mercredi, 03 septembre 2008

Hôpital de nuit

hopital.jpg

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 4,38-44.
En quittant la synagogue, Jésus entra chez Simon. Or, la belle-mère de Simon était oppressée par une forte fièvre, et on implora Jésus en sa faveur. Il se pencha sur elle, interpella vivement la fièvre, et celle-ci quitta la malade. À l'instant même, elle se leva, et elle les servait. Au coucher du soleil, tous ceux qui avaient des infirmes atteints de diverses maladies les lui amenèrent. Et Jésus, imposant les mains à chacun d'eux, les guérissait. Des esprits mauvais sortaient de beaucoup d'entre eux en criant : « Tu es le Fils de Dieu ! » Mais Jésus les interpellait vivement et leur interdisait de parler parce qu'ils savaient, eux, qu'il était le Messie. Quand il fit jour, il sortit et se retira dans un endroit désert. Les foules le cherchaient ; elles arrivèrent jusqu'à lui, et elles le retenaient pour l'empêcher de les quitter. Mais il leur dit : « Il faut que j'aille aussi dans les autres villes pour leur annoncer la Bonne Nouvelle du règne de Dieu, car c'est pour cela que j'ai été envoyé. » Et il se rendait dans les synagogues de Judée pour y proclamer la Bonne Nouvelle.

______Qui peut le plus peut le moins : quand on interpelle vivement le pire des maux –un esprit démoniaque [1]- afin de le chasser, on peut bien chasser le moindre : une forte fièvre, par exemple. La corrélation entre les deux n’est pas nécessairement obligatoire : ils se rejoignent cependant dans leur nature d’un mal indiscutable qui diminue les forces vives de celui qui en est affligé, le contraignant malgré lui à enfouir ses talents.[2]
______Jésus céderait-Il à la dictature de la santé ? Le fait est que la maison de Simon devient une véritable annexe d’hôpital ! Au coucher du soleil, tous ceux qui avaient des infirmes atteints de diverses maladies les lui amenèrent. Et Jésus, imposant les mains à chacun d'eux, les guérissait. Ce ballet va durer toute la nuit, puisque Jésus ne se retire que lorsqu’il fit jour. Ne le prendrait-on QUE pour un thaumaturge efficace ? C’est oublier que nous sommes toujours à Capharnaüm, ville où il est nettement mieux reçu que chez les siens de Nazareth. Là-bas, beaucoup auraient rechigné à amener des infirmes atteints de diverses maladies… à un fils de charpentier. On sait que s’il ne fit pas beaucoup de miracles à cet endroit-là, c’est à cause de leur manque de foi.[3] À Capharnaüm, c’est le manque de santé qui est souligné : la foi, elle, est au rendez-vous. Sans elle, Jésus peut imposer les mains, mais pas la guérison : celle-ci intervient selon la foi de chacun. Pas un cas de guérison dans l’Évangile dans lequel n’est pas rapportée une référence explicite à la foi de celui qui en bénéficie.
[4/1][4/2][4/3][4/4][4/5][4/6][4/7][4/8][4/9][4/10][4/11][4/12][4/13][1]
______Tous ceux qui avaient des infirmes atteints de diverses maladies les lui amenèrent, quel que soit leur rang social, leur nationalité, les infirmités et les maladies. Aucune n’oppose de résistance à Jésus, pas même la plus ultime d’entre elles : la mort. (La foi est alors manifestée par les proches du défunt) Les esprits mauvais ne résistent pas davantage aux vives interpellations de Celui qu’ils savent être le Messie ; on remarque d’ailleurs qu’ils sont beaucoup à sortir, tous criant : « Tu es le Fils de Dieu ! » Pour que les hommes le sachent aussi, il fallait que Jésus soit davantage qu’un grand sage : que son discours de salut [4/10] ne reste pas que pieuse abstraction et qu’il s’incarne concrètement jusque dans la restauration de la santé. Le passage de l’état inférieur à un état supérieur contribue bien entendu à faire croître l’acte de foi, mais ne reste qu’un marchepied pour plus grand encore : « Il faut que j'aille aussi dans les autres villes pour leur annoncer la Bonne Nouvelle du règne de Dieu, car c'est pour cela que j'ai été envoyé. » Pas pour jouer au gentil docteur… même sans guillemets. Ce talent de guérison n’est du reste pas une sorte de pouvoir magique jalousement gardé par celui qui en bénéficie : il l’est tellement peu qu’il est appelé à être le signe [5] distinctif du bon disciple ! (Non que tout disciple reçoive indistinctement ce talent, mais le serviteur mauvais et paresseux ne le recevra pas, la paresse étant précisément de l’ordre de la foi. On peut être extrêmement paresseux en travaillant quinze heures par jour, ou en se donnant sans compter à quelque œuvre de bienfaisance : cela n’augure en rien de capacités de guérison… voire peut contribuer à s’user prématurément sa propre santé !) Ici encore, l’Évangile est parcouru d’incessants témoignages de guérisons opérées au nom de Jésus, mais par d’autres que Jésus.[6/1][6/2][6/3][6/4][6/5][6/6][6/7][6/8][6/9][6/10]


______Ces témoignages ne s’achèvent d’ailleurs pas à la dernière ligne de l’Évangile puisqu’ils perdurent jusqu’à nos jours. « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades… »[7] Or, ces malades sont plus que jamais parmi nous… et le médecin aussi : celui qui est agrémenté par l’Ordre [8, note 14] du même nom… comme les autres. Parmi ces autres, d’inévitables charlatans [9] (qu’on trouve aussi chez des agrémentés, une carrière universitaire n’étant en rien de l’ordre de la divinisation…) et des thaumaturges efficaces… désagréments faisant un peu d’ombre aux agrémentés ! Même il y a deux mille ans, il semble difficile d’imaginer qu’environ quinze ans de charpenterie équivalent à sept ans ou plus de médecine : pourtant, Jésus –qui n’aurait certainement pas été agrémenté si l’Ordre avait existé !- n’a jamais subi aucun échec médical. On n’envoie pas les autres guérir toute maladie et toute infirmité [6/9] quand on n’a pas soi-même ce pouvoir, englobant celui d’expulser les esprits mauvais. Non seulement Il guérit ce qui existe, mais IL rend l’existence à ce qui n’existe plus. Cependant, si la santé est le signe du salut, elle n’en est pas toujours le gage. La liturgie de ce jour fait précisément mémoire d’un docteur… de l’Église. Saint Grégoire le Grand (540-604), successeur de Simon, a vécu un pontificat qui l’a fait connaître comme étant d’une santé fragile. Sans remonter aussi loin dans le temps, on se souvient naturellement d’un long et récent pontificat dont le dernier tiers fut marqué par des souffrances plus que tangibles : un autre successeur de Simon est lui aussi déjà appelé "le Grand" dans nombre de cœurs.

______Imaginons à présent un de ces médecins super-agrémentés –accompagnés de leur(s) patient(s)- qui prennent la file d’attente au coucher du soleil, devant la maison de Simon, il y a deux mille ans : il paraît qu’il y a là un prophète qui accomplit des prodiges sur les cas les plus désespérés ! N’ayons pas peur de l’anachronisme : il y a moins de différences [10] entre un Galiléen d’il y a quelques millénaires et un Bavarois d’il y a un peu plus d’un siècle qu’entre… un cocker et un pitbull [11], par exemple. Leurs différences sont d’ordre culturel… et d’ordre alimentaire, comme le suggère aujourd’hui l’Apôtre des païens :

Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 3,1-9.
Frères, quand je me suis adressé à vous, je n'ai pas pu vous parler comme à des spirituels, mais seulement comme à de faibles êtres de chair, comme à des enfants dans le Christ. C'est du lait que je vous ai donné, et non de la nourriture solide ; vous n'auriez pas pu en manger, et encore maintenant vous ne le pouvez pas, car vous êtes encore des êtres de chair. Puisqu'il y a entre vous des jalousies et des disputes, n'êtes-vous pas toujours des êtres de chair, et n'avez-vous pas une conduite toute humaine ? Quand l'un de vous dit : « Moi, j'appartiens à Paul », et un autre : « J'appartiens à Apollos », n'est-ce pas un langage tout humain ? En fait, qui est Apollos ? et qui est Paul ? Rien que des ministres de Dieu, par qui vous êtes devenus croyants, et qui ont agi selon les dons du Seigneur à chacun d'eux. Moi, j'ai planté, Apollos a arrosé ; mais c'est Dieu qui donnait la croissance. Donc celui qui plante ne compte pas, ni celui qui arrose ; seul compte celui qui donne la croissance : Dieu. Entre celui qui plante et celui qui arrose, il n'y a pas de différence, mais chacun recevra son salaire suivant la peine qu'il se sera donnée. Nous sommes les collaborateurs de Dieu, et vous êtes le champ de Dieu, vous êtes la maison que Dieu construit.

______De fait, les Corinthiens auraient eu moult difficultés à assimiler maints développements théologiques tels qu’ils sobiberon.jpgnt exposés dans les dernières encycliques papales ! C’eût été pour eux de la nourriture solide. Cela exprimé, il apparaît que les "Corinthiens" d’aujourd’hui semblent avoir l’estomac plus fragile que ceux d’autrefois. Seraient-ils malades ? Seraient-ils devenus si avancés en âge qu’ils ont prématurément revendu leur dentier [12], les condamnant à revenir à du lait ? Le mieux est encore de poser la question à l’un d’entre eux, qui s’est récemment avéré être un grand spécialiste de saint Paul [12, APR note 23]:

Première lettre de Phil’os à poutre [13, note 9] malsain aux Coquins Chiens 3,1-9.
Frères chiens, quand je me suis adressé à vous, je n'ai pas pu vous parler comme à des teckels, mais seulement comme à de faibles êtres d’esprit partiellement malade
[14, note 35], comme à des cockers du Docteur. C'est du lait caillé [15, note 6] que je vous ai donné, et non de la nourriture solide ; vous n'auriez pas pu en manger, et encore maintenant vous ne le pouvez pas, car vous êtes encore des êtres d’esprit partiellement malade. Puisqu'il y a entre vous des jalousies et des disputes comme entre chiens et chats, n'êtes-vous pas toujours des êtres d’esprit partiellement malade, et n'avez-vous pas une conduite toute canine ? Quand l'un de vous dit : « Moi, j'appartiens à mon maître Paul », et un autre : « J'appartiens à mon maître Apoll’os », n'est-ce pas un langage tout canin ? En fait, qui est Apoll’os ? et qui est Phil’os ? Rien que des sinistres du Docteur, par qui vous êtes devenus souffrants, et qui ont agi selon les ventes [16] du Docteur à chacun d'eux. Moi, j'ai planté la "santé" de l’autre, Apoll’os l’a rossé ; mais c'est le Docteur qui donnait la dégénérescence. Donc celui qui n’a pas la "santé" ne compte pas, ni celui qui rosse ; seul compte celui qui donne la dégénérescence : le Docteur. Entre celui qui qui n’a pas la "santé" et celui qui rosse, il n'y a pas de différence, mais chacun recevra son sale air suivant la peine qu'il aura donnée à l’autre. Nous sommes les collaborateurs du Docteur, et vous êtes le champ de ruines du Docteur, vous êtes la maison que le Docteur détruit.

______À la lecture de ce texte (à peine) remanié, on comprend mieux cet immense éclat de rire qui submerge Capharnaüm il y a deux mille ans au coucher du soleil, dans la maison de Simon : pendant que notre spécimen réinterprétait à sa façon la lettre aux Corinthiens, la longue cohorte d’éclopés en tous genres s’est écoulée doucement. Est arrivé devant Jésus un monsieur barbu [1, note 26] plein d’autorité sur le diagnostic qu’il avait porté à l’endroit du roi de Bavière qui l’accompagnait en cette lointaine contrée.

9-5-No-Paranoia.jpg

« C’est grave, Docteur ? demanda le Messie –amusé de cette récréation- à cet étrange voyageur du temps et de l’espace.
- Je le crains, Seigneur. Sa Majesté ici présente souffre de paranoïa.
- De para… quoi ?
- De paranoïa, Seigneur. Si nous sommes venus de si loin, c’est parce que le mal est incurable… et nous savons que tu guéris aussi les maux incurables.
- On t’a bien renseigné, Bernhard. En revanche, et pour Ma part, je n’ai aucun renseignement sur ce que tu m’indiques : la para… chose, là.
- La paranoïa, Seigneur ! Impressionnant, pas vrai ? (le "gentil docteur" est décontenancé. Il se voit obligé d’en rajouter alors que d’habitude, le simple fait de prononcer le mot "paranoïa" paralyse les fonctions cérébrales de celui qui l’écoute… et cela dure encore en 2008. Ici, Jésus semble impassible…) Mais c’est normal que tu n’aies aucun renseignement sur ce fléau. Nous ne sommes que dans les années trente après Toi. Et je n’ai inv… pardon, découvert avec mes collègues cette maladie que dans dix-neuf siècles !
- Et alors ?
- Alors, elle n’est sûrement pas répertoriée dans Tes tablettes : voilà pourquoi Tu ne la connais pas !
- Dis-moi, Bernhard. Connais-tu le syndrome de l'immunodéficience acquise ? Le syndrome respiratoire aigu sévère ? L’encéphalopathie spongiforme bovine ?…
- Euh… non.
- Et je vais te dire pourquoi. Ces maladies ne sont pas répertoriées dans TES tablettes : elles n’apparaîtront que dans vingt siècles.
- Et tu sais les guérir ?
- Bien sûr.
- Alors, Tu sauras guérir Louis ! Nous avons frappé à la bonne porte. Mais… attends. Quelque chose cloche. Tu me dis que Tu sais guérir des maladies qui sont encore loin d’avoir fait leur apparition à mon époque… et tu n’as aucun renseignement sur la paranoïa ?
- Hélas non : Je ne sais guérir que ce qui a existé, qui existe ou qui existera. [4/10, AV note 33] Moi, Je ne suis que le Sauveur, pas le Créateur.
- Alors, tu ne peux rien pour le roi ?
- Qui a dit cela ? Louis souffre des effets de ses nombreux péchés, et J’ai le pouvoir de lui remettre s’il le désire. Il souffre aussi d’autre chose…
- Ah oui ? De quoi donc, Seigneur ?
- D’une certaine promiscuité médicale, dirons-nous…
- Euh… bon. Je vois que tu as encore beaucoup de travail. Les vrais mal… pardon, les autres malades commencent à s’impatienter derrière nous. Je crois que nous allons Te laisser…
- Pas si vite, Bernhard ! Je ne voudrais pas que tu aies entrepris un tel voyage pour rien. Tu sais : moi aussi je connais des formules "magiques".
- Ah oui ? Pourtant, on nous a assuré que Tu étais Quelqu’un de sérieux…
- Et Je le suis ! Sûrement Je vais te citer le dicton : 'Médecin, guéris-toi toi-même.' Maintenant que tu as appris tout ce qui s’est passé ici à Capharnaüm, fais donc de même là-bas dans ton pays ! [17] »

______Entré neuropathologiste et "psychiatre" dans la maison de Simon, Bernhard von Gudden en ressort médecin généraliste : quelle miséricorde de la part du Seigneur !… Vraiment, le Fils de l’homme est maître du ça-va. [18] Quant à Louis II de Bavière, il va beaucoup mieux et s’est fortement allégé… ce qui lui permet de prendre son médecin sur les épaules, un peu sonné : tous ces événements l’ont quelque peu perturbé. Il ne manquerait plus qu’un Philippe de Labriolle effectue le voyage à son tour, accompagné d’une immense meute de cockers… et Jésus pourrait de nouveau se fâcher très fort, lui dire : « J’ai dit : « Laissez les enfants venir à moi… pas les chiens ! » [19] Sans doute est-ce ce qu’on appelle tomber sur un os…
______Pas facile de consommer de la nourriture solide, même après deux mille ans d’exégèse : c’est que les "fragilités psychologiques" [20, APR note 33] sont passées par là. Il faudra bien se résoudre tout de même à se "solidifier" tôt ou tard car, à ce rythme de "progrès" nous allons revenir à de la nourriture solide… très solide : la fonte de la banquise aidant, on devrait retrouver quelques mammouths pour se remettre dans l’ambiance…

664477666_ea1f8190c3.jpg?v=0

Escroquerie de Labriolle selon malsain Philou -4,38-44°
En quittant la clinique, Philou entra chez Siphon. Or, la belle-mère de Siphon était oppressée par une forte poussée de bouffées délirantes, et on implora Philou en sa frayeur. Il se pencha sur elle, leva mortellement le lièvre, et celui-ci ricana de la malade. À l'instant même, elle se coucha, et elle les desservait. Au coucher du soleil, tous ceux qui avaient des infirmiers atteints de diverses maladies les lui amenèrent. Et Philou, exposant ses mains sales à chacun d'eux, les maudissait. Des esprits mauvais entraient dans beaucoup d'entre eux en criant : « Tu es un fils de P… ! » Mais Philou les interpellait mortellement et leur interdisait de parler parce qu'ils savaient, eux, qu'il était le mais-non. Quand il fit jour, il sortit et retira ses malades dans un endroit désert. Les poules le cherchaient ; elles ac55544203c46a6220dca92f6a6b-62175743-0.jpgarrivèrent jusqu'à lui, et elles le retenaient pour ne pas l'empêcher de caqueter. Mais il leur dit : « Il faut que j'aille aussi percer [21] avec d’autres vrilles pour annoncer la mauvaise nouvelle du règne pandémique du Docteur, car c'est pour cela que j'ai été dévoyé. » Et il rendait dans les cliniques de Zobrée pour y dégobiller la mauvaise nouvelle.

Commentaires

un sérieux -gratte tête- aujourd'hui,

enfin la nuit porte conseil (si j'ose dire)

Écrit par : 3 "F" | mercredi, 02 septembre 2009

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire