Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 16 février 2011

« Je vois des gentils lapins, ils rassemblent des arbres, et ils roulent. »

Montage bucherons lapins.jpg

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 8,22-26. (*)
Jésus et ses disciples arrivent à Bethsaïde. On lui amène un aveugle et on le supplie de le toucher. Jésus prit l'aveugle par la main et le conduisit hors du village. Il lui mit de la salive sur les yeux et lui imposa les mains. Il lui demandait : « Est-ce que tu vois quelque chose ? » Ayant ouvert les yeux, l'homme disait : « Je vois les gens, ils ressemblent à des arbres, et ils marchent. » Puis Jésus, de nouveau, imposa les mains sur les yeux de l'homme ; celui-ci se mit à voir normalement, il se trouva guéri, et il distinguait tout avec netteté. Jésus le renvoya chez lui en disant : « Ne rentre même pas dans le village. »

            Jésus et ses disciples ont à peine débarqué que l’éventualité de l’homme n’ayant pas la vue aussi affûtée que celle du Seigneur [1, APR note 31] amène jusqu’au cas de l’homme n’ayant pas seulement l’équivalent de celle de ses semblables. Et si nous sommes là à 681278478.jpgBethsaïde –chez "les petits enfants" de l’autre rive [2], par opposition aux "petits chiens" de la Décapole [3]-, le mode opératoire de la guérison demandée n’est pas sans respirer la même odeur sur les deux rives. En effet, on lui amène ici un aveugle et on le supplie de le toucher. De même lui avait-on amené là-bas un sourd-muet, et l’avait-on prié de poser la main sur lui [4]. Et si nous trouvonsde nouveau le principe de la demande –honnête [4, notes 2,3]- par tiers interposé, ce principe ne fait jamais que rappeler la valeur de l’intercession en faveur d’autrui, les pensées du cœur confirmant alors qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul [3, APR note 27]. On pourrait même s’attendre à ce que ce principe s’impose ici puisque, par définition, un aveugle n’aura pas pu voir venir Jésus et ses disciples. À moins de prendre le lecteur par la main et le conduire hors du village, tout près de Jéricho. Là-bas n’y avait-il pas un autre aveugle ? Et si la cécité est un indéniable handicap, elle ne rend pas paralysé [5] celui qui en est affligé. Or, non seulement l’aveugle de Jéricho ne lui pas été amené, mais les tiers ne s’interposaient pas tant pour intercéder que pour le faire taire [6] et l’empêcher de jouer des coudes pour s’approcher de son propre chef ! Quant à supplier de le toucher –ou supplier implicitement de ne pas le toucher-, la question ne s’est alors pas même posée. Il suffisait que Jésus lui dise : « Vois, Ta foi t’a sauvé [7] » et à l’instant même, l’homme se mit à voir. Aucune conduite hors du regard des autres, pas une goutte de salive, pas d’imposition des mains alors que celle-ci requiert comme une seconde couche à Bethsaïde. À le réduire à des considérations anthropologiques, le pouvoir de Jésus baisserait-il en fonction de la géographie ? Si encore Il était chez les siens [8][9][10] !  Mais tel n’est pas le cas : Bethsaïde a les pieds dans l’eau du lac, Nazareth étant davantage dans les terres sèches. Ce village côtier serait-il maudit au point que ses aveugles y soient cliniquement plus profondément atteints qu’ailleurs ? Celui-là n’est-il d’ailleurs pas instamment prié de ne pas y rentrer à l’issue de sa guérison ? De fait, Bethsaïde ne partage-t-elle pas aujourd’hui avec Corazine [11] le sort malheureux de ces endroits si effacés de la surface du sol [1, APR note 8]  que seuls les archéologues parviennent à lescouvrir ?

         En revanche, l’archéologie ne devrait pas être nécessaire pour essayer de 2881844502.jpgdistinguer avec plus de netteté l’inévitable pédagogie qui se dégage d’un tel récit. Il lui mit de la salive sur les yeux. Or, il s’agit d’un aveugle, non d’un muet. Que suggère alors la salive, sinon l’art d’extérioriser la parole émanant des pensées du cœur ? Celles-ci ne reflètent pas toujours la pureté des bénédictions [12], et la faculté de tout distinguer avec netteté… eusse-t-on la grâce d’avoir dix dixièmes à chaque œil. Mettre de la salive sur les yeux, c’est aussi prendre le contre-pied de ceux qui (se) mettent des écailles sur les yeux [13] : si la vue organique n’en est pas affectée, les eaux de leur regard [14] baissent à la surface du sol, ne trouvant plus guère qu’à discuter sur quelque "manque de pain" [1, AV note 33], traduction horizontale d’un manque de vision plus globale, intégrant une dimension verticale autorisant un regard plus panoramique [15, APR note 2][16]. Et là où la terre n’est pas sèche, échelle [17] ou escabeau [4, APR note 21] ne sont pas d’un grand secours : leurs pieds s’enfoncent dans arbre qui marche.jpgla vase [18, note 15][19, APR note 24][20, note 23][21, note 22][22, note 6]« Est-ce que tu vois quelque chose ? » Dans la vase, ne peut-on entrevoir la racine des arbres ? De là à envisager d’y couper tout ce qui en dépasse [23][12,im.5][24] -de crainte [25, APR note 20] d’un malencontreux croc-en-jambe plongeant le bec dans cet environnement hostile-, il n’y a que l’espace de la vérification des niveaux [26, notes 82 à 89] de la tronçonneuse [27; pour ce qui est du bûcheron [28], il n’est que de tendre la main, tant ils sont légion [29]. « Je vois les gens, ils ressemblent à des arbres, et ils marchent. » Aaaaaattention : les gens ne ressemblent pas en tout point [30,1] à des arbres. Précision indispensable au bûcheron à qui l’on offrirait en holocauste de futurs culs-de-jatte si on le lâchait dans la nature : les arbres ne marchent pas ; s’ils marchent, ce n’est pas normal… ou c’est le bûcheron qui ne voit pas normalement. Il est vrai que là où la méchanceté de l’homme est grande sur la terre, et que toutes les pensées de son cœur se portent uniquement vers le mal à longueur de journée [1, note 32], ce n’est plus qu’un détail sans importance [31] : face à une légion de bûcherons myopes, il leur suffit de décréter entre eux que, seul contre tous, "l’arbre" qui "marche" "ne voit pas normalement"[32][33, APR note 55], et ils lui feront tout ce qu’ils voudront [34].

4245496602.jpg

         « Je vois les gens, ils ressemblent à des arbres, et ils marchent. » Ce qui ressemble moins à une vision floue qu’à un regard sur les gens, voire une suggestion imagée de ce que voient les gens entre eux, de ce que comment ils se voient, eux. Ils ressemblent à des arbres en ce que, ne surgissant pas du néant, ils s’inscrivent au bout d’une longue lignée du peuple élu des "petits enfants". Cependant… ils marchent. Quoi de plus normal de marcher ? Quand bien même ils ressemblent à des arbres, ce sont des gens et non des arbres. Ils marchent sans se heurter les uns les autres, sinon l’homme –le premier surpris en ayant ouvert les yeux- l’aurait dit. Ce qui signifie, d’une part qu’ils marchent en se voyant les uns les autres, d’autre part… que l’aveugle ne l’est plus, bénéficiant alors d’une vision comparable à celle de ses concitoyens. Si les choses étaient demeurées en l’état, que Jésus l’eusse renvoyé ainsi, Il n’aurait pas prononcé la dernière phrase : l’homme eût pu rentrer dans le village, et les villageois le trouver guéri. Or, ce n’est qu’à la suite de la nouvelle imposition des mains que l’intéressé s’est trouvé guéri, qu’il se mit à voir normalement : antérieurement à cette nouvelle imposition, il ne se trouvait pas guéri, n’estimait pas normale sa vision. D’une certaine manière, avant même que Jésus ne le prenne par la main, sa cécité l’avait déjà conduit hors du village par tous ses autres sens indemnes creusant son regard [14,p.2]… et creusant simultanément l’écart avec le sens commun [35] aux gens du village. Et ceux-là marchent. Dans ce contexte précis, cela permet de distinguer plus nettement que puisqu’ils ressemblent à des arbres, ils ne peuvent marcher sans avoir, peu ou prou, rompu avec leurs… racines : s’étant conceptuellement éradiqués [24] -sans attendre les progrès de la "médecine"©[36, notes 14 à 21] !-, ils "s’envolent", et n’y reviennent plus, tournant le dos à leur genèse. Dès lors, rentrer dans le village n’eût pas été d’agréable odeur… tant pour celui qui, à présent, distinguait tout avec netteté que pour ceux qui s’en seraient alors vus mieux distingués par lui comme corbeaux plutôt que colombes !

Livre de la Genèse 8,6-13.20-22. (*)/(*)
Au bout de quarante jours, Noé ouvrit la fenêtre de l'arche qu'il avait construite, et il lâcha un corbeau ; celui-ci s'envola et revint en attendant que la terre soit redevenue sèche. Ensuite, Noé lâcha une colombe pour savoir si les eaux avaient baissé à la surface du sol. La colombe ne trouva pas d'endroit où se poser, et elle revint vers l'arche auprès de lui, parce que les eaux couvraient toute la terre ; Noé tendit la main, prit la colombe, et la fit rentrer auprès de lui dans l'arche. Il attendit encore sept jours, et lâcha de nouveau la colombe hors de l'arche. Sur le soir, la colombe revint, et dans son bec il y avait un rameau d'olivier tout frais ! Noé sut ainsi que les eaux avaient baissé à la surface de la terre. Il attendit encore sept autres jours et lâcha la colombe, qui ne revint plus. C'est en l'an six cent un de la vie de Noé, au premier mois, le premier du mois, que la terre redevint sèche. Noé enleva le toit de l'arche, et regarda : la surface de la terre était sèche. Noé dressa un autel au Seigneur ; il prit, parmi tous les animaux purs et tous les oiseaux purs, des victimes qu'il offrit en holocauste sur l'autel. Le Seigneur respira l'agréable odeur, et il se dit en lui-même : « Je ne maudirai plus jamais le sol à cause de l'homme. Les pensées de son cœur sont mauvaises dès sa jeunesse ; mais plus jamais je ne frapperai tous les vivants comme je l'ai fait. Tant que la terre durera, semailles et moissons, froidure et chaleur, été et hiver, jour et nuit ne cesseront jamais. »

            Non seulement le livre de la Genèse est beaucoup plus ancien que Marc, mais comment ce livre pourrait-il être promis à un grand avenir [1, APR note 45] s’il décrit fortuitement un homme comme étant lui-même beaucoup plus ancien que tout être vivant sachant marcher ? La colombe de la raison ne trouve pas d’endroit où se poser : six cent un ans ??? C’en est fait : si la Genèse est riche de métaphores symboliques, n’est-elle pas ici sèche de crédibilité… voire en "perte de contact avec la réalité"©[37] ? Quoique, en contact Rameau_d_olivier_t.800.jpgavec l’Évangile ci-dessus, quel être vivant pourrait soutenir un âge aussi vénérable, sinon celui qui ressembleraità un arbre [38] ? Or, Noé n’est-il pas le seul juste vu dans sa génération [1, APR note 8], sa justice intégrant son ajustement fidèle à ses racines ? Par ailleurs, l’arbre symbolise-t-il toujours le poids des ans ? Hors l’arche post-déluge, quel est le tout premier signe manifestant le retour à la vie ? Un rameau d'olivier [39] tout frais ! Si léger qu’il n’est pas utile d’affréter un avion-cargo pour le transporter : le bec d’une colombe y pourvoit aisément.
         Cependant, en fermant les yeux sur les aspects symboliques, lorsque Noé trouva grâce aux yeux du Seigneur, que lui a-t-il été dit ? « Entre dans l'arche, […] car tu es le seul juste que je vois dans cette génération ». Mais il n’a pas été le seul à entrer dans l’arche : en effet, comment ne pas associer cette arche à sept couples de chaque espèce de tous les animaux purs, un couple de chaque espèce des animaux qui ne sont pas purs, sept couples de chaque espèce des oiseaux du ciel pour en perpétuer la race sur toute la terre ? Mais tant que la terre durera, semailles et moissons, froidure et chaleur, été et hiver, jour et nuit ne cesseront jamais. Or, quelle que soit l’espèce des animaux navigateurs, depuis que dure la terre, personne n’a encore distingué avec netteté qu’aucun d’entre eux n’aie pris l’initiative de semailles et autres moissons, activités du sol que seul l’homme peut entreprendre. Or, à six cent un ans, on peut imaginer que Noé aie cumulé suffisamment de points de retraite pour envisager un repos bien mérité. À propos de cumul, il est peut-être le seul juste… mais n’en a-t-il pas fait profiter toute sa famille ? « Entre dans l'arche, toi et toute ta famille… » À propos de famille, n’est-il pas d’usage oriental d’en désigner les membres dans une large acception, les frères y étant notoirement connus pour ne pas se limiter aux frères immédiats de sang, puisque recouvrant également tous les cousins [40, note 5] ? Ainsi, dans une logique ressemblant à cet arbre… généalogique, sans renvoyer la première lecture de l'an six cent un de la vie de Noé… à lui tout seul -ce qui reste là au gré du Seigneur-, serait-il si anormal d’en distinguer une autre lecture ? En cumulant l’âge du capitaine, plus celui des membres de toute sa famille, l’an six cent un de la vie de [la famille de] Noé devient presque aussi léger qu’un rameau d'olivier tout frais…

jurons-Capitaine-Haddock.gif

Les commentaires sont fermés.