecine : par exemple, à développer des facultés extra-sensorielles. On brûle tout : paille et poutre, histoire de dégager la vue.
_____À propos d’Histoire, la vision claire s’étend désormais au temps et à l’espace ! Jésus de Nazareth ? « En résumé, la nature des hallucinations de Jésus, telles que décrites dans les religions orthodoxes, nous permet de conclure que le fondateur de la religion chrétienne souffrait de paranoïa religieuse. » [8] On a su abréger Ses "souffrances" : sur une poutre, justement. Pourtant, le "droit de mourir dans la dignité" n’existait pas encore… Depuis, la médecine a fait des progrès et a su s’adapter à son époque en se dotant des derniers perfectionnements de la technique. [9] À présent, plus besoin d’avoir le "souffrant" dans l’œil afin de voir clair dans sa "souffrance" : on l’appellera au moment des "soins" ! En attendant, on l’a à l’œil« Dis-moi ce que tu écris ; je te dirai ce que tu es mieux que toi-même. D’ailleurs, tu souffres trop pour y voir assez clair ! » Voilà en substance ce que pourrait être l’une des formules magiques [10] du "gentil docteur" : sa vision est si claire qu’il parvient même à lire ce qui n’est pas écrit ! Saleté de "souffrance" : elle se tapit entre les lignes. (Depuis lors, on a compris qu’il n’était plus nécessaire de lire les lignes mêmes : ce n’est pas autrement que notre "gentil docteur" a fait introduire la méthode dite globale de lecture -enfin en perte de vitesse- qui a surtout introduit des générations de semi-analphabètes…) Les rôles sont ainsi équitablement partagés : à l’élite formée à la boule de cristal, l’art de lire ce qui n’est pas écrit ; à la plèble, l’art de ne plus savoir lire ce qui est écrit.

_____Mais tout va bien pour le disciple : le "gentil docteur" a le droit de juger puisqu’il est "formé pour". Peu lui importe que l’un des pères "spirituels" de ce dernier porte un tel jugement sur lui et sur les siens : « Nous devons nous débarrasser par tout moyen de ces idées empoisonnées dont nous ont nourris nos parents, tel que le dimanche en famille, avoir une bonne éducation, avoir des politiciens, des prêtres, des journaux et toutes sortes d’autres choses qui ne sont destinées à rien d’autre qu’à nous contrôler... Si la race doit être libérée des fardeaux insupportables que sont les notions de bien et de mal, alors c’est à la psychiatrie qu’appartient cette mission. »[8] On ne saurait dire que les ouvriers de cette étrange moisson [9] aient été peu nombreux : grâce au rideau de fumée de la "santé", ils sont légion chez les plus fervents défenseurs de ces idées dites empoisonnées !… On les a pourtant prévenus : aucun homme ne peut servir deux maîtres.[10] Oui, mais [11] : ça n’a "rien à voir" ![12, p.2] Avec quoi ? La santé ? La notion de bien et de mal ? À moins que ce ne soit l’Évangile lui-même qui n’aie "rien à voir" avec le PRÉSENT… Sans doute s’efforcera-ton de mieux le faire coïncider quand on "souffrira" moins ; d’où la tentation de recourir au "gentil docteur" qui, comme chacun sait, n’a en tête que la notion de bien.
_____Le jugement que vous portez contre les autres sera porté aussi contre vous ? Aucun problème : on ne porte pas de jugement contre les autres… puisqu’on s’inquiète de leur santé !

Saint Jean Climaque (vers 575- vers 650), moine au Mont Sinaï, in L'Echelle sainte, 10e degré :

« Qu'as-tu à regarder la paille dans l'œil de ton frère ? »

« J'ai entendu certains parler en mal de leur prochain, et je les ai repris. Pour se défendre, ces ouvriers du mal ont répliqué : « C'est par charité et par sollicitude que nous parlons ainsi ! » Mais je leur ai répondu : Cessez de pratiquer une pareille charité, sinon vous accuseriez de mensonge celui qui dit : « Qui dénigre en secret son prochain, celui-là je le repousse » (Ps 100,5). Si tu l'aimes, comme tu le dis, prie en secret pour lui, et ne te moque pas de cet homme. C'est cette manière d'aimer qui plaît au Seigneur ; ne perds pas cela de vue, et tu veilleras très soigneusement à ne pas juger les pécheurs. Judas était du nombre des apôtres et le larron faisait partie des malfaiteurs, mais quel changement étonnant en un instant !...
Réponds donc à celui qui te dit du mal de son prochain : « Arrête, frère ! Je tombe moi-même chaque jour dans des fautes plus graves ; dès lors, comment pourrais-je condamner celui-ci ? » Tu obtiendras ainsi un double profit : tu te guériras toi-même et tu guériras ton prochain. Ne pas juger est un raccourci qui conduit au pardon des péchés si cette parole est vraie : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés »... Certains ont commis de grandes fautes à la vue de tous, mais ils ont accompli en secret de plus grands actes de vertu. Ainsi leurs détracteurs se sont-ils trompés en ne s'attachant qu'à la fumée sans voir le soleil...
Les censeurs hâtifs et sévères tombent dans cette illusion parce qu'ils ne gardent pas le souvenir et le souci constant de leurs propres péchés... Juger les autres, c'est usurper sans honte une prérogative divine ; les condamner, c'est ruiner notre propre âme... Comme un bon vendangeur mange les raisins mûrs et ne cueille pas les raisins verts, de même, un esprit bienveillant et sensé note soigneusement toutes les vertus qu'il voit dans les autres ; mais c'est l'insensé qui scrute les fautes et les déficiences. »

(trad. Bellefontaine 1978, coll. SO 24, p. 138 rev.)

_____On ne répétera jamais assez combien le mythe de la "santé mentale", se voulant la protectrice de l’intelligence, fait perdre tout sens. Il repousse les limites de l’incohérence ! Quand on n’a pas perdu la foi, on l’a parfois "augmentée" par compensation ruminatoire [13, note 18]. Mais au fond, que cherche-ton à compenser ainsi ? Recouvre-t-on la raison, en parlant ainsi par charité et par sollicitude ? Le « PVA » ne date pas d’hier ! Ce qui est plus récent, c’est la systématisation de la perte de la conscience morale la plus élémentaire. Il ne s’agit plus de conscience "élastique", de celle qui prend ses aises avec l’éthique mais revient à son point de départ, toute honte bue. Non, il n’y a PLUS de conscience morale : son champ est occupé par la conscience mentale instantanée de l’émotion. Ce qui est apaisant et rassurant est "bien" ; ce qui est inquiétant est "mal". Tout le reste devient incompréhensible, QUEL QUE SOIT le bagage intellectuel ou culturel. Ne pas juger est un raccourci qui conduit au pardon : ce qui ne veut RIEN dire SANS la conscience morale du mal sur lequel s’exerce ce pardon. Ici, la conscience mentale du "mal" conduit à juger ce qui est inquiétant comme "mal". Seule la conscience morale pourrait amener la raison à s’interroger sur la validité de cette inquiétude, mais elle n’existe plus. Le virus [14] a frappé… et tant qu’il est là, quel que soit l’effort qu’elle fournisse, la raison ne s'attache qu'à la fumée sans voir le soleil... Fumer bouche les artères et provoque des crises cardiaques et des attaques cérébrales : la fumée de l’émotion immédiate bouche le cœur et attaque la raison. On nous l’avait bien dit que fumer nuisait à la santé…

fumée

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