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vendredi, 19 décembre 2008

Le vieil homme est amer

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 1,5-25.
Il y avait, au temps d'Hérode le Grand, roi de Judée, un prêtre nommé Zacharie, du groupe d'Abia. Sa femme aussi était descendante d'Aaron ; elle s'appelait Élisabeth. Tous les deux vivaient comme des justes devant Dieu : ils suivaient tous les commandements et les préceptes du Seigneur d'une manière irréprochable. Ils n'avaient pas d'enfant, car Élisabeth était stérile, et tous deux étaient âgés. Or, tandis que Zacharie, au jour fixé pour les prêtres de son groupe, assurait le service du culte devant Dieu, il fut désigné par le sort, suivant l'usage liturgique, pour aller offrir l'encens dans le sanctuaire du Seigneur. Toute l'assemblée du peuple se tenait dehors en prière à l'heure de l'offrande de l'encens. L'ange du Seigneur lui apparut debout à droite de l'autel de l'encens. En le voyant, Zacharie fut bouleversé et saisi de crainte. L'ange lui dit : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été entendue : ta femme Élisabeth te donnera un fils, et tu le nommeras Jean. Tu seras dans la joie et l'allégresse, beaucoup d'hommes se réjouiront de sa naissance, car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira pas de vin ni de boissons fermentées, et il sera rempli de l'Esprit Saint dès avant sa naissance ; il fera revenir de nombreux fils d'Israël au Seigneur leur Dieu, il marchera devant le Seigneur, avec l'esprit et la puissance du prophète Élie, pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants, convertir les rebelles à la sagesse des hommes droits, et préparer au Seigneur un peuple capable de l'accueillir. » Mais Zacharie dit à l'ange : « Comment vais-je savoir que cela arrivera ? Moi, je suis un vieil homme, et ma femme aussi est âgée. » L'ange lui répondit : « Je suis Gabriel ; je me tiens en présence de Dieu, et j'ai été envoyé pour te parler et pour t'annoncer cette bonne nouvelle. Mais voici que tu devras garder le silence, et tu ne pourras plus parler jusqu'au jour où cela se réalisera, parce que tu n'as pas cru à mes paroles : elles s'accompliront lorsque leur temps viendra. » Le peuple attendait Zacharie et s'étonnait de voir qu'il restait si longtemps dans le sanctuaire. Quand il sortit, il ne pouvait pas leur parler, et ils comprirent qu'il avait eu une vision dans le sanctuaire. Il leur faisait des signes, car il demeurait muet. Lorsqu'il eut achevé son temps de service au Temple, il repartit chez lui. Quelque temps plus tard, sa femme Élisabeth devint enceinte. Pendant cinq mois, elle garda le secret. Elle se disait : « Voilà ce que le Seigneur a fait pour moi, lorsqu'il a daigné mettre fin à ce qui faisait ma honte aux yeux des hommes. »

foi,évangile,politique,philosophie,zacharie et d'autres ont moins ri...______Mais voici que Zacharie devra garder le silence. [1, note 24] « Qu’as-tu à réciter mes lois, à garder mon alliance à la bouche, toi qui n'aimes pas les reproches et rejettes loin de toi mes paroles ? Voilà ce que tu fais ; garderai-je le silence ? » [2, AV note 13] Cette dernière –et sévère- injonction ne saurait concerner directement Zacharie : il vivait comme un juste devant Dieu : il suivait tous les commandements et les préceptes du Seigneur d'une manière irréprochable. Ce qui n’est pas sans similitude avec Joseph, qui était un homme juste. [3] Similitude n’est pas identité : si Zacharie avait été un homme juste au même titre que Joseph, pourquoi aurait-il été empêché de parler jusqu'au jour où se réalisera la naissance de Jean ? Étant âgé, il n’était pas de la même génération que celle de Joseph. Il n’avait surtout ni la même expérience ni la même fonction : qu’y a-t-il de commun entre un prêtre -envoyé pour parler et pour annoncer la bonne nouvelle- de la "vieille école" et un jeune charpentier dont le métier privilégie le faire au parler ?[4] Ajoutons chez Zacharie une possible amertume de ne pas avoir d’enfant. L'ange du Seigneur n’est-il pas venu piquer cette amertume au vif ? On ne saurait reprocher au vieux prêtre de rejeter loin de lui ses paroles, d’autant qu’il n’y a rien à lui reprocher. Mais on se souvient que dans ce contexte, sa question à l’ange n’a pas la même connotation que celle de Marie [5, APR note 3], en dépit de leur formulation voisine : les annonciations se suivent et se ressemblent moins qu’il n’y paraît ! Elles s’adaptent à leur récipiendaire en fonction de leur réceptivité tout en respectant leur liberté et leur laissant assumer la responsabilité de cette liberté. Zacharie n’a pas cru aux paroles de l’ange : telle est la parole de l’ange lui-même et non celle de quelque exégète externe. Moi, je suis un vieil homme, et ma femme aussi est âgée : incidemment, c’est Zacharie qui reproche là à l’ange de se moquer de lui ou des lois de la nature. Ce faisant, lui -le représentant de Dieu- omet momentanément que s’adresse à lui un ange Gabriel de surcroît !- se tenant en présence de Dieu [6] et directement envoyé par Lui.

______On remarquera que sa femme Élisabeth garda le secret pendant cinq mois : garder le secret, c’est aussi une manière de garder le silence. Cette manière est plus positive, parce que non imposée par quelque circonstance extérieure mais librement choisie de l’intérieur au risque de déplaire à l’extérieur. On reconnaît là les silences de Joseph et de Marie… et beaucoup plus proches de nous dans le temps, ceux que l’on reproche [7] encore à Pie XII [8]: qui daignera mettre fin à ce qui fait sa fausse honte aux yeux des hommes ? Le silence n’est en soi ni vice ni vertu : il peut être l’écrin de la vertu, comme il peut être l’écran masquant la matière à craindre le reproche.

______Si elle ne fait pas silence, la Parole ne manque pas d’humour quand la nouvelle Alliance fait écho à l’ancienne :

Livre des Juges 13,2-7.24-25.
Il y avait un homme de Soréa, du clan de Dane, nommé Manoa. Sa femme était stérile et n'avait pas eu d'enfant. L'ange du Seigneur apparut à cette femme et lui dit : « Tu es stérile et tu n'as pas eu d'enfant. Mais tu vas concevoir et enfanter un fils. Désormais, fais bien attention : ne bois ni vin ni boisson fermentée, et ne mange aucun aliment impur, car tu vas concevoir et enfanter un fils. On ne lui coupera pas les cheveux, car il sera voué à Dieu dès sa conception. C'est lui qui entreprendra de sauver Israël de la main des Philistins. » La femme s'en alla dire à son mari : « Un homme de Dieu est venu me trouver ; il avait l'apparence d'un ange de Dieu tant il était imposant. Je ne lui ai pas demandé d'où il venait, et il ne m'a pas fait connaître son nom. Mais il m'a dit : 'Tu vas concevoir et enfanter un fils. Désormais ne bois ni vin ni boisson fermentée, et ne mange aucun aliment impur, car l'enfant sera voué à Dieu dès sa conception et jusqu'au jour de sa mort ! ' » La femme mit au monde un fils, et elle le nomma Samson. L'enfant grandit, le Seigneur le bénit, et l'esprit du Seigneur commença à le conduire.

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Samson tue les Philistins avec une mâchoire d'âne
(Gustave Doré)

______L’écho se nomme ici... Samson. Ici, le silence est gardé sur l’identité et l’origine de l’ange : on remarque d’ailleurs que la femme stérile ne l’a pas questionné à ce sujet. C’est à elle qu’il apparaît, et non à son mari. C’est elle qui ne doit boire ni vin ni boisson fermentée quand, chez Zacharie et Élisabeth, ce sera le fils. Samson est sans doute une préfiguration de Jean, mais il n’est pas Jean : seul ce dernier est explicitement réputé marcher devant le Seigneur, avec l'esprit et la puissance du prophète Élie. C’est pourquoi Jean peut être qualifié de nouvel Élie.[9, note 1] D’autre part, quand Samson annonce indirectement Jean, c’est dans un laps de temps de l’ordre de plusieurs siècles. L’annonce est plus directe chez Jean, de par sa proximité immédiate –par les liens du sang comme par la chronologie de sa conception- avec Celui qu’il annonce. Sa mission elle-même est immédiate, puisqu’il prépare au Seigneur un peuple capable de l'accueillir : ce qui ne peut se concevoir que sur la génération qui lui est contemporaine. Voilà ce que le Seigneur a fait pour Élisabeth -et Zacharie !-, lorsqu'il a daigné mettre fin à ce qui faisait leur honte aux yeux des hommes. En dépit de ce silence temporaire imposé au vieux prêtre, il n’a pas perdu au change : le Seigneur sait être reconnaissant envers qui suit tous Ses commandements et Ses préceptes d'une manière irréprochable.

______Deux mille ans plus tard, tout ceci relève de l’histoire ancienne. Ces anges en campagne [10] (parfois le même) à l’approche de la Nativité –chez Marie [11], Joseph [3], Zacharie, Manoa- ne sont plus qu’une belle légende dorée destinée à soumettre un bon peuple qui n’avait pas encore l’ineffable bonheur de goûter aux joies ineffables de la "santé mentale" : celle-ci nous explique tout. Les anges ? Si, si : ils existent ! Mais s’ils veulent que ceux à qui ils apparaissent continuent aussi d’exister, ils sont priés de garder le silence ! Ce qui est ennuyeux, l’ange qui se dérange ayant pour fonction d’avoir quelque chose à annoncer. Comment va-t-on savoir que cela arrivera si l’ange garde le silence ? On sait en tout cas ce qui arrive quand il ne le garde pas. Frustré de ne pas pouvoir le traiter aux neuroleptiques, le "gentil docteur" se console comme il peut. Sur le pesepersonne.jpgrécipiendaire de l’annonce, par exemple : lui dispose d’un corps ne demandant qu’à être "soigné". Si l’ange existe, il n’est en effet pas au mieux de sa forme, étant classé dans la catégorie "pathologies lourdes". (On se demande parfois chez qui le "gentil docteur" se fournit en pèse-personnes, le "poids" de ses "pathologies" s’avérant inversement proportionnel à la densité corporelle de sa clientèle !) Qu’importe : étant plus "puissant" que Jésus [12, note 12], il ne va pas se laisser bouleverser et saisir de crainte par un ange : qui peut le plus peut le moins. Bon ou mauvais, l’ange passe chez lui un mauvais quart d’heure, traduit en problème de "santé" chez le malheureux qui a l’audace de se laisser encore bouleverser et saisir de crainte : "voix", "hallucinations" et autres "délires mystiques" sont là pour rappeler qu’on ne reproche plus rien à personne, pourvu que l’on suive tous les commandements et les préceptes du Docteur. C’est bien connu : en Faculté de médecine, on a durement étudié le sexe des anges du matin jusqu’au soir ; ceux qui en sortent sont donc les plus habilités à distinguer l’ange de l’imaginaire. Professionnels de l’intérieur de l’autre [13], ils ne sauraient en exclure leur imaginaire : toute voix intérieure est donc une "hallucination pathologique". Notons d’ailleurs l’efficacité redoutable de l’usage intensif des neuroleptiques qui fait taire cette voix. Du moins, la bonne. En revanche, la mauvaise se trouve extraordinairement libérée, ne gardant le silence qu’après l’accomplissement de son annonce. Elle n’est pas difficile à poison.jpgdistinguer de l’autre : elle n’inspire ni joie ni allégresse, et beaucoup d'hommes se lamentent de la mort qu’elle annonce. Cette voix ne met aucun frein à ce qui fait sa honte aux yeux des hommes chez celui qui l’écoute, d’autant plus enclin à l’écouter que certains "médicaments" ont puissamment contribué à abattre en lui toute barrière morale : effets (à peine) secondaires aisés à connaître pour qui veut bien comprendre [14][15].
______Reprenons ce patient diagnostiqué comme schizophrène [16, APR note 20][16, note 39], exemple encore très frais dans l’actualité puisqu’ayant suscité l’émoi que nous savons au sein de la citadelle inaccessible [17, APR note 19] Extrait choisi :

« Voix ». À 10 h 30, Jean-Pierre G. est loin. Il est dans la quincaillerie de Grenoble -toujours la même-, venu pour acheter « un couteau de boucher ». Une semaine auparavant, il avait déjà fugué et, déjà, acheté un couteau. Quand il avait tenté de poignarder un passant, il avait été bousculé par ce dernier et était retourné à l’hôpital. Personne ne l’a su. Le 12 novembre, il ne laisse aucune chance à Luc Meunier ; le 20, il comparaît devant deux juges d’instruction. Son avocate commise d’office, Danielle Toubiana, est à ses côtés. « Il était attaché, bourré de médicaments et il bavait, nous raconte-t-elle. Il dit que, depuis vingt ans, il entend une voix qui lui demande de tuer quelqu’un. Il déclare ne même pas avoir regardé sa victime. Quand je lui ai demandé s’il regrettait, il m’a dit que non, qu’il devait le faire. Je lui ai demandé où il voulait aller ? Il m’a répondu : "Oh non, pas la prison, je veux aller à l’hôpital, je les connais bien."» Mis en examen, il a été placé en détention à Sarreguemines.

(source : liberation.fr)

______Une voix intérieure est peut-être une "hallucination pathologique". Et les victimes de Jean-Pierre G., sont-elles "hallucinatoires", fruits d’un imaginaire collectif ou de celui de leur bourreau ? Les "médicaments" dont on le bourre sont-ils eux aussi purement imaginaires ? Comme toujours, on fait bien attention à se faire exclusivement l’écho du bras meurtrier [18, notes 27]. Faute de pouvoir arrêter une voix ? Sans doute, mais d’autres voix se font entendre qui, elles, sont plus en chair. « Voilà ce que le Docteur a fait pour lui, lorsqu'il a daigné déclencher ou amplifier ce qui faisait sa honte aux yeux des hommes. » Lui aussi préfère garder le secret… pendant plus de cinq mois ! Ce secret est si lourd à porter que la tentation est grande de le projeter [19, note 12] sur le client afin de rester propre sur soi.

______Grâce à ce que le Docteur a fait pour lui : faire sa honte "sanitaire" –et imaginaire !!! [20, note 28]- aux yeux des hommes, Monsieur canine [21, AV note 16] garde le silence auprès des siens, et évite toute occasion de leur parler jusqu'au jour où ils réaliseront qu’ils n’ont pas cru à ses paroles parce qu’ils ont cru à des parlotes inconsistantes, convertissant les hommes les plus droits à la "sagesse" des rebelles les plus stupides.[22, APR note 8] En attendant, toute parole est stérile, n’enfantant qu’incohérence sur incohérence chez les justes "psychiques".[23, notes 36] Comment boirait-il vin ou boisson fermentée, ou mangerait-il quelque aliment festif en compagnie de ceux qui ne daignent pas mettre fin à ce qui fait leur honte ? Il sera davantage dans la joie et l'allégresse à fêter la Naissance en compagnie des anges… de préférence sans écouter les mauvais, incarnés ou non.

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Une cockerinade par jour

Une juste "psychique" est en vacances en Louisiane. Elle entre dans un magasin de chaussures car elle veut à tout prix s'acheter une paire de souliers de crocodile pendant son séjour. Le prix des souliers est si élevé qu'elle essaie de marchander avec le vendeur. Ce dernier étant intransigeant, elle lui dit :
- Laissez faire, je vais m'en chasser un moi-même.
Et elle quitte le magasin. À la fin de la journée, le vendeur, en rentrant chez lui, passe devant un marécage et voit la juste "psychique", dans l'eau jusqu'à la taille, armée d'un fusil. Sur le bord du marécage, cinq ou six crocodiles sont morts, alignés sur la terre ferme. À ce moment, il voit dans l'eau un énorme crocodile de dix ou douze mètres s'approcher de la juste "psychique". Bang ! La juste "psychique" l'abat, le traîne sur la terre ferme, le retourne sur le dos et dit :
- Et merde ! Celui-là non plus n'a pas de souliers !

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Commentaires

Le vieil homme est ta mère ? ... Qui l'eut cru ? -

Écrit par : wouarf ! | samedi, 20 décembre 2008

Vous savez : on voit tant de choses à notre époque ! Tout fiche le camp...

Écrit par : EVTCD ? | samedi, 20 décembre 2008

Et un casse-tête en prime (EVTCD) merci, Michel ! ...

Écrit par : Aaa ... grrr ! | dimanche, 21 décembre 2008

Les commentaires sont fermés.