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lundi, 21 mars 2011

Déchirez, et vous serez déchirés.

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 6,36-38. (Mt)(Mc)(Mt)(Mc)(Mt)/(*)(*)(*)(*) 
Jésus disait à la foule : «  Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et vous recevrez : une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans votre tablier ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous. »
[*]

            C’est bien à la foule que Jésus disait : « Soyez miséricordieux… », lui signifiant déjà que la miséricorde n’était pas l’apanage d’une élite triée sur le volet, sur laquelle s’en concentreraient les commandements et les préceptes afin de la rendre seule compétente à être miséricordieuse. En filigrane, Jésus aurait pu dire à la foule : « Ne soyez pas miséricordieux au titre de votre "certificat es miséricorde" dûment certifié par Paris V [1, note 1] ou assimilé… » Parce qu’Il disait : « Soyez miséricordieux… comme votre Père est miséricordieux. » Votre Père à tous. Maintenant, comme on le voit de tous temps, quelques-uns –plus volontaires en piété filiale- vont s’intéresser à cette notion de miséricorde jusqu’à vouloir l’exercer concrètement. D’autres vont s’y intéresser également… mais se laisseront davantage débordés par quelque mesure soufflant un vent contraire. D’autres enfin iront jusqu’à être rebelles à la seule notion de miséricorde, n’entendant plus que le langage du jugement, de la condamnation : le pardon se rangeant dans une option ô combien facultative [2]… quand il demeure encore à l’esprit ! Pour autant, Jésus disait toujours à la foule : celle-ci étant composite, n’ayant pas attendu notre époque pour mêler toutes ces nuances parmi ses membres, dans un sens ou dans l’autre. Jésus disait à la foule : hier comme aujourd’hui, la foule en reçoit ce qu’elle veut ; hier comme aujourd’hui, même s’Il ne néglige pas parfois de lancer régulièrement quelque piqûre de rappel [3] à ce sujet, Jésus ne vient pas vérifier la position du bouton [4, note 29] de chacun avant de dire à la foule. La toute première mesure dont nous nous servons ne devrait-elle d’ailleurs pas être celle-ci : la vérification du bouton ? Mais du nôtre : pas celui du prochain. "Ne jugez pas, ne condamnez pas", c’est aussi : ne tournez pas le bouton de l’autre à sa place, de même que l’autre n’a pas à tourner votre bouton à votre place, n’a pas à juger à votre place que "vous n’êtes pas en mesure de consentir -ou non-"[5] à tourner votre bouton. Il est bien question ici de miséricorde : non de procédure sacrificielle [6] grossièrement maquillée en procédure "miséricordieuse" afin de n’en servir que la version automatique [7, note 13] ! Commettre de tels actes, c’est d’emblée s’exposer au revers de la médaille : "Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés" : Vous jugez, et vous serez jugés ; "Ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés" : Vous condamnez, et vous serez condamnés. Pas de quoi en tomber sur le flanc, puisque c’est écrit noir sur blanc dans un langage aussi peu élitiste qu’il s’adresse plus que jamais à la foule : la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous.
            « Soyez miséricordieux… comme votre Père est miséricordieux. » Ce qui s’écrit également noir sur blanc, c’est que si vous êtes miséricordieux en jugeant, en condamnant et en ne pardonnant rien -ou peu [8, notes 3,4]-, non seulement vous n’êtes pas miséricordieux comme votre Père est miséricordieux mais vous n’êtes pas même miséricordieux à l’échelle humaine. Si être miséricordieux à l’échelle de la miséricorde du Père revenait de nouveau à se hisser dans une sphère élitiste, Jésus s’adresserait-Il ainsi à la foule ? Qui plus est, s’adresserait-Il à la foule en ne lui demandant pas moins que de s’identifier au Père ? Il n’y a que des faux pères [9] à prétendre –en actes sinon en conscience- s’engager en pareille aventure, par définition hors de mesure humaine ! Qu’est-ce qu’être appelé à devenir miséricordieux comme le Père est miséricordieux ? N’est-ce pas plutôt rappeler –à temps et à contretemps- que le Père lui-même n’a pas sifflé la fin du match… et qu’à Lui seul [10][11, APR note 7]  revient l’autorité et le pouvoir de la siffler ? Peu chaut que nous vivions à l’époque de Jésus, de Daniel, que nous soyons de l’ancienne ou de la nouvelle Alliance… voire que nous nous rebellions contre toute Alliance ; qu’importent [12] les cultures, les structures, les systèmes [13, APR note 15] et autres citadelles arbitraires se voulant inexpugnables [14, note 3/3] : tant que la fin du match n’a pas été sifflée, il a toujours cours. Tant que le match se joue toujours sur le terrain [15, AV note 2] (et non dans les tribunes ! tribunaux [16] jugeant et CONDAMNANT [17, note 11] inclus…), soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux : c’est-à-dire, jouez ce match en arborant plutôt le maillot des brebis que celui des chèvres [18].

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         Un sport tel que le football ne soulève-t-il pas l’enthousiasme des foules ? En ignorent-elles les règles fondamentales ? Par ailleurs, leur demande-t-on d’être surentraînées –voire de se qualifier pour la Coupe du monde [19][20]- avant de verser dans leur tablier le seul droit de regarder un match ? Ceux qui aiment connaissent. Ils connaissent notamment les joueurs, savent de quelle équipe ils font partie. Honte au visage de l’arbitre qui, loin de garder les alliances convenues et d’observer les règles les plus élémentaires, laisserait le joueur d’une équipe disputer une rencontre sous les couleurs de l’équipe adverse… tout en demeurant dans son équipe : tousjoueurs et spectateurs confondus- se révolteraient immédiatement contre lui, n’écouteraient plus sa voix, ne suivraient pas ses lois. Surtout, ils le renverraient séance tenante à ses chères études et le feraient remplacer par un autre, plus fidèle aux règles. Naturellement, ici la mesure de visibilité de l’imposture [21] est bien pleine, tassée, secouée, débordante : à cette mesure-là, la justice commande légitimement d’y mettre un terme en jugeant le tricheur : ce qui est d’ailleurs faire montre de miséricorde à l’égard de ses coéquipiers, risquant jusque de ne plus savoir à qui se vouer dans le feu de l’action. La condamnation elle-même peut revêtir un aspect miséricordieux : selon qu’elle se satisfait de commander au joueur de revêtir lui-même le maillot ad hoc… ou qu’elle prononce plus sévèrement son exclusion définitive.
         Jésus dit à la foule, Il ne procède pas autrement quand il s’agit d’être miséricordieux comme le Père est miséricordieux. Il rappelle les règles fondamentales du match. Ne pas juger, ne pas condamner… à la mesure de ce que la visibilité de l’imposture est ici moins prégnante, d’autant que les équipes ne sont pas figées puisque changeantes : la brebis d’une rencontre peut devenir la chèvre d’une autre [7, APR note 10], et vice-versa. Juger et condamner sans visibilité [22][23, notes 2,3][24], c’est non seulement anticiper présomptueusement sur l’identification de la brebis ou de la chèvre en les confondant, mais commettre l’iniquité [25] en rendant visible sa propre imposture ! Soit : son identité de chèvre, plus une pratique de l’auto-miséricorde.

Livre de Daniel 9,4-10. (*)/(*)(*)
Moi, Daniel, je fis au Seigneur mon Dieu cette prière et cette confession : « Ah! Seigneur, Dieu grand et redoutable, qui gardes ton alliance et ton amour à ceux qui t'aiment et qui observent tes commandements, nous avons péché, nous avons commis l'iniquité, nous avons fait le mal, nous avons été rebelles, nous nous sommes détournés de tes commandements et de tes préceptes. Nous n'avons pas écouté tes serviteurs les prophètes, qui ont parlé en ton nom à nos rois, à nos chefs, à nos pères, à tout le peuple du pays.
À toi, Seigneur, la justice ; à nous la honte au visage, comme on le voit aujourd'hui pour les hommes de la Judée, de Jérusalem et de tout Israël, pour ceux qui sont près et pour ceux qui sont loin, dans tous les pays où tu les as chassés, à cause des infidélités qu'ils ont commises envers toi. Seigneur, à nous la honte au visage, à nos rois, à nos chefs, à nos pères, parce que nous avons péché contre toi. Au Seigneur notre Dieu, la miséricorde et le pardon, car nous nous sommes révoltés contre lui, nous n'avons pas écouté la voix du Seigneur, notre Dieu ; nous n'avons pas suivi les lois qu'il nous proposait par ses serviteurs les prophètes. »

chevre_dentier_2.jpg             Individuelle ou collective, l’auto-miséricorde n’est rien d’autre que la miséricorde de la chèvre, s’appliquant de chèvre à chèvre, et ne s’appliquant que de chèvre à chèvre [26, APR note 30]. Gare à la brebis s’égarant parmi les chèvres : elle est d’ores et déjà jugée et condamnée, pressentie pour leur prochain méchoui. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ? ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ? Il va de soi que lorsque la chèvre s’est d’elle-même identifiée comme telle, c’est-à-dire accompli quelque méfait ou forfait ayant visiblement porté préjudice à autrui [27, notes 31 à 33], Jésus ne vient pas abolir [28] la justice en prônant une miséricorde à l’eau de rose [29, APR note 9], modèle peace and love [30], bien plein, tassé, secoué, débordant, indifféremment versé dans le tablier du juste et celui de l’injuste, du méchant et du bon [31, note 3] : elle ne serait plus tant de l’eau de rose que de l’eau de pluie ! Comme son nom l’indique, la miséricorde vient saisir la misère au cœur : sa fonction est d’en extirper la misère, ou tout au moins de la contenir ; non de la développer et de la répandre… notamment en se proposant de l’identifier elle n’est pas, et de ne pas l’identifier elle est. Où voit-on que la justice et la miséricorde se repoussent à l’image de deux aimants de pôles opposés ? Quel commerçant refuserait le paiement de sa marchandise au moyen de pièces de monnaie, parce que leur côté pile serait opposé à leur côté face ? La miséricorde vient saisir la misère au cœur : en quoi la saisirait-elle au cœur si elle ne rendait pas simultanément justice à celui qui en a subi quelque préjudice, tant en lui-même qu’en autrui ? En quoi la saisirait-elle au cœur si elle agissait comme un cataplasme appliqué sur une plaie purulente, non aseptisée et laissée en l’état ? Elle serait cautère sur jambe de bois. Pratiquer la miséricorde sans pratiquer la justice, c’est pratiquer l’injustice. Pratiquer la justice sans pratiquer la miséricorde, c’est encore pratiquer l’injustice. Pratiquer l’auto-miséricorde, c’est en revenir à l’auto-sanctification, à l’auto-règne et l’auto-volonté [31, APR note 8], jouer aux auto-tamponneuses [32, APR note 21] puisque allant tôt ou tard se heurter à de tiers [33] autos… à moins de vivre sur une île déserte.
         Daniel, lui, vit si peu sur une île déserte qu’il adopte pluriellement l’auto-misère : soit, l’attitude diamétralement opposée à celle de l’auto-miséricordieux. Nous avons péché, nous avons commis l'iniquité, nous avons fait le mal, nous avons été rebelles, nous nous sommes détournés… etc. Ce faisant, il se pose ainsi à la limite de l’injusticecontre lui-même ! Mais contre lui seul. En effet, sa propre misère est sans doute moins prononcée que tout ce qu’il énonce ici (aurait-il fait monter cette prière et cette confession ?…) : par ce "nous", il préfigure le Christ en prenant sur lui davantage que ce dont il est réellement coupable à titre personnel. "Au Seigneur notre Dieu, la miséricorde et le pardon" : on ne peut plus antinomique à l’auto-miséricorde ! On y puise, ou on n’y puise pas, mais la source est et nulle part ailleurs ; d’où : "soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux".

         L’auto-miséricordieux, lui, se fait également pluriel dans son auto-miséricorde. Ce faisant, il franchit allégrement les frontières d’une injustice ne trouvant plus de limites. Dès lors qu’il postule implicitement que nous n’avons pas péché (ou si peu), nous n’avons pas commis l'iniquité (ou si peu), nous n’avons pas fait le mal (ou si peu), nous n’avons pas été rebelles (ou si peu), nous ne nous sommes pas détournés (ou si peu)… etc., la mesure dont il se sert pour lui va être inversement proportionnelle à celle dont il va se servir pour les autres. Parce qu’étant bien incapable de faire disparaître les fruits [34] du péché, de l’iniquité, du mal, de la rébellion, du détournement, etc. (d’autant moins qu’il les fait croître), il n’a d’autre ressource que d’en fuir la honte en ne s’arrêtant pas en si "bon" chemin : les détournant, précisément, sur des causalités externes [35, note 30] qui soient incarnées par les autres : "les gens"[36, APR note 4]. Ce qui reste, fort heureusement, extraordinairement vague [37]… tant que ne sont pas proposées des définitions plus précises. Or, l’auto-miséricorde n’est toujours rien d’autre que la miséricorde de la chèvre, s’appliquant de chèvre à chèvre, et ne s’appliquant que de chèvre à chèvre. La brebis s’égarant parmi les chèvres -peu enthousiaste à la perspective de leur être servie à l’occasion de leur prochain méchoui- n’a qu’une alternative si elle veut échapper à ce funeste sort : ou bien appeler les chèvres par leur nom [38] (ce qui n’est ni les juger ni les condamner : c’est elle qui se trouve, au contraire, en position d’être jugée et condamnée par elles !), ou bien grossir leurs rangs en se faisant chèvre à son tour. Mais c’est bien une alternative : dénoncer la chèvre en tant que telle, c’est renoncer à se faire chèvre ; se faire chèvre, c’est perdre toute crédibilité à dénoncer la chèvre en tant que telle.

         Si le joueur d’une équipe s’essaie à disputer une rencontre sous les couleurs de 956458633.jpgl’équipe adverse tout en demeurant dans son équipe, tousjoueurs et spectateurs confondus- se révolteraient immédiatement contre lui. Voilà que la brebis renonce à l’alternative… mais renonce également à finir en méchoui. Autrement dit, elle s’accapare les deux pôles de l’alternative : chèvre et dénonciatrice de chèvres. Elle ne garde que le maillot aux couleurs de l’équipe des brebis : ce qui rend invisible son imposture. Côté chèvres, personne ne se révolte contre elle. Pourtant, n’a-t-elle pas également opté pour la dénonciation des chèvres ? Oui, mais rappelons qu’une chèvre dénonçant la chèvre n’a aucune crédibilité. Sauf si elle dénonce une fausse chèvre : et seule une vraie chèvre peut en dénoncer une fausse. Une fausse chèvre ne peut pas moins, à l’inverse, en dénoncer une vraie : cette dénonciation sera cependant de peu de poids, à la mesure de l’environnement lorsque celui-ci est massivement composé de vraies chèvres. La fausse chèvre devient alors… un faux bouc ; en réalité, elle l’était déjà : dans sa "transfiguration" d’émissaire [39][40, note 72]. Pour qu’une vraie chèvre puisse en dénoncer une fausse, il lui faut aller graviter autour des brebis : leur cheptel constituant sa source exclusive de fausses chèvres. Côté brebis, personne non plus ne se révolte contre elle. Pourquoi se révolter… puisqu’elle porte le maillot de leur équipe ? Il faut donc être une fausse brebis pour ne pas être inquiétée par les vraies. On a ainsi toute latitude de les inquiéter, elles : le jeu va en effet consister à leur dénoncer… de "fausses brebis" parmi elles ! Si elles écoutent la voix de la vraie fausse brebis [41, note 67], si elles suivent les lois qu’elle leur propose, elles expulseront les "fausses brebis" de chez elles [42], et la laisseront les conduire auprès des vraies chèvres : chez ces dernières, ce sont les fausses chèvres dénoncées. Elles laissent derrière elles une identité de "fausses brebis" : elles n’ont donc rien à attendre de la part des vraies. Ellesfoi,évangile,christianisme,philosophie,politique,littérature,société ont devant elles des vraies chèvres… et derrière aussi : celle qui les a conduites auprès des vraies. Autrement dit, elles sont prises en tenaille : appeler les chèvres par leur nom ne leur est guère d’un grand secours. L’alternative elle-même se resserre, sans plus de miséricorde : se faire chèvre… ou se faire méchoui. C’est amusant sur le papier : dans un réel qui est là, pour tous [43, AV note 41], ce peut être tuant. En effet, comme on l’a vu hier pour des hommes qui sont plus près de nous que s’ils étaient en Judée, à Jérusalem ou dans tout Israël, certaines fausses chèvres (d’autant plus fausses s’il s’agit de vrais bergers !) préfèrent être une vraie brebis morte plutôt qu’une vraie chèvre vivante [39, APR note 38]. Être pris en tenaille entre de vraies chèvres et des fausses brebis (les vraies n’ont qu’une seule tête [44, note 85]…), cela ne pardonne pas toujours, comme on le voit aujourd'hui, partout où l’on mesure la justice au brillant de la plaque dorée ornant la porte du cabinet de ses "serviteurs" les plus félons…
         Nul besoin de les juger ou de les condamner : ils se jugent et se condamnent d’eux-mêmes, à la mesure de ce qu’ils ne suivent pas même leurs propres lois [45][46] !

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