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jeudi, 16 octobre 2008

Bon sang ne saurait mentir…

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 11,47-54.
« Malheureux êtes-vous, parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, alors que vos pères les ont tués. Ainsi vous témoignez que vous approuvez les actes de vos pères, puisque eux, ils ont tué les prophètes, et vous, vous bâtissez leurs tombeaux. C'est pourquoi la Sagesse de Dieu elle-même a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres, ils tueront les uns et en persécuteront d'autres. Ainsi cette génération devra rendre compte du sang de tous les prophètes qui a été versé depuis la création du monde, depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie, qui a péri entre l'autel et le sanctuaire. Oui, je vous le déclare : cette génération devra en rendre compte. Malheureux êtes-vous, docteurs de la Loi, parce que vous avez enlevé la clé de la connaissance ; vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui essayaient d'entrer, vous les en avez empêchés. » Après que Jésus fut parti de là, les scribes et les pharisiens se mirent à lui en vouloir terriblement, et ils le harcelaient de questions ; ils étaient à l'affût pour s'emparer d'une de ses paroles.

_____L’histoire ne précise pas si le pharisien ayant invité Jésus à son repas de midi [1] a prévu un café assez fort pour aider à la digestion. Ce qui reste sur l’estomac des convives présents n’est pas tant le menu qui a pu défiler sur la table que le discours qui leur est servi entre deux bouchées. Non seulement ils sont comme ces tombeaux qu'on ne voit pas et sur lesquels on marche sans le savoir [2, note 19], qu’ils creusent pour eux-mêmes, mais de part leur éminente responsabilité de docteurs de la Loi ils se voient "gratifiés" du rôle peu enviable de bâtisseurs de tombeaux des prophètes. Qui sont les prophètes sinon ceuxTombe.jpg la Loi mais la reconnecter à la justice et l'amour de Dieu avant qu’elle ne perde tout sens en se retournant contre elle-même ? Ne tuent et persécutent prophètes et apôtres –reproches vivants- que ceux qui ont persécuté puis tué la Loi en la réduisant à une finalité quand elle n’est qu’un moyen de cohésion en vue d’un bien plus grand. Ils témoignent qu’ils approuvent les actes de leurs pères, ne se rendant pas compte qu’ils sont déjà en butte à de faux pères [3][4, APR note 11], ne tenant pas compte de la Sagesse de Dieu quand Il envoie Ses prophètes parmi eux pour redresser la barre en dénonçant les faux pères, renvoyant les Baal [5, notes 5,6] de tous temps. Quand la Loi est ainsi coupée de sa source, elle perd ses prérogatives d’instrument de cohésion destiné au plus grand nombre pour se réduire à un outil [6] de coercition aux seules mains de l’élite de ses docteurs, dont "la sagesse" ne sait plus reconnaître celle de Dieu. La cause première étant oblitérée, ses conséquences se substituent à elle en s’érigeant en causes… et ces "causes" deviennent inconséquentes, ne devant rendre aucun compte au-dessus d’elles tout en n’étant guère avares à en demander à ceux qui leur rappellent cette usurpation de leur identité : les prophètes et les apôtres, ceux qui dénoncent le détournement de la Parole et en annoncent les possibles conséquences, et ceux qui la proclament à nouveau en la resituant dans sa perspective. L’insulte à la Parole –et à ceux qui la ravivent- n’a cependant qu’un temps : ainsi cette génération devra rendre compte du sang de tous les prophètes qui a été versé depuis la création du monde […] jusqu'au sang de Zacharie, soit depuis les causes premières jusqu’aux conséquences dernières. Et lorsque ce livre de comptes sera ouvert, il le sera sous le Regard de la Cause première. C’est dire que nul ne pourra en brouiller le bilan : ce qui elephant-souris-web.jpgémane de la colonne "débit" sera bien porté dans la colonne "débit", idem pour la colonne "crédit".
_____Enlever la clé de la connaissance n’est pas autre chose que de semer la confusion dans ces colonnes, ne plus savoir laquelle est celle du "débit" et laquelle de "crédit". Et ceux qui essaient d'entrer, -c’est-à-dire ceux qui essaient tant bien que mal de remettre de l’ordre en rétablissant l’équité- on les en empêche ! Ce qui revient à laisser de côté la justice et l'amour de Dieu, défigurés sous les traits de l’homme qui tombe entre les mains des bandits [7]. On ne s’étonnera pas qu’après que Jésus fut parti de là, les scribes et les pharisiens se mirent à lui en vouloir terriblement : éminents représentants de la Loi aux yeux de tous, voilà que leur aura perd de sa superbe, étant assimilés à ceux dont ils se veulent l’antithèse : des bandits. Déclarer à un docteur de la Loi qu’il a enlevé le clé de la connaissance, c’est remettre en question un pouvoir reposant pourtant sur un savoir, réduire un éléphant [8] à l’état de souris ! C’est surtout désenvaser un canal [9] terriblement obstrué par des conséquences se prenant pour des causes, ce qui le comble de malédiction.

Lettre de saint Paul Apôtre aux Ephésiens 1,3-10.
Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Dans les cieux, il nous a comblés de sa bénédiction spirituelle en Jésus Christ. En lui, il nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l'amour, saints et irréprochables sous son regard. Il nous a d'avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ : voilà ce qu'il a voulu dans sa bienveillance, à la louange de sa gloire, de cette grâce dont il nous a comblés en son Fils bien-aimé, qui nous obtient par son sang la rédemption, le pardon de nos fautes. Elle est inépuisable, la grâce par laquelle Dieu nous a remplis de sagesse et d'intelligence en nous dévoilant le mystère de sa volonté, de ce qu'il prévoyait dans le Christ pour le moment où les temps seraient accomplis ; dans sa bienveillance, il projetait de saisir l'univers entier, ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre, en réunissant tout sous un seul chef, le Christ.

_____Un seul chef, le Christ : voilà qui ne fait pas les affaires [10] de ceux qui se voient d’avance destinés à devenir des chefs, en réunissant tout sous leur houlette ! Certes, la grâce de Dieu est inépuisable… mais elle ne remplit de sagesse et d’intelligence que ceux qui estiment n’en être pas déjà pourvus. Quel automobiliste s’arrêtera-t-il à une station-service en sortant de faire le plein ? Même si le carburant y est gratuit [11, note 1], il ne pourra pas en loger une goutte de plus dans son réservoir. Si la grâce est inépuisable, elle se heurte cependant au mur de vase d’un canal comblé de sagesse et d’intelligence humaines. Ils le harcelaient de questions, ce qui démontre déjà qu’ils étaient déstabilisés dans leur savoir. Mais il y a questions et questions : celles du dépourvu de la connaissance se reconnaissant tel, et cherchant de la sorte à combler quelque lacune afin d’entrer plus avant dans cette connaissance. Ce sont là les questions du chercheur de causes premières. Et puis il y a ces questions relevant d’un tout autre esprit, parce qu’émises dans un climat de harcèlement, contraire à la charité. (Quand […] je connaîtrais tous les mystères et toute la science […], si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. [12, note 12]) Ce sont en revanche des questions cherchant à conserver la captation de la cause première, ne cherchant à l’extérieur que la faille qui va leur permettre de légitimer cette captation : ils étaient à l'affût pour s'emparer d'une de ses paroles… dans le vain espoir de la retourner contre Lui, bien entendu. C’est là toute la distinction entre des questions ouvertes à des éléments constructifs de réponses –au risque qu’elles bouleversent des réponses antérieures tenues pour acquises-, et des questions fermées dont le seul mitraillage trahit déjà un esprit obtus cherchant à tout prix à préserver la validité de ses réponses antérieures : questions paradoxales parce que tuant d’avance toute remise en question !
_____Reconnaissons au moins à ces docteurs de la Loi –et autres pharisiens- une relative pureté dans leur impureté, qu’ils ne doivent pas tant à ce qu’ils aient d'abord fait leur ablution avant le repas (!) qu’à une malveillance qui les fait projeter de saisir l'une de ses paroles. Quand on en veut terriblement à quelqu’un, on ne se raconte pas d’histoires : objectivement, on ne souhaite pas beaucoup de bien à ce quelqu’un.

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_____Pour le moment, les temps ne sont pas encore accomplis. Rien n’interdit donc quelque transposition temporelle, en replaçant ce repas de midi de nos jours. Anachronique ? Sur la forme, sans aucun doute, tant sur la nature des protagonistes que sur l’évolution de la situation. Dans le fond, la trame demeure assez voisine de ce qu’elle était il y a deux mille ans : confisquons à l’homme d’aujourd’hui la clé de ses connaissances techniques acquises durant ces deux millénaires, et il lui restera une psychologie pas beaucoup plus évoluée que celle de ses lointains aïeux. La question est même de se demander si cette évolution n’a pas subi une phase régressive. À cet effet, reprenons les deux dernières phrases de l’Évangile :
Après que Jésus fut parti de là, les scribes et les pharisiens se mirent à lui en vouloir terriblement, et ils le harcelaient de questions ; ils étaient à l'affût pour s'emparer d'une de ses paroles. Reconnaissons là encore qu’ils n’ont besoin de personne pour manifester leur mauvaise humeur : ce sont bien eux qui harcèlent de questions. Ce sont bien eux qui sont à l'affût pour s'emparer d'une parole. Ce qui est frappant, c’est que nous avons là une attitude qui ressemble comme une sœur à celle du juste "psychique" [13, notes 36] ayant "décelé" un "trouble" du même nom ! Aujourd’hui, on ne harcèlerait plus Jésus de questions… parce qu’on n’oserait plus le faire, figés par la peur. Parce qu’on se masquerait soigneusement qu’on lui en veut terriblement en évacuant ce qui apparaîtrait trop ouvertement comme un manque d’amour par cette pirouette apportée via la "grâce" de la "santé mentale". On ne lui en voudrait plus… parce qu’on Le considérerait alors comme un "malade" ! Et précisément comme tel, on serait à l'affût pour s'emparer d'une de ses paroles dans le seul objectif de "prouver" la "maladie". Afin d’entériner cette forfaiture, il suffit ensuite de plaquer tout un vocabulaire "médico-scientifique" sur une situation qui, fondamentalement, est la même que celle qui a été décrite il y a deux mille ans. Elle semble inépuisable, la grâce par laquelle le Docteur passe pour être rempli de sagesse et d'intelligence en nous dévoilant le mystère de la "santé" !!! Quand on dégringole à un tel degré de crédulité [14, note 18], on peut même croire aux vertus du dévoilement à distance [15, note 12] : quand l’irrationnel se pare d’un déguisement "scientifique", tout lui est permis. Le Docteur ? C’est à lui que l’on va déléguer le soin d’harceler Jésus de questions… dont les réponses l’indifféreront tout autant que ceux qui le comblent de leur bénédiction spirituelle… pardon, "sanitaire". Les prophètes et les apôtres, il les connaît bien : ce sont eux qui lui fournissent l’essentiel de ses classifications "diagnostiques". Transférée au "spécialiste", la question n’est déjà plus de vérifier le bien-fondé de la suspicion "pathologique" mais de la fonder de toutes pièces en s’emparant d’une parole du "malade". Nous sommes là au sommet d’un art consommé de transformer une conséquence en cause… ce qui passe par la transformation d’un bien-portant en "malade". Tant qu’il n’est pas traité, ce dernier porte encore des guillemets, l’objectif étant de lui retirer afin de lui faire recouvrer la… "santé". Il suffit donc de le harceler de lajurons-Capitaine-Haddock.gif nécessité d’un traitement "thérapeutique". « Comment prendre les gens pour des imbéciles » : ce titre conviendrait mieux à un certain ouvrage déjà cité [16, note 28]. But de l’opération : faire douter le "malade" de sa propre raison. Son entourage est bien entendu précieux à cet égard, chargé clandestinement d’être à l’affût pour s’emparer de la plus petite parole qui puisse attester de la "bien-portance" des uns comme de la "maladie" de l’autre, pour qu’ils soient, dans "l'amour" (c’est-à-dire la fausse compassion qui masque efficacement ce terrible manque d’amour qui ferait horreur aux intéressés eux-mêmes s’il était dévoilé), sains et irréprochables sous le regard "extra-lucide" du Docteur L’idéal est évidemment le "patient" qui s’impatiente : ou il va "consulter" pour faire plaisir [17, com4] et met ainsi le doigt dans l’engrenage, ou il pique une telle colère qu’il "prouve" ainsi sa "maladie" et se voit appliquer la canisation forcée [18, note 15]. Superbe exemple, quasi palpable, d’une pure conséquence qui se voit commuée en "cause" par la magie de la "médicalisation". Tout l’édifice de la "santé mentale" repose sur de telles insultes à la santé, mais reste néanmoins prisé en dépit du bon sens parce qu’il est toujours plus facile de "déceler" une "maladie" chez un autre que de se remettre en question. Elle semble inépuisable, la grâce par laquelle le Docteur vide la sagesse et l'intelligence en se voilant derrière une image de fausse bienveillance.

_____Tout ceci ne fonctionnerait pas une seconde chez Jésus, parce que le mal n’a aucune prise sur Lui… y compris le plus hypocrite de tous : celui qui passe pour un bien, à commencer sur ceux qui le répandent ou s’en font les complices. Qu’on se sente « tellement mieux » après [19, note 1] un éventuel traitement n’est aucunement significatif de la validité du système qui le soutient : pour s’attirer de la "clientèle" captive, encore aujourd’hui les démons aussi ont un certain savoir-faire en matière de guérisons (cf. « … elle retrouva sa santé et fut instantanément guérie de son mal. »[20]…) Dans sa bienveillance, il projetait de saisir l'univers entier, ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre, en réunissant tout sous un seul chef, le Christ. Ce projet est toujours en cours : faut-il le tenir pour "dépassé"… ou préfère-t-on passer à la moulinette de celui-là [21] ?

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