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mardi, 21 avril 2009

CHAPITRE 2 : Dialogue avec l’ange

Le saut de l’ange

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Au royaume de Dieu, les salles de conférences sont bien pratiques : elles ne sont jamais figées, toujours de taille parfaite en fonction du nombre de ses occupants. Qu’ils soient dix, cent, mille ou un milliard, la salle affiche complet bien qu’elle reste la même. La surprise ne vient jamais du taux d’occupation… mais de la taille de la salle.
Ce matin-là (le crépuscule n’a pas cours au royaume de Dieu…) règne une grande fébrilité : la salle haute promet d’être immense tant y convergent d’anciens anges de lumière attitrés à ceux d’en bas. Fait exceptionnel en ce lieu, méritant d’être souligné : les autres anges ainsi que les élus n’ont pas été formellement convoqués à cette conférence au sommet. Ce qui n’a pas grande importance : la transparence à la lumière restant de mise, nul ne se trouve réellement écarté de ce qui va être annoncé aux principaux intéressés. Ils n’auront surnaturellement pas besoin d’attendre le lendemain pour en obtenir le compte-rendu dans leurs journaux : baignant dans un éternel présent, ils ont oublié ce que pouvait être le jour d’après. Ils ont d’ailleurs également oublié ce qu’était un journal : comment et pourquoi imprimer ici un quotidien, sachant qu’il serait sans lendemain ? Par ailleurs, le mensonge étant définitivement banni de leur existence, l’intérêt d’un tel moyen d’information en serait encore plus limité. Or, il n’y a plus de limites : ils sont sujets du royaume de Dieu, oui ou non ? Du reste, le non est-il également banni : l’endroit ne se prêterait guère à un référendum !

« Tout le monde est bien arrivé ? Je sais bien que nous avons toute l’éternité devant nous. Mais pas ceux d’en bas ! » De sa voix de stentor, saint Pierre rassemble cette troupe hétéroclite d’anciens anges attitrés : anciens parce qu’ils ont perdu leur titre, leur protégé étant parvenu ici un peu plus bas, voire plus bas qu’un peu plus bas, dans le sas de décompression peccamineuse… ou beaucoup plus bas. Les anges de ces derniers n’en mènent pas large : on a beau savoir que la colère n’existe plus entre soi, ils s‘attendent un tantinet à quelque réprimande de la part du bras droit du Fils du Patron. Bien sûr, ils ne se posent pas de graves questions existentielles relatives à leur fonction, à la manière d’en bas : « Ai-je été à la hauteur ? » (ils le sont toujours, connaissant également la profondeur, la largeur et la longueur !) ; « Aurais-je pu mieux faire ? » (comment auraient-ils pu, eux qui voient toujours la face du Père où qu’ils soient ?) ; « Était-il possible d’éviter cette issue tragique ? », etc. (Cette dernière question se fait rare, saint Joseph étant toujours à l’affût de la plus petite résurgence d’impossible, priée d’aller voir en bas s’il y est.) Mais enfin, n’auraient-ils pas un peu démérité en comparaison de tous ces confrères qui les entourent affectueusement, eux dont les messages ont trouvé meilleure fortune ?
« MESSAGERS ! » La voix de Pierre fait résonner la voûte céleste : tous les regards convergent alors vers lui. « Bienvenue à tous ! Au nom de notre Seigneur, nous vous rendons infiniment grâces d’avoir bien voulu nous accorder toute votre attention. Tous, vous êtes les bienvenus : vous n’avez pas à répondre personnellement du succès ou de l’échec de votre mission. Aucun n’y a failli : seules ont pu défaillir les âmes qui vous avaient été confiées. Chacune a bien reçu vos messages en temps voulu, et chacune était libre de les ouvrir ou non… » Comme une brise légère, un souffle de soulagement traversa la salle. Voilà donc l’objet de cette réunion : couper court à toute éventuelle jalousie des uns par rapport aux autres !…
« Cependant… » Allons bon : l’Apôtre semble avoir une cartouche de réserve. « …Cependant, vous comprenez bien que le Père n’a pas répandu un si grand nombre d’éligibles pour que vous nous rameniez si peu d’élus. Ma question sera donc la suivante : vous qui avez un aperçu de l’état de l’humanité en cours plus récent que le mien, nous vous estimons à même de lancer toutes les suggestions que vous voudrez, pourvu qu’elles concourent à inverser la vapeur. Il va sans dire qu’avant toute éventuelle réalisation, elles seront soumises au bon vouloir du Père ! » Ce n’est plus un souffle de soulagement, mais -pour parler à la mode humaine- le souffle coupé qui agite ces messagers qui non seulement ne sont pas sanctionnés mais chaleureusement sollicités pour émettre cette fois un message de bas en haut ! Leurs protégés respectifs eussent été parvenus aux sommets de la sainteté qu’ils n’auraient pas mieux été traités. Hosannah ! Le fait est que ce bon saint Pierre n’a vécu qu’une vie en bas, et que les mœurs prévalant au cours de cette vie n’étaient pas exactement semblables à celles qui sillonnent aujourd’hui la terre. Or, il a face à lui ces millions de messagers qui en viennent, enrichis d’un plus ou moins long partage de vies plus différentes les unes que les autres : ce kaléidoscope d’expériences surpasse de beaucoup celles qui ont moins bien tourné chez les protégés. Ici, tout se passe d’un seul cœur et d’une seule âme : par conséquent, une mise en commun ne peut qu’être profitable à tous… mais surtout à ceux d’en bas : il y a grand péril en leur demeure.

« Quelqu’un veut-il commencer ?
- Oui, moi !
- Très bien. Alors, que suggères-tu ?
- Si vous me permettez, votre
Éminence, avant de suggérer quoi que ce ce soit, je voudrais établir un constat.
- Pourquoi pas ? Au fait, tu ne m’as pas précisé : ton protégé est-il des nôtres ?
- Mais vous le savez, puisque c’est vous qui avez les clefs !
- Bien sûr que je le sais. J’aimerais simplement te l’entendre dire. Non pour ta honte ou pour ta gloire, mais pour que les tiens sachent à partir de quelle expérience tu veux établir ton constat. Alors, est-il des nôtres, oui ou non ?
- Oui, mais…
- Comment cela, « mais » ? C’est oui ou c’est non : le reste vient du mauvais ! Mais je te taquine : il est dans le sas, n’est-ce pas ?…
- C’est juste. Voilà bien pourquoi je voulais en venir à mon constat. S’il apprend vite là où il est, il revient de loin ! Grande est la miséricorde du Père : à ma seule lumière, la réponse de tout à l’heure eût été non.
- Et qu’apprend-il vite ?
-
À aimer, votre Éminence. À aimer, tout simplement.
-
Éternel apprentissage ! La pauvre âme a dû être bien démunie en bas. Dans un monde sans foi ni loi où tout amour était proscrit, je suppose ?
- Précisément, non. C’est tout le contraire ! Chez lui, on ne parlait que d’amour, du matin jusqu’au soir…
- D’amour, d’amour… mais tout le monde parle d’amour. Et personne n’aime en actes : c’est bien pour cela que le Fils m’a demandé de vous solliciter. On parle d’amour, mais on ne parle plus de Lui et encore moins du Père ! Alors, leur Esprit d’amour souffle en vain…
- Eh bien justement : pas chez mon protégé. Le Père, le Fils, l’Esprit : personne n’était oublié. Pas même vous, votre
Éminence, sur votre parcours dans la chair !
- Tu veux dire qu’il sait même que…
- …Que vous avez renié le Fils trois fois ? Bien sûr ! Cela le fascinait.
- Ah, ne m’en parle pas ! Cela a beau être de l’histoire ancienne, combien sont-ils passés par le sas –voire ne sont plus passés nulle part- à cause d’elle. Si lui a connu cet incident de parcours, se disaient-ils, nous pouvons bien le connaître aussi.
- Sans doute,
votre Éminence. Il n’empêche que ce n’est pas difficile de compter jusqu’à trois.
- Que veux-tu dire ?
- Qu’au-delà de trois reniements, mentent ceux qui prétendent suivre votre exemple.
- Ah, comme tu es bon ! Est-ce donc cela la raison de ce transit douloureux de ton protégé ?
- Cela… et tant d’autres choses. Tel est mon constat : avec les meilleurs outils d’apprentissage au monde, on ne sait plus aimer sur terre !
À la limite -si vous me passez cette expression ici-, l’amour est en train de devenir un véritable sujet d’épouvante.
- Parce qu’il fait souffrir ! Voilà qui est prodigieusement agaçant. Comme si l’amour n’était que souffrance ! Avons-nous l’air de souffrir, nous autres ? Ils ont peur de souffrir en bas… alors, ils ont peur d’aimer. C’est bien simple : ils ont peur de tout.
- Pas de tout, justement…
- Ah non ? Et de quoi n’ont-ils pas peur ? Pas du photophore en chef déchu, en tout cas : ils s’en moquent.
- C’est vrai, votre
Éminence. Comme ils se moquent d’autre chose : de ce qui ne leur fait pas peur précisément.
- Me diras-tu enfin de quoi il s’agit ?
- Ils n’ont pas peur de faire souffrir.
- Hélas, ce n’est pas nouveau. Souviens-toi de ce qu’ils ont fait au Fils lui-même… et de ce que je lui ai fait moi-même, à ce moment-là…
- Oui mais vous, c’était différent : cela ne dépassait pas la peur de souffrir. Ils en sont aujourd’hui à aimer cette peur de souffrir !
- Effarant ! Alors, ils ne savent pas… ?
- Non. Ils ne savent plus pleurer. »

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Commentaires

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Tu as connu le livre "Dialogue avec l'Ange" ?

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dialogues_avec_l%27ange

J'ai lu dans les années 80, après ma conversion.
Très élevé, vraiment.
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Écrit par : Chriz | lundi, 20 juillet 2009

De fait, le titre de ce chapitre est évidemment un clin d'œil à cette fameuse histoire que j'ai dû lire il y a pas mal de temps. Mais je ne m'en suis absolument pas inspiré pour "le saut de l'ange" : le contexte n'est pas du tout le même, et de toute façon je ne me souviens plus trop du contenu, ne l'ayant pas sous la main...

Écrit par : Michel | mardi, 21 juillet 2009

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