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mardi, 28 octobre 2008

Bienvenue chez les ch’touyouyouille !

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 6,12-19. (*)
En ces jours-là, Jésus s'en alla dans la montagne pour prier, et il passa la nuit à prier Dieu. Le jour venu, il appela ses disciples, en choisit douze, et leur donna le nom d'Apôtres : Simon, auquel il donna le nom de Pierre, André son frère, Jacques, Jean, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques fils d'Alphée, Simon appelé le Zélote, Jude fils de Jacques, et Judas Iscariote, celui qui fut le traître. Jésus descendit de la montagne avec les douze Apôtres et s'arrêta dans la plaine. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une foule de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon, qui étaient venus l'entendre et se faire guérir de leurs maladies. Ceux qui étaient tourmentés par des esprits mauvais en étaient délivrés. Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu'une force sortait de lui et les guérissait tous.

______Dans le hall de l’aérogare de Pathos-City, capitale de la Pathomanie, résonne une triste voix d’hôtesse : « L’avion de la compagnie "Air Malade" vient de se crash… vient d’atterrir. La Pathomanie souhaite la bienvenue aux voyageurs survivants. Qu’ils n’oublient pas de récupérer leurs bagages… enfin : ceux qui n’ont pas été détruits ! »[1, APR note 31] Disons-le tout net : en dépit de tarifs sans doute attractifs, cette destination est à déconseiller aux jeunes mariés en voyage de noces, fussent-ils amateurs de sensations fortes. Encore cela ne s’adresse-t-il qu’à ceux qui, par miracle, seraient passés au travers des mailles du filet à l’embarquement : porter un vêtement de noce [2] au départ est non seulement rédhibitoire mais sujet à un interrogatoire poussé dans les services de la police des frontières, voire à l’inscription au fichier international du grand banditisme de la guérison.
ben.laden.gif______Prenons Oussama Ben Laden et d’autres célébrités de même acabit, mélangeons bien fort… éventuellement passons la nuit à prier Dieu que cette expérience insolite ne nous explose pas à la figure. Le jour venu, appelons le personnage obtenu. Mais comment l’appeler si on ne connaît pas son nom ? Son nom ? Il couvre tous les murs de Pathos-City, sur des affiches de trois mètres sur deux, estampillées "WANTED". Le montant promis en récompense est si alléchant qu’on pourrait le partager avec les refoulés de la frontière, ceux à qui on a tant coupé les cheveux en quatre [3] qu’ils risqueraient d’attraper un rhume de cerveau à persister vouloir effectuer du tourisme en Pathomanie : le pays n’est pas réputé pour ses températures tropicales.[4] Ils pourraient ainsi s’offrir en compensation des entrées dans les parcs de répulsion à la gloire de la Pathomanie : les Pathoparcs et autres Patholands. Pour accéder à ceux-là, pas besoin de visas ! L’avantage est qu’ils sont partout : il y en a nécessairement un près de chez vous… Non seulement personne n’y est refoulé, mais la Loi [5, note 15] se charge de pousser les hésitants à la consommation.

______Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu'une force sortait de lui et les guérissait tous. Deux mille ans après, le traumatisme subi est encore vivace : il le faut pour que le nom de Jésus soit ainsi associé en Pathomanie à celui de l’ennemi [6] public n° 1 ! Dans ce pays lointain (mais il se murmure ici ou là qu’il serait plus prochain [7] qu’il n’y paraît…), faute d’ange disponible, la parole a été apportée par un dirigeable sans morale : entre eux, les docteurs de la Loi –amateurs de langage ésotérique- l’appellent plus communément le DSM [8, note 8]. C’est dire que le porteur de cette autre Parole que l’on pouvait toucher généra un puissant mouvement de panique chez les chefs du peuple des pathomaniaques d’alors, leurs administrés s’étant lancés sur les routes de l’exode, en quête de terres moins inhospitalières. Presque exsangue de ses habitants, la Pathomanie était toute courbée et absolument incapable de se redresser ! [1] Dès lors, on comprend mieux cette récompense astronomique qui a été promise à celui qui permettra la capture du responsable de ce désastre. Mais l’affaire ne s’arrête pas là ! Bien que réputé pour son célibat prolongé, le rebelle subversif a fait des petits… beaucoup de petits. Ce sont même ses préférés [9]. À leur tour, en référence à leur maître, ces petits font d’autres petits. Ils sont ainsi passés de douze à soixante-douze [10], puis un grand nombre, et une foule de gens venus de partout… certains se risquant même à venir en ces terres y quérir le contraire de ce qu’elles avaient l’habitude de donner ! De génération en génération, les petits courent toujours jusqu’à ce jour. Venus parfois de loin, ils s’installent : l’attrait du gain promis par les affiches ?

Lettre de saint Paul Apôtre aux Ephésiens 2,19-22.
Et donc, vous n'êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes citoyens du peuple saint, membres de la famille de Dieu, car vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les Apôtres et les prophètes ; et la pierre angulaire c'est le Christ Jésus lui-même. En lui, toute la construction s'élève harmonieusement pour devenir un temple saint dans le Seigneur. En lui, vous êtes, vous aussi, des éléments de la construction pour devenir par l'Esprit Saint la demeure de Dieu.

______Voilà naturellement qui ne fait pas l’affaire des chefs du peuple de Pathomanie ! Si cela continue, ils seront réduits à l’état de fantoches. Ils racontent encore au cours de leurs veillées cet épisode où l’un des leurs fut couvert de honte devant toute une foule qui était dans la joie à cause de toutes les actions éclatantes que faisait le rebelle subversif. Non content de guérir –ce qui est déjà un crime-, il mettait la joie dans la foule, ce qui constituerait déjà en Pathomanie un délit de droit commun de personne à personne ! Visiblement, cet homme présente un redoutable "danger pour lui-même et pour les autres" [11]… Quand on sait qu’un simple sourire est déjà passible d’être livré au percepteur des amendes [12], on conçoit que les docteurs de la Loi n’en mènent pas large.
______Alors ils redoublent de l’usage d’agents doubles : tradition qui leur a d’ailleurs été apportée par l’adversaire lui-même, en la personne de Judas Iscariote, celui qui fut le traître. En Pathomanie, ce dernier qualificatif est à même de faire de vous un éminent chevalier de la légion d’horreur.[13] Est-ce là encore l’attrait du gain promis par les affiches ? Toujours est-il que l’agent double aussi fait des petits… et pas seulement parce qu’il se dédouble. Ce dernier point est d’ailleurs un nouvel atout en Pathomanie, rebaptisé "diagnostic" [14]. Ainsi transformé, il constitue une intéressante force de frappe pour l’expansion impérialiste de la Pathomanie. Car bien que spécialiste du nombril, ce pays ne rechigne pas à exporter sa parole [15][16] pour, lui aussi, faire des petits avant qu’il ne soit trop dépeuplé. Tel est son principe de gouvernement : refouler ses souffrances à l’extérieur de ses frontières afin de se rendre plus avenant à l’intérieur. Appliqué à l’individu, ce principe porte le doux nom de "déni de souffrance", et a fait l’objet d’études approfondies [17, note 16] auprès des services "scientifiques" du Sinistère de la "Mentez" pathomaniaque [18, note 28]… vraisemblablement trop sérieux pour être amateur de contrepets. Mais le meilleur des agents doubles sera toujours l’agent dormant… et ronflant si fort qu’il ne s’entend plus se dédoubler. Lui aussi est descendu de la montagne, mais emporté par son élan il ne s’est pas arrêté dans la plaine. La probabilité de freins [1, note 16] ayant surchauffé n’est pas à écarter : il semble que pour lui, ce soit l’agent simple qui le soit. « Écarte-toi que je te double ! » En clair, ce dernier est prié d’être écarté de la circulation pour cause d’arrêt suspect dans la plaine… rebaptisé en l’espèce "arrêt-maladie". La Pathomanie étant en pointe en ce domaine, elle permet ainsi de reconnaître l’agent double… lui-même en pointe dans son inculturation de la Parole : saint Paul recommandant par exemple de se faire Juif avec les Juifs, il se fait donc pathomaniaque avec les pathomaniaques, la Parole perdant de sa superbe en perdant "humblement" sa majuscule : en Pathomanie, la parole reprend droit de cité. Elle a son héraut, en la personne de l’incontournable agent des services (à peine) secrets, chasseur de primes de son état :

Lettre de Phil’os à poutre [19] malsain aux Daltoniens de la santé 2,19-22.
Et donc, vous êtes encore plus des étrangers si vous êtes des gens pas sages, vous êtes citoyens du peuple malsain, membres du chenil du Docteur, car vous avez été désintégrés dans la destruction qui a pour fondateurs les à poutres et les pros à la fête [20] ; et la pierre angulaire c'est la crise de Philou elle-même. En lui, toute la destruction s'abat cérémonieusement pour devenir un temple [21, note 16] malsain dans le saigneur [22]. En lui, vous êtes, vous aussi, des éléments de la destruction pour devenir par l'esprit malsain les demeurés du Docteur.

______ Le plus extraordinaire est que cette parole-là –en dépit de son ridicule achevé- est reçue cinq sur cinq, attestant que la Parole ne l’est pas [23, note 2/2], quoi qu’on en prétende : la trahison se trahit d’elle-même ! Quand c’est d’elle-même qu’elle se trahit, grande est la tentation de la nier avant d’être couvert de honte devant l’adversaire qui la couvre. Le déni de la trahison est bien connu : il ne s’agit pas moins du fameux "déni de souffrance", à ceci près qu’il est projeté [24, note 6] sur l’adversaire. Il s’agit de détourner l’attention sur lui en détournant son attention –trop menaçante- de soi. Le "déni de souffrance" est donc L’astuce qui voile [25] la trahison tout en ajoutant de la trahison à la trahison ! Que cette trahison fasse souffrir injustement le trahi coule de source, mais ce n’est pas cette souffrance qui est niée : c’est bien celle du traître. Il lui faut donc apaiser cette souffrance en se joignant à d’autres éléments de la destruction dont il se constitue partie prenante, qu’il le veuille ou non. L’objectif est la "communion des malsains" dans la complicité honteuse au mal [1, note 2/4] : cela vaut bien un aller-retour en Pathomanie. Là-bas en effet, la trahison on connaît bien : c’est le sport national ! Pour protéger son déni de trahison, on est certain de se voir dérouler le tapis rouge chez le "médecin" dont l’activité est elle-même une haute trahison de la VRAIE médecine. Ce qui couvre cette haute trahison ? La vraie clientèle qui lui apporte de la fausse… afin qu’il en fasse de la vraie. Le "déni de souffrance" est sa carte maîtresse : il ne tire sa fausse légitimité qu’en travaillant à ridiculiser le "déni". Il n’a donc à sa disposition qu’un seul moyen : créer de toutes pièces cette souffrance, autrement dit rendre réellement malade un "malade" qui ne l’était pas. À cet effet, il suffit déjà de recourir à la pharmacopée existante, tout médicament censé soigner une pathologie ayant toute chance de la provoquer quand elle n’existe pas au préalable. La faire apparaître, c’est évidemment "confirmer" le "diagnostic", etc. C’est surtout "confirmer" la "légitimité" de cette "médecine" en continuant de couvrir sa haute trahison avec l’assurance de ne pas être dédit par le client qui est soit le demandeur –donc traître et complice- soit le "patient" (parfois ignominieusement sous contrainte !) qui est de moins en moins apte à discerner l’arnaque et la trahison dont il est l’objet. L’on conçoit mieux que pour un "Dr" Amador –comme pour sa clientèle spontanée-, il soit infiniment préférable de réinterpréter discrètement cette trahison en vague sentiment de "malade" à "gérer" [26, APR note 34], c’est-à-dire à lui faire oublier au plus vite cette trahison avant que la supercherie ne soit trop voyante. « Comment faire accepter son traitement au malade » [26, note 28] Grave question en effet : car tant que le "malade" n’a pas accepté son "traitement", il n’est pas encore malade. Par conséquent, l’épée de Damoclès de la découverte de la trahison reste suspendue au-dessus de la tête de tous les complices de cette sinistre farce "sanitaire", fournisseurs de chair fraîche et praticien qui se trouvent liés [1] en se protégeant mutuellement.

______C’est dire que les éléments de la destruction existent : il vaut mieux ne pas rencontrer ces égarés par des paroles creuses quand on tient un tant soit peu à sa santé. Très exactement ce que suggérait saint Paul hier : ne laissez personne vous égarer par des paroles creuses. Tout cela attire la colère de Dieu sur ceux qui désobéissent. N'ayez donc rien de commun avec ces gens-là. [1, APR note 4] Mais si le voyage en Pathomanie est déconseillé aux jeunes mariés, que faire avec les moins jeunes ? Que faire lorsqu’un des deux a effectué seul le voyage et que l’autre s’y refuse ? Que le commun des mortels n’aie rien de commun avec un autre commun des mortels parce qu’il s’est laissé égarer, soit. Mais quand ce commun est si prochain qu’il en est conjoint, comment fait-on pour ne rien avoir de commun ? Certes, le conjoint voyageur a trouvé la solution… en s’essayant à la dissolution [24, note 29], précisément. Ce qui est de la logique de Phil’os, certainement pas de saint Paul ! Des deux conjoints, lequel est tourmenté par des esprits mauvais auquel il s’est livré ? Lequel a été touché par une force pathomaniaque sortant de lui et maudissant [25] tous ceux qu’on lui demande de maudire, rendant des conjoints étrangers l’un à l’autre ? De fait, qu’y a-t-il de commun entre un conjoint cockérisé, disqualifié en complice du "dangereux" rebelle subversif et l’autre conjoint, devenu agent double par son inféodation à une "médecine" impérialiste ne trouvant sa seule raison d’être que dans la fuite en avant de la fabrication permanente de ses malades ? Comme élément de la construction pour devenir par l'Esprit Saint la demeure de Dieu, il va être difficile de trouver moins harmonieux !

______N'ayez donc rien de commun avec ces gens-là. C’est aussi bien entendu le conseil de Phil’os et de sa clique : que le "bien-portant"[26] n’aie rien de commun avec le "malade". Moins il mettra de commun avec lui, moins mettra-t-il de chances de faire découvrir ses éléments d’une destruction qu’il nie comme le reste.

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______"WANTED". En Pathomanie, les affiches sont collées à l’envers. Le touriste fraîchement débarqué de l’aérogare de Pathos-City a toujours un peu de mal à s’acclimater à ce qu’il découvre. Il trouve étrange de devoir lire –avec difficulté- : "DETNAW". On lui avait pourtant assuré que la barrière des langues ne se posait pas en Pathomanie ! Il est vrai qu’il n’est pas au bout de ses surprises. Ce n’est pas tant le décor qui le dépayse que les coutumes locales. Comme partout, on trouve sur l’artère principale une pharmacie, un cabinet médical, une clinique, un hôpital, une entreprise de pompes funèbres. Il y a même une église ! En s’approchant, on s’aperçoit que c’est plutôt un temple, le clocher ayant fait illusion, muni de son unique cloche. Mais quelle cloche ! Une grosse, très grosse cloche : un bourdon… Renseignement pris, elle ne sert qu’à sonner le tocsin : et à ce qu’il paraît, elle sonne souvent. Parfois pour rien, mais on n’est jamais assez prudent [27, note 28]… Quant au temple, il est dédié à une trinité [28, note 12] locale. Il est réconfortant de savoir qu’on est ici au pays des bien-portants. Car en poursuivant la visite, on continue de trouver comme partout une pharmacie, un cabinet médical, une clinique, un hôpital, une entreprise de pompes funèbres. Puis à nouveau une pharmacie etc. Comme partout ? Réflexion faite : peut-être un peu plus que partout…
______Ici on ne rencontre que des gens extrêmement sérieux. Mais il ne faut pas hésiter à se pencher un peu si on veut leur adresser la parole : en dépit de ce sérieux qui fait leur fierté nationale, ils marchent en effet sur les mains. On ne saurait les soupçonner de vouloir faire les singes [29] ! Cela ne serait pas très sérieux… mais en attendant, cela lève un coin du voile : voilà pourquoi les affiches sont collées à l’envers ! Et voilà pourquoi le marché des médicaments traitant les symptômes vertigineux est aussi florissant que celui des antidépresseurs, neuroleptiques et autres anxiolytiques. Le touriste fraîchement débarqué ne veut pas jouer les envahisseurs et reste poli : il s’abstiendra donc de suggérer aux autochtones que la position du poirier [30, note 19] n’est pas nécessairement la plus saine à tous points de vue. Surtout qu’il est ici en Pathomanie : il vient d’ailleurs de repérer une massive prison entre deux pharmacies. S’informant auprès d’un passant qu’il regarde aimablement dans le creux des orteils afin de s’épargner un lumbago, il apprendra benoîtement la nature des hôtes forcés de cette sombre bâtisse : d’épouvantables criminels purgeant une dure peine suite à d’incroyables méfaits commis sur la voie publique. Un tel a souri à un gardien de la paix [31] : outrage à agent dans l’exercice de ses fonctions. Un autre a raconté une histoire drôle qui en a fait rire quatre ou cinq, créant un début d’émeute. Sa peine s’est trouvée alourdie par le fait que le juge n’en a pas compris la chute. Un autre encore s’est fait surprendre sur ses deux pieds, ce qui n’est toléré que chez les visiteurs. Et ne parlons pas du quartier de haute sécurité : s’y trouvent enfermés à double tour d’abominables scélérats qui ont osé contester le diagnostic de leur médecin traitant…
______La barrière des langues ne se pose pas en Pathomanie, mais il convient cependant de savoir décrypter les mots courants. Ce n’est pas très difficile : il suffit de faire effectuer à l’esprit la même gymnastique que celle à laquelle s’adonnent les pathomaniaques pour leur corps. Ce n’est pas exactement du verlan, mais plutôt du vice-versa… dont un versant incline assez fortement sur le vice. Ce dernier est d’ailleurs une vertu en Pathomanie, ce qui constitue déjà un bon début de décryptage. Le visiteur peu habitué pourra se trouver touché de l’attention qu’on lui porte : en effet, on s’inquiètera beaucoup de sa santé. Mais "s’inquiéter", c’est "se rassurer"… et vice-versa. Par conséquent, les visages se ferment dès qu’ils croisent un regard un peu affable : pour eux, ce regard est inquiétant. Ils seront rassurés s’il se ferme à son tour. Il n’est donc que trop conseillé au visiteur peu habitué de se mouler rapidement dans ce climat s’il ne veut pas troquer sa chambre d’hôtel contre une chambre d’hôpital. En effet, une personne perçue comme trop aimable remet gravement en cause la construction harmonieuse de la bonne société pathomaniaque. Et si son regard ne se durcit pas assez rapidement aux yeux de son entourage, celui-ci ne demande qu’à lui faciliter la tâche en accélérant le processus par des soins intensifs ad hoc. Ainsi sont-ils au moins rassurés. D’ailleurs, rien ne les rassure davantage que de savoir qu’un autre souffre : c’est pourquoi ils sont toujours à l’affût de leur santé, quitte à en ajouter un peu. Attention : ici, le vieux dicton « il vaut mieux prévenir que guérir » est pris à la lettre. [1, note 3] Et encore : pas toutes les lettres ! Depuis longtemps, d’éminents linguistes locaux s’arrachent les cheveux pour connaître la signification du second verbe…

______Le touriste fraîchement débarqué se sent tout à coup pris d’un étrange malaise. Il pourrait consulter : ce n’est pas le choix qui manque ! mais il craint –allez comprendre pourquoi- de s’engager ainsi dans un processus thérapeutique dont il ne verra pas le bout. Aussi préfère-t-il identifier de lui-même la nature de son malaise. Eurêka ! C’est tout simplement le mal du pays…

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malsain aux Daltoniens de la santé 2,19-22.

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