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mardi, 28 avril 2009

CHAPITRE 9 : De la fange à l’ange

Le saut de l’ange
Le saut de l'ange.jpg
« Dieu que tu es songeur, mon doux Chaniel !…
-
Évidemment : ne suis-je pas un ange ?
-Taratata ! C’est précisément la seconde moitié de la question que tu te poses en bas, pas vrai ?
-…et la première : suis-je un ange ?
Être ou ne pas être, quoi…
- Mais nous sommes deux anges !
- Par conséquent, c’est toi qui te poses la première moitié de cette question.
- C’est bien cela qui te rend si songeur : tu aimerais tant y répondre à ma place !
- Et je n’y suis pas. Pourtant, c’est incroyable…
- Qu’est-ce qui est incroyable ?
- Tout ce temps où nous avons cheminé ensemble…

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- Ensemble ? Séparément, oui !!!
- Séparément, vu des hommes : mais pas vu des anges.
- Et pas vu les anges non plus !
- C’est pour cela que c’est incroyable… surtout pour toi, là, en bas. Dieu que nous sommes lourdauds, engoncés dans notre enveloppe charnelle.
- Ne te plains pas : ce n’est pas sur toi que l’on va ajouter cette enveloppe supplémentaire…
- Allons : celle-là n’est que pour quelques heures, pas pour la durée d’une vie ! Pour cette grande parade humaine, c’est un peu comme ici : tu pouvais aussi dire non.
- Dire non à ce vieux rêve, alors si cher à mon cœur ? Ce serait contraire à la déontologie de…
- Tiens, tiens : de quoi ?
- Hum… de l’ange.
- Finalement, tu ne te débrouilles pas si mal pour deviner la réponse à la première moitié de la question ! »

Deviner est une chose… se croire le jouet de son imagination en est une autre. À l’échelle humaine, la réalisation de ce vieux rêve est enthousiasmante : mais elle demeure à l’échelle humaine et n’oblige en rien à y déceler de l’ange. Si le doux Chaniel est si songeur, c’est qu’il incarne simultanément en bas un autre rêve, apparemment moins spectaculaire mais néanmoins hors normes. Encore une enveloppe supplémentaire qui, pour être invisible, n’en est pas nécessairement moins pesante que l’autre ! Quelques heures ? La durée d’une vie ? À l’échelle humaine, ce rêve-là pourrait en rappeler bien d’autres : il est censé en rappeler bien d’autres. Il s’en distingue cependant à ce qu’il en fait éclater la lumière tout en y proscrivant les ombres. Ce rêve est hors du temps parce qu’il est celui d’un ange. Encore faut-il que la chair concède quelque disponibilité à cet ange ! Celle-ci est fort mince en l’état : paradoxalement, l’ange met l’ange entre parenthèses, le temps de représenter le plus dignement possible… l’autre ange ! Non pas Chaniel, mais cette ange mûe sous l’impulsion de Messire Dieu en un autre temps.
« Suis-je un ange, n’y suis-je pas ? Eh bien nous suivrons l’ange ! » se dit Chaniel : ce sera comme une matérialisation de ce temps où ils ont invisiblement cheminé ensemble dans le cœur du Père… La réalisation de ce vieux rêve chez l’un fait-il d’ailleurs tant d’ombre à l’autre rêve, commun aux deux ? N’est-il pas bien davantage un tremplin qu’un obstacle, comme un travail de préparation au témoignage à échelle collective ? Plongé dans les soucis liés au monde des hommes, Chaniel aurait-il seulement porté son attention vers son alter ego si le monde des hommes lui-même ne l’y avait pas invité en grandes pompes par cet événement local ? Il lui eût fallu être singulièrement sourd et aveugle pour ne pas entendre énoncer au moins son nom.
Oui, c’est incroyable ! Lui qui, à cette période de son existence terrestre, a d’excellentes raisons d’observer un certain recul vis à vis d’une certaine partie de l’humanité, voilà qu’un nom de cette partie s’impose à lui précisément parce qu’il surpasse cette humanité tout en y étant pleinement intégré : l’ange accomplit une entrée fracassante !
« J’aurais dû frapper avant d’entrer, peut-être, mon doux Chaniel ?
- Mais tu as frappé ! Tu frappes d’évidence.
- Ah, tu trouves ? C’est trop beau pour être vrai, non ?
- Non. C’est trop incroyable pour être faux : tellement incroyable que personne ne peut y croire !
-… sauf toi.
- Sauf moi : parce que j’ai appris -parfois douloureusement- à entendre au-delà de l’entendement. Je suis à des années-lumière d’entretenir quelque souci de conter fleurette à quiconque, pas même sorti de soucis fort opposés. Je suis en état de guerre ! Et ton doux « envahissement »…
-… est un baume dans ton cœur qui en a bien besoin !
- Sans doute : mais c’est encore en rester là à de l’humain. En ce sens, c’est virtuellement une source de soucis encore plus explosifs ! En ai-je aussi « bien besoin » ?
- Sûrement pas. Mais alors, tu aurais dû fuir ? Me fuir ?
- Humainement, oui. Mais je perçois très vite qu’il n’y a pas que de l’humain là-dedans.
- Du divin ?
-
Évidemment. Encore que ce ne soit pas exactement cela qui m’interpelle directement : en l’état, l’imagination se plaît tant à passer pour du divin !
- De l’ange ? Déjà ?
- Oh, pas si vite. J’observe simplement que tu inspires l’amour autour de toi d’une manière phénoménale, avec une extraordinaire constance dans le temps.
- Et alors ? Cela peut encore passer pour de l’humain ?
- C’est vrai. Seulement, moi… c’est l’amour qui m’inspire.
- Je vois : l’encre des yeux, hmmm ?
- Oui, mais pas seulement : c’est bigrement poétique, mais toujours humain.
- Et tu as trop guerroyé contre l’humain pour en rester à ce niveau, n’est-ce pas ?
- Précisément : nous touchons là à ce qui nous distingue des hommes.
- Quoi donc ?
- L’homme ne peut pas comprendre sans aimer : alors que l’ange aime parce qu’il a compris. Au sein du royaume, il ne peut pas ne pas comprendre !
- Ah ? Et nous autres, petits anges momentanément exilés en bas ? C’est l’un ou c’est l’autre ?
- Les deux, bien entendu. Mais…
- Mais ?
- Mais nous n’aimons jamais autant que lorsque nous comprenons…
-… tout ?
- Oh non, pas tout. Il suffit simplement que l’ange comprenne… qu’il est un ange !
- Ce qu’il ne peut pas comprendre seul. Il n’est pas bon que l’ange soit seul, pas vrai ?
- Pas plus que l’homme. D’ailleurs, l’ange seul n’est en soi pas plus que l’homme.
- Et deux anges pas seuls du tout, mon doux Chaniel ?
- Eux sont en état d’amour !
- Ce qui augure de quelques sorties de guerriers du bas, non ?
- Oui : fracassantes ! »

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