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lundi, 21 juillet 2008

Un extrait mythé du monde, ça bat !

Amel et Julien - Il suffira d'un signe .mp3
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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 12,38-42.
Quelques-uns des scribes et des pharisiens lui adressèrent la parole : « Maître, nous voudrions voir un signe venant de toi. » Il leur répondit : « Cette génération mauvaise et adultère réclame un signe, mais, en fait de signe, il ne sera donné que celui du prophète Jonas. Car Jonas est resté dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits ; de même, le Fils de l'homme restera au cœur de la terre trois jours et trois nuits. Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront en même temps que cette génération, et ils la condamneront ; en effet, ils se sont convertis en réponse à la proclamation faite par Jonas, et il y a ici bien plus que Jonas. Lors du Jugement, la reine de Saba se dressera en même temps que cette génération, et elle la condamnera ; en effet, elle est venue de l'extrémité du monde pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici bien plus que Salomon.
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______Jésus semble bien sévère. On ne lui demande pas grand chose, pas d’actions d’éclat ou de feux d’artifice [1, note 16] : juste un signe. Un tout petit signe de rien du tout : en apparence, c’est fort peu exigeant… presque humble : ce qui devrait parler au cœur du Maître, Lui qui est humble de cœur.[2] C’est pas "juste" [3, notes 36] : voilà qu’Il traite ceux qui lui font cette demande de génération mauvaise et adultère à laquelle ne sera donnée comme signe que celui du prophète Jonas ! Le prophète Jonas ? C’est en effet un signe parmi beaucoup d’autres, puisqu’il est l’un de ces prophètes de l’ancienne Alliance à laquelle se réfèrent explicitement ceux-là même qui voudraient voir un signe ! En effet, ce ne sont pas des tout-petits mais des sages et des savants [4] qui veulent le voir, ce signe. Ne savent-ils donc plus lire les Textes, ces pharisiens ? plus écrire ces… scribes ? À moins qu’ils n’aient honte du Maître et de Ses paroles, puisqu’étant de cette génération adultère et pécheresse [5]. Ce qu’ils voudraient voir est en conséquence une manifestation ponctuelle qui éradique cette honte : la gloire du Maître. Or, la vision de cette gloire est d’une part réservée à un cercle intime qui se révèle déjà âpre à la recevoir comme telle [6] ! D’autre part, elle serait infiniment plus difficile à recevoir de la part de ceux qui ne la croiraient pas. « Comment pourriez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique » ! [7] Voilà bien pourquoi aucun signe ne sera donné à cette génération [8] : il serait tout simplement inutile, parce qu’on ne peut pas voir le signe qui émane d’une rive quand on reste délibérément sur l’autre. [9] Aussi puissant soit-il, le phare n’éclaire pas la route de celui qui ferme les yeux… non sur les autres mais sur lui-même. Parce que celui-là incline à avancer [10, APR note 7] le Jugement en condamnant. À partir de là, quel que soit le signe donné, on aurait beau le regarder, on ne le verrait pas.[11, note 22] De nouveau [1], c’est l’ancienne Alliance elle-même –par Jonas, la reine de Saba ou Salomon- qui atteste du malheur de ceux qui s’en croient les plus fervents défenseurs en s’opposant à la nouvelle Alliance qui vient l’accomplir ! [12]

______Ce qui permet de toucher presque du doigt la différence ontologique entre la crédulité [13, note 7] et la foi, en approfondissant la distinction entre l’une et l’autre. La foi, c’est croire en une réalité existante qu’on ne voit pas : voir, c’est ne plus avoir besoin de croire. Ce qui rejoint paradoxalement la crédulité qui, elle, ne croit pas ce qu’elle voit ! « Ne pas en croire ses yeux », c’est la position intermédiaire : ne pas croire ce qu’on regarde [14], être incrédule : soit le repli stratégique sur une sorte de no man’s land dans lequel tout reste possible, dans un sens ou dans l’autre, en fonction de l’angle sous lequel l’objet est appréhendé. Le basculement dans la crédulité s’amorce lorsqu’on décide intérieurement de ne pas croire à l’existence d’une réalité qu’on voit, donc extérieure à soi : il s’agit bien d’un acte –positif ou négatif- de volonté qui en appelle à la liberté et à la responsabilité personnelles, et non d’une soumission passive à un objet surgissant de l’extérieur. (Ce que serait "un signe venant de toi" tel que demandé par les scribes et les pharisiens) Cette crédulité s’ancre en inversant les données : on finit par croire en une réalité inexistante qu’on ne voit évidemment pas. Cela porte peu à conséquences quand cela ne concerne que des réalités subalternes et contingentes. Ainsi, on a cru longtemps que la Terre était plate alors qu’elle est ronde : hormis la peur de parvenir au "bout" (!) de la Terre pour les voyageurs, cela n’influait guère sur la vie quotidienne. De même, que la Terre tourne autour du soleil ou que ce soit l’inverse n’empêche pas vraiment de vivre. Croire aux prédictions de l’horoscope ou à celles d’une boule de cristal n’engage que celui qui y place sa confiance.

______L’affaire se corse quand elle concerne une réalité existante supérieure qu’on ne voit pas, qui, elle, est de l’ordre du nécessaire : croire en cette réalité ne met nullement à l’abri de la crédulité. La foi ne garantit en rien la pureté : elle est un acte – toujours positif ou négatif- éminent de la volonté, et non de l’ordre de la soumission passive comme peuvent l’être une opinion, une conviction ou un sentiment qui relèvent d’adaptations contingentes. Certes, elle est avant tout un don ; mais l’acte consiste justement à faire fructifier ce don, non à le ranger comme un bel objet dans sa vitrine de crainte de le salir dans la vie courante : ce serait la réduire à la soumission passive, admiration de l’objet pour lui-même et non plus pour sa fonction. Cette dénaturation entraîne des conséquences plus lourdes, parce que la réalité existante supérieure qu’on ne voit pas devient une réalité inexistante supérieure qu’on ne voit pas davantage. En revanche, ce glissement se voit de l’extérieur : c’est le passage de la foi à la crédopathie [15]. Sans aller jusqu’à associer « la croyance en Dieu et la crédopathie », nuançons en précisant que cette dernière est le signe d’une foi envahie de crédulité. Ce qu’avait déjà observé en son temps un Feuerbach [16] qui décelait non sans raison chez ses contemporains un "Dieu" inexistant parce que projection anthropomorphique de l’homme : « et l’homme créa Dieu à son image », ce qui en soi n’est pas inexact… mais réduit néanmoins Dieu à une image [17, p.6/7] négative, inversant la réalité de l’homme dépendant de Dieu en Dieu dépendant de l’homme. Or, ce "Dieu"-là se "voit" : il entre donc non plus dans la catégorie de la foi mais dans celle de la crédopathie, forme suprême de crédulité sur laquelle Feuerbach va baser son système philosophique : si lui aussi avait réclamé un signe, il ne l’aurait pas davantage vu que les scribes et les pharisiens ! Dans la proclamation faite par Jonas, il n’aurait vu que projection et ne se serait naturellement pas converti. Pourtant, il y a ici bien plus que Jonas, bien plus que Salomon : bien plus qu’une image de Dieu, aussi parfaite soit-elle. Il y a bien plus que la projection du projecteur lui-même qui ne fait jamais que reproduire une image figée (même s’il en défile vingt-quatre par seconde !) parce que définitive et non modifiable : un produit fini. Il y a en amont l’infini de la création, de l’imagination du script emmené par l’aprojecteur708.jpguteur du scénario, le producteur, le réalisateur, l’acteur etc., dans une étroite interdépendance qui les relie moins par la contrainte que par la volonté de faire bien plus à plusieurs que ce qu’il serait trop complexe d’effectuer seul. (Il y a comme un acte de foi dans un projet, tel par exemple celui du tournage d’une œuvre cinématographique : n’est-ce pas croire à une réalité supérieure qu’on ne voit pas, mais qui existe déjà dans les esprits ?…) De la sorte, un système tel que le conçoit Feuerbach n’est jamais qu’une gigantesque "critique cinématographique" axée sur un mauvais scénario dont elle fournit une rétroprojection qui ne réconcilie en rien avec la réalité existante supérieure qu’on ne voit pas.
______Croire en une réalité inexistante qu’on ne voit pas, c’est bien entendu croire que la préoccupation première de la "santé mentale" est la santé ! Nous atteignons là des sommets inénarrables de crédulité. Elle ne sait tourner que des films d’épouvante… sans film, sans caméra et sans projecteur ; mais avec beaucoup de projection [18] ! Sans les figurants, ces films ne seraient jamais que de formidables comédies qui ravaleraient celles de Molière au rang de tragédies grecques. La foi étant un acte de volonté qui en appelle à la liberté et à la responsabilité personnelles, l’esprit qui préside à la "thérapie" d’un « PIA » s’oppose -jusqu’à la caricature- à tous ces points. Le "consulter" –le voir-, c’est déjà en soi un acte d’abdication dicté par une monstrueuse crédulité en son pouvoir de "guérison" d’une réalité existante supérieure qu’il ne voit pas davantage que son client… et vraisemblablement moins que lui ! C’est lui livrer sur un plateau sa volonté, sa liberté et sa responsabilité… une réalité qui ne lui appartient pas, et qui n’appartient pas plus à son client puisqu’elle lui est supérieure : dans l’âme, il y a ici bien plus que des problèmes existentiels, caractériels, relationnels et autres coups de blues. La "santé mentale" est un viol au sommet : que sa pratique courante et sa logique interne ne soient constituées que de violences à tous niveaux –à commencer par celles qui désorganisent gravement l’équilibre physiologique des individus- n’a rien de réellement surprenant puisqu’elles sont des actes de crédulité partagée par ceux qui reçoivent leur gloire de "santé" les uns des autres.[19, note 2] Et il y a ici bien plus que de la vaine gloire : sous une épaisse chape de briolle [20], une immense couverture de honte qui condamne cette génération.

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