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jeudi, 08 janvier 2009

RETOUR SUR…

Un dysfonctionnement de l'institution psychiatrique

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Un dysfonctionnement de l'institution psychiatrique : des meurtriers schizophrènes en semi-liberté dans des centres de soins non sécurisés.

Interview de François Boiron, père de Charlotte (photo ci-dessus), assassinée en 2006.

- Le 12 novembre dernier, un étudiant a été mortellement poignardé en plein centre ville de Grenoble par un schizophrène échappé d'un hôpital psychiatrique. Ce drame fait suite à de nombreux autres cas, tels que le double meurtre de deux aides-soignantes à Pau en 2004 par Romain Dupuy. On ne sait pas encore si le meurtrier présumé du jeune étudiant de Grenoble pourra être jugé. Mais, dans cette affaire, des erreurs ont été commises, ne serait-ce que sur le plan de la surveillance. Le directeur de l’hôpital psychiatrique de Saint-Egrève, près de Grenoble, Michel Gellion, a d’ailleurs été suspendu.
- Après le meurtre de sa fille par un schizophrène en 2006, François Boiron souhaitait alerter l'opinion publique sur le danger que représente le placement de nombreux criminels, déclarés irresponsables pénalement, dans des unités de soins peu surveillés. Déterminé à agir, François Boiron a rejoint le comité de parrainage de l'Institut pour la Justice. Coïncidence ? Nous l'avons interviewé quelques jours avant l'affaire de Grenoble.

Début 2008, vous avez écrit un courrier, ainsi que votre avocat, à Nicolas Sarkozy et au Garde de Sceaux, pour leur demander combien d'innocents la France serait prête à sacrifier avant que ne soient prises des mesures plus restrictives pour encadrer les malades mentaux dangereux. Pourriez-vous revenir sur les faits qui vous ont conduit à écrire au président de la République il y a presque un an ?

Je précise d’abord que cette lettre est restée sans réponse, idem pour le courrier de mon avocat. Ma fille Charlotte était en licence de psychologie à Tours, elle avait 25 ans et l'avenir devant elle. Elle a été tuée le 2 janvier 2006 de cinq coups de couteau par Arnaud Pananceau, 29 ans. Après une enquête d'une semaine, son corps avait été retrouvé au fonds du puits de la propriété familiale du jeune homme, à Bouchemaine. Trois collèges d'experts ont été consultés. Deux ont diagnostiqué une « abolition du discernement », l'autre une « sérieuse altération ». Le 5 avril 2007, la justice a prononcé un non-lieu, transférant le dossier d'Arnaud Pananceau sous la tutelle de l'administration, c'est-à-dire du ministère de l'Intérieur. Le meurtrier ne sera jamais jugé ni puni pour l'atrocité de ses actes. Dans cette affaire, je peux comprendre qu'on ne punisse pas un individu qui est déclaré irresponsable, c'est-à-dire qui n'est pas en mesure de comprendre le sens de cette punition. Mais ce qui m’inquiète, c'est de savoir qu'il a été interné dans un CHS (centre hospitalier spécialisé) à 12 kilomètres de son domicile, un établissement qui n'est pas adapté pour accueillir des fous dangereux et ne dispose pas de mesures de sécurité suffisantes.

Par quel tour de passe-passe cet assassin, qui présente une dangerosité psychiatrique élevée et durable, a-t-il pu d'abord se retrouver dans un centre de soin non fermé ?

Après le non-lieu, le préfet du Maine-et-Loire a aussitôt décidé qu'Arnaud Pananceau serait placé d'office en centre psychiatrique. Dans de nombreux cas, les personnes sont transférées dans une unité pour malades dangereux (UMD), à Cadillac, près de Bordeaux, ou Sarreguemines, dans l'est.
Or, à peine deux ans après les faits, nous avons appris fortuitement son transfert en Anjou, près de chez lui, au Césame (Centre de santé mentale angevin) de Sainte-Gemmes-sur-Loire. La décision avait été prise par un médecin de le placer dans un établissement psychiatrique « classique », à 12 kilomètres de chez son père, au nom du rapprochement géographique avec sa famille. Précisons qu’il avait fallu 3 collèges de psychiatres pour décider de son irresponsabilité pénale… Immédiatement, j'ai exigé des explications de la part du préfet chargé de l'internement. Celui-ci m'a répondu que la loi prévoyait la sectorisation psychiatrique. D'abord on me dit que l'assassin de ma fille est trop malade pour être jugé, et ensuite on m'explique qu'il n'est pas assez malade pour mériter un traitement d'exception ! De mon point de vue, c'est insupportable à entendre
.

À Pau, en 2004, le schizophrène Romain Dupuy avait sauvagement assassiné deux infirmières. Craignez-vous que le meurtrier de votre fille ne récidive ?

Cet individu est dangereux et il le restera. Les experts psychiatriques ont noté dans leur rapport : « schizophrénie évolutive présentant une dangerosité psychiatrique élevée et durable. » Un collège d'experts conclut même à l'inefficacité du traitement neuroleptique, et au fait que celui-ci paraît difficilement curable. Donc la place d'Arnaud Pananceau n'est pas dans un hôpital psychiatrique classique, une structure inadaptée à sa pathologie. Arnaud Pananceau est peut-être schizophrène, mais il n'est pas bête et il pourrait très bien s'enfuir. Aujourd'hui, seuls les psychiatres sont habilités à définir les conditions d'internement d'Arnaud Pananceau. Si demain ils décident de lui accorder une permission de sortie, qui les en empêchera ? J'ai peur qu'ils le libèrent, sans nous en aviser. J’ai peur qu’il soit à nouveau libre de tuer. Il me reste deux filles, et la seule idée qu'elles puissent un jour croiser son chemin est au-delà de mes forces...

Entretien réalisé par Damien Theillier, directeur des études de l'IPJ.

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Cet article est emprunté à l’Institut pour la Justice, dont l’objet est de :
- promouvoir par tous moyens légaux une meilleure organisation du système judiciaire en France et de meilleures politiques de protection de la personne et de maintien de l'ordre public.
- défendre les droits fondamentaux des personnes par tous moyens légaux.
[1]

Sans entrer dans le fond du débat, le commentaire présent va s’attacher à en examiner la sémantique : tant que certains vocables resteront ancrés dans les esprits, il est à craindre que toute promotion d’une meilleure organisation du système judiciaire soit vouée à l’échec. Il en va de même pour ce qui concerne la protection de la personne, le maintien de l’ordre public et les droits fondamentaux des personnes. En somme, l’IPJ fournirait beaucoup d’énergie à mener des combats sur lesquels sa planche est savonnée.
Déjà, le titre suggère l’apparente lucidité sur le dysfonctionnement d’une institution. Mais cette institution-là N’EST PAS en dysfonction : elle EST une dysfonction, vecteur sous-terrain de dysfonction de TOUTES les autres institutions qu’elle peut approcher, ou qui s’approchent d’elle ! [2, note 24] Que cette institution soit décrite comme en dysfonctionnement légitime paradoxalement ce qui est censé ne pas l’être. Ce titre indique donc une dérive de système, sans nullement remettre en question ce dernier. En effet, il reste un point d’appui permettant d’évoquer des « schizophrènes » dans des « centres de soins ». Depuis quelque temps, tout meurtrier échappé de l’un de ces « centres de soins » est systématiquement étiqueté comme « schizophrène » [3, APR note 20/2], terme qui revient à plusieurs reprises au cours de l’article ci-dessus. Pourtant, à ce jour la « schizophrénie » n’existe pas [4][5] : elle est une pure invention de l’institution soi-disant en dysfonctionnement. Un homme tel que Arnaud Pananceau n’est pas un « schizophrène » ni quoi que ce soit de qualifiable par un « expert », en collège ou non : c’est un assassin. Ce n’est pas un « malade mental dangereux » : c’est un assassin dangereux. En revanche, ce peut être un malade NEUROLOGIQUE dangereux ; cette maladie ayant été induite au cours de l’un de ses séjours en « centre de soins ». Dans ce type d’établissement, on dispose de plus qu’il n’en faut pour introduire des désordres neurologiques graves, et parfois irréversibles. Le désordre privé, on sait faire : ce qui entraînera ensuite le désordre public déclenché par un « échappé » de « centre des soins », voire un libéré estimé « guéri ». Quoi qu’elle en prétende, la médecine neurologique en est à ses balbutiements : la remise en ordre du désordre qu’elle a introduit par ses « soins », elle ne sait pas faire. Tout « soin » supplémentaire ne peut qu’ajouter du désordre à celui qui existait déjà.

On le voit dans cet exemple : faire basculer un assassin notoire dans le camp de la « maladie » place immédiatement la Justice sous hypnose. L’irresponsabilité pénale attribuée à l’assassin est en réalité le reflet fidèle de celle de l’institution qui a fait de lui un assassin. Les fondements philosophiques et politiques de celle-ci reposent entièrement sur la déresponsabilisation de la personne, dans l’objectif de la rendre irresponsable. Tout postulat sur son mal-être initial est par principe déterminé à l’extérieur de cette personne. Un juge de droit pénal va s’enquérir de la responsabilité d’un criminel ; un « expert », lui, va rechercher au contraire son irresponsabilité. En apparence, l’un contrebalance l’autre… mais ce n’est qu’une apparence. Le juge se fonde sur des FAITS vérifiés ou vérifiables. « L’expert », lui, se fonde sur une « médecine » qui n’est ni vérifiée ni vérifiable. Il ne s’intéresse aux faits que pour les soumettre à sa grille de lecture, réduits à telle ou telle autre « démonstration » ou infirmation de l’une ou l’autre de ses thèses, qui sont consensuelles et nullement scientifiques. Afin de pallier cet inconvénient majeur, il le compense par son auto-proclamation « d’expert » et la fabrication du besoin de ses « services ». Ce qui nécessite d’entretenir deux points vitaux pour lui :
- véhiculer en permanence dans l’esprit du public l’image de l’assassin « malade », rendant indispensable le « médecin » ad hoc. Cette image s’imprime d’ailleurs dans l’esprit de l’assassin lui-même, ce qui accentue sa dangerosité par la grâce de l’auto-absolution accordée à l’avance pour tout crime commis sous l’empire de la « maladie ». Ce qui n’était pas nécessaire, les produits de « soins » des centres de même nom étant redoutablement efficaces pour anesthésier toute conscience morale. Dans cet article, l’image de l’assassin « malade » est omniprésente et bat son plein : avec, à la clef, les résultats logiques qu’il fallait attendre en matière de Justice. François Boiron n’a pas fini d’entendre des choses insupportables tant qu’il restera convenu que l’assassin de sa fille est un « malade » : chez les « experts », le « malade » coupable est innocent et le « malade » innocent est coupable.

- se poser comme spécialiste incontournable –et exclusif- de la dangerosité d’autrui. Cette exclusivité interdit ainsi à quiconque de s’intéresser de trop près à la « dangerosité psychiatrique élevée et durable » de « l’expert » lui-même ! C’est pourquoi, tout en sabotant le travail du juge s’en est-il attiré les faveurs et la complicité : de la sorte, il se rend insoupçonnable puisque dans le « camp » de la Justice aux yeux de tous… jusqu’à en détenir le monopole !!! Aujourd'hui, seuls les « psychiatres » sont habilités à définir les conditions d'internement d'Arnaud Pananceau. Ce n’est plus un dysfonctionnement de la Justice elle-même, mais son annulation pure et simple.

Ainsi tout un collège « d’experts » peut conclure à l’inefficacité d’un traitement neuroleptique sans que cela n’émeuve personne. Ce traitement s’est pourtant révélé extrêmement efficace puisqu’ayant conduit au meurtre de Charlotte Boiron…

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Commentaires

Je vous applaudis pour votre article. c'est un vrai travail d'écriture. Développez .

Écrit par : cliquez ici | lundi, 11 août 2014

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