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samedi, 25 avril 2009

CHAPITRE 7 : De ceux qui sont contre les rencontres… et ceux qui sont tout contre

Le saut de l’ange
Le saut de l'ange.jpg
Sympa’ de la part de saint Augustin : donner ainsi son outil favori n’est pas donné à tout le monde. Mais Chaniel, lui, n’est pas tout le monde. Lui qui vient d’en bas, le grand saint n’ignore pas à quoi s’expose l’ange : éperdu d’admiration pour cet être d’en haut que rien n’obligeait à se réduire l’existence afin d’élever celle des hommes, c’est de lui-même qu’il lui a proposé le fleuron de sa boîte à outils.
« Aime et fais ce que tu veux ». Cet envoi (d’anges) en nombre n’est en rien dicté par des soucis d’économie ! Rien à vendre, rien à acheter : tant à donner. S’il y a offre promotionnelle, c’est uniquement en vue de réhabiliter cette notion devenue de plus en plus inaccessible à la compréhension des hommes : le bonheur. Le bonheur ? Précisément ne cessent-ils de courir d’offres promotionnelles en offres promotionnelles, plus alléchantes les unes que les autres : ils se sont donnés… des marchands de bonheur ! Pour ceux-là, étrangement, la clause « satisfait ou remboursé » ne fonctionne pas : c’est là ce qui fait leur… bonheur. Et encore le mot est-il déjà galvaudé : est-ce réellement du bonheur que de tirer profit du malheur de sa clientèle ? Ah, s’ils savaient dispenser le bonheur comme ils se sont rendus experts à fabriquer leurs propres malheurs !… Mais l’un se donne alors que les autres s’achètent. Plus il leur en coûte et plus ils s’imaginent en saisir enfin quelque étincelle : ce n’est que celle d’un feu de pailles. Il produit beaucoup de fumée, et leur laisse les poutres sur les bras, de plus en plus massives. D’en haut, il est aisé de démasquer ces imposteurs : par devant, ils négocient leurs faux rêves à prix d’or ; par derrière se dévoile la face hideuse de redoutables chasseurs de vrais rêves. Depuis qu’ils sont partout, c’est la cisaille de saint Augustin qui ne peut qu’y trouver son bonheur : à perte de vue, ce ne sont que manques d’amour où personne ne fait plus ce qu’il veut. Mais d’en bas, immergé dans un tel monde, reste-t-il encore assez d’énergie pour seulement distinguer le vrai du faux ?

« Eh non, Chaniel trésor : de l’extérieur, nous n’en aurons pas davantage que les hommes !
-
Ça, c’est toi qui le dis. En fait, cela dépend…
- De quoi ?
- De toi… et de moi : de notre rencontre ! Imagine un peu si nous la ratons…
- Pourquoi veux-tu que nous la rations ?
- Mais je ne VEUX pas que nous la rations ! Cependant, tu sais aussi bien que moi que cette éventualité est de l’ordre du possible. Voilà bien le seul rêve que nous ayons à chasser, nous autres !
- Chasser les rêves ? C’est le monde à l’envers ! Notre mission consiste à chasser les chasseurs !
- Précisément : ce sont des cauchemars. Nous devons leur apprendre à réaliser leurs rêves, non leurs cauchemars… et encore moins à pactiser avec ceux-là. Rater notre rencontre, ce serait un cauchemar ! Par conséquent, il serait malséant de leur donner un si mauvais exemple…
-…qu’ils ne verraient pas nécessairement comme tel : rappelle-toi que nous sommes incognito en bas.
- Oh, je ne me le rappelle que trop bien ! Mais TOI, en bas, t’en souviendras-tu ? Toi, toute fringante, et moi tout…
- Allons, tu n’es pas si décrépi en bas ! Cela fait partie des conditions posées par le Père.
- Tu parles. Il tient tellement à nous qu’on dirait qu’Il a tout fait pour nous dissuader de cette mission !
- Non : Il nous immerge dans les circonstances les plus éprouvantes possibles dans l’ordre de l’amour. C’est là que nous marquons notre différence. Au cœur de l’échec des hommes, là même où ils ne peuvent qu’échouer quand ils se livrent à eux-mêmes, nous, nous pouvons réussir sous leurs yeux !
- Pouvons ? Nous DEVONS.
- Ah, ce pli humain qui continue à te gagner, mon doux Chaniel ! Non, nous ne devons pas : nous ne sommes en dette avec personne, sinon avec Dieu seul. Souviens-toi que nous ne mettons pas notre salut dans la balance. Devions-nous dire OUI au Père, suite à ta proposition ?
- Il est vrai que nous avions toute latitude de nous rétracter…
- Et tu l’as toujours !
- Toi aussi ! Avant de savoir que nous étions envoyés par deux, j’ai d’ailleurs failli le faire : la seule perspective que nous soyons séparés le temps d’une vie terrestre m’était insupportable…
- Eh bien, tu la supportes plutôt mieux à présent !
- Ah, tu trouves ? Mais si nous sommes envoyés par deux, cela change tout !
- Oui mais… quelle était cette inquiétude que tu me soumettais tout à l’heure ?
- Euh… que nous rations notre rencontre.
- Traduction, dans cette… perspective ?
- Aïe ! Nous serions séparés le temps de notre vie terrestre. Mais tu es…
- Insupportable ! C’est le mot, non ?
»

Et l’ange alter ego de Chaniel partit d’un grand éclat de rire. En bas sur terre, jusque là il pleuvait à verse : à ce moment précis, une somptueuse éclaircie sécha le ciel des hommes. Pourtant équipés de la fine pointe de la technologie, les météorologues ne l’avaient pas prévue. S’ils savaient l’origine de certains de leurs anticyclones !…
Il n’empêche : il est aisé de rire quand on a le beau rôle, celui de témoin privilégié de l’amour devant les hommes. L’armure en bas, c’est uniquement pour la parade des hommes. Entre les deux, l’ange qui la porte n’est pas celui qu’on pense : parce que c’est celui qui porte aussi le témoin ! Lui-même doit bien entendu témoigner de l’amour… tout en le défendant âprement (chez l’autre comme chez lui) contre l’assaut de ses prédateurs : ceux-là sont légion. Leur assaut numéro un ? Faire passer un vrai rêve pour un faux aux yeux des hommes… et à ceux des anges eux-mêmes ! Moins ils sauront qu’ils en sont, moins les hommes reconnaîtront la poudre aux yeux qui leur est abondamment versée par les autres : les anciens « collègues » bannis du royaume de Dieu. Moins ils sauront qu’ils en sont, plus ils se donneront de « chances » de rater la rencontre terrestre de leur alter ego. Tout cela, chacun le sait dans les deux camps…ou à tout le moins le sent confusément ; la lutte qui attend Chaniel n’est pas tant à mener contre les hommes que contre ses faux frères : s’il les voit très bien d’en haut, il les verra moins bien d’en bas. C’est un peu moins vrai dans l’autre sens…

En revanche, une rencontre de ce type -une seule rencontre en un lieu donné-… et ce sont des poutres qui flambent comme des allumettes ! Un feu qui va plus loin que dans le rêve des hommes…
Sinon, pourquoi auraient-ils dit OUI ? Pour cette rencontre à deux : il n’y a pas de rencontre de troisième type ! À moins que ce ne soit l’Esprit…

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Commentaires

C'est jouliiiiiiiiii ! ...

Écrit par : simone | samedi, 25 avril 2009

Vous m'avez fait peur : j'ai cru que vous aviez vu une souris, à crier ainsi ! Mais après avoir repris mes esprits épars, il me semble que ce fût plus volontiers un cri de raviiiiiiissement. De là à en déduire que votre serviteur a été plus loin que vos rêves, il n'y a qu'un pas : doit-on le franchir ?...

Écrit par : Où ça la souris ? | samedi, 25 avril 2009

Merci, ça va très bien comme ça. (Au fait, je n'ai pas peur des souris - forcément, puisque j'en suis une)

Écrit par : une souris ravie | dimanche, 26 avril 2009

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