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dimanche, 22 février 2009

Le chat beauté

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Il était une fois un pauvre docteur qui ne laissa qu’un seul bien aux trois enfants qu'il avait  : son moulin à parlotes, son âne [1], et son chat. Les partages furent bientôt faits, et ni le notaire [2], ni le juge aux affaires familiales [3] n'y furent point appelés. Ils auraient eu bientôt mangé tout le pauvre patrimoine. L'aîné eut le moulin, le second eut l'âne, et le plus jeune n'eut que le chat. Ce dernier ne pouvait se consoler d'avoir un si pauvre lot :
« Mes frères, disait-il, pourront gagner leur vie malhonnêtement en se mettant ensemble ; pour moi, lorsque j'aurai mangé mon chat, et que je me serai fait un manchon de sa peau, il faudra que je meure de faim. »

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Le chat qui entendait ce discours, mais qui n'en fit pas semblant, lui dit d'un air posé et sérieux : « Ne vous affligez point, mon maître, vous n'avez qu'à me donner cent sacs, que j’aille me faire faire une beauté pour aller dans les broussailles, et vous verrez que vous n'êtes pas si mal partagé que vous croyez. » Quoique le Maître du chat ne fît pas grand fond là-dessus, coutumier de la P160.gifvanité de son félin, il lui avait vu faire tant de tours de souplesse, pour prendre des rats et des souris, comme quand il se pendait par les pieds, ou qu'il se cachait dans la farine pour faire le mort, qu'il ne désespéra pas d'en être secouru dans sa misère.
Lorsque le chat eut ce qu'il avait demandé, il se recoiffa brièvement, et prenant ses pattes à son cou, il prit les cordons de la bourse avec ses deux pattes de devant, et s'en alla au salon de beauté le plus proche. Ainsi apprêté, il fila dans une garenne où il y avait grand lapin-carotte.jpgnombre de lapins. Il mit du son et des lasserons dans son sac, et s'étendant comme s'il eût été mort, il attendit que quelque jeune lapin, peu instruit encore des ruses de ce monde, vînt se fourrer dans son sac pour manger ce qu'il y avait mis. À peine fut-il couché, qu'il eut contentement ; un jeune étourdi de lapin [4] entra dans son sac, et le maître chat tirant aussitôt les cordons le prit et le tua sans miséricorde.Tout glorieux de sa proie, il s'en alla chez le Roi et demanda à lui parler. On le fit monter à l'Appartement de sa Majesté, où étant entré il fit une grande révérence au Roi, et lui dit :
« Voilà, Sire, un lapin de garenne que Monsieur le Marquis d’Abracadabra [5, note 31] (c'était le nom qu'il lui prit en gré de donner à son Maître), m'a chargé de vous présenter de sa part.
- Dis à ton Maître, répondit le Roi, que je le remercie, et qu'il me fait plaisir. »

Une autre fois, il alla se cacher dans un champ de blé, tenant toujours son sac ouvert ; et lorsque deux pigeons [6] y furent entrés, il tira les _MJG7378-2.jpgcordons, et les prit tous deux. Il alla ensuite les présenter au Roi, comme il avait fait du lapin de garenne. Le Roi reçut encore avec plaisir les deux pigeons, et lui fit donner pour boire. Le chat continua ainsi pendant deux où trois mois à porter de temps en temps au Roi du gibier [7, note 27] de la chasse de son Maître. Un jour qu'il sut que le Roi devait aller à la promenade sur le bord de la rivière avec sa fille, la plus belle minette au monde, il dit à son Maître : « Si vous voulez suivre mon conseil, votre fortune est faite : vous n'avez qu'à vous baigner dans la rivière à l'endroit que je vous montrerai, et ensuite me laisser faire. »
Le "Marquis d’Abracadabra" fit ce que son chat lui conseillait, sans savoir à quoi cela serait bon.
Dans le temps qu'il se baignait, le Roi vint à passer et le chat se mit à crier de toute sa force : « Au secours, au secours, voilà Monsieur le Marquis d’Abracadabra qui se noie ! » À ce cri le Roi mit la tête à la portière, et reconnaissant le superbe chat qui lui avait apporté tant de fois du gibier, il ordonna à ses gardes qu'on allât vite au secours de Monsieur le Marquis d’Abracadabra. Pendant qu'on retirait le pauvre Marquis de la rivière, le chat s'approcha du carrosse, et dit au Roi que dans le temps que son Maître se baignait, il était venu des voleurs qui avaient emporté ses habits, quoiqu'il eût crié au voleur de toute sa force ; le drôle les avait cachés sous une grosse pierre.

Le Roi ordonna aussitôt aux officiers de sa garde-robe d'aller quérir un de ses plus beaux habits pour Monsieur le Marquis d’Abracadabra. Il gratifia le félin sauveur de mille caresses, et comme les beaux habits qu'on venait de donner à son Maître relevaient sa bonne mine (car -à l’image de son chat- il était beau, et bien fait de sa personne), la fille du Roi les trouva fort à son gré et le Marquis d’Abracadabra ne lui eut pas jeté deux ou trois regards fort interrogateurs, et un peu tendres, qu'elle devint amoureuse à la folie… du chat. Le Roi voulut qu'il montât dans son carrosse, et qu'il fût de la promenade.

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Le chat ravi de voir que son dessein commençait à réussir, prit les devants, et ayant rencontré des paysans qui fauchaient un pré, il leur dit : « Bonnes gens qui fauchez, si vous ne dites au Roi que le pré que vous fauchez appartient à Monsieur le Marquis d’Abracadabra, vous serez tous soignés menu comme chair à santé.[6] » Le Roi ne manqua pas à demander aux faucheurs à qui était ce pré qu'ils fauchaient.[7] « C'est à Monsieur le Marquis d’Abracadabra », répondirent-ils tous ensemble, car la menace du chat leur avait fait terriblement peur.
« Vous avez là un bel héritage, dit le Roi au Marquis d’Abracadabra.
- Vous voyez, Sire, répondit le Marquis, c'est un pré qui ne manque point de rapporter abondamment toutes les années. »
Le maître chat, qui allait toujours devant, rencontra des moissonneurs [8], et leur dit : « Bonnes gens qui moissonnez, si vous ne dites que tous ces blés appartiennent à Monsieur le Marquis d’Abracadabra, vous serez tous soignés menu comme chair à santé. » Le Roi, qui passa un moment après, voulut savoir à qui appartenaient tous les blés qu'il voyait. C'est à Monsieur le Marquis d’Abracadabra, répondirent les moissonneurs, et le Roi s'en réjouit encore avec le Marquis. Le chat, qui allait devant le carrosse, disait toujours la même chose à tous ceux qu'il rencontrait ; et le Roi était étonné des grands biens de Monsieur le Marquis d’Abracadabra.

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Le maître chat arriva enfin dans une belle résidence [9, note 15] dont le maître était un ogre, le plus riche qu'on ait jamais vu, car toutes les terres par où le Roi avait passé étaient de la dépendance de cette résidence. Le chat, qui eut soin de s'informer qui était cet ogre, et ce qu'il savait défaire, demanda à lui parler disant qu'il n'avait pas voulu passer si près de sa résidence, sans avoir l'honneur de lui faire la révérence.
L'ogre le reçut aussi civilement que le peut un ogre, et le fit reposer.
« On m'a assuré, dit le chat, que vous aviez le don de changer vos pensionnaires en toute sorte d'animaux, que vous pouviez par exemple, les transformer en bêtes fauves [10, notes 27], en dahus [11], en moineaux [12], en canaris [13], et surtout en chiens [14] ?
- Cela est vrai, répondit l'ogre brusquement, et pour vous le montrer, vous allez voir mes pensionnaires. »
Le chat fut si effrayé de voir toutes ces bêtes devant lui, qu'il gagna aussitôt les gouttières, non sans peine et sans péril, à cause de ses griffes teintes au vernis à ongles qui ne valaient rien pour marcher sur les tuiles. Quelque temps après, ayant vu que l'ogre avait semble-t-il repris forme humaine, il descendit, et avoua qu'il avait eu bien peur.
« On m'a assuré encore, dit le chat, mais je ne saurais le croire, que vous aviez aussi le pouvoir de prendre vous-même la forme des plus petits animaux, par exemple, de vous changer en rat, ou de faire un éléphant d’une souris [15, note 47] ; je vous avoue que je tiens cela tout à fait impossible.
- Impossible ? reprit l'ogre, vous allez voir ! » En même temps il se changea (peu) en rat, et se mit à courir sur le plancher. Le chat ne l'eut pas plus tôt aperçue qu'il se jeta dessus, et -pas dégoûté- le mangea. Cependant le Roi, qui vit en passant la belle résidence de l’ogre, voulut entrer dedans.

Entendant le bruit du carrosse passant sur le pont-levis, le chat courut au-devant, et dit au Roi :
« Que Votre Majesté soit la bienvenue dans ce palais de Monsieur le Marquis d’Abracadabra !
- Comment, Monsieur le Marquis, s'écria le Roi, ce palais est encore à vous ? Il ne se peut rien de plus beau que cette cour et que tous ces bâtiments qui l'environnent ; voyons les dedans, s'il vous plaît. »
Le Marquis donna la main à la jeune princesse, et suivant le Roi qui montait le premier, ils entrèrent dans une grande salle où ils trouvèrent une magnifique collation que l’ogre avait fait préparer pour ses amis qui devaient venir le voir ce même jour, mais qui n'avaient pas osé entrer sachant que le Roi y était. Le Roi charmé des bonnes qualités de Monsieur le Marquis d’Abracadabra, de même que sa fille qui était folle de son chat, et voyant les grands biens qu'il possédait, lui dit, après avoir bu cinq ou six coups :
« Il ne tiendra qu'à vous, Monsieur le Marquis, que votre chat ne soit mon gendre. »
Le Marquis, faisant de grandes révérences, accepta l'honneur que lui faisait le Roi ; et dès le même jour le chat fit une dernière grimace à son célibat, puis épousa la princesse. Il devint grand seigneur [16] et ne courut plus après les souris [17] que pour se divertir.

NB : ceci est une charodie ! On peut notamment trouver l'original authentique ICI.

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Le chat beauté,
à l'intention des mal-voyants ou des mal-lisants
(mais pas des mal-entendants)

VERSION SONORE :
podcast

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Commentaires

Cà vaut combien, un détournement de matous ? ...
Ah ! mon gaillard : votre compte est bon ! J'allions d' ce pas, quérir la maréchaussée !

Écrit par : une propriétaire de chats | dimanche, 22 février 2009

Damned ! Je suis fée !

Écrit par : Détournator | dimanche, 22 février 2009

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