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jeudi, 17 juillet 2008

Dis bon joug au gentil doux cœur

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 11,28-30.
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »
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______« Leur fausse conception du monde émousse la conscience de ceux qui se soumettent à leurs traitements, et, même s’ils se sentent « tellement mieux » après, elle les prive de leur vraie liberté. » [1, note 34] "Leurs traitements" sont bien entendu ceux des « PIA » "gentils docteurs" qui sont justement "gentils" à la mesure de ce que leurs clients spontanés se sentent "tellement mieux" après ! Ceux-là sont venus à lui, qui peinaient sous le poids du fardeau, et lui, il leur a procuré le repos. On conçoit qu’ils n’aient pas eu trop de difficulté à infiltrer l’Église, tant ils semblent incarner l’Évangile à la lettre avec une redoutable efficacité : comment imaginer un instant contredire ce qu’on incarne ? À condition, bien entendu, de ne voir dans l’Évangile qu’un gentillet code moral et strictement personnel, sorte de thérapie spirituelle destinée à se faire du bien à dessein de se consoler des malheurs du temps présent. Certes, au détour d’une phrase on peut y lire : tu aimeras ton prochain comme toi-même. [2] Ce qui tranche à peine avec notre sortie de "consultation". En effet, comme le repos procuré s’est effectué au prix de la privation de la liberté -démontrant un amour de soi fort relatif- aimer son prochain comme soi-même [3] va naturellement conduire à en réduire la liberté comme on en a réduit la sienne. L’intention n’est pas maligne puisqu’on désire au contraire lui en faire partager le fruit apparent : le repos procuré. [4] Ce qui tombe bien : on le trouve "fatigué" ces derniers temps… Le caractère scandaleux du mal objectif commis dans le cadre de l’insultation [5] –qui révulserait à juste titre hors de ce cadre- s’efface par auto-amnistie d’un contexte de "santé". Le mensonge est pourtant déjà présent à la racine, puisqu’une difficulté relationnelle n’a strictement rien de "médical" en soi. Qu’elle aie en aval des incidences de cet ordre est plausible, mais ne justifie en rien que l’amont en soit touché : ce n’est pas parce qu’une rivière est polluée que sa source l’est également. La justification "sanitaire"apporte simplement l’illusion de rendre le joug facile à porter, et le fardeau, léger.Ce, en recouvrant une situation radicalement irrationnelle –parce que reposant sur des émotions négatives telles que la peur et l’inquiétude- d’une fausse rationalité rassurante parce que se revêtant d’une sémantique d’ordre médical. Il est déjà naïf –et dangereux- de croire que l’on puisse résorber une situation conflictuelle au moyen de médicaments sur soi ; on devient dangereux pour le prochain en le contraignant à épouser cette logique sophistique jusque dans son corps, le fardeau étant léger chez soi parce que transféré chez lui.[6] C’est ainsi que l’on parvient à ce sommet inégalable d’aberration "médicale" : je souffre et c’est l’autre que l’on prétend  "soigner" ; je demande de l’aide, et on vole au secours… de l’autre ! Cette attitude n’a rien de médical -sinon un "traitement" qui ne pourra qu’être iatrogène- et tout de magique [7] : ce qui fonde la caractéristique essentielle de comportements superstitieux.[1, note 32]

______La Vérité vous rendra libres ! Or, toute vérité –en tout domaine- fait progresser la liberté. Il n’y a pas de santé qui tienne : quand bien même serait-elle le bien supérieur, elle se contredit elle-même en faisant régresser avec violence les libertés partout où elle s’immisce, et particulièrement dans les domaines qui ne la concernent pas. Quand c’est la santé qui dicte la loi [8] et compense l’abdication de sa liberté de pensée par un déluge de paroles et de slogans creux [9], les régimes totalitaires du XXe siècle finiront par passer pour "libéraux"… Dans l’esprit comme dans l’étymologie, nous sommes d’ailleurs face à un véritable fascisme médical, (dont les faisceaux se diffusent dans tous les corps, physiques comme intermédiaires) imposant son ordre, faisant l’unanimité parce que rimant avec santé, mot sidérant et magique qui se substitue à l’État tel que le concevait un Mussolini. Devenir ses disciples, c’est très exactement déraciner par la violence toute douceur et humilité de cœur dans les esprits comme dans les corps. Ce n’est plus même de la décadence morale, mais l’impitoyable éradication d’un bon grain auquel on substitue une culture intensive d’ivraie.

______Que la santé soit un instrument de pouvoir n’a rien de bouleversant en soi : c’est là une tentation qui saisit de tout temps celui qui en possède le savoir. Un Molière, par exemple, a assez tourné en dérision les médecins pontifiants de son époque. Ce pouvoir a cependant toujours trouvé ses limites dès lors qu’il se trouvait lui-même confronté à celles du corps : au pire parvenait-on à des erreurs parfois fatales de diagnostics, invitant les praticiens à plus de modestie sur leur savoir et leur pouvoir. Ces erreurs se limitent elles-mêmes à la personne concernée et son proche entourage par rebondissement. On se souvient de la guérison de l’hémorroïsse : elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans aucune amélioration ; au contraire, son état s’était empiré. (Mc 5, 21-43) [10] En dépit des fabuleux progrès de la VRAIE médecine, il n’est pas rare d’être encore confronté aujourd’hui à des situations analogues concernant d’autres pathologies organiques dont on n’a pas encore identifié de remède efficace : on connaît notamment l’étonnante faculté d’adaptation et de mutation de certains virus qui savent évoluer plus rapidement que la recherche, dont les servants jouent souvent la course contre la montre. Ici encore, les éclatantes victoires de la médecine sont tempérées par ses relatifs échecs.

______Tout s’inverse avec la "santé mentale". Cette invention offre une formidable revanche à tous ceux qui n’acceptent pas l’échec, tant à titre personnel que sur le plan social et médical. Bernard-l’ermite de la médecine, ils y sont d’autant plus aisément intégrés qu’ils sont du sérail, en connaissant la sémantique comme les modes opératoires. Ils sont donc insoupçonnables, de l’intérieur comme de l’extérieur… y compris de l’intérieur d’eux-mêmes ! La plupart ont en effet suivi cette orientation sans intention réllement maligne, soit qu’ils l’aient choisi par goût soit que d’autres filières ne leur aient pas été accessibles pour diverses raisons. Mais un soldat aussi peut s’engager dans une armée avec les meilleures intentions du monde, à commencer par la défense de la paix de la nation qu’il sert : il ne répond pas nécessairement à titre individuel de la politique offensive –voire dictatoriale- suivie par cette nation. Il n’en demeure pas moins que dans sa globalité, qu’il serve ou non une cause juste, un soldat suisse31193732844.jpgreste un soldat, son théâtre d’opérations étant extérieur, dans les limites géographiques de son pays ou non. Un médecin, lui, répond personnellement de la cause qu’il défend, son théâtre d’opérations étant à l’intérieur… de l’autre. C’est dire que s’il induit dans cet intérieur un désordre plus grand que celui qu’il a trouvé en arrivant (toujours Mc 5, 21-43 ou "ainsi l’état de cet homme est pire à la fin qu’au début" (Lc 11, 26)), il commet un acte qui trahit la déontologie médicale la plus élémentaire. Bien sûr, l’erreur est humaine et parfois irréparable ; au moins entretient-elle une certaine humilité tant qu’elle n’excède pas les limites de l’accidentel et permet au contraire d’envisager des corrections thérapeutiques plus constructives sur la base d’observations pragmatiques et vérifiables par les outils scientifiques appropriés : d’un mal, peut toujours surgir un plus grand bien tant que ce mal est reconnu comme tel.
______La "santé mentale", elle, n’offre aucun de ces outils. Elle ne peut s’appuyer que sur de l’observation pragmatique de multiples comportements dont elle synthétise les analogies par des formulations qui ne garantissent en rien la vérité de l’objet soumis à son analyse : elle ne peut donc crédibiliser cette analyse qu’en détournant cet objet –invisible par nature- sur un autre, plus visible. Ainsi, une pathologie neuro-cérébrale –voire endocrinienne- va être interprétée comme "maladie mentale" alors qu’elle est une maladie physique au même titre qu’une angine ou qu’une cirrhose du foie. Cet aspect physiologique va être négligé, le traitement portant alors sur un "mal" étranger à celui qui affecte réellement le patient : va-t-on soigner un bras cassé avec un laxatif ? Ainsi l’état de cet homme sera pire à la fin qu’au début puisqu’à une pathologie non traitée sera ajoutée une autre induite par les "soins"qu’il subit… dont rien n’interdit par ailleurs de supputer qu’elle aggrave la première ! Ce qui permet d’une part d’alimenter à l’infini le processus "thérapeutique" et d’autre part, de fournir matière à de nouvelles observations qui viendront enrichir cette branche "médicale" de sa jurisprudence à défaut d’une authentique connaissance –et reconnaissance- scientifique. Cette fausse légitimité est ce qui lui permet de compenser une infériorité scientifique humiliante par une supériorité apparente dans un domaine qui lui est au moins aussi étranger qu’à n’importe qui, mais sur lequel elle va imaginer de toutes pièces un calque du monde physique : le monde de l’esprit, qui présente l’avantage de ne comporter aucune limite. Telle quelle, l’imposture se serait instantanément heurtée au tir de barrage des intellectuels de tous ordres : religieux, laïcs et autres philosophes. On va donc feindre de s’imposer des limites à ce qui n’en a pas, adoptant de la sorte une posture de fausse humilité, idéale pour endormir toute méfiance. Un poulain est né : à défaut d’être de Blois, celui-ci est de bois. [11] Surgi de nulle part, avec néanmoins l’appui linguistique d’une ancienne trinité grecque [12, note 16], le "psychique" vient revendiquer sa place au soleil du monde de l’esprit au nom de l’étude de la psyché, ancêtre de la "santé mentale". Cette notion totalement subjective va d’emblée se donner une objectivité superficielle en se calquant sur les tendances mécanicistes de la médecine traditionnelle : le "psychique" va donc avoir droit à son "appareil", comme pour les fonctions respiratoire ou digestive ![13] Cet "appareil" désigne l’esprit, rien de moins !!! Déjà, l’ambition était moins "une place au soleil" que toute la place : l’occupant légitime des lieux est prié de se trouver un strapontin, l’idéal étant qu’il disparaisse ou qu’il reste en marge quoi qu’il arrive. Moyennant quoi, tout devient permis puisque rien n’est vérifiable : le monde de l’esprit s’apparente à une gigantesque auberge espagnole d’apprentis sorciers qui vont progressivement infléchir les esprits faibles en leur inculquant comme une évidence l’existence –et la préoccupation prioritaire- de leur "santé mentale". Ce n’est jamais que la transcription "sanitaire" du veil axiome repris par le marxisme : thèse-antithèse-synthèse. En l’occurrence, la thèse est celle de la "maladie mentale", l’antithèse celle de la "thérapeutique mentale" et la synthèse invite pour le moins à se rendre à la déchetterie la plus proche, la "guérison mentale" présentant toutes les caractéristiques du Grand Soir de la santé

______Ils se sentent "tellement mieux" après, mais le repos qu’ils trouvent se fonde sur une telle abjection morale que le mirage "sanitaire" ne saurait s’inscrire dans la durée : il se dissipe d’ailleurs aux premiers mouvements de résistance opérés par le dahu "psychique" [10, note 28] désigné ! À défaut de pattes plus courtes que d’autres, celui-là n’incline guère à bénéficier du repos qu’on cherche à lui procurer tant c’est le discours le "justifiant" qui lui semble plus court que d’autres. Lui a un atout négatif que les autres n’ont pas, parce que l’inconscience morale du mal s’arrête à celui qui le commet : celui qui le subit a naturellement un tout autre degré de conscience, dans la mesure où il le frappe de plein fouet ! Il n’a alors qu’une alternative : ou refouler la conscience aigüe de ce mal en se moulant sur l’inconscience de celui qui le commet, ou le conscientiser chez ce dernier.
- Dans la première hypothèse, il se fait berner en croyant faire preuve "d’humilité" parce qu’il accepte sa "maladie" ; à court terme, chacun y trouve son compte en trouvant son repos ; à plus long terme, la santé du "malade" se dégrade en fonction des "soins" qu’il subit, apportant de nouvelles culpabilités (jougs difficiles à porter, et fardeaux lourds) incompréhensibles chez ceux qui ont contribué à déclencher la démarche "thérapeutique". L’initiateur professionnel de cette démarche devient alors le partenaire incontournable, en sus des liens affectifs qu’il a su entretenir en dépit d’une neutralité de façade : il se veut doux et humble de cœur face à une pathologie qui prend de l’ampleur. Le pyromane se fait pompier.
- Dans la seconde hypothèse, il se heurte naturellement à un déni franc et massif : la déchéance morale est rarement acceptée spontanément par le sujet, et encore moins quand ce dernier est « PVA » dans l’âme ! La "santé mentale" vient à point nommer éluder le débat en accentuant son pseudo-déficit sur le "malade". Le danger qu’il représente pour le confort moral des autres est alors reconverti dans la fameuse dénomination de "danger pour soi et pour les autres", chef-d’œuvre d’épouvantail "psychique" qui se diffuse aussi aisément que se partagent peur et confort moral, avec la vivacité d’une garrigue en feu. La situation est donc momentanément bloquée, son déverrouillage ne dépendant plus de l’acceptation de "soins" mais de l’acceptation -dans le camp adverse !- de l’inanité de ces "soins"… en conséquence, de la monstruosité morale qui a présidé en amont à la pression qui s’est exercée à leur sujet… Ce bras de fer a au moins le mérite d’évacuer tous les faux semblants "vertueux" qui brouillaient jusqu’alors la situation : fausse charité, fausse compassion, fausse humilité. Ne reste plus qu’une fausse maladie dont les faibles oripeaux incantatoires deviennent si pitoyables qu’ils en rendent le joug de plus en plus difficile à porter, et le fardeau,de plus en plus lourd… chez ceux qui en ont assuré la promotion. Reconnaître le mal commis serait pour eux sombrer dans le ridicule, et surtout prendre douloureusement conscience de leur profonde trahison à l’égard d’une foi à laquelle ils se voulaient les premiers défenseurs. « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. » : c’est à d’autres qu’ils sont allés pour se procurer le repos, à d’autres dont la "doctrine"absurde et fielleuse s’avère en totale contradiction avec les convictions qu’ils affichent. D’eux mêmes, ils se sont attachés un joug infiniment plus difficile à porter, et un fardeau infiniment moins léger que celui qu’il leur aurait été procuré s’ils avaient fait confiance [14] à trois petites lignes d’un Évangile qui se révèle d’une autre teneur que celle d’un sauf-conduit thérapeutique de pieux bien-pensant…

Commentaires

Où rien n'a changé depuis Molière, c'est que l'on pratique toujours l'art de la saignée. Elle visait le bras, cette fois c'est le portefeuille, moins (physiquement) traumatisant et plus durable ...

Écrit par : Simone. | vendredi, 18 juillet 2008

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