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dimanche, 16 août 2009

Tel est le galopin qui descend du ciel : il est comme celui que leurs pères ont dévoyé.

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,51-58. (*)(*)(*)(*)
Après avoir nourri la foule avec cinq pains et deux poissons
(*), Jésus disait : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. » Les Juifs discutaient entre eux : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi. Tel est le pain qui descend du ciel : il n'est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

_____Tel est cet étrange voyageur qui descend du ciel spatio-temporel : lui qui ne mange pas de ce pain, il n’est pas comme ces cinq pelés et ces deux tondus. Il jubile intérieurement : grâce à sa merveilleuse machine, n’est-ce pas comme s’il vivait éternellement ? Il s’approche un peu de ces disciples qui s’apprêtent à manger la chair de ce Fils de l’homme qui lui a fait mordre la poussière. Obnubilé par son ambitieux projet, Bernhard s’éblouit lui-même : la royauté qu’il donnera, c'est sa royauté, donnée pour que le monde ait la "santé". Au spectacle de ces naïfs mangeant de ce pain, en avance sur son temps, il est certain [1] d’être le tout premier à se poser cette question de fond : « Comment cet homme-là peut-il leur donner sa chair à manger ? »

Les nouvelles aventures de Bernhard von Gudden [2, note 26 ]

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Résumé de l’épisode précédent [3] :

En quête d’un pays lointain pour se faire nommer roi de la "santé", Bernhard von Gudden voyage à bord d’une fabuleuse machine à voyager dans le temps et dans l’espace, qu’il a conçue en fonction de son étonnante capacité à diagnostiquer dans les mêmes conditions. Son voyage s'étendant d'âge en âge [4] l’a d’abord propulsé quelque part en Proche Orient et quelques siècles en arrière : là, il eut quelque maille à partir avec un "collègue" local lui ayant visiblement grillé la politesse à deux reprises. [5][6] Son investiture royale s’en trouvant compromise, il opère un grand bond en avant, direction l’Europe. Préférant éviter la Bavière qui lui a laissé de mauvais souvenirs, nous le retrouvons en 2009 : venant de quitter un Paris enivré de M.I.A.M. [7, APR note 26], son esprit exulte en une petite ville de province qui pourrait bien le sauver

_____Après avoir été nourrie, la foule –bien symbolique en ce jour de semaine- commença à se disperser, n’allant pas demeurer éternellement sous les voûtes de l’immense nef. Le soir tombait et l’estomac gargouillant de Bernhard l’avisa qu’il ne s’était pas mis de vraie nourriture sous la dent depuis des lustres : comment prétendre à quelque royauté le ventre creux ? Aussi prosaïque soit-il, ce motif le poussa à aborder l’une des clientes de cette « sacrée concurrence », s’attardant à ce qui lui apparaissait comme piété digestive de leur pain vivant. Échaudé par son expérience supplicienne, il se surprit à prier le ciel que celle-ci ne soit pas équipée d’une funeste M.I.A.M. menaçant d’en appeler aux forces de l’ordre. Aussi résolut-il de se faire le plus aimable possible. Quittant enfin sa chaise, la femme se leva : se sentant sans doute observée, son regard s’arrêta sur le voyageur. « Comment cet homme-là peut-il s’habiller ainsi ? » se dit-elle alors. Ignorant les phénomènes de mode, Bernhard avait en effet omis que son costume –bien qu’impeccablement taillé- et ses souliers –irréprochablement vernis… et les semelles à l’état neuf, pour les raisons que nous connaissons- tout droit sortis du XIXème siècle pouvaient susciter des interrogations. Il laissait cependant transparaître une certaine respectabilité rassurante, aiguisant la curiosité de l’inconnue. Après tout, une personne mal intentionnée ne fréquenterait pas un tel endroit !

« Bonsoir Monsieur : il semblerait que vous ne soyez pas d’ici ? Vous êtes… ?
- Mon nom ne vous dirait rien : je suis un voyageur et je viens de très loin…
- De très loin ? C’est-à-dire ?
- Disons… d’Allemagne.
- D’Allemagne ? Et vous dites que c’est très loin ? Mais c’est à une heure d’avion !
- Avion ? Où est-ce donc ?… »

_____L’inconnue sourit : ne lui ferait-on pas une plaisanterie ? Quelqu’un ne se tapirait-il pas derrière un pilier, muni d’une discrète caméra emmagasinant ses moindres battements de cils ? Néanmoins, cet homme n’a pas baissé les yeux, pas esquissé le moindre rictus : chez lui, toute forme d’humour semble avoir été bannie au point que la seule perspective qu’il se moquât est d’une évidente absurdité. Sa question ayant manifestement créé un inconfortable flottement, Bernhard se ressaisit :

« Bernhard von Gudden.
- Pardon ?
- Vous dites ?
- Je dis : pardon ?
- Vous voulez partir ? Je ne voudrais pas vous retarder…
- Mais pas du tout ! Je disais : pardon ? P-A-R-D-O-N.
- Pardon ? Qu’est-ce que c’est ?[8]
- Bah. Que disiez-vous ? Bern… ?
- Ah oui ! Vous me demandiez mon identité. Et je vous répondais : Bernhard von Gudden. Docteur Bernhard von Gudden.
- Von Gudden ? Docteur ? Mais c’est le ciel qui vous a envoyé ! Vous soignez quoi, exactement ?9782756013824FS.gif
- Moi ? Rien du tout.
- Ah ? Alors, vous êtes sans doute docteur es lettres ?
- Cela m’arrive, cela m’arrive…
- Comment ça, "cela m’arrive" ? Ou vous êtes docteur, ou vous ne l’êtes pas !
- Mais tel que vous me voyez, je le suis : en médecine© ! Dans ma position, j’ai déjà ausculté sept colonels.
- Sept ? Et de quoi se plaignaient-ils ?
- Eux ? Je n’en sais rien : ce sont leurs subordonnés qui se plaignaient.
- Et alors ? Ce ne sont pas ceux-là que vous avez auscultés ?
- Pas plus que leurs supérieurs : je ne les ai d’ailleurs jamais vus.
- Vous venez pourtant de me dire que vous les aviez auscultés !
- Et je viens aussi de vous dire qu’il m’arrivait d’être docteur es lettres.
- Vous voulez dire… vous auscultez des lettres ?
- Quand elles sont malades©, bien sûr. C’est ma spécialité !
- Fantastique ! Mais c’est trop bête : ne restons pas ici à discuter entre nous. Venez donc dîner à la maison : cela fera énormément plaisir à Guillaume.
- Guillaume ?
- Oui : c’est mon mari. Mon Dieu, je ne me suis pas présentée ! Alith Lemignon. Mais vous pouvez m’appeler Alith.
- Très bien, euh… Alith. Mais nous nous connaissons à peine. Je ne sais pas si je dois ?…
- Ne vous en faites pas. Le vin est apprêté, la table est dressée. Ne vous faites pas prier : venez manger mon pain, et boire le vin que j'ai apprêté !
- Bon. Puisque vous insistez… »

_____Bernhard n’en revenait pas : il s’étonnait de l’intelligence avec laquelle il avait mené cette fulgurante rencontre, la soldant aussi brillamment autour d’une bonne table ! Mais demeurant modeste, il se dit que la consonance germanique du prénom de ses hôtes d’un soir avait pu inconsciemment favorisé cette entente impromptue. Quittant la cathédrale, il suivit le chemin d’Alith…

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INTERLUDE

Livre des Proverbes 9,1-6.
La Sagesse a bâti sa maison, elle a sculpté sept colonnes. Elle a tué ses bêtes, apprêté son vin, dressé sa table, et envoyé ses servantes. Elle proclame sur les hauteurs de la cité : « Si vous manquez de sagesse, venez à moi ! » À l'homme sans intelligence elle dit : « Venez manger mon pain, et boire le vin que j'ai apprêté ! Quittez votre folie et vous vivrez, suivez le chemin de l'intelligence. »

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_____À l’issue de cet agréable dîner, il s’avéra que la consonance germanique était indifférente à cette invitation, fort intéressée. Guillaume Lemignon souffrait en effet d’un mal fort étrange, plongeant Alith dans un profond désarroi… et faisant boire du petit-lait à Bernhard. Dès que le malheureux avait sous la main un texte qu’il ne comprenait pas, il était soudain pris d’une pulsion irrépressible : il fallait absolument qu’il montre ce texte à un "médecin"© ! Apprenant que leur invité était occasionnellement docteur es lettres©, il l’accueillit comme s’il était descendu du ciel. L’attirant dans leur salon pour un  digestif cordial, il lui dit alors : « Amenez-vous, amenez-vous, je vous le dis : sûrement vous aurez l’avis [9, note 20] en vous. » Tremblant, avec autant d’appréhension que s’il s’était agi d’une grenade dégoupillée, Guillaume extrait de sa serviette un feuillet…

« Voilà, Docteur. Un ami est venu me voir récemment. Sa vie est devenue un véritable enfer, depuis qu’il reçoit d’épouvantables courriers !
- Et il en souffre beaucoup, n’est-ce pas ?
- Oui. Et moi aussi, depuis que je lui ai promis d’y mettre bon ordre. C’est que… d’une certaine façon, moi aussi je suis un peu "médecin"©
- Ah bon ?
- Oui. Enfin, disons que ma "médecine"© n’est pas du même ordre que la vôtre : mais elle est tout aussi radicale. Et assez "médicale"© pour reconnaître du premier coup d’œil ce qui relève de la vôtre… »

_____Guillaume n’ose avouer que son "coup d’œil" est parfois si radical et si "médical"© qu’il s’en est fallu d’un cheveu qu’Alith ne s’en retrouve aller vivre éternellement en une autre maison [10]. Un jour, la malheureuse avait en effet malencontreusement laissé traîner une recette de bœuf en daube, amoureusement glanée dans un magazine féminin. Survenant sur ces entrefaites, Guillaume s’était emparé de la note, tout haletant l’avait montrée à un "médecin"©. Suffoquant, l’homme de l’art avait alors décelé une "dangerosité"©[11] de premier ordre, demandant à un Guillaume flageolant de lui envoyer son épouse, pendant qu’il était encore vivant. Alith sut heureusement défendre in extremis sa cause, démontrant que dans le texte le bœuf était déjà mort : donnant tout simplement sa chair à manger

« Donc, votre ami souffre. Vous souffrez aussi, bien qu’étant vous–même un peu "médecin"©. C’est bien cela ?
- Tout à fait, Docteur.
- Hmmm… la situation me paraît limpide. L’auteur des épouvantables courriers souffre© beaucoup, beaucoup, beaucoup…
- C’est vrai ? Oh, comme vous me rassurez ! Tenez, à titre de preuve©, lisez ce qu’il vient d’envoyer à mon ami :

Frère, prends bien garde à ta conduite : ne vis pas comme un fou, mais comme un sage. Tire parti du temps présent, car nous traversons des jours mauvais. Ne sois donc pas irréfléchi, mais comprends bien quelle est la volonté du Seigneur. Ne t’enivre pas, car le vin porte à la débauche. Laisse-toi plutôt remplir par l'Esprit Saint. Dites entre vous des psaumes, des hymnes et de libres louanges, chantez le Seigneur et célébrez-le de tout votre cœur. À tout moment et pour toutes choses, rendez grâce à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus Christ.*
(*)Lettre de saint Paul Apôtre aux Ephésiens 5,15-20.

_____Blême, Bernhard reposa le feuillet. Quel calvaire doit être l’existence de cet homme et de son ami ! Ah, s’il tenait le sinistre auteur de ces lignes, il en est quelques-uns ici qui le célébreraient de tout leur cœur, lui disant de libres louanges. S’il ne tenait qu’à cette maison, il serait déjà le roi de la "santé" ! Et Guillaume en premier Ministre ? C’est une idée à creuser [12]

(À suivre…)

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Une cockerinade par jour

Un rabbin et un prêtre entrent en collision lors d'un accident de voiture. Les deux voitures sont complètement démolies mais, curieusement, aucun des deux hommes n'est blessé. Après que chacun se soit extirpé de sa voiture, le rabbin voit la petite croix argentée sur le revers de la veste du prêtre et lui dit :
- Ah ? Vous êtes prêtre. Je suis rabbin. Regardez nos voitures. Il n'en reste rien, mais nous ne sommes pas blessés. Ce doit être un signe du Tout-Puissant. Dieu a dû vouloir que nous nous rencontrions, devenions amis et vivions en paix pour le reste de nos jours.
- Je suis entièrement d'accord avec vous. Ce doit être un signe de Dieu.

Le rabbin poursuit :
- Regardez. C'est encore un miracle. Ma voiture est en morceaux, mais cette excellente bouteille de vin d'Israël est intacte. Dieu veut certainement que nous buvions ce vin et célébrions notre bonne chance.

Il ouvre la bouteille et la tend au prêtre. Le prêtre est d'accord et en boit quelques grosses gorgées (l'émotion, la chaleur), puis rend la bouteille au rabbin. Le rabbin prend la bouteille, la rebouche puis la rend au prêtre. Le prêtre demande :
- Vous n'en buvez pas ?
Le rabbin répond :
- Non... Je crois que je vais attendre la police.

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