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vendredi, 02 avril 2010

Il ne rentra pas dans leur palais : elles ont une loi, et suivant la loi il n’avait pas à y rentrer.

Justice.jpg

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 18,1-40.19,1-42. (*)(*)/(*)(*)
Après le repas, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples. Judas, qui le livrait, connaissait l'endroit, lui aussi, car Jésus y avait souvent réuni ses disciples. Judas prit donc avec lui un détachement de soldats, et des gardes envoyés par les chefs des prêtres et les pharisiens. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes. Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s'avança et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Jésus le Nazaréen. » Il leur dit : « C'est moi. » Judas, qui le livrait, était au milieu d'eux. Quand Jésus leur répondit : « C'est moi », ils reculèrent, et ils tombèrent par terre. Il leur demanda de nouveau : « Qui cherchez-vous ? » Ils dirent : « Jésus le Nazaréen. » Jésus répondit : « Je vous l'ai dit : c'est moi. Si c'est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. » (Ainsi s'accomplissait la parole qu'il avait dite : « Je n'ai perdu aucun de ceux que tu m'as donnés ».)
Alors Simon-Pierre, qui avait une épée, la tira du fourreau ; il frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l'oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus. Jésus dit à Pierre : « Remets ton épée au fourreau. Est-ce que je vais refuser la coupe que le Père m'a donnée à boire ? » Alors les soldats, le commandant et les gardes juifs se saisissent de Jésus et l'enchaînent.
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_____Ils avaient des armes : Simon-Pierre aussi, qui avait une épée, la tira même du fourreau et coupa l’oreille droite de Malcus, serviteur du grand prêtre. Or, le Nazaréen dont on se saisit et qu’on enchaîne n’a pas d’arme, et dit à l’un de ceux qu’on laissera partir de remettre son épée au fourreau ! Ils reculèrent, et ils tombèrent par terre : de quoi tomber par terre, en effet, face à une attitude d’avant-garde : réfrénant la "dangerosité"©[1] à titre préventif et la laissant tomber là où elle se manifeste. Un détachement de soldats, des gardes envoyés par les chefs des prêtres et les pharisiens. Qui croyaient-ils chercher : un redoutable terroriste ? Se serait-il avancé ainsi, leur disant de son propre chef : « Qui cherchez-vous ? » Or, si le terroriste se laisse connaître par son endroit, son envers [2] de terrorisé [3, AV note 32] nuirait à sa crédibilité s’il était aussi notoire. Aussi n’est-il pas le moins prompt à tirer l’épée du fourreau en dernier recours : "mécanisme psychologique de défense"©[4,im.4] oblige. Mais d’abord cherchera-t-il à prendre ses distances sur ceux qui sont chargés de l’arrêter, non à s’avancer résolument vers eux et leur dire : « Qui cherchez-vous ? » quand chacun sait qui cherche qui. Ce qui pourrait passer à la rigueur pour une feinte destinée à brouiller les pistes… à condition toutefois de ne pas dire ensuite avec une autorité [5] déconcertante : « Votre recherché, c'est bien moi. » De quoi reculer et tomber par terre. (Au moins ceux-là ont-ils encore la marche arrière [6] !…) Ici encore, un outlaw digne de ce nom n’aurait-il pas profité de cette confusion généralisée pour tirer sa révérence à tous ces soldats, commandant et gardes juifs qui, manifestement, ne lui veulent pas de bien ? (Beaucoup plus tard, on s’exercera à chercher le client en inversant cette confusion : lui voulant du "bien"©[7, Notes 1,2] !) Au lieu de cela, il revient à la charge, leur demandant de nouveau : « Qui cherchez-vous ? » ! Certes, ensuite ils se saisissent de Jésus et l'enchaînent : mais qui est le véritable et libre détenteur de l’autorité, en dépit des apparences ? Quand Jésus répondit : « Je vous l'ai dit : c'est moi. Si c'est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. », Il a été obéi… alors que son "bras droit" venait de frapper celui du grand prêtre : après un tel acte –en dépit de la demande formelle de remettre son épée au fourreau-, le commandant –lui qui était en position de force- n’était-il pas libre de passer outre en enchaînant également Simon-Pierre dont la menace s’est avérée nettement plus concrète ? (Menace que, beaucoup plus tard, on saura tuer dans l’œuf –le poulailler étant ensuite confié à la vigilance du renard [8]- par la pratique assidue de la "protection préventive" [9][10] contre la "violence psychologique"©[11], à une époque où refuser la coupe que le Père donne à boire fournira un gage réconfortant [12] de bien-portance…)

--- Ils l'emmenèrent d'abord chez Anne, beau-père de Caïphe, le grand prêtre de cette année-là. (C'est Caïphe qui avait donné aux Juifs cet avis : « Il vaut mieux qu'un seul homme meure pour tout le peuple. [13][14, APR note 22][15, note 72]») Simon-Pierre et un autre disciple suivaient Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans la cour de la maison du grand prêtre, mais Pierre était resté dehors, près de la porte. Alors l'autre disciple - celui qui était connu du grand prêtre - sortit, dit un mot à la jeune servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre. La servante dit alors à Pierre : « N'es-tu pas, toi aussi, un des disciples de cet homme-là ? » Il répondit : « Non, je n'en suis pas ! » Les serviteurs et les gardes étaient là ; comme il faisait froid, ils avaient allumé un feu pour se réchauffer. Pierre était avec eux, et se chauffait lui aussi. Or, le grand prêtre questionnait Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine. Jésus lui répondit : « J'ai parlé au monde ouvertement. J'ai toujours enseigné dans les synagogues et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n'ai jamais parlé en cachette. Pourquoi me questionnes-tu ? Ce que j'ai dit, demande-le à ceux qui sont venus m'entendre. Eux savent ce que j'ai dit. »
À cette réponse, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : « C'est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! » Jésus lui répliqua : « Si j'ai mal parlé, montre ce que j'ai dit de mal ; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » Anne l'envoya, toujours enchaîné, au grand prêtre Caïphe. Simon-Pierre était donc en train de se chauffer ; on lui dit : « N'es-tu pas un de ses disciples, toi aussi ? » Il répondit : « Non, je n'en suis pas ! » Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l'oreille, insista : « Est-ce que je ne t'ai pas vu moi-même dans le jardin avec lui ? » Encore une fois, Pierre nia. À l'instant le coq chanta
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_____Qu’il la refuse ou non, et malgré son épée, la coupe amère de la trahison [16, notes 32,33] a bien été bue par Simon-Pierre : que n’a-t-on confié ce fichu coq à la vigilance du renard cité plus haut [8]… ou à la recette citée par ailleurs [16, APR note 44] ! Saisissant contraste entre « C'est moi », « Je vous l'ai dit : c'est moi », et ces « Non, je n'en suis pas ! » : d’autant que l’attitude vindicative -et peu discrète, par conséquent- de l’Apôtre au jardin ne plaide guère pour sa crédibilité : « Est-ce que je ne t'ai pas vu moi-même dans le jardin avec lui ? » On imagine que ce serviteur du grand prêtre était alors non loin de son parent : celui à qui Pierre avait coupé l'oreille.
_____Simon-Pierre et un autre disciple -connu du grand prêtre- suivaient Jésus. Quel autre disciple ? Hypothèse suggérée ici même [17, Panique AF.jpgAPR note 5], à propos du même Texte : d’ailleurs, n’observe-t-on pas que seuls deux noms de disciples en ressortent, durant ce temps de l’arrestation et des tout premiers interrogatoires ? Simon-Pierre et un autre disciple suivaient Jésus. N’est-ce pas plus bref à écrire que : Simon-Pierre suivait un autre disciple qui, lui-même, suivait Jésus ? Rien de plus insupportable [18] au traître que de devoir faire face au poids [19] de sa propre trahison : aussi a-t-il toujours besoin de s’en alléger, soit en l’avouant soit en la niant. Dans cette cruelle alternative, la seconde solution est évidemment la plus spontanée : Pierre lui-même s’y est laissé prendre. Parce qu’il s’est d’abord laissé entraîner par l’autre disciple, ce dernier ayant, lui, toujours besoin de passer alliance avec des êtres qui, pour lui [20, APR note 44 ], partageront sa trahison : plus celle-ci est lourde, plus elle incline à se diffuser autour d’elle par complicités [21, note 59] afin d’y enchaîner des traîtres seconds, protecteurs malgré eux du traître premier : ceux-là niant en toute sincérité, leur crédibilité joue également en faveur de leur manipulateur [22]. « N'es-tu pas, toi aussi, un des disciples de cet homme-là ? » dit la jeune servante. (La jeunesse suggère déjà un esprit plus aisément malléable [23, note 53] qu’à un âge plus avancé : ce qui n’exclut pas toujours ce dernier…) Mais pourquoi ce « toi aussi » ? Celui qui était connu du grand prêtre –donc, de la servante puisqu’elle en garde la porte- est un des disciples de cet homme-là : elle ne lui pose pas la question parce qu’elle le sait : il sait qu’elle le sait, et –contrairement à Pierre- n’a donc pas peur qu’elle le sache. Dans ce contexte tendu –notamment à la suite de son esclandre avec l’oreille droite du serviteur- il se doute que le chef des Apôtres est ici en position de faiblesse -les serviteurs et les gardes étaient là !-, moins enclin à pérorer sur sa qualité de disciple. Mais pourquoi tout ce petit monde ne s’interroge-t-il pas davantage sur cet autre disciple qui, lui, ne s’en cache pas ? Sans doute parce qu’il ne se souciait pas non plus de savoir où il était au moment de l’arrestation qui, elle-même, n’aurait pas été sans lui. N’avons-nous pas lu l’Écriture [24] ? Il était au milieu d'eux : au cœur de l’opération. C’est dire que celui-là, personne ne lui reproche d’être un des disciples de cet homme-là. Mais Pierre reste dehors, près de la porte ! Si notre zélé de l’épée n’est pas "celui que Jésus aimait", il n’en fait pas moins exploser l’aiguille du jalousimètre [25] de l’autre disciple : en sus du besoin irrépressible de diluer sa trahison sur une autre tête, ne se serait-il pas "vu" auparavant plus "compétent" (lui aussi ![26]) à entrer dans la peau de chef des Apôtres ? Si telle était son ambition, il va sans dire que celle-ci est à présent irrémédiablement perdue. Or, qui l’accompagne ? Le chef désigné des Apôtres lui-même : n’est-ce pas l’occasion de prendre sa revanche sur lui, en le compromettant gravement sur la légitimité de cette fonction ? S’il parle mal, il offrira ainsi matière à montrer ce qu’il aura dit de mal devant témoins réels qui sont là, pour tous [20, AV note 41]! Sauf s’il reste dehors, à l’écart de ces témoins : alors il sortit, dit un mot à la jeune servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre… sur lequel se referme le piège. Mais dans la peau d’un traître impénitent, on ne peut qu’omettre un détail : le croisement salvateur d’un regard avoué de misère avec un autre s’y retournant –et le retournant- de miséricorde [27, AV note 8]

--- Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au palais du gouverneur. C'était le matin. Les Juifs n'entrèrent pas eux-mêmes dans le palais, car ils voulaient éviter une souillure qui les aurait empêchés de manger l'agneau pascal. Pilate vint au dehors pour leur parler : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » Ils lui répondirent : « S'il ne s'agissait pas d'un malfaiteur, nous ne te l'aurions pas livré. » Pilate leur dit : « Reprenez-le, et vous le jugerez vous-mêmes suivant votre loi. » Les Juifs lui dirent : « Nous n'avons pas le droit de mettre quelqu'un à mort. » Ainsi s'accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir. Alors Pilate rentra dans son palais, appela Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d'autres te l'ont dit ? Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les chefs des prêtres t'ont livré à moi : qu'as-tu donc fait ? » Jésus déclara : « Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d'ici. » Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C'est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. » Pilate lui dit : « Qu'est-ce que la vérité ? » Après cela, il sortit de nouveau pour aller vers les Juifs, et il leur dit : « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais c'est la coutume chez vous que je relâche quelqu'un pour la Pâque : voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » Mais ils se mirent à crier : « Pas lui ! Barabbas ! » (Ce Barabbas était un bandit.) Alors Pilate ordonna d'emmener Jésus pour le flageller. Les soldats tressèrent une couronne avec des épines, et la lui mirent sur la tête ; puis ils le revêtirent d'un manteau de pourpre. Ils s'avançaient vers lui et ils disaient : « Honneur à toi, roi des Juifs ! » Et ils le giflaient. Pilate sortit de nouveau pour dire aux Juifs : « Voyez, je vous l'amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » Alors Jésus sortit, portant la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit : « Voici l'homme. » Quand ils le virent, les chefs des prêtres et les gardes se mirent à crier : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Reprenez-le, et crucifiez-le vous-mêmes ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » Les Juifs lui répondirent : « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu'il s'est prétendu Fils de Dieu. » Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans son palais, et dit à Jésus : « D'où es-tu ? » Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te relâcher, et le pouvoir de te crucifier ? » Jésus répondit : « Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l'avais reçu d'en haut ; ainsi, celui qui m'a livré à toi est chargé d'un péché plus grave. » Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais les Juifs se mirent à crier : « Si tu le relâches, tu n'es pas ami de l'empereur. Quiconque se fait roi s'oppose à l'empereur. » En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors ; il le fit asseoir sur une estrade à l'endroit qu'on appelle le Dallage (en hébreu : Gabbatha). C'était un vendredi, la veille de la Pâque, vers midi. Pilate dit aux Juifs : « Voici votre roi. » Alors ils crièrent : « A mort ! A mort ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Vais-je crucifier votre roi ? » Les chefs des prêtres répondirent : « Nous n'avons pas d'autre roi que l'empereur. » Alors, il leur livra Jésus pour qu'il soit crucifié, et ils se saisirent de lui.---

_____« Si tu le relâches, tu n'es pas ami de l'empereur. » Sont-ils donc amis de l’empereur, ces Juifs qui auraient estimé se souiller par le seul fait d’entrer dans le palais représentant son autorité locale ? Avec de tels amis, selon le vieil aphorisme il n’est plus besoin d’ennemis ! Il est presque dommage que la tradition aie retenu le nom de Pilate en l’associant étroitement à son fameux lavement des mains [28, note 2] : ce qui incline à occulter la responsabilité de ces Juifs qui, en la matière, n’ont rien à lui envier. Ils n’ont pas le droit de mettre quelqu’un à mort… mais suivant la Loi, ce quelqu’un doit mourir. À cet effet, ils feignent leur allégeance à l’empereur en confiant à son gouverneur local un fort encombrant "malfaiteur" : par trois fois, il ne trouvera en lui aucun motif de condamnation ! À sa question : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? », est-ce bien une réponse claire qu’il a obtenue ? « S'il ne s'agissait pas d'un malfaiteur, nous ne te l'aurions pas livré. » Ah non ? Alors, pourquoi ne lui livrent-ils pas simultanément la liste sonnante et trébuchante de ses méfaits ? D’autant que ces derniers doivent être gravissimes, les Juifs ne cachant pas que leur dessein à son égard est de le mettre à mort. Il se dit le roi des Juifs ? Et alors ? Est-ce qu’il est Juif, lui, Pilate ? Non, mais il intéresse les Juifs en ce qu’il a le pouvoir de relâcher, et le pouvoir de crucifier. L’homme qu’il a en face de lui a toujours enseigné dans les synagogues et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et il n'a jamais parlé en cachette. Mais il n’est toujours pas Juif, lui, Pilate : gouverneur pour le compte de l’empereur, son non moins fameux « Qu'est-ce que la vérité ? » fait un peu écho à « Qu'est-ce qu’une synagogue ? Qu’est-ce que le Temple ? » dans le sens où ce ne devaient pas être là ses lieux de fréquentations les plus assidus : notamment s’il n’y était pas particulièrement le bienvenu en tant que non-Juif. Et puis, rien de nouveau sous le soleil : « Qu'est-ce que la vérité ? »… pour un responsable politique de tout temps qui, même à faire abstraction de ses ambitions personnelles, doit composer avec la nécessaire harmonisation dans la cité de "vérités" fort contradictoires ? Il n’en demeure pas moins que la perspective de condamner sans aucun motif de condamnation est d’une injustice trop flagrante, même pour lui : c’est pourquoi il cherchait à le relâcher, dès lors qu’il se savait chargé d'un péché moins grave que celui qui lui a livré Jésus. Ce à quoi il a dû plus ou moins adhérer (l’autorité "naturelle" de Jésus se dévoilant ici en filigrane chez les Juifs comme chez les païens, indépendamment de la hiérarchie des uns et des autres… et dévoilant [29] parallèlement Sa maîtrise et le libre don de Sa Personne jusque dans les circonstances qui lui sont le plus défavorables en apparence…), ajoutant à sa difficulté particulière [30] de condamner quelqu’un qui, de son côté, le condamnait moins qu’un autre... disciple. (« Malheureux l'homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né ! » : de fait, cette douloureuse invective ne concerne pas davantage Pilate, pris entre deux feux, que ces Juifs ne savant pas ce qu’ils font -surexcités par leurs chefs- qui, au dehors, se mirent à crier : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! ») « Si tu le relâches, tu n'es pas ami de l'empereur. Quiconque se fait roi s'oppose à l'empereur. » En entendant ces paroles, Pilate est-il réellement dupe des (à peine) arrière-pensées motivant de tels propos, fleurant un brin le chantage à l’amitié de l’empereur ? S’il n’est pas Juif, lui, Pilate, inversement ces "amis de l’empereur" ont-ils seulement assez de fibre romaine pour lui en remontrer ? Du reste, que leur dit-il, essayant alors vainement de leur renvoyer la balle ? « Voici votre roi. » Sous-entendu : « Il n’est pas le mien… et n’entre nullement en rivalité avec l’empereur. » (Qui sait si, à cet égard, il n’a pas pris en considération cette déclaration qui, pour lui, ne revêt en soi aucun caractère délictueux : « Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d'ici. » ?) Peine perdue : « Nous n'avons pas d'autre roi que l'empereur. » Ainsi s'accomplit la parole de l'Écriture…

_____D'abord Anne, puis Caïphe, enfin Pilate : et encore Jean nous épargne-t-il l’intermède de Hérode [31, note 13], ex-ennemi s’acoquinant avec le gouverneur : où l’on retrouve -à un degré hiérarchique supérieur- ce besoin irrépressible de diluer la trahison sur une autre tête…

_____Beaucoup plus tard, on diluera jusqu’à gommer les noms de personnes, leur substituant astucieusement de faux alibis liés aux systèmes [32, APR note 15][33] derrière lesquels elles pourront se réfugier tout à loisir, au seul nom de leur fonction. Ainsi, quand on a quelque accusation à porter contre un homme, s’il suffit toujours de dire : « S'il ne s'agissait pas d'un malfaiteur, nous ne te l'aurions pas livré », la nouveauté réside en ce qu’il n’est plus nécessaire de le balader de "Anne" en "Pilate" en passant par un "Caïphe" réchauffé de "Hérode", la livraison du "malfaiteur" pouvant à présent s’effectuer par correspondance [34]. Ici, ce n’est plus l’accusateur qui ne rentre pas dans le palais [35], mais l’accusé lui-même : sauf télécondamnation sans aucun motif [36][37], celui-ci peut donc rester tranquillement chez lui ! Ses juges [38][39][40] également le seront, plus tranquilles, n’ayant plus à se tracasser à se dire : « Nous n'avons pas le droit [41] de mettre quelqu'un à la porte de chez lui. » Un coup de baguette magique : pouf pouf ! [42a, note 67] et le quelqu’un propriétaire devient "locataire"©[43a, note 25] ! De la sorte, elles aussi prendront soin de dire ce qu’elles disent non d’elles-mêmes, mais bien parce que d'autres leur ont dit : à cet égard, on ajoutera à la dilution en se référant à quelque "Hérodiade"[42b] qui, elle-même, leur aura dit ce qu’elle dit non d’elle-même, mais bien parce que d'autres lui ont dit, lui criant vraisemblablement à l’oreille : « Expulse-le ! Expulse-le ! » [43b] ! Ce qui est regrettable, attendu que pendant qu’elles parlent de lui en cachette, leur homme parle d’elles au monde ouvertement : c’est pourquoi –sans doute afin de ne pas relâcher leur pression-, leur convenait-il de chercher simultanément un vil exécutant [44] que l’on fasse lui aussi asseoir sur la loi [45] afin de mieux le co-sacrer roi [46, APR note 27][47] de l’expulsion par effraction [48][49] : visiblement, sa royauté ne vient pas non plus de ce monde… bien que lui aie des gardes qui se seraient battus pour qu’un homme soit livré aux Snifs [50] ! Ainsi s'accomplissent des paroles qui, elles, ne ressortent en aucun cas de l'Écriture hormis quelques troublantes et intemporelles similitudes. Par exemple, ne pas répondre [51] de ses actes en s’abritant derrière : « Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit. »

--- Jésus, portant lui-même sa croix, sortit en direction du lieu dit : Le Crâne, ou Calvaire, en hébreu : Golgotha. Là, ils le crucifièrent, et avec lui deux autres, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu'il fit placer sur la croix, avec cette inscription : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. » Comme on avait crucifié Jésus dans un endroit proche de la ville, beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, qui était libellé en hébreu, en latin et en grec. Alors les prêtres des Juifs dirent à Pilate : « Il ne fallait pas écrire : 'Roi des Juifs' ; il fallait écrire : 'Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs'. » Pilate répondit : « Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit. » Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chacun. Restait la tunique ; c'était une tunique sans couture, tissée tout d'une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : « Ne la déchirons pas, tirons au sort celui qui l'aura. » Ainsi s'accomplissait la parole de l'Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C'est bien ce que firent les soldats.
Or, près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec la sœur de sa mère, Marie femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que désormais toutes choses étaient accomplies, et pour que l'Écriture s'accomplisse jusqu'au bout, Jésus dit : « J'ai soif. » Il y avait là un récipient plein d'une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d'hysope, et on l'approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. »
Puis, inclinant la tête, il remit l'esprit.
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--- Comme c'était le vendredi, il ne fallait pas laisser des corps en croix durant le sabbat (d'autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque). Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu'on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Des soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis du deuxième des condamnés que l'on avait crucifiés avec Jésus. Quand ils arrivèrent à celui-ci, voyant qu'il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l'eau. Celui qui a vu rend témoignage, afin que vous croyiez vous aussi. (Son témoignage est véridique et le Seigneur sait qu'il dit vrai.) Tout cela est arrivé afin que cette parole de l'Écriture s'accomplisse : Aucun de ses os ne sera brisé. Et un autre passage dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé. Après cela, Joseph d'Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème (celui qui la première fois était venu trouver Jésus pendant la nuit) vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d'aloès pesant environ cent livres. Ils prirent le corps de Jésus, et ils l'enveloppèrent d'un linceul, en employant les aromates selon la manière juive d'ensevelir les morts. Près du lieu où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n'avait encore mis personne. Comme le sabbat des Juifs allait commencer, et que ce tombeau était proche, c'est là qu'ils déposèrent Jésus.

Livre d'Isaïe 52,13-15.53,1-12. (*)
Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s'élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu'il ne ressemblait plus à un homme ; il n'avait plus l'aspect d'un fils d'Adam. Et voici qu'il consacrera une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce qu'on ne leur avait jamais dit, ils découvriront ce dont ils n'avaient jamais entendu parler. Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? À qui la puissance du Seigneur a-t-elle été ainsi révélée ? Devant Dieu, le serviteur a poussé comme une plante chétive, enracinée dans une terre aride. Il n'était ni beau ni brillant pour attirer nos regards, son extérieur n'avait rien pour nous plaire. Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne ; et nous l'avons méprisé, compté pour rien. Pourtant, c'étaient nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu'il était châtié, frappé par Dieu, humilié. Or, c'est à cause de nos fautes qu'il a été transpercé, c'est par nos péchés qu'il a été broyé. Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur lui, et c'est par ses blessures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous. Maltraité, il s'humilie, il n'ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l'abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n'ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s'est soucié de son destin ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à cause des péchés de son peuple. On l'a enterré avec les mécréants, son tombeau est avec ceux des enrichis ; et pourtant il n'a jamais commis l'injustice, ni proféré le mensonge. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. Mais, s'il fait de sa vie un sacrifice d'expiation, il verra sa descendance, il prolongera ses jours : par lui s'accomplira la volonté du Seigneur. À cause de ses souffrances, il verra la lumière, il sera comblé. Parce qu'il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés. C'est pourquoi je lui donnerai la multitude en partage, les puissants seront la part qu'il recevra, car il s'est dépouillé lui-même jusqu'à la mort, il a été compté avec les pécheurs, alors qu'il portait le péché des multitudes et qu'il intercédait pour les pécheurs.

Lettre aux Hébreux 4,14-16.5,7-9. (*)/(*)(*)
Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a pénétré au-delà des cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, le grand prêtre que nous avons n'est pas incapable, lui, de partager nos faiblesses ; en toutes choses, il a connu l'épreuve comme nous, et il n'a pas péché. Avançons-nous donc avec pleine assurance vers le Dieu tout-puissant qui fait grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours. Pendant les jours de sa vie mortelle, il a présenté, avec un grand cri et dans les larmes, sa prière et sa supplication à Dieu qui pouvait le sauver de la mort ; et, parce qu'il s'est soumis en tout, il a été exaucé. Bien qu'il soit le Fils, il a pourtant appris l'obéissance par les souffrances de sa Passion ; et, ainsi conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

Lettre aux Peureux 4,14-16.5,7-9. (*)
Peureuxlit.jpgFrères chiens, en Philou [52], le Ficeleur [53] du Docteur, nous avons le grand trêtre [54] pour ex-alliance [55], celui qui a pénétré par effraction [49][56] au-delà des cieux [57] qui lui sont accessibles ; tenons donc ferme l’affirmation de notre crédulité [58] : n’est-elle pas plus confortable que si nous devions endurer l'insulte [45] à notre tour, et que la honte nous couvre le visage [43, APR note 57] ? En effet, le grand trêtre que nous avons n'est pas incapable, lui, de partager nos faiblesses ; en toutes choses, il a connu l'épreuve comme nous, puis nous a fait connaître les "preuves" [59][60][61] des "souffrances"© de nos "malades"© ; et il n'a pas péché puisqu’il nous apprend que nous non plus [43, notes 58/2,65]. Avançons-nous donc avec pleine assurance sociale [62, notes 14,15] vers le Docteur tout-"puissant" [62, note 38] qui fait glace [62, note 19], pour obtenir miséricorde [43, note 16] et briser, en temps voulu, la glace afin d’appeler police-secours [63]. Pendant les nuits de son "avis"© immortel [43, note 49], nous lui avons présenté, avec un grand cri [64][65] et dans les larmes, notre prière et notre supplication au Docteur qui pouvait nous sauver de l’amour (celui-là n’étant rassurant [12] qu’en étant extraordinairement vague [66, APR note 67]…) ; et, parce que nous nous sommes soumis en toutes ses prescriptions [67][68], nous avons été exaucés… mais toujours pas exhaussés [69, note 67]. Parce qu'il est le Ficeleur, il a appris au partant [62, note 1] l'obéissance à des "souffrances"© si passionnées qu’elles n’étaient pas parvenues à sa raison [70][71] ; et, conduisant ainsi [72, note 3] à la putréfaction [73], il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du chauffage éternel [74]. Ah ? Vous vous remémorez encore ce serviteur du Seigneur, qui était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne, compté pour rien ? Mais n’avez-vous pas lu l’Écriture [24] ? Arrêté, puis jugé, il a été supprimé ! Qui donc peut encore se soucier de son destin ? À cause [75, notes 30] des "souffrances"© de nos "malades"©, tout est vu à présent à la "lumière" éblouissante [76, note 18] de la "médecine"© ! Nous sommes comblés. Alors, maintenant que les "malades"© portent le péché [77] des multitudes et que le Docteur intercède pour les pécheurs bien-portants [78, l.21 !], vous vous fatiguez pour rien, c'est pour le néant, c'est en pure perte que vous usez vos forces [16, Is.] ! Allez : ressaisissez-vous et reprenez-en avant de défaillir. Encore un peu de viande [79, APR note 43][80][81,im.6][82,im.4][16, APR note 44] ? C’est bon pour la "santé"©.

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