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mardi, 24 août 2010

Entre la poire et le faux mage, peut-il sortir quelque chose de bon ?

Montage Nathanael.jpg

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 1,45-51. (*)(*)(*)
(St Barthélemy (Nathanaël), apôtre et martyr (Ier s.))
Philippe rencontre Nathanaël et lui dit : « Celui dont parlent la loi de Moïse et les Prophètes, nous l'avons trouvé : c'est Jésus fils de Joseph, de Nazareth. » Nathanaël répliqua : « De Nazareth ! Peut-il sortir de là quelque chose de bon ? » Philippe répond : « Viens, et tu verras. » Lorsque Jésus voit Nathanaël venir à lui, il déclare : « Voici un véritable fils d'Israël, un homme qui ne sait pas mentir. » Nathanaël lui demande : « Comment me connais-tu ? » Jésus lui répond : « Avant que Philippe te parle, quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu. » Nathanaël lui dit : « Rabbi, c'est toi le Fils de Dieu ! C'est toi le roi d'Israël ! » Jésus reprend : « Je te dis que je t'ai vu sous le figuier, et c'est pour cela que tu crois ! Tu verras des choses plus grandes encore. » Et il ajoute : « Amen, amen, je vous le dis : vous verrez les cieux ouverts, avec les anges de Dieu qui montent et descendent au-dessus du Fils de l'homme. »

______Soit Paul qui rencontre Jacques –en dehors de toute considération vestimentaire [1]- et lui dit : « Voici un panier de poires : épluchons-les. » Les deux amis se livrent donc à cette tâche, tout en parlant de choses et d’autres. Maladroit, Jacques ne prend pas garde à la lame de son couteau qui glisse : pour l’heure, ce ne sont pas les cieux ouverts qu’il voit… mais son doigt, dans lequel il vient de se creuser une profonde entaille. Se levant aussitôt, Paul répond : « Viens, et tu te feras soigner. »
______Même décor, même scène, mêmes acteurs… à ceci près qu’aucun des deux n’est maladroit. Ils parlent donc de choses et d’autres, mais voilà que Paul ne croit pas ce que lui dit Jacques. Ce dernier n’a pas besoin de lui répondre : « Viens, et tu verras », ce qu’il dit coulant tellement de source que cela se voit. Nonobstant, le ton monte tant et si bien que Paul ne se demande pas même : « Peut-il sortir quelque chose de bon de ce qu’il me dit ? » À bout d’arguments, contrarié mais sachant ne pas en faire état (y compris sur lui-même), désireux de sortir de là la tête haute, il se raccroche aux branches –du poirier [2]-, se lève encore et répond : « Viens, et tu te feras "soigner"©. »
______Peu au fait de certaines subtilités typographiques (guillemets, © et couleur de police), le scribe chargé d’immortaliser ces deux scènes va reproduire une phrase finale qui leur est rigoureusement identique. De plus, pour peu qu’il aille droit à l’essentiel, qu’il en juge (ou qu’on en aie jugé pour lui) certains détails de moindre importance [3], au lecteur qui reprendra son texte des générations plus tard sans disposer de l’extraordinaire machine de l’oncle Bernhard [4], nul ne pourra répondre : « Viens, et tu verras. » Aussi ce lecteur verra-t-il : « Viens, et tu te feras soigner » sans embrasser avec certitude tous les éléments contextuels, notamment ceux qui ne sont pas explicitement précisés. Ce qui va de la tenue vestimentaire des protagonistes au temps qu’il faisait, des fruits [5] qu’ils ont mangé (s’ils en ont mangé –poire, figue ou autre…-), en passant par leur état d’esprit du moment : incluant leur humeur, bonne ou mauvaise. Pour ce qui nous concerne dans cet exemple, pas besoin d’aller loin –ni d’emprunter de machine extraordinaire- pour voir dans la première scène un élan de pure compassion [6] émanant de Paul, cet élan étant à l’évidence [7, APR note 70] plus trouble (sans guillemets !) à l’issue de la seconde scène, allant jusqu’à opposer l’une à l’autre dans ce que l’on en connaît. Pourtant, les mots qui les décrivent ne les distinguent en aucune manière dans leur conclusion : sauraient-ils mentir ?

______ Il n’en va guère autrement lorsque nous sommes confrontés à ce récit de la toute première rencontre entre Nathanaël et un certain Jésus qui, pour être Celui dont parlent la loi de Moïse et les Prophètes, n’en est pas moins fils de Joseph, de Nazareth. D’autant que si ce n’est pas exactement le seul passage où il est question de ce Jésus (!), par la suite Nathanaël se fera plus discret. Si discret que nombre d’hypothèses ont circulé –et continuent de circuler- à son sujet, se demandant s’il n’était pas le fameux « disciple que Jésus aimait »[8], le compagnon de route de Cléophas [9] sur le chemin d’Emmaüs, ou –plus proche dans le temps du récit présent- le jeune marié en personne des noces de Cana [10]. Qu'est-ce qui est le plus important [3] ? connaître la réponse à de telles questions… ou examiner de plus près la question du jour : « De Nazareth ! Peut-il sortir de là quelque chose de bon ? » ? Le texte indique que Nathanaël la pose en répliquant [11] : verbe si vif –et d’aspect si colérique- qu’on l’associe volontiers aujourd’hui aux réminiscences d’un tremblement de terre [12, notes 43,44] ! Voir la terre ouverte, avec l’échelle de Richter [13], n’offre pas précisément la même perspective que de voir les cieux ouverts, avec les anges de Dieu qui montent et descendent au-dessus du Fils de l'homme, évocation implicite d’une autre échelle, plus sereine : celle de Jacob [14]. « De Nazareth ! » : dans le souffle immédiat de la réplique, sans plus d’étonnement nous verrions venir avec ce point d’exclamation comme un haussement d’épaules dubitatif… alors que rien n’infirme qu’il manifeste plutôt une pointe aiguë d’étonnement. En effet, comme on peut le constater en tête de cet article, l’iconographie représente habituellement la rencontre de Nathanaël sous son figuier : lieu de prédilection pour y parfaire la connaissance de l’Écriture… à l’ombre, mais également à l’abri des regards. À cette époque, ni ouvrage relié ni e-book : le rouleau, laissé à la hâte sur les genoux de Nathanaël quand Philippe vient l’interpeller. Nathanaël est par conséquent de ceux qui savent que même en « cherchant bien, ils verront que jamais aucun prophète ne surgit de Galilée. [15] » Tous les chefs des prêtres et tous les scribes d’Israël savaient eux-mêmes que le Messie devait naître à Bethléem, en Judée [16]… et non en Galilée. D’où ce légitime « De Nazareth ! » Remarquons ici simplement qu’à quelques exceptions près –notamment celle de Nicodème [17]-, ceux "qui savent" vont globalement être les mêmes que ceux qui ne seront pas animés des meilleures intentions à l’égard de Jésus. Aussi pourrait-on spontanément assimiler cette exclamation de Nathanaël à leur attitude : marque de dédain qui n’aurait été chez lui qu’un court moment de faiblesse. D’autant que si elle est immédiatement suivie de la remise en question [18] devant caractériser celui qui cherche sans prétendre avoir trouvé une fois pour toutes, cette question pose question en elle-même, par sa formulation : Peut-il sortir de là quelque chose de bon ? Ici également, en rester à la "spontanéité" ne conduit guère à relativiser l’exclamation première : au contraire paraît-elle en amplifier l’effet "méprisant", tel celui d’une réponse figée bah ! dans le réel qui est là pour tous [19, AV note 41], il ne peut rien sortir de bon de Nazareth ! Quant à celui qui prétendrait autre chose, c’est un maudit ! [15] ») travestie condescendamment en fausse question. Certes, la caricature est extrême et le trait est forcé : mais si Nathanaël avait amorcé ne serait-ce qu’un instant une telle direction, comment Jésus aurait-Il pu encore déclarer : « Voici un véritable fils d'Israël, un homme qui ne sait pas mentir » ? Ceci, alors même qu’Il le voit venir à lui : qu’ils n’ont donc pas échangé une seule parole ! Du reste, serait-il venu à lui à la suite de l’invitation de Philippe, si sa question ne traduisait pas une véritable question ? Il était si bien à l’ombre de son figuier

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______ Au moins devrions-nous être tranquilles avec Nathanaël. Car un homme qui ne sait pas mentir est arithmétiquement en deçà du quota de mensonges "acceptables", selon les données fournies par quelque spécialiste [16, note 9] dont on imagine le rare bonheur : celui de disposer d’une vue directe sur les cieux ouverts, avec les anges de Dieu qui montent et descendent au-dessus du Fils de l'homme, condition sine qua non minimale pour estimer être peu suspect de savoir mentir… et suffisamment au-dessus du menu fretin pour être apte à définir ainsi des quotas à ces malheureux, qui, eux non plus ne savent pas mentir (ont-ils un strapontin sur la vue directe, signant là leurs "précieuses qualités" [16, AV note 10] ?), mais hélas sont la proie quotidienne de ceux qui ne le savent que trop bien ! Rappelons que le dit quota est de trois mensonges : d’où la sérénité d’un Nathanaël, son compteur restant à zéro. En revanche, le couperet est passé récemment tout près d’un certain… Jésus. En effet, les scribes et les pharisiens n’étaient-ils pas heureux entre eux [3], s’acquittant de leurs serments comme bon leur semblait, etc. ? Or, par trois fois, Jésus leur a dit : « Malheureux êtes-vous ! » Une seule fois de plus, et c’était crac dedans ! Dès lors, il devenait hors de question de lui donner son argent [ à moins de le confier à un de ses intermédiaires au-dessus de tout soupçon : Judas [17], par exemple… ], ses secrets, son affection et tutti quanti. Nathanaël peut donc encore lui dire : « Rabbi, c'est toi le Fils de Dieu ! C'est toi le roi d'Israël ! » en étant lui-même quiet : de nos jours, on sait parfaitement "soigner"© l’"hystrionisme"©, les "hallucinations sensorielles"©, la "mythomanie"©, l’éventuelle "agnosie"© et autres "pathologies"© d’ordre "psychotique"©[18, note 12]. Du moins sait-on les "diagnostiquer"© à travers les âges : premier pas vers la "guérison"©[19, APR note 60, §8]. Le second sera de s’interroger avec lui : « Peut-il sortir de tout cela quelque chose de bonmême en apparence ? »
______ Car le problème n’est pas tant qu’un homme qui ne sait pas mentir soit d’une espèce rarissime, malheureux comme une pierre s’il existe (non parce qu’il est de ceux qui ferment à clef le Royaume des cieux, mais de ceux que l’on empêche d’y entrer : plus concrètement, parce qu’il est entouré de ceux qui savent mentir) ; il est qu’un homme qui sait mentir multiplié [3, notes 30,31][20] par cent, mille, des millions, finit par générer "spontanément" "une chose plus grande encore" que "l’original" (celui-là en devenant presque banal) : un homme qui ne sait plus ne pas mentir depuis qu’il ne sait plus qu’il ment. « Comment le reconnaître ? » Privilégiant le poirier [2] , il ne peut pas être en même temps sous le figuier. Parce que sous le figuier, les mots font ce qu’ils disent [21: ni plus, ni moins.

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