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mardi, 21 septembre 2010

« Pourquoi votre maître mange-t-il dans la gamelle des publicanins ? »

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Montage gamelle.jpg

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 9,9-13. (*)(*)(*)(*)/(*)(*)(*)(*)
Jésus, sortant de Capharnaüm, vit un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de publicain (collecteur d'impôts). Il lui dit : « Suis-moi. » L'homme se leva et le suivit.
 Comme Jésus était à table à la maison, voici que beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent prendre place avec lui et ses disciples. Voyant cela, les pharisiens disaient aux disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? » [*] Jésus, qui avait entendu, déclara : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Allez apprendre ce que veut dire cette parole : C'est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices [*]. Car je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs [*]. »

______Il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit  [1]. Gageons qu’autour de la table d’un publicain du nom de Matthieu, la mélancolie n’est pas non plus à l’ordre du jour : beaucoup de ses confrères étant venus prendre place avec lui, se mêlant à des disciples réputés plus fréquentables qu’eux, même au regard de nos tatillons pharisiens. N’est-ce pas d’ailleurs à ces derniers qu’ils s’adressent, plutôt qu’au maître, à son hôte ou aux autres invités ?
______En dépit de ce qu’ils furent intellectuellement de fins
connaisseurs de la cause du Seigneur [2, notes 15 à 17], les pharisiens ne risquent guère d’être confondus avec les anges de Dieu. Non qu’à leur image –un rien d’
Épinal !- il leur manque l’appareillage dorsal leur permettant de voleter de nuage en nuage (!), mais qu’ils s’en distinguent bien davantage par un déficit manifeste de joie : pas même pour un seul pécheur qui se convertit, mais pour beaucoup de tous ceux qui sont venus prendre place avec lui et ses disciples ! Car si ceux-là apprécient sans doute la convivialité régnant autour d’une table et tout ce qui peut y circuler d’agréable au palais, seraient-ils venus aussi nombreux et enthousiastes prendre place à celle d’un pharisien ? Le premier obstacle eût déjà été que l’un d’entre eux ait à cœur de les inviter ! Dans le contexte social qui règne alors, la cause est en effet entendue : d’un côté, nous avons les publicains –explicitement associés aux pécheurs- ; de l’autre, les justes, "auto-bénis" de Dieu –implicitement dissociés des pécheurs- régnant au-dessus de tous ces mécréants de publicains [3], ces [~!Ü"#] aggravant leur cas en ponctionnant très concrètement leurs antagonistes sur… là où se trouve parfois leur cœur [4,im.3] ! Voyant cela, c’est imaginer la déconfiture pharisienne au spectacle déconcertant d’un banquet qui s’apparente, à leur regard, à une sorte d’infâme compromission entres les anges de Dieu et les démons : à l’échelle locale, comparable au scandale [5, APR note 8] que constituerait l’organisation d’un concert rock satanique sous la voûte de la basilique Saint-Pierre de Rome !

______« Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? » La question eût été moins empreinte d’arrière-pensées -se drapant d’auto-justifications- qu’elle aurait été plus paisible, posée autrement, plus proche du don de la grâce : « Pourquoi les publicains et les pécheurs mangent-ils avec votre maître ? » Car c’eût été aller apprendre ce que veut dire cette parole : C'est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices. « Venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs », ceux-là étaient assez mal vus pour ne pas venir uniquement par l’attraction de l’assiette ! Ils sont donc venus répondre à cet appel –à l’exemple [6, AV note 14/2] du premier d’entre eux, leur hôte du moment (et futur Évangéliste de ce jour !)- moins pour manger que pour épuiser leur misère au contact de la miséricorde. Le sacrifice étant étymologiquement "faire sacré", si ce sacré est soigneusement isolé "sous cloche" –de crainte de le corrompre (ou d’en corrompre la représentation que s’en est forgée le juste ?), et afin de lui épargner tout vil contact avec le profane-, comment la miséricorde pourrait-elle s’appliquer à la misère ? Question que n’a pas besoin de se poser le juste, puisque –à l’aune des bien portants n’ayant pas besoin du médecin-, il a aussi peu "besoin de conversion" [1]… qu’il a à cœur de nourrir un irrépressible "besoin"[7, APR note 20][8] de lever du lièvre sacrificiel [9][10, note 72], appelé à répondre pour lui à sa vocation de porte-misère universel [11, note 66][12, note 30]. À cet égard, politiquement vendu à l’occupant romain et vraisemblablement coutumier de pratiques financières discutables -peu regardantes sur l’injuste spoliation du bien d’autrui (à commencer par celui du juste)-, le publicain est "l’homme parfait" pour le pharisien : la "bête immonde" de l’époque ! En un sens, mangeant avec le pécheur, Jésus prend le juste au mot : ne lui démentant pas formellement l’état de pécheur chez celui qu’il pointe ainsi. Alors, sa plainte serait sans objet [13, AV note 31]… s’il n’était pas lui-même empêtré [14][15] dans ses contradictions : en prison intérieure [16] à cause de son propre état de pécheur.

Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 4,1-7.11-13. (*)/(*)(*)(*)|(*)(*)(*)  
Frères, moi qui suis en prison à cause du Seigneur
(*), je vous encourage à suivre fidèlement l’appel que vous avez reçu de Dieu :
ayez beaucoup d'humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez à cœur de garder l'unité dans l'Esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il n'y a qu'un seul Corps et un seul Esprit. Il n'y a qu'un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui règne au-dessus de tous, par tous, et en tous. Chacun d'entre nous a reçu le don de la grâce comme le Christ nous l'a partagée. Et les dons qu'il a faits aux hommes, ce sont d'abord les Apôtres, puis les prophètes et les missionnaires de l'Évangile, et aussi les pasteurs et ceux qui enseignent. De cette manière, le peuple saint est organisé pour que les tâches du ministère soient accomplies, et que se construise le corps du Christ. Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l'unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l'état de l'Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ.

            Avant terme, il arrive que ce soit parvenir en ordre dispersé aux issues de secours [17]. Une seule espérance, manifestée dans une impatience palpable : partir avant la fin du film [18], en rester à l’arrêt sur images. Les bons sont placés, les méchants également : satisfait de la distribution, les pharisiens n’ont pas besoin de rester jusqu’au bout. À leur décharge, eux sont au cœur de l’action, bénéficiant de fort peu de recul sur ce qui se joue sous leurs yeux. Les Apôtres, puis les prophètes et les missionnaires de l'Évangile n’ont pas encore pris leur essor : ce sont d’abord eux, ceux qui enseignent. De même, beaucoup d'humilité, de douceur et de patience, se supporter les uns les autres avec amour se confronte ici avec un collecteur d’impôts contre lequel les uns ou les autres ont sans doute personnellement eu maille à partir. Quant à pouvoir réunir à sa table autant de convives, cela dénote une confortable aisance matérielle. Sur ce point, ce n’est guère un collecteur d’impôts qui bénéficiera des préjugés les plus favorables : en filigrane, les pharisiens peuvent se demander si ce n’est pas avec leur argent que l’on régale des publicains et des pécheurs qui brillaient déjà fort peu sur leur cote d’amour ! Au cœur de l’action, c’est par conséquent s’être habitués à des relations qu’on imagine distantes auprès d’un homme qu’on a connu jusqu’alors sans scrupules. Cet homme s’est levé et a suivi Celui qui lui a dit « Suis-moi » ; mais personne n’a lu le scénario à l’avance, prévoyant qu’un tel homme était appelé à devenir un des quatre piliers de l'Évangile ! Ce qui implique pour le moins un substantiel retournement de vie, allant jusqu’à la rupture avec l’existence antérieure. Cette rupture n’excluant pas –au contraire- de réparer autant que possible tout ce qui a Réparation.jpgpu contribuer à briser l’unité au cours de cette existence antérieure, l’exemple nous est parvenu de Jéricho, chez un autre collecteur d’impôts, dont la déplorable image de marque ne dépareillait pas de celle de Matthieu : Zachée. « Voilà, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j'ai fait du tort à quelqu'un, je vais lui rendre quatre fois plus. » [19] 
______ À moyen terme, on imagine mal que son collègue de Capharnaüm n’aie pas adopté une attitude similaire avant de suivre Jésus plus radicalement, ayant à cœur de se décharger de quelques liens peccamineux auprès de ses anciens administrés, sans prétexter de son départ pour s’en laver les mains. Car, -moins que jamais en présence du Fils de Dieu !- la miséricorde ne se pulvérise en surabondance automatique [20] –à usage unique et sens unique [6, notes 8 à 11]- à dessein de mieux "couvrir" des exactions passées relevant d’une notoire injustice, celle-ci étant alors laissée en l’état [21, APR note 9]. Ce serait comme dire « Suis-moi » à un Philippe Vigny [22] (un huissier hors-la-loi [23], n’est-ce pas quatre fois pire qu’un collecteur d’impôts ?…), que l’homme se lève et le suive… mais auparavant, ne lève pas un petit doigt pour rétablir dans leurs droits les plus élémentaires les faux locataires [24, note 37] qu’il aura expulsés avec violence de chez eux, ce au nom d’une "loi" dont personne n’aura eu la vraie connaissance !
 ______ À court terme, ce banquet offert par Matthieu n’est-il pas déjà comme un prélude -en nature- de ce désir de renouer, concrètement et au maximum, avec un lien de la paix à partager avec des convives de toutes conditions ? Quelqu’un en a-t-il été exclu ? Le repas s’étant déroulé dans la maison, ce n’était pas un pique-nique ouvert à tous les vents : il fallait bien que les pharisiens eux-mêmes ne fussent pas trop mal placés pour "voir cela" : pourquoi mangent-ils avec les publicains et les pécheurs ? Pour se "rembourser" en nature ? Ont-ils été contraints et forcés, précurseurs malgré eux de Paul en étant comme en prison à cause du Seigneur ? Enfin, n’est-ce pas également comme une sorte de banquet d’adieu clôturant une vie passée, avant d’en aborder une nouvelle sous des auspices radicalement étrangers à ce qui leur offre pour l’heure matière à récriminer [25] ? Comme Saul est devenu Paul sur la route de Damas [26], un [~!Ü"#] de collecteur d’impôts est devenu Matthieu missionnaire de l'Évangile : pour autant, et face à leurs contemporains respectifs, aucun ne s’est métamorphosé en ange de Dieu phosphorescent avec auréole en option, garantie inaltérable (pas même en monstre vert [27][28][29] : ce qui eût davantage justifié les récriminations), gardant une physionomie connue comme ayant été celle d’un pécheur.

            À plus long terme, et contrairement à tous ceux-là (bons et méchants confondus : mais lesquels sont lesquels pour lesquels ?…), plus de deux mille ans laissent un recul assez consistant pour connaître plus sereinement la fin du film, ainsi que l’évolution des uns et des autres. Pour que les tâches du ministère soient accomplies, l’organisation du peuple saint ne requiert en rien un renversement de vapeur : il n'y a toujours qu'un seul Corps et un seul Esprit, etc. Naturellement, avoir à cœur de garder l'unité dans l'Esprit par le lien de la paix, cela commence au niveau inférieur : garder l’unité de l’esprit [30, APR note 53]. Faute de quoi, il se murmure que le lien de la guerre [14, APR note 27][31] règne au-dessus de tous, par tous, et en tous, ne laissant rien debout de ce qu’encourage l’Apôtre : jusqu’à se demander pourquoi les publicains et les pécheurs mangent leur maître [32, note 40] ? Puisque ce ne sont pas les gens bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Car Il invite non pas les justes, mais les pécheurs. C’est-à-dire, ceux qui se lèvent et le suivent.

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