mardi, 16 décembre 2008

Les prostituées croiraient-elles des pros situés ?

300px-Herculaneum_Fresco_001.jpg

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 21,28-32. (*)
Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : 'Mon enfant, va travailler aujourd'hui à ma vigne.' Celui-ci répondit : 'Je ne veux pas.' Mais ensuite, s'étant repenti, il y alla. Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : 'Oui, Seigneur !' et il n'y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ». Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n'avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole.

_____La remise en question des interlocuteurs de Jésus -chefs des prêtres et anciens du peuple [1]- se poursuit aujourd’hui, une nouvelle question venant introduire une parabole, les invitant à replacer leur autorité sous la perspective de Celui qui leur a donnée : que pensez-vous de ceci ? Moins que jamais n’a-t-Il l’intention de penser pour eux, leur livrant des réponses standardisées prêtes à l’emploi.

_____« Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ». Cette réponse coule bien sûr de source ; mais elle sous-tend à son tour une autre question, plus implicite et plus intérieure : « Pensez-vous que vous êtes l’un de ces deux fils ? Si oui, lequel ? » L’un dit non mais se ravise, et fait oui ; l’autre dit oui, mais fait non sans jamais se raviser. Le premier se remet en question, le second non. Si l’on demandait aux publicains et aux prostituées de travailler aujourd'hui à la vigne, ils répondraient : 'Je ne veux pas.' Ce sont pourtant les mêmes qui ont cru à la parole d’un Jean Baptiste vivant selon la justice. Simultanément, ce sont ceux qui ont l’autorité pour exercer la justice dans le monde qui n’ont pas cru à la parole de quelqu’un vivant selon cette justice ! À la question non formulée, Jésus apporte une réponse de même nature, douloureuse parce que stigmatisant ses interlocuteurs comme partisans du 'Oui, Seigneur !' et ils font aller les autres à leur place, se servant de leur autorité pour être remarqués des hommes.[2] Dès lors qu’ils lui répondent : « Le premier », ils témoignent simultanément de leur compréhension de la parole comme de leur non-adhésion en profondeur. Non seulement ils n’ont pas cru à la parole de Jean Baptiste ; mais même après avoir vu les publicains et les prostituées y croire –eux que leur sagesse tenait pour les derniers à être susceptibles d’y croire- ils n’ont toujours pas cru, arc-boutés sur leur connaissance du 'Oui, Seigneur !'. Rebelles à l’application de la parole sur eux-mêmes, impurs « PVA » avant l’heure, tyranniques sur l’application chez les autres d’une parole qui rebondit sur eux [3, APR note 29]. Répondant : 'Oui, Seigneur !', ils n’acceptent pas de leçon, ne font pas confiance au Seigneur, ne se présentent pas pour servir leur Dieu.

Livre de Sophonie 3,1-2.9-13.
Malheureuse la rebelle, l'impure, Jérusalem la ville tyrannique ! Elle n'a écouté la voix de personne, elle n'a pas accepté de leçon, elle n'a pas fait confiance au Seigneur, elle ne s'est pas présentée pour servir son Dieu. Mais moi, dit le Seigneur, je vais transformer les peuples et purifier leurs lèvres, pour qu'ils invoquent tous ensemble le nom du Seigneur et le servent d'un seul cœur. D'au-delà des fleuves de l'Éthiopie, mes adorateurs, mes enfants dispersés m'apporteront mon offrande. Ce jour-là, tu n'auras plus à rougir pour tous les méfaits que tu as commis contre moi, car alors j'extirperai de toi les orgueilleux et leur insolence, et tu ne reviendras plus te pavaner sur ma montagne sainte. Israël, je ne laisserai subsister au milieu de toi qu'un peuple petit et pauvre, qui aura pour refuge le nom du Seigneur. Ce Reste d'Israël ne commettra plus l'iniquité. Il renoncera au mensonge, on ne trouvera plus de tromperie dans sa bouche. Il pourra paître et se reposer sans que personne puisse l'effrayer.

1447-mouton.jpg

_____Pour ne plus avoir à rougir de tous les méfaits commis, il a bien fallu au préalable que de tels méfaits aient été commis. Pour ne plus commettre l’iniquité, il a bien fallu que cette iniquité aie également été commise. Pour renoncer au mensonge, il a encore fallu qu’il règne : que l’on trouve de la tromperie dans quelque bouche. Enfin, il a fallu que quelques-uns soient effrayants pour d’autres, les laissant sans repos. Depuis le Livre de Sophonie (VIe siècle avant JC), les hommes sont-ils devenus moins rudimentaires aujourd’hui ? Alors, ils acceptent toute leçon, font confiance et se présentent avec empressement pour servir ! Après avoir répondu : 'Oui, Docteur !', bien sûr : ne rêvons pas. Malheureuse la rebelle, l'impure, la "Jérusalem" de chair [4, APR note 3], "tyrannique" à la mesure de ce qu’elle n'a écouté la voix de personne, elle n'a pas accepté de leçon, elle n'a pas fait confiance au Docteur [5], elle ne s'est pas présentée pour servir son demi-dieu ! [6, APR note 29] En réalité, elle n’est pas si malheureuse ! Surtout qu’aujourd’hui, au XXIe siècle après JC, il n’y a plus de malheureux, hormis dans des pays très lointains : quel progrès… En revanche, que de personnes effrayantes ! Aujourd’hui, on appelle cela des 'malades' [1, APR note 15]: cela fait sans doute moins peur ! Mais cela rend encore un peu malheureux les justes "psychiques" [7, notes 36]. Aussi préconisent-ils d’emprunter le chemin du bonheur en allant se pavaner sur la montagne "saine" ; plus exactement en allant pavaner leurs 'malades' : eux n’ont pas besoin [8] de se remettre en question. Si les 'malades' ont le malheur de relativiser ce besoin chez eux, on rougit alors pour tous leurs méfaits ("à venir", faute d’avoir été commis ! [1, AV note 22]) car alors on extirpera d’eux "l’infatuation" et "l’inconscience" de leur 'maladie'. Cette "inconscience" permet fort opportunément de ne "pas commettre l’iniquité", le recours éventuel à la force interdisant toute "tromperie dans la bouche" par l’autorité de la "Justice".[9, note 15] Que ne ferait-on pas pour ne pas renoncer au mensonge… à la "santé" !

menteur_menteur.jpg

_____La personne effrayante idéale est bien entendu celle qui a déjà du sang sur le mains, donc des raisons tangibles d’être effrayante : paradoxalement, elle devient moins effrayante quand on sait pourquoi. Il suffit juste de ne pas se trouver au mauvais endroit au mauvais moment quand elle emprunte son chemin du "bonheur" à elle… En revanche, la personne effrayante sujette aux pires cauchemars (pour son entourage) est celle qui n’a pas de sang sur les mains : les yeux révulsés d’une sourde angoisse sont en permanence fixés sur la fermeture éclair du redoutable 'malade' [10, APR note 22]. (Pour s’aérer un peu, on pourrait suggérer à l’entourage d’affrêter un charter en direction de la Pathomanie [11] : il y sera accueilli à bras ouverts…) Elle est effrayante, mais on ne sait pas [1, AV note 20] pourquoi. Ici, le piège n’est pas brisé, toute la situation étant en elle-même un piège : celui de la 'maladie', fournissant d’ailleurs l’unique semblant de pourquoi. Ne comptons pas trop sur Xavier Amador pour nous en apprendre davantage. Dans son dernier ouvrage, « Comment prendre le fauve au piège » [12, note 28] il en est déjà à l’art de dépecer la bête : à ce stade, plus personne ne peut savoir pourquoi elle était effrayante !…

png_dessin303_titom_piege_travail_precaire.png

_____Quand elle est enfin conquise à sa thèse, l’une des cibles visées dans ce chef-d’œuvre –aux mille rééditions en Pathomanie- perd remarquablement son aspect effrayant : le bonheur tant attendu serait-il enfin au rendez-vous ? Si l’aspect effrayé est du "bonheur", oui. Si l’acceptation de la 'maladie' -entraînant de facto une indécrottable addiction pharmacologique- est du "bonheur", oui. (C’en est au moins pour le sinistre prescripteur et les fabriquants de ses prescriptions…) En un mot, si une survie de zombie est du "bonheur", oui. [13][14][15][16] Que l’on croie ou non à sa parole, après avoir vu cela, il y a plus qu’il n’en faut pour avoir de quoi se repentir d’avoir cru à la parlote du Docteur. Et qui sait ? Les publicains et les prostituées [17, note 17] n’y auraient sans doute pas cru !

____________________________

Une cockerinade par jour

Une "malade" saute sur la route en disant "21, 21, 21", etc. Une juste "psychique" s'approche et lui demande :
- Que fais-tu ?
Et la "malade" lui répond :
- Je joue !
La juste "psychique" lui demande :
- Est-ce que je peux jouer avec toi ?
Et la "malade" accepte. Elle sont deux sur la route à faire "21, 21, 21", etc. La "malade" s'écarte sans que la juste "psychique" la voit et celle-ci se fait shooter. La "malade" revient, mais en changeant sa réplique : elle continue en disant "22, 22, 22, 22", etc.

Salem-Pres-7avril2008-1.jpg

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://micheldetiarelov.hautetfort.com/trackback/1952403

Commentaires

Les commentaires passent mal ... et comme je n'ai pas pris la précaution (déconseillée, mais ...) d'un copier-coller, j'ai la flemme de tout écrire à nouveau. Je m'étonnais seulement de votre phrase affirmant qu'il n'y avait plus de malheureux en notre XXIème siècle, sinon dans des pays très lointains alors que j'en croise à chaque pas.

Écrit par : elle voit, non des nains mais des malheureux partout. | mercredi, 17 décembre 2008

Répondre à ce commentaire

Il faut prendre le texte dans son contexte, voyons ! Relisez mieux (et moins en diagonale : tss, tss...), et vous percevrez peut-être comme un brin d'ironie dans mon propos !...

Écrit par : Michel | mercredi, 17 décembre 2008

Répondre à ce commentaire

Vouais, vouais, vouais ... et un dictionnaire de décryptage de l'humour tiarelovien, vous avez prévu d'en mettre un en ligne pour les pauvres abrutis dont je fais partie ?

Écrit par : une sceptique par habitude. | mercredi, 17 décembre 2008

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire