mercredi, 01 octobre 2008
Les renards ont des terriers, les oiseaux dénient : allô, docteur ?

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 9,57-62.
En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. » Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer la tête. » Il dit à un autre : « Suis-moi. » L'homme répondit : « Permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père. » Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, va annoncer le règne de Dieu. » Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d'abord faire mes adieux aux gens de ma maison. » Jésus lui répondit : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas fait pour le royaume de Dieu. »
Pour annoncer le règne de Dieu, la projection [1, APR note 16] constituait déjà un sérieux handicap, interprétée non sans raison comme une sorte d’auto-annonciation. Or, celui qui regarde en arrière n'est pas fait pour le royaume de Dieu : celui-là donne dans la rétroprojection, attachement subtil à ce qui est connu et rassurant. La route qui mène au royaume de Dieu ferait hurler les disciples de la prévention routière : non seulement elle est étroite et parfois sinueuse [2], mais le rétroviseur
n’y est pas obligatoire. Il est même fortement déconseillé pour qui se veut réellement candidat au royaume de Dieu. Au fond, celui-là ne risque rien pourvu qu’il se laisse non aller, mais conduire. C’est bien pourquoi il n’a pas besoin d’être titulaire du permis de conduire [3, note 8] ! Il a surtout besoin d’une assise plus solide que celle fournie par un domicile : terrier [4], nid, endroit où reposer la tête. Cette assise, c’est le rééquilibrage sur le présent [5] : Le suivre partout où Il va, maintenant. Or, si le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer la tête, Il ne reste pas en place ! Le suivre, c’est se résoudre à abandonner notre place, le nid douillet de nos certitudes. Le suivre, c’est annoncer le règne d’un Dieu vivant [6] qui surpasse toute mort, à n’enterrer que par les morts : ceux qui ont où reposer la tête. Le suivre, c’est le suivre d’abord : faire ses adieux aux gens de sa maison, ce serait prendre le risque de se replier sur cette maison en se laissant influencer par ses gens, pas nécessairement appelés à Le suivre en même temps –ou ne recevant pas [7, note 7] cet appel- : ajouter de la séparation à la séparation. [8] C’est aussi demeurer en place quand Jésus n’y reste pas : la séparation se creuse aussi au niveau supérieur. Celle-ci n’est d’ailleurs pas obligatoirement géographique, mais elle se prononce entre ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique [9]… et les autres. (Géographiquement, une petite carmélite de province peut ne pas sortir de son couvent sa vie durant… et être néanmoins réputée patronne des Missions ![10])
« Suis-moi. » Ici, tout de suite. Comme pour tout disciple, ne rien emporter pour la route [11]… à commencer par des regrets. Chacun est libre de ne pas mettre la main à la charrue tant qu’il ne l’a pas mise. Mais s’engager dans le sillon qu’
elle creuse, c’est aller d
ans le même sens qu’elle : a-t-on jamais vu une charrue qui labourait en marche arrière ? Certes, aujourd’hui l’agriculteur qui passe la charrue dans son champ regarde en arrière afin de surveiller la régularité de son sillon, mais il la surveille à l’avant de la charrue, depuis la cabine de son tracteur. [12, APR note 17] Autrefois, le laboureur était à l’arrière de la charrue : s’il regardait en arrière, il tournait le dos au travail qu’il effectuait. Que le labour soit mécanisé ou qu’il soit plus rudimentaire, comment l'homme pourrait-il avoir raison contre Jésus s’il prétend Le suivre partout où Il va, y compris dans son job ?
Livre de Job 9,1-12.14-16.
Job répondit : « Je sais bien que vos paroles sont vraies. Comment l'homme pourrait-il avoir raison contre Dieu ? Si l'on s'avise de discuter avec lui, on ne trouvera pas à lui répondre une fois sur mille. Serait-on plein de sagesse et d'une force invincible, on ne lui tient pas tête impunément. C'est lui qui soudainement déplace les montagnes, qui les renverse dans sa colère ; il secoue la terre sur sa base, et fait vaciller ses colonnes. Il donne un ordre, et le soleil ne se lève pas, il enferme les étoiles derrière une porte scellée. À lui seul il déploie les cieux, il marche sur la crête des vagues. Il fabrique la Grande Ourse, Orion, les Pléiades et les constellations du Sud. Il est l'auteur d'œuvres grandioses et insondables, ses merveilles sont innombrables. S'il passe à côté de moi, je ne le vois pas ; s'il s'éloigne, je ne m'en aperçois pas. S'il empoigne quelqu'un, qui donc lui fera lâcher prise, qui donc osera lui demander : 'Que fais-tu là ?' Et moi, je prétendrais lui répliquer, je chercherais des arguments contre lui ! Même si j'ai raison, à quoi bon me défendre ? Je ne puis que demander grâce à mon juge. Même s'il répond à mon appel, je ne suis pas sûr qu'il écoute ma prière ! »
Comment l'homme pourrait-il avoir raison contre l’homme ? Quand il s'avise de discuter avec lui, qu’il ne trouve pas à lui répondre une fois sur mille, aujourd’hui il lui tient tête impunément. C'est lui qui soudainement… a tout à coup des soucis de "santé" ! On n’ose même plus lui demander : 'Que fais-tu là ?' Et lui, on ne prétend plus lui répliquer, chercher des arguments contre lui : ce serait encore se donner la peine de réfléchir, de penser par soi-même ![13] Si on a tort, à quoi bon se défendre ?[14] On ne peut que demander grâce à son juge [15]. Comme il répond commercialement [16] à cet appel, on est sûr qu'il écoute la prière ! « Je te suis, Docteur… » C’est étrange comme on conjugue le Docteur plus volontiers au présent que le Seigneur : ce n’est pourtant pas un cadeau !…

23:53 Publié dans L'Évangile au PRÉSENT | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : foi, évangile, christianisme, politique, santé, philosophie à sillons |
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