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mardi, 15 février 2011

« Pourquoi ne discutez-vous pas sur ce manque du lapin ? Vous non plus ne comprenez pas encore ? »

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 8,14-21. (*)(*)(*) 
Les disciples avaient oublié de prendre du pain, et ils n'avaient qu'un seul pain avec eux dans la barque. Jésus leur faisait cette recommandation : « Attention ! Prenez garde au levain des pharisiens et à celui d'Hérode ! » Ils discutaient entre eux sur ce manque de pain. Il s'en aperçoit et leur dit :
« Pourquoi discutez-vous sur ce manque de pain ? Vous ne voyez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? Vous avez le cœur aveuglé ? Vous avez des yeux et vous ne regardez pas, vous avez des oreilles et vous n'écoutez pas ? Vous ne vous rappelez pas ? Quand j'ai rompu les cinq pains pour cinq mille hommes, combien avez-vous ramassé de paniers pleins de morceaux ? »

Ils lui répondirent :
« Douze.
(Jn)(Mt)(Mc)(Jn)(Jn)(Mt)(Mc)(Jn)(Lc)(Mt)(Mc)
- Et quand j'en ai rompu sept pour quatre mille, combien avez-vous rempli de corbeilles en ramassant les morceaux ? »

Ils lui répondirent :
« Sept. »
(Mt)(Mt)(Mt)(Mc)
Il leur disait :
« Vous ne comprenez pas encore ? »

            Quoi de plus banal que d’avoir oublié de prendre du pain ? Les disciples n'en avaient qu'un seul avec eux dans la barque ? Il est vrai que cela représente peu pour chacun… ou beaucoup, si l’on se rappelle que, proportionnellement, cinq pains pour cinq mille hommes -ou sept pour quatre mille- eussent dû à peine leur en donner le goût : pourtant, des paniers pleins de morceaux ont bien été ramassés. Oui mais, aussi impressionnants soient-ils, de tels signes ne finissent-ils pas par être oubliés avec le temps, la pesanteur de la chair se portant uniquement sur l’instant présent ? Et cet instant présent, c’est que les disciples n'avaient qu'un seul pain avec eux dans la barque. Cependant, « vous ne vous rappelez pas ? » On ne leur demande pas là un embryon de psychanalyse les incitant à solliciter un lourd effort de leur mémoire jusqu’à leur prime enfance : loin s’en faut. Présentement, où sont-ils ? Dans la barque. Que font-ils : le tour du monde ? Ce monde-là n’est toujours réduit qu’aux pourtours du lac de Galilée [1, APR note 7] : même à la rame, il ne faudrait pas quarante jours et quarante nuits pour le parcourir : ils ne sont donc pas partis depuis des années. Où vont-ils ? Dans la région de Dalmanatha : ce que l’on sait, parce qu’ils sont montés dans la barque aussitôt après que Jésus eût renvoyé les quatre mille qui avaient mangé à leur faimles sept pains dont il restait cependant sept corbeilles pleines de morceaux [2] : épisode qui, pour le moins, ne remonte pas à la Genèse puisque précédant immédiatement leur embarquement, au cours duquel nous les retrouvons aujourd’hui en train de discuter sur… un manque de pain !
daltonbrothers.jpg             Dans l’ordre du mal, c’est un peu comme si les auteurs du casse du siècle –alors à la tête d’une fortune prodigieuse les mettant pour le restant de leurs jours à l’abri du besoin-, entreprenaient de discuter entre eux sur leur manque de fonds : scénario peu crédible, sinon en vue de tourner un film comique. Certes, on ignore ce que sont devenues les sept corbeilles avec leur contenu ; sans doute n’ont-elles pas été laissées à l’abandon, et distribuées parmi les quatre mille hommes avant que ces derniers ne se dispersent, puisque si les disciples avaient oublié de prendre du pain il est permis d’en déduire qu’ils n’ont aucune de ces corbeilles avec eux. Cependant, ils ne sont pas totalement démunis : ils n’ont pas aucun pain, mais un pain… et seul zéro multiplié par zéro donne zéro ! Mieux encore : n’ont-ils pas avec eux –dans l’ordre du bien !- le "cerveau" de leur "casse du siècle" ? D’autant plus que cette fois, Il ne dort pas sur le coussin à l’arrière [3] … et s’ils discutent entre eux sur ce manque de pain, ils ne sont en rien obligés de crier pour se faire entendre, à cause d’une violente tempête qui couvrirait le son de leur voix, leur fournissant par ailleurs un sujet d’inquiétude autrement plus urgent.

         Or, si quelqu’un aurait pu à juste titre crier pour se faire entendre, n’est-ce pas Jésus Lui-même ? C’est peu de dire que l’harmonie de la coïncidence entre la longueur d’ondes de l’émetteur et celle des récepteurs [4, note 29] frise de nouveau la caricature. « Attention ! Prenez garde au levain des pharisiens et à celui d'Hérode ! » Les disciples discutent à propos du produit fini : Jésus, Lui, axe Sa recommandation sur la genèse de ce produit : le levain. Un tel foi,évangile,christianisme,philosophie,politique,littérature,sociétédécalage n’a certes pas pour objet de cultiver la caricature pour le plaisir de la caricature, mais précisément de recommander aux disciples de prendre garde au levain des pharisiens et à celui d’Hérode. Celui-ci et ceux-là sont effacés de la surface du sol depuis des lustres ? Certes : il en va de même au sujet des disciples qui leur sont contemporains. Est-ce à dire qu’après eux, ce soit le déluge ? que ce récit ne vaille guère que pour son aspect anecdotique, que l’on peut désormais ne plus y faire attention, et baisser la garde ? À moins de reformuler la recommandation d’une manière plus générale, qu’elle trouve grâce aux yeux de chaque génération en s’adaptant à ses "pharisiens" et à son "Hérode". « Attention ! Prenez garde au levain des détenteurs du pouvoir spirituel et à celui du pouvoir temporel ! [5][6] », n’est-ce pas là une formule propre à transcender toute espèce de régime, quelle que soit la farine [7] dans laquelle celui-ci introduit son levain ? Or, quelles que soient les qualités intrinsèques de cette farine, ne pas prendre garde au levain, c’est prendre le risque que le pain entier devienne mauvais si le levain lui-même n’est pas pur. Ce qui devrait déjà laisser comprendre que l’attention demandée aux disciples ne saurait se réduire à une poignée d’entre eux, limitée à une barque voguant quelque part sur un lac il y a plus de deux mille ans.
         Remarquons d’ailleurs ces quelques questions posées aux occupants de la barque : « Vous ne voyez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? Vous avez le cœur aveuglé ? Vous avez des yeux et vous ne regardez pas, vous avez des oreilles et vous n'écoutez pas ? » Ne ressemblent-elles pas en tout point [8,1] aux regrets que Jésus a souvent exprimés à propos des pharisiens [9][10] ? De fait, discuter sur un manque de pain en présence même du Boulanger [11] qui, en dépit de sa "cachette" [12, APR note 1] de chair, vient d’accomplir de grands signes sous leurs yeux, n’est-ce pas calquer ses pensées sur celles de qui n’a pas vu -ou ne veut pas voir– de tels signes, voire porte uniquement toutes les pensées de son cœur vers le plus petit dénominateur commun à l’homme et aux bestiaux, bestioles et oiseaux du ciel [8,1, note 7] ?

Livre de la Genèse 6,5-8.7,1-5.10. (*)/(*)
Le Seigneur vit que la méchanceté de l'homme était grande sur la terre, et que toutes les pensées de son cœur se portaient uniquement vers le mal à longueur de journée. Le Seigneur regretta d'avoir fait l'homme, et de l'avoir mis sur la terre ; il s'en affligea et il dit : « Je vais effacer de la surface du sol les hommes que j'ai créés - et, avec les hommes, les bestiaux, les bestioles et les oiseaux du ciel - car je regrette de les avoir faits. » Mais Noé trouva grâce aux yeux du Seigneur. Le Seigneur dit à Noé : « Entre dans l'arche, toi et toute ta famille, car tu es le seul juste que je vois dans cette génération. De tous les animaux purs, tu prendras sept couples de chaque espèce ; des animaux qui ne sont pas purs, tu prendras un couple de chaque espèce ; et des oiseaux du ciel, sept couples de chaque espèce pour en perpétuer la race sur toute la terre. Car il ne reste plus que sept jours, et je vais faire tomber la pluie sur la terre, pendant quarante jours et quarante nuits, pour effacer de la surface du sol tous les êtres que j'ai faits. » Noé fit tout ce que le Seigneur lui avait commandé.
Sept jours plus tard, les eaux du déluge étaient sur la terre.

         Remonter pour de bon au déluge, cela ne concerne-t-il pas encore moins les disciples plus récents, estimant déjà quelque peu dépassées les références aux pharisiens et à Hérode ? À la bonne heure : alors, sans doute auront-ils trouvé assez grâce aux yeux du Seigneur pour voir que, de nos jours, la gentillesse [13] de l’homme est grande sur la terre, et casimir.bmpque toutes les pensées de son cœur se portent uniquement vers le bien à longueur de journée ; presque de quoi regretter d’avoir remis sur le tapis cet ancien passage de l’Écriture ! Certes, il y a bien ici et là quelques méchants que l’on voit encore dans cette génération ; environ 1 % des hommes [14, APR note 2] : une misère ! Mais ce ne sont jamais là que des animaux qui ne sont pas purs [15][16, APR note 53] : eaux du déluge [17, note 49] destinées à assurer une flottaison convenable à l’arche [18] dans laquelle n’entrent que les gentils et purs justes [19]. Ainsi ces derniers ne seront-ils dérangés par personne, le temps d’une agréable croisière qui devrait les mener sans encombre sur l’île aux enfants [20][21] : là où personne ne s’afflige, tout y étant rose [22] et la récréation [23][24] éternelle.
         « Vous avez des yeux et vous ne regardez pas, vous avez des oreilles et vous n'écoutez pas ? » Ce n’est plus la peine ! En effet : à présent, tout se commande à distance [25][26, notes 2,3], vue [27] et ouïe n’étant plus là que pour le plaisir de la chasse aux animaux impurs [28][29][30][31] : il suffit d’un couple [8][14] de chaque espèce pour en perpétuer la rage sur toute la terre.

         Il subsiste cependant une autre éventualité : celle que l’homme n’aie pas la vue aussi affûtée que celle du Seigneur. Ainsi, à supposer que les hommes ne discutent plus entre eux que du manque de pain (dans une acception large : tout ce qui peut contribuer à distraire ostensiblement du "levain des pharisiens et celui d'Hérode"), que leur méchanceté soit grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se portent uniquement vers le mal à longueur de journée, qu’en regretteraient-ils [32] dans un réel qui est là, pour tous [33, AV note 41] ? S’en apercevraient-ils seulement ? Car "toutes les pensées de son cœur se portant 1887281032.jpguniquement vers le mal à longueur de journée" ne rappelle pas nécessairement la physionomie des frères Dalton à chaque coin de rue : il n’y aurait d’ailleurs pas besoin d’y prendre garde, tant cela serait reconnaissable. En revanche, qui saurait opérer la différence entre un bon pain… et un bon pain, plus discutable : c’est-à-dire, deux pains de bonne farine, mais de levains dont l’un est moins pur que l’autre ? Prenons par exemple un levain si "pur" qu’il se propose d’extirper toutes les pensées du cœur se portant uniquement vers le mal à longueur de journée, pensées devenues insupportables [34,im.3][35] : le pain obtenu ainsi n’aura-t-il pas belle apparence [36] ? Il suffira ensuite que les hommes qui l’ont créé s’effacent de la surface du sol : hop ! dans leur terrier [37][38][39]. Après eux, le déluge.
         "Le Seigneur vit que la méchanceté de l'homme était grande sur la terre, et que toutes les pensées de son cœur se portaient uniquement vers le mal à longueur de journée." Vous avez des yeux ? Regardez autour de vous. Vous avez des oreilles ? Écoutez autour de vous. Si le livre de la Genèse n’était pas réputé beaucoup plus ancien que Marc… et si se perpétue le retour à l’ère préhistorique [40][41][42, APR note 57][43][44][45], ne jurerait-on pas que ce livre est promis à un grand avenir ?

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