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vendredi, 25 juillet 2008

Deux frères…

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Évangile de Jésus-Christ selon
saint Matthieu 20,20-28.

Alors la mère de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, s'approcha de Jésus avec ses fils et se prosterna pour lui faire une demande. Jésus lui dit : « Que veux-tu ? » Elle répondit : « Voilà mes deux fils : ordonne qu'ils siègent, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ton Royaume. » Jésus répondit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ? » Ils lui dirent : « Nous le pouvons. » Il leur dit : « Ma coupe, vous y boirez ; quant à siéger à ma droite et à ma gauche, il ne m'appartient pas de l'accorder ; il y a ceux pour qui ces places sont préparées par mon Père. » Les dix autres avaient entendu, et s'indignèrent contre les deux frères. Jésus les appela et leur dit : « Vous le savez : les chefs des nations païennes commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ; et celui qui veut être le premier sera votre esclave. Ainsi, le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. »
 
_____Si Jacques et Jean sont plus timides chez Matthieu que chez Marc [1], faisant ici de leur mère la porte-parole de leur demande, celle-ci en revanche ne varie pas : que l'un siège à Sa droite et l'autre à Sa gauche, dans Son Royaume, rien de moins ! Jésus pourrait légitimement se formaliser d’une ambition aussi démesurée, rayant d’un trait de plume ce qui avait été affirmé à ces mêmes disciples, peu de temps auparavant : « Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »[2] Ce qui guérit à tout jamais d’adopter quelque posture de chef commandant en maître, et de grand faisant sentir son pouvoir ! Moins que jamais, côtoyer la loi de l’amour –voire la défendre bec et ongles- n’offre la garantie de l’avoir comprise.[3] Ces disciples un peu trop gourmands, Jésus aurait été en droit de les interpeller vivement comme Il l’avait déjà fait auprès de celui qu’Il destinait à prendre leur tête : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » [4] Cette fois, Sa pédagogie diffère en plaçant ces candidats inconséquents au pied du mur, leur suggérant que s’ils veulent le beurre et l’argent du beurre, se profile aussi la violence de la baratte : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ? » Or, cette coupe n’a rien de celle du vin qui coulait à flots à Cana ![5] Il venait de leur être révélé que c’était celle de l’iniquité, qui allait livrer Le Fils de l’homme aux chefs des prêtres et aux scribes pour Le condamner à mort. [1] Dans cette optique terrestre, ceux qui siégeront à Sa droite et à Sa gauche ne seront pas Ses disciples… mais deux larrons [6] condamnés en même temps que Lui. Ces deux "sièges"-là, Il ne lui appartenait pas davantage de les accorder : gageons d’ailleurs que les candidats [7] y manifestaient un enthousiasme plus relatif… Néanmoins, ils lui dirent : « Nous le pouvons. » En cela répondent-ils sans doute au cri de ralliement de Thomas : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui ! »[8, note 3] Leur foi n’est pas pure : s’y mêle un certain fanatisme, faux ennemi [9] du doute et de la peur, les refoulant plutôt que les éliminant comme on le constatera plus tard, à l’occasion de l’arrestation du Fils de l’homme
 
_____En attendant, on observe chez Matthieu ce détail qu’omet Marc : Jacques et Jean sont introduits par leur mère : « Voilà mes deux fils. » Ce qui offre un singulier écho à cette autre phrase, prononcée en un lieu plus élevé et dans un cercle plus intime : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le. »[10] Ici, il s’agit d’écouter non plus le fils, mais la mère. En filigrane, s’inscrit le « Faites tout ce qu’il vous dira. » d’une mère… mais il ne sagit décidément ni de Cana ni de la Mère des mères, qui a si parfaitement cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur [11] qu’elle n’avait pas besoin de formuler de demande pour son Fils, mais à son Fils ! « Que veux-tu ? » fait aussi singulièrement écho à la question posée à Cana, question qui va initier chez les hommes le premier signe du salut [12]. Ici, non seulement Son heure n’est pas encore venue [13, note 12] –pas plus que celle des fils de Zébédée zélés à demander-, mais il ne Lui appartient pas de l'accorder ; il y a ceux pour qui ces places sont préparées par Son Père. Or, Il n’est pas descendu du ciel pour faire Sa volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui L'a envoyé.[14] Ce n’est pas Lui qui ordonne, mais Son Père. C’est dire qu’on peut bien se prosterner pour lui faire une demande : celle-ci ne saurait être agréée qu’à la condition de répondre à la volonté du Père, et non à de subtiles pressions familiales. De fait, on reconnaît bien là une demande empreinte de captation, moins soucieuse de renforcer la cellule familiale [15] que d’en constituer une sorte de vertueux bastion protecteur contre les menaces que le monde fait peser sur elle. Celui qui aime son fils ou sa fille plus que Lui n'est pas digne de Lui [16] : répondre favorablement à la mère de Jacques et de Jean eût été cautionner la réduction du Royaume à des amours humaines préférentielles. Au contraire, puisque Jésus vient restaurer intégralement la dignité humaine [17, note 9], Il ne peut que décliner cette demande afin de rendre leur pleine dignité aux fils comme à leur mère. D’ailleurs, il était temps ! En effet, les dix autres avaient entendu, et s'indignèrent contre les deux frères, témoignant ainsi à rebours du manque de dignité dont ils venaient de faire montre.
 
_____Ainsi, le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. Ce service ne saurait s’entendre que sous la volonté de Dieu et non de celle des hommes, peu fiable et toujours changeante parce qu’étroitement soumise à la gloire qu’ils cherchent à recevoir les uns des autres [18, note 7]. Quelle gloire pour une mère que de voir ses deux fils siéger l'un à la droite et l'autre à la gauche du Fils de l’homme ! Et quelle gloire pour ces fils eux-mêmes ! Ce n’est pas là exactement la définition de la gloire de Dieu…
 
Psaume 126(125),1-6.
Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve ! Alors notre bouche était pleine de rires, nous poussions des cris de joie ; alors on disait parmi les nations : « Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! » Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête ! Ramène, Seigneur, nos captifs, comme les torrents au désert. Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie : il s'en va, il s'en va en pleurant, il jette la semence ; il s'en vient, il s'en vient dans la joie, il rapporte les gerbes.

Et le pseudo-psaume s’en vint ici :

Quand le Docteur emmena les captifs loin de Sion
[19, note 11], nous étions comme en cauchemar ! Alors notre douche était pleine de larmes, nous poussions des cris de froid [20] ; alors on disait parmi les nantis de la "santé" : « Quelles merveilles fait pour nous le Docteur ! » Quelles merveilles le Docteur fit pour eux : ils étaient en grandes vacances ! Garde, Docteur, nos captifs, comme des errants au secret. Qui sème dans le blé moissonne dans l’ivresse [21] : il s'en va, il s'en va en déprimant, il les jette dans la démence ; il s'en vient, il s'en vient dans les foies [22, note 11], il rapporte de quoi gerber.
 
_____Si la gloire de Dieu ne prend pas de vacances, les "colonies de vacances" du "gentil docteur" non plus. C’est qu’elles non plus ne répondent pas précisément à la définition de la gloire de Dieu : il est vrai que les conditions qui président à cette définition laissent pour le moins à désirer, ceux qui viennent pour servir la "santé mentale" étant plus enclins à faire sentir leur pouvoir en prenant en rançon la vie d’une multitude… Ce doit être fatiguant, à la longue : la saison ne les convie-t-elle pas à merveille à se procurer du repos [23] ? Repos qui n’est pas de mise pour le pèlerin devenu l’esclave des chemins de traverse ; à défaut de composter en première classe dans le train du Royaume [1], le disciple Jacques n’a pas tout perdu ! La troisième ville sainte chrétienne (après Jérusalem et Rome) à son nom, ce n’est pas qu’une coquille...
 
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