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mercredi, 16 mars 2011

Or, Philive était un vil extraordinairement vague.

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 11,29-32. (*)(*)(*)(*)(*)
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5](*)(*)(*)[8/2](*)(*)|(Mt)(Mt)(Mt)  
Comme la foule s'amassait, Jésus se mit à dire : « Cette génération est une génération mauvaise : elle demande un signe, mais en fait de signe, il ne lui sera donné que celui de Jonas. Car Jonas a été un signe pour les habitants de Ninive ; il en sera de même avec le Fils de l'homme pour cette génération. Lors du Jugement, la reine de Saba se dressera en même temps que les hommes de cette génération, et elle les condamnera. En effet, elle est venue de l'extrémité du monde pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici bien plus que Salomon. Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront en même temps que cette génération, et ils la condamneront ; en effet, ils se sont convertis en réponse à la proclamation faite par Jonas, et il y a ici bien plus que Jonas. »

            Cette génération est une génération mauvaise peut-être, mais elle ne l’est pas encore assez pour ne pas demander un signe. Comme elle est mauvaise, elle demande moins un signe la détournant de sa conduite mauvaise que pour satisfaire ce que l’on qualifierait aujourd’hui de voyeurisme ou de sensationnel. C’est pourquoi il ne lui sera donné que celui de Jonas, référence explicite à l’attitude adoptée par Ninive –diamétralement opposée à cet esprit- lorsque le prophète se leva pour la parcourir en transmettant une parole peu encline à lui chatouiller les oreilles, pas même conditionnelle dans ses termes. « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! » : non seulement cette formule reste laconique –et donc impropre à répondre à une curiosité peu engageante en soi-, mais elle est en apparence étrangement plus impérative que si elle avait été « Encore quarante jours, et Ninive pourrait être détruite ! » ou pire, présentée sous la forme d’un implacable ultimatum plaçant les habitants au pied du mur : « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite si vous ne vous convertissez pas ! ». « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! » : la parole est plus concise ; elle est sévère, mais elle est celle d’une prophétie. C’est-à-dire que le futur qu’elle indique n’est certain que dans la mesureelle revient sans résultat, sans avoir accompli sa mission [1, APR note 2/1]. Or, qui dit mission dit transmission [2] : émission et réception [3, note 29]. Et la parole du Seigneur fut d’abord adressée au transmetteur.

Livre de Jonas 3,1-10. (*)/(*)(*)(*)
La parole du Seigneur fut adressée à Jonas : « Lève-toi, va à Ninive, la grande ville païenne, proclame le message que je te donne sur elle. » Jonas se leva et partit pour Ninive, selon la parole du Seigneur. Or, Ninive était une ville extraordinairement grande : il fallait trois jours pour la traverser. Jonas la parcourut une journée à peine en proclamant : « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! » Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu. Ils annoncèrent un jeûne, et tous, du plus grand au plus petit, prirent des vêtements de deuil. La chose arriva jusqu'au roi de Ninive. Il se leva de son trône, quitta son manteau, se couvrit d'un vêtement de deuil, et s'assit sur la cendre. Puis il fit crier dans Ninive ce décret du roi et de ses grands : « Hommes et bêtes, gros et petit bétail, ne goûteront à rien, ne mangeront et ne boiront pas. On se couvrira de vêtements de deuil, hommes et bêtes, on criera vers Dieu de toute sa force, chacun se détournera de sa conduite mauvaise et de ses actes de violence. Qui sait si Dieu ne se ravisera pas, s'il ne reviendra pas de l'ardeur de sa colère ? Et alors nous ne périrons pas ! » En voyant leur réaction, et comment ils se détournaient de leur conduite mauvaise, Dieu renonça au châtiment dont il les avait menacés.

            Le transmetteur se leva et partit pour Ninive, selon la parole du Seigneur… qu’Il a dû lui répéter : la première réception s’étant soldée par la fameuse fuite de Jonas ayant occasionné son séjour de trois jours dans un grand poisson [4, APR note 19]. (Séjour préfigurant symboliquement celui du Fils de l’homme au tombeau avant sa résurrection, d’où le fait qu’Il sera alors le "même signe pour cette génération".) Encore que "répéter" ne soit pas tout à fait exact, la première émission disant : « …proclame que sa méchanceté (Ninive) est montée jusqu’à moi. » [4, APR note 19]. On a beau être prophète et réceptif à la parole du Seigneur, on n’en est pas moins homme… et quelque peu craintif de la réception en aval, lorsqu’on est prié d’annoncer aux gens qu’ils ne sont pas si gentils [5][6, notes 2 à 10, note 13] qu’ils veulent bien le laisser paraître entre eux. De plus, "montée jusqu’à moi" eût été dit par un homme comme eux, ni plus ni moins : celui-là n’étant pas monté jusqu’au ciel, pourquoi le croire ? Ne leur fait-il pas –longtemps avant qu’on ne l’invente- une sérieuse crise d’"hallucinations sensorielles"© à tendance "mythomaniaque"©[7, note 12] ?
         « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! » Avec une telle formule, Jonas est au pire un illuminé. Restant un homme comme eux, ni plus ni moins, il ne va pas détruire à lui tout seul une ville qu’il faut trois jours pour traverser ! Par conséquent, on le croit ou on ne le croit pas : mais si on ne le croit pas, les gens se contenteront de hausser les épaules et de se détourner de son chemin : hors son amour-propre, il n’en souffrira pas personnellement. « foi,évangile,christianisme,philosophie,politique,littérature,sociétéEncore quarante jours, et Ninive sera détruite ! » Le Seigneur n’est pas explicitement cité, mais la formule contient cependant assez de relents divins pour amener les habitants de Ninive à la réflexion. En effet, si elle émanait seulement d’un homme tel que Jonas, celui-là leur laisse cependant un signe évocateur : leur ville étant extraordinairement grande, ils sont les premiers à savoir qu’il faut trois jours pour la traverser… et les premiers à constater que le transmetteur la parcourt en une journée à peine. Or, taxis et transports en commun n’étant pas davantage inventés à cette époque, il y a de quoi leur mettre la puce à l’oreille. De plus, si la formule émanait toujours de Jonas seulement, pourquoi ce délai -relativement confortable- de quarante jours ? Pour préfigurer longtemps à l’avance les quarante jours du Carême ? S’il est vrai qu’ils adoptent une attitude qui n’est pas sans évoquer pour nous cette période liturgique, elle n’a cependant pas été "inventée" non plus : loin s’en faut. Quarante jours, est-ce crédible dans la bouche d’un faux prophète de malheur, enclin à projeter [8, note 16] sa propre condamnation "au nom du Seigneur"[9] ? Volontiers expéditif, le plus généreux d’entre eux n’aurait guère excédé une semaine ! Quarante jours, même à supposer que les habitants aient à traverser la ville pour la déserter, c’est plus de temps qu’il ne leur en fallait pour s’en éloigner assez –comme Loth s’était éloigné à temps de Sodome- et les prémunir des effets néfastes de la destruction, leur évitant de périr. Dans ces conditions, quarante jours, ce n’est pas "humain" : qui d’autre que Dieu pourrait réunir ainsi dans ce bref message l’expression de la miséricorde, couplée à celle de la justice ? Parce que laisser entendre que Ninive soit détruite, c’est aussi reconnaître un Dieu en colère contre des conduites mauvaises. C’est pourquoi une telle conjonction de signes concordants –le signe de Jonas- fit qu’aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu, annoncèrent un jeûne, etc. Ainsi la parole de Dieu lui est-elle revenue avec résultat, ayant fait ce qu’Il voulait : la mission ayant été accomplie [1, APR note 2/1], la destruction de Ninive n’avait plus de raison d’être.

            Une génération ne demandant pas de signe est-elle donc devenue si bonne qu’ellefoule4.jpg?1291839196foule4.jpg n’en ait pas besoin, n’abritant en son sein aucune "Ninive" ? Si de nos jours il ne faut plus guère trois jours pour traverser une ville, n’en existe-t-il plus d’extraordinairement grande ? Prenons la ville numéro un mondiale en superficie et en nombre d’habitants [10], imaginons un prophète qui se lève et parte pour cette ville. Il la parcourt en proclamant : « Encore quarante jours, et……………… »… et sa voix se perdrait au milieu du concert des avertisseurs, des médias et de toute la cacophonie chère à nos métropoles modernes. Trop pressée [11], cette génération ne l’aurait pas même remarqué. Ou si elle l’avait remarqué, elle lui aurait sauté dessus à bras raccourcis afin de lui extirper ses insupportables "délires mystiques"© ; donc, peu importe qu’il reste dix, vingt, trente ou quarante jours : le message se serait fondu dans un grand tout. Il ne se serait pas fondu, qui aurait cru l’illuminé proclamant le 31 janvier 2011 : « Encore quarante jours, et telles villes sises sur le territoire de la ville numéro un mondiale en superficie et en nombre d’habitants seront détruites ! » ? Du temps où une génération demandait un signe, elle le demandait venant du ciel ; mais lorsqu’une génération ne regarde plus le ciel, d’où viennent les signes sinon de la terre ? Encore faut-il que ces signes-là soient ardents afin de parvenir à se hisser au-dessus de la masse cacophonique ambiante : le bien ne faisant pas de bruit, le signe venant de la terre -en faisant davantage- ne va pas exactement entrer dans cette catégorie, plus prompt à drainer deuils et destructions dans son sillage.  Sauf exception, tout comme la pluie et la neige dans l’autre sens, ce signe-là ne va pas davantage opérer de savantes distinctions entre les disciples et les païens, les brebis et les chèvres [12], les méchants et les bons, les justes et les injustes [1, note 3] ; pas plus que Jonas n’aura proclamé : « Encore quarante jours, et la maison d’un tel sera détruite, mais pas la maison de tel autre ! »
            Et de même qu’à Jésus on pouvait demander des signes alors qu’Il en distillait à l’envi auprès de ceux qui voulaient bien les voir -sans jamais les imposer aux autres-, on peut toujours ne voir qu’un carrefour de plaques tectoniques générant inévitablement des activités sismiques quasi-ininterrompues. Ce qui n’oblige personne à observer la remarquable coïncidence entre un funeste pic de telles activités avec… le calendrier liturgique. Par ses deux un accolés, le onze semble décidément cultiver la propension à symboliser comme une rupture d’unité marquant discrètement quelque événement douloureux dont l’impact est néanmoins planétaire. Ce fut le cas un onze septembre [13] : c’est de nouveau le cas un onze mars. Avec ce plus, lié au calendrier liturgique : le onze mars était un vendredi, le premier du Carême. Les plaques tectoniques ne savent pourtant pas lire l’Écriture. Mais n’importe qui peut savoir qu’il existe aujourd’hui une ville extraordinairement grande, numéro un mondiale en superficie et en nombre d’habitants. Bien malin qui pourrait l’étiqueter –ou non- comme une "Ninive" des temps modernes : toujours est-il qu’elle est plus connue sous le nom de Tōkyō.

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