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mardi, 16 juin 2009

CHAPITRE 12 : Épilogue en attente

Le saut de l’ange

Le saut de l'ange.jpg
En plein cœur ? Oui : c’est parce qu’il est atteint en plein cœur que Chaniel va se taire. En bas, ils ne savent plus quoi inventer pour l’isoler jusque dans sa peau d’homme ? Cette fois, c’en est trop ! Ce feu qui va plus loin que dans le rêve des hommes, il va trop loin pour eux. Enragés à creuser l’abîme séparant le haut du bas, ils sont parvenus à escamoter le doux Chaniel au profit de l’épouvantail de service. L’autre ange s’est tant et si bien moulé dans leurs inquiétudes qu’il ne le reconnaît plus. Quelle ironie : n’était-ce pas lui qui, il y a peu encore, lui rappelait qu’il pouvait encore dire non ? Certes, mais c’était d’ici : du royaume ; tout y est tellement plus simple... Et voilà qu’en bas, c’est le même qui -terrassé par le poids de ce rêve qu’on lui a laminé- dit non ! Lui qui avait pourtant permis à Chaniel de rester debout sans faillir :

« Et voilà que tu m’abandonnes à ton tour ! Cette fois, ce n’est plus une boutade…
- Non, mon doux Chaniel. C’est que… je ne me sens pas prêt.
- Pas prêt ? Alors, c’est que tu as pris à ton tour le pli humain !
- Sans doute… et pas dans le meilleur sens. Je m’en veux de te traiter ainsi.
- Ne t’inquiète pas. Après tout, il reste libre, l’ange : même pour dire non.
- Oui, mais c’est si blessant pour toi !
- Et alors ? Ici il n’y a plus de blessure qui tienne.
- Ici, oui. Mais pas en bas.
- C’est vrai. En bas, il nous faut tenir compte de ce critère devenu inconnu au sein du royaume.
- Lequel ?
- L’une de ces conditions si éprouvantes dans l’ordre de l’amour : le TEMPS… et la patience qui l’accompagne.
- Si inconciliable avec l’éternité, pas vrai ?
- Et c’est pour cela que tu n’as pas à te faire de reproches. Tu ne te sens pas prêt ? Alors, il te faut attendre d’être prêt : t’inscrire dans le temps lui-même.
- Et t’inscrire aussi, malgré toi ! Te faire croire que j’attends que le monde change pour dire enfin oui !

- Oh, toi… voilà ce qui arrive quand on écoute trop les chansons des hommes ! »

« Elle attend que le monde change
Elle attend que changent les temps
Elle attend que ce monde étrange
Se perde et que tournent les vents
Inexorablement, elle attend.

Elle attend que l'horizon bouge
Elle attend que changent les gens
Elle attend comme un coup de foudre
Le règne des anges innocents
Inexorablement, elle attend.

Elle attend que la grande roue tourne
Tournent les aiguilles du temps
Elle attend sans se résoudre
En frottant ses couverts en argent
Inexorablement, elle attend.

Et elle regarde des images
Et lit des histoires d'avant
D'honneur et de grands équipages
Où les bons sont habillés de blanc
Et elle s'invente des voyages
Entre un fauteuil et un divan
D'eau de rose et de passion sage
Aussi purs que ces vieux romans
Aussi grands que celui qu'elle attend. »

(Jean-Jacques Goldman – Elle attend – 1985)

« Et ne me dis pas que tu attends que changent les gens… alors que nous sommes là pour changer leur regard !
- Pas du tout, mon Chaniel  : j’attends juste… comme un coup de foudre.
- Alors ?
- Alors il faudra qu’applaudissent ceux des nôtres qui restent !
- Pour qu’en bas survienne le règne des anges innocents…
- …Ainsi l’étrangeté de ce monde se perdra, et les vents tourneront.
- C’est inexorable !
- Oui mais, c’est encore regarder des images et lire des histoires d’après.
- Mon présent, lui, est plus douloureux.
- Parce qu’il est aussi grand que celui que j’attends…
- …Qui t’attend, oui !
- Sans se résoudre à être abandonné ?
- Sans s’y résoudre. Ou alors, c’est que tu dis non ici aussi. Est-ce le cas ?
- Non.
- Et que viens-tu de dire ?
- Oui.
- Ce n’est pas exactement ce que j’ai entendu.
- Si, si : c’était non à non. Donc, oui.
- Oui, mais quand ?
- Maintenant !
- Je voulais dire : en bas.
- Ah ? En bas ? Difficile à dire…
- Pourquoi ?
- Sans doute parce que cela coïncide avec la rencontre.
- Si rencontre il y a : elle s’éloigne comme ligne d’horizon !
- De quoi te plains-tu ? Déjà il n’y a plus besoin d’attendre que l’horizon bouge.
- Ni de s’inventer des voyages : ne sommes-nous pas déjà habillés de blanc ?
- Pas en bas, tu le sais bien.
- Mieux que personne ! Le monde est si gris quand tu m’abandonnes…

- …comme s’il attendait la… »

FIN

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