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mardi, 05 août 2008

Attention au trou !

  Regarder par le petit trou  
   
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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 15,1-2.10-14.
Alors des pharisiens et des scribes venus de Jérusalem s'approchent de Jésus et lui disent : « Pourquoi tes disciples désobéissent-ils à la tradition des anciens ? En effet ils ne se lavent pas les mains avant de prendre leur repas. » Jésus appela la foule et lui dit : « Écoutez et comprenez bien ! Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l'homme impur. Mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l'homme impur. » Alors les disciples s'avancèrent et lui dirent : « Sais-tu que les pharisiens ont été scandalisés en entendant cette parole ? » Mais il répondit : « Toute plante que mon Père du ciel n'a pas plantée sera arrachée. Laissez-les dire : ce sont des guides aveugles pour des aveugles. Si un aveugle guide un aveugle, ils tomberont tous les deux dans un trou. »

_____Se laver les mains avant de prendre le repas relève de nos jours d’un geste spontané qui appartient davantage au registre de l’hygiène la plus élémentaire qu’à celui d’une ablution rituelle destinée à satisfaire aux préceptes de la loi en vigueur. Tels étaient naturellement les soucis premiers des pharisiens et des scribes, toujours scrupuleux à vouloir opposer l’amour de la loi à la loi de l’amour [1]. Scandale des scandales : les disciples désobéissent à la tradition des anciens ! Redoutables dogues [2] cerbères de la loi la plus "pure", on sait que les pharisiens et les scribes sont à l’affût du moindre écart de conduite. Voilà que non seulement les disciples ne se lavent pas les mains, mais que leur Maître ose affirmer que ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l'homme impur. Mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l'homme impur. Eux les gardiens de la pureté de la loi qui, par définition, sort de leur bouche, eux qui obéissent à la tradition des anciens –et qui ont nécessairement les mains propres- voilà qu’on sous-entend que l’explicitation de la loi les rend impurs. C’était bien la peine de se laver les mains

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_____« Sais-tu que les pharisiens ont été scandalisés en entendant cette parole ? » Bien sûr qu’Il le sait ! Mais Il n’est pas venu pour confirmer la tradition des anciens ni même pour la supprimer [3] : Il est venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance. [4] Cela passe certes par le respect de la loi… et parfois par la stigmatisation de ceux qui viennent pour que les hommes aient la loi, pour qu'ils l'aient en abondance ! Il est venu pour que la loi des hommes soit un moyen, non une fin en soi. Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l'homme impur. En elle-même, ce n’est pas la loi qui est impure : c’est la manière d’en user qui peut le devenir. Mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l'homme impur. Détournée à des fins catégorielles, corporatistes, ou même appliquée là où son usage ne s’impose en rien, refuge de lâchetés individuelles ou collectives, la loi la plus parfaite rend l'homme impur. Le Fils de l’homme vient redonner sens à la loi, qu’elle soit moins un catalogue inépuisable d’interdits qu’un vecteur de vie en abondance dans la perspective de la loi de l’amour. C’est la miséricorde qu’Il désire, et non les sacrifices.[5] Il n’est pas venu pour vérifier que "tout allait bien", pour "ne pas faire de peine", pour éviter à tout prix de scandaliser les pharisiens et autres bien-pensants. Il n’est pas venu apporter la paix, mais le glaive [6]! Il n’est pas venu pour soutenir un aveugle guidant un aveugle : ce serait les faire tomber tous les deux dans un trou, se modeler à leur image en disant mais en ne faisant pas [7]. Or, « celui qui entraînera la chute d'un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu'on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on le jette à la mer. » [8] Irait-Il donc retirer d’une main ce qu’Il prône de l’autre ?

_____Ce qui nous amène tout naturellement au scandale. L’étymologie* nous apprend que scandale vient de échelle [ grec skandalon : « obstacle pour faire tomber », « piège placé sur le chemin » ] Peut-on raisonnablement affirmer que Jésus aie pris au piège quiconque au cours de sa vie terrestre ? A contrario, ces pharisiens si "scandalisés" n’étaient-ils pas de ceux qui cherchaient à le prendre au piège en le faisant parler [9]? Aux pharisiens, rendons ce qui est aux pharisiens, et à Dieu, ce qui est à Dieu. Comment le Fils de l’homme ferait-Il tomber quand Il invite en permanence à garder sa lampe allumée [10] afin justement d’avoir assez de lumière pour distinguer les trous et se préserver de la chute ?
_____C’est qu’il y a précisément une échelle de valeurs en matière de scandale. On se souvient par exemple de l’affaire du Watergate [11] qui amena le président américain Nixon à la démission. Depuis lors, les media se sont fait l’écho de maints autres scandales –éclaboussant la vie sociale ou politique, aux Etats-Unis et ailleurs- d’une gravité autrement plus consistante… et laissant saufs les pouvoirs en place : aujourd’hui, dans des circonstances similaires, le scandale du Watergate prêterait presque à sourire. C’est que l’eau qui cuit la grenouille [12] est passée par là : ce qui est bouillant en 2008 était à peine tiède en 1972…
_____Le scandale est devenu une notion très subjective : partant de ce qui fait objectivement chuter, ce qui est à présent "scandaleux" n’est plus tant ce qui fait choir que ce qui provoque la peur de la chute. Le scandale ? Il commence dans le comportement de celui qui ne rentre pas dans les cadres normatifs habituels,[13] immédiatement suspect d’être un "fauteur de guerre" parce qu’il fait perdre la paix en suscitant de l’inquiétude. Mais de quelle paix parle-t-on ? La peur de la chute n’est-elle pas particulièrement sensible lorsqu’on fait le poirier [14, note 6] ? De fait, le pharisien qui filtre le moucheron en laissant passer le chameau n’a aujourd’hui rien perdu de sa pertinence. La presse nous abreuve quotidiennement de "scandales" mineurs en passant aux oubliettes ceux qui font frémir à plus juste titre parce qu’ils font perdre la paix si on les évoque trop ouvertement. Mais de quelle paix parle-t-on, là encore ? D’une paix authentique, fondée sur le respect mutuel des différences… ou d’une "paix" synthétique, fondée sur un statu quo résultant de la peur de la différence ? Le scandale est devenu si subjectif qu’il suffit à présent d’être différent pour être "scandaleux" ! C’est bien pourquoi la "santé mentale" –gigantesque scandale du monde de la santé- n’est pas perçue comme telle. Transformant artificiellement la source de "scandale" en source de "danger", elle feint d’éclairer la route pour éviter le trou quand elle y précipite. De la sorte, elle décline toute responsabilité quand à ces chutes, poussant le vice jusqu’à les attribuer par insultation [15] à la source du "danger" qu’elle a prétendument décelée !… L’astuce est vieille comme le monde : on se met à l’abri derrière une dénonciation de "scandale" afin de ne pas avoir à affronter une accusation de scandale.

_____Ananie [13] des temps modernes, le "gentil docteur" est un "prophète qui annonce la paix" ! De par sa fonction, il rassure en diable. Qui pourrait se scandaliser d’un "annonciateur de paix", sinon un "fauteur de guerre" ? C’est donc ce dernier qui va faire "scandale" s’il ne se laisse pas gentiment insulter, voire cockériser [16] ! Toute résistance de sa part nourrit son "danger", donc son "scandale" : le jour où l’on accordera plus d’importance aux dénis scandaleux d’intelligence (notamment de la part de ceux qui sont censés la "soigner" !!!!) qu’aux "dénis de souffrance", il y aura d’authentiques scandales qui sauteront un peu plus aux yeux…
_____Quelle est donc cette "paix" qu’apporte le "gentil docteur" ? Son royaume de la "santé" est comparable à un camion de pompiers en jouet radio-commandé. Il roule dans le salon, sirène hurlante et gyrophare tournant, bute contre les meubles et les plinthes. Ce jouet dérange. Un adulte se lève enfin, se saisit de l’objet et en retire les piles. Extérieurement, le jouet est resté le même : il est déclaré "guéri"… Le royaume de la "santé" du "gentil docteur" est encore comparable à un ordinateur malade.jpgatteint par un virus [17] : les performances de la machine sont revues à la baisse, tant et si bien que l’asthénie devient de plus en plus envahissante. Survient le gentil informaticien : grâce à ses services, l’utilisateur a recouvré la paix, sa machine ayant retrouvé toute sa puissance et déclarée "guérie". Oui mais… il a perdu tout ou partie de ses données : il a fallu formater le disque dur. Comparaison n’est pas toujours raison. On peut remettre ses piles au camion de pompiers. 200_A4230332.jpgDans le meilleur des cas, on peut récupérer tout ou partie de ses données… surtout s’il en existe des sauvegardes externes. Mais qui pourrait affirmer que l’on puisse récupérer la totalité de ses facultés cérébrales lorsqu’on a subi des "thérapies" lobotomisantes concernant une "maladie" qui n’existe pas ? Les milliards de connexions neuronales sont autrement plus complexes (et plus fragiles) qu’une carte-mère ou qu’un disque dur. C’est qu’on peut aussi consentir de guerre lasse à se faire "soigner" : pour obtenir la paixou pour la rendre à son entourage, pour lui "faire plaisir" ! Mais quelle paix obtient-on alors ? Celle des "tranquillisants" [18] qui vous tiennent tranquille parce qu’ils démolissent vos fonctions cognitives et vous rend étroitement dépendant du "gentil dealer" [19], grand pourvoyeur de paix chimique ? Celle de l’entourage… de courte durée, quand il va constater les étranges effets secondaires d’une "thérapie" qui va accentuer chez lui une peur dissimulant sa responsabilité dans sa mise en œuvre injuste ? Si des aveugles guident des aveugles, ils tombent tous dans le trou. Ce n’est pas "scandaleux" : c’est logique, tout simplement. Il semble que beaucoup s’en lavent les mains

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[*] Source : « Dictionnaire Etymologique du français » ; les usuels du Robert ; ed. 1991

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