mardi, 24 juin 2008
Le Jean fait le bonheur

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 1,57-66.80.
(Nativité de saint Jean Baptiste)
Quand arriva le moment où Élisabeth devait enfanter, elle mit au monde un fils. Ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait prodigué sa miséricorde, et ils se réjouissaient avec elle. Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l'enfant. Ils voulaient le nommer Zacharie comme son père. Mais sa mère déclara : « Non, il s'appellera Jean. » On lui répondit : « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! » On demandait par signes au père comment il voulait l'appeler. Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : « Son nom est Jean. » Et tout le monde en fut étonné. À l'instant même, sa bouche s'ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu. La crainte saisit alors les gens du voisinage, et dans toute la montagne de Judée on racontait tous ces événements. Tous ceux qui les apprenaient en étaient frappés et disaient : « Que sera donc cet enfant ? » En effet, la main du Seigneur était avec lui. L'enfant grandit et son esprit se fortifiait. Il alla vivre au désert jusqu'au jour où il devait être manifesté à Israël.
______À la voix forte de la louange proclamée par deux femmes [1], succèdent les vagissements du nouveau-né : Élisabeth mit au monde un fils. Le tressaillement d’allégresse du cercle privé se diffuse à l’extérieur : ses voisins et sa famille se réjouissaient avec elle. D’autant qu’ils avaient appris que le Seigneur lui avait prodigué sa miséricorde : l’accueil d’une vie nouvelle se double de celui de la miséricorde, ce qui sera bien précieux pour accueillir la suite…
______Depuis la Genèse, l’homme domine la création non en l’écrasant mais en la NOMMANT. Nommer, c’est établir une distinction sur tous les éléments de cette création. Ceci est utile à l’homme : pas nécessairement à ce qu’il nomme. Si le morceau de charbon se fait nommer diamant, il n’en prendra pas ombrage : le diamantaire, un peu plus… Si la rose est confondue avec le géranium, elle n’en flétrira pas plus rapidement. Cela commence un peu à se compliquer dès qu’on aborde le règne animal. Si l’on demande à Azor de rapporter la baballe, il ne la rapportera pas… s’il s’appelle Mirza. De plus, l’animal peut réagir différemment sur son nom selon les intonations : il est capable d’établir instinctivement une différence notable entre une appellation affectueuse… et une autre plus ferme quand il vient de renverser le superbe vase du salon. Par ses aboiements, notre toutou peut lui-même "nommer" différemment l’un de ses congénères, son maître… ou le facteur.[2] Pour peu que ce dernier se déguise en chat de la voisine, il peut en perdre jusqu’à son nom ! Cela dépend également du nom dans le nom : la race. Dans un même contexte affectif, le dogue [3] sera plus agressif que l’épagneul breton au regard tendre. [4]
______Voici l’homme. Plus que tout autre, le nommeur doit bien se nommer. Chez l’homme, le nom devient davantage qu’une distinction : il établit sa dignité par son unicité. Le maintien de celle-ci impose d’ajouter le prénom au nom, d’éviter autant que possible toute confusion par homonymie. Et s’il le faut, un surnom viendra apporter la touche qui écartera définitivement tout risque. Au fil du temps apparaîtront ainsi de nouveaux noms, forgés depuis un surnom initial. Ce dernier est établi selon des caractéristiques physiques de son premier porteur, voire dans la dignité obtenue par la fonction qu’il occupait dans la société. Caractéristiques et fonctions évoluent avec les générations, mais le nom reste : on peut ainsi croiser des "Claude" [ lat. claudus : boîteux ] champions de la course à pied, des "Paul" [ lat. paulus : faible, chétif ] d’un mètre quatre-vingt dix et cent kilos…. ou inversement des "Charles" [ all. karl : fort, vigoureux ] polycondriaques d’un mètre cinquante. Ne parlons pas d’anciens métiers devenus obsolètes, dont seul le nom en perpétue encore le souvenir…
______Le nom est rassurant : personnel, il identifie son porteur qui est lui-même et nul autre, et lui permet justement de se situer par rapport aux autres dans l’espace et dans le temps. Toute "crise d’identité" n’est que le surgissement d’un brouillage dans ces repères fondamentaux, d’un étonnement [5] qui tourne mal parce que l’identification s’est effectuée sur un faux nom.
______L’étonnement ? Il surgit là où on l’attend le moins : étonnant, non ? Ici, il survient quand il faut distinguer un fils de son père : ils voulaient le nommer Zacharie comme son père.Le nom est un repère, et ils voulaient que son renom se substitue à ce que voulait son père.Mais seul le père apporte le repère, l’heureux père ! « Son nom est Jean. » « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! » Et tant mieux : cela évite justement l’homonymie… et ouvre à l’étonnement qui brise des habitudes trop rodées pour ne pas être sclérosantes : et tout le monde en fut étonné. Arche entre l’ancienne et la nouvelle alliance, Jean Baptiste est étonnant depuis sa conception dans le sein d’une femme réputée stérile. La valeur n’attend pas le nombre des années : dès son huitième jour, il étonne tout le monde par son nom : Jean [ hebr.Yohanân : Dieu a fait grâce ]. L’étymologie elle-même rappelle que l’étonnement est lié à l’accueil de la grâce. « Que sera donc cet enfant ? » L’étonnement qu’il suscite dissuade toute velléité de projection du père sur le fils : cette velléité a du reste été calmée dès le début de la gestation, Zacharie ayant été sommé par l’ange de se taire [5] jusqu’à ce qu’il reprenne ses prérogatives de père en repérant : en nommant. « Que sera donc cet enfant ? » La main du Seigneur était avec lui : il n’est donc pas question d’outrepasser cette main du Seigneur par celle de l’homme. Étant pour le moins entre de bonnes mains, il lui arrivera ce qui lui arrivera ! L’affaire du fils n’est manifestement pas celle du père. [6] Celui-ci s’inclinant devant ce qui le dépasse (mais qu’il accueille néanmoins : il parlait et il bénissait Dieu), tous ceux qui apprenaient ces événements en étaient frappés mais s’inclinaient aussi à sa suite : le père apporte le repère au-delà du fils. [7, p.9] S’il répond du fils, il n’a pas à répondre des voisins et de sa famille mais à leur répondre par rapport à un fils qui, lui-même, ne saurait répondre de son père ! L'enfant grandit et son esprit se fortifiait parce qu’il répondait à son vrai nom.
______Répondre à son vrai nom n’est pas l’apanage de Jean Baptiste ! Il est le privilège de tout enfant qui accueille le royaume de Dieu à sa manière [8]: c’est-à-dire en situation d’ouverture à l’étonnement, et bien sûr à l’extraordinaire. [9]

22:25 Publié dans L'Évangile au PRÉSENT | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : foi, tchou tchou, christianisme, évangile, santé, politique |
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