Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 10 avril 2011

Empierrez le lièvre. (…mais sans le lever !)

1910148717.jpg

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 11,1-45. [1][>1][3][4][98]/(*)
Un homme était tombé malade. C'était Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe. (Marie est celle qui versa du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux
(*)(*)(*). Lazare, le malade, était son frère.) Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » [32][*] Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura pourtant deux jours à l'endroit où il se trouvait ; alors seulement il dit aux disciples : « Revenons en Judée. » Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retournes là-bas ? » Jésus répondit : « Ne fait-il pas jour pendant douze heures ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n'est pas en lui. » Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s'est endormi ; mais je m'en vais le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s'il s'est endormi, il sera sauvé. » Car ils pensaient que Jésus voulait parler du sommeil, tandis qu'il parlait de la mort. Alors il leur dit clairement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n'avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) dit aux autres disciples : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui ! » ---

            À la collection des substantiels (mais néanmoins illustres) passages d’Évangile dominical [1][2] qu’un facétieux calendrier liturgique de Carême s’est plu à mettre en sommeil depuis quelques années, cet épisode de Lazare ne pouvait s’empêcher d’y ajouter sa pierre : pourvu que celle-ci ne serve ni à lapider ni à fermer une grotte sépulcrale.
         Un homme était tombé malade, "afin que par sa maladie le Fils de Dieu soit glorifié", cela exclut d’emblée la "maladie"© d’un homme que l’on a fait tomber"malade"© : en effet, qu’elle soit "religieuse" (!) ou non, la "paranoïa"©[3, note 8][4, note 12][5, note 59][6, note 1][7][8]pour ne citer qu’elle- n’apparaît pas clairement comme versant un parfum de gloire sur le Seigneur comme sur Ses disciples (ce qui ne les dissuade pas toujours de concourir à sa "gloire"©…). À moins que le ridicule n’entreprenne de se mettre à tuer, cette "maladie"©- non plus ne conduit pas à la mort. Pourtant, alors même que Jésus laisse poursuivre une issue inéluctable à la maladie mortelle ayant atteint son ami Lazare, chez quelques-uns de Ses disciples plus récents, on manifeste beaucoup de sympathie [9, note 59] à l’endroit de morts en sursis, tandis que leurs"malades"© restent à la maison alors qu’ils ne devraient pas être là [10, APR note 17][11, note 5/4][12]. Or, s’ils ne devraient pas être là, ce n’est nullement parce qu’ils auraientêtre emportés par la Camarde [13] des suites de leur longue"maladie"©… puisque celle-ci ne conduit toujours pas à la mort. Las : si on parvenait à en pleurer, ce serait justement pour regretter amèrement [14, AV note 12][15, APR note 39] qu’elle ne conduise pas à la mort ! Retour brutal à la dure [16, note 13/2] réalité de ce temps : la peine capitale est toujours abolie [17, AV note 48]. Aussi, ayant cherché en vain à lapider [18][19] "soigner"© leurs"malades"© restés à la maison (ce qui constituait leur dernière chance pour que cette fichue "maladie"©conduise enfin à la mort [20][21][21bis]), les bien-portants se réjouissent-ils de pouvoir encore disposer de quelque mode intermédiaire [17, notes 53 à 55] qui les en sauve. S’ils s’endorment, ils seront sauvés : ils n’entendront plus personne leur parler de la mort. Bonne nuit les petits [22, note 2].
podcast

2853781834.jpg
         Dites donc, les bien-portants : vous ne croyez tout de même pas vous en tirer avec un commentaire aussi court à propos d’un Évangile aussi long, non ? N’avez-vous pas lu l’Écriture [23] ? Ce n’est pas du sommeil que Jésus voulait parler, mais de la mort : cet événement qui –aussi peu réjouissant soit-il- n’épargne pas le bien-portant le plus éclatant [24][25][26]. De quoi pourrait-on se plaindre avec Jésus ? Non seulement Il abolit la peine capitale, mais Il abolit la mort elle-même ! Évidemment, voilà qui peut se révéler ennuyeux la mort conduit à la gloire inavouable de ceux qui restent : en cas de "suicide"©[27], par exemple. C’est pratique, le "suicide"© : surtout chez les "malades"© qu’on aura réussi à convaincre de se "soigner"©[28][29]. Il flotte alors comme un parfum de "maladie"© ayant conduit à la mort ; dans ce cas, pas de crime [30], pas d’enquête [31, APR note 37] : affaire classée, catégorie "dépression"©[32][33] et consorts. « S’il n’avait pas été si "malade"©, il ne serait pas mort. » Imaginons un instant que réapparaissent à la lumière de ce monde non pas un "Lazare", mais dix, cent, mille, des dizaines de milliers [34, note 49] : tous ayant été 1187211746.jpgrangés dans la catégorie susnommée ! Et tous capables de se livrer à l’exégèse précise des circonstances les ayant envoyés à la mortbalayant toutes apparences [2, notes 14,15] officielles jusqu’à pouvoir désigner le nom d’un frère, d’une sœur, d’une mère [35(Mc)][14, APR note 11], etc. : chacun selon le degré de ses responsabilités [36] et du rôle actif qu’il aura joué, tant dans la diffusion et le relais de la mythologie "sanitaire"©[37, APR note 42] que dans la pression "thérapeutique"© exercée en conséquence. Ne serait-ce pas follement amusant ? De vrais fantômes poursuivant… les "chasseurs de fantômes"©[31, note 23] : tout fiche le camp… (Si le réalisateur du film [38] consentait à tourner un tel scénario, les spectateurs du fond de la salle [39] se réjouiraient assurément d’être là !)

         « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » Le malade n’est pas quelque audacieux anonyme rencontrant incidemment Jésus sur sa route [40][41][42][43][44][2][45] -ou ne Le rencontrant pas même, quelqu’un d’autre étant venu intercéder à sa place [46][47]- : il Lui est quelqu’un de personnellement connu. Pourtant, du temps de Capharnaüm, la belle-mère de Simon également Lui était quelqu’un de connu : d’autant que la maison de l’Apôtre remplissait alors la fonction de quartier général de Jésus et de Ses disciples. Lorsqu’elle fut au lit avec de la fièvre, on parla sans plus attendre à Jésus de la malade. Sans plus attendre non plus –et sans disserter sur l'action de Dieu devant se manifester en elle [2], ou sur une maladie ne conduisant pas à la mort-, Jésus s'approcha d'elle, la prit par la main, et il la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait [48]. Il est vrai qu’étant alors sur place, il eût été incongru qu’il demeure incessamment à l'endroit où il se trouvait ; mais n’y étant pas ici, n’est-ce pas justement une raison supplémentaire de se hâter vers Béthanie ? Cette raison géographique n’est encore rien : plus que toute autre, il y a celle de l’identité du malade. Il ne Lui est pas présenté de manière neutre comme étant Lazare, frère de Marthe et de Marie, mais comme celui qu’Il aime. Et comme si cela n’y suffisait pas, Jean -"le disciple que Jésus aimait"[49][50](!)- prend le soin de nous préciser que Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Difficile de trouver antithèse plus aboutie à l’aphorisme du bienheureux Théophylacte [51,7][52, notes 116,117] : en effet, à l’opposé d’une "maladie"© consécutive d’un manque d’amour ne voulant pas dire son nom -et conduisant à la mort de l’amour-, l’amour est au contraire sollicité ici en priorité, afin de conduire à la mort… de la maladie elle-même ! Et Il l’est par trois fois : Marthe, Marie, Lazare ; pas de place pour de l’extraordinairement vague [53, APR note 30][54].
         Ce qui n’est pas sans manifester quelque sympathie ambiguë à l’endroit d’une forme subtile de chantage affectif : Seigneur, celui que tu aimes est malade ; sous-entendu : ses deux sœursque tu aimes également- souffrent nécessairement elles-mêmes de ce que leur frère soit malade ; le sauver, lui, c’est sauver les deux autres. Ce qui pourrait se traduire autrement : non pas,"s’il Te plaît, viens sauver celui que tu aimes" mais "viens sauver celui que tu aimes afin de plaire à ceux que tu aimes". On reconnaît là une définition –aussi courte que narcissique- du bonheur, suggérant que "rendre heureux celui qu’on aime" consiste immanquablement à faire ce qui lui plaît, sans plus de discernement. Inversement, toute résistance à "faire ce qui lui plaît" va alors être interprétée comme la marque maudite de celui qui "rend malheureux"[55, APR note 51]… ou "ne rend pas heureux" comme il conviendrait : qui "ne rend pas heureux" se fait immédiatement suspect de rien de moins… qu’un manque d’amour ! Conduire cette logique sophistique du "malheur" [56][14][57] jusque dans ses derniers retranchements [17, AV note 31!], c’est non seulement entretenir le mythe [58] réducteur d’un "bonheur" inconcevable sans plaisir (la définition de l’un se faisant interchangeable avec celle de l’autre), mais ouvrir à deux battants une large porte [59] par laquelle vont s’engouffrer [60] ses stupides [61, APR note 8][62] marchands de contrefaçons [63: tous ceux-là se complaisant les uns les autres en se rejoignant [9, note 59] sur leur foi commune [64][65] dans le mythe susnommé. Et nous savons que ces apprentis sorciers [66][67][68][69], maintenant encore, accordent tout ce qu’on leur demande [70][71], à seule charge pour leur "heureuse" clientèle de leur fournir le schéma convenu en leur désignant "celui qui ne l’aime pas"© : c’est-à-dire, celui qui"ne faisant pas ce qui lui plaît"- va seul avoir à répondre du "malheur" qu’il "déclenche" (appartenant à la redoutable catégorie de la "souffrance importante"©[72, note 58] !) à l’encontre du demandeur. Le marchand, lui, va évidemment incarner l’inverse : faisant par définition ce qui plaît au client, sous peine de le perdre. À réunir [72, notes 7,8] ainsi tous les ingrédients propices à conduire à la mort ce qui peut rester de bonheur afin de lui substituer des malheurs construits [73][74] de toutes pièces, il fallait bien sûr éviter à l’escroquerie de la faire trébucher au seul  contact du réel qui est là, pour tous [53, AV note 41]. Quoi de plus sympathique que de lui fournir des assises salutaires par l’entremise des "lumières"©[75] "scientifiques"©[76][77][78] de ce monde ? Quelqu’un "manque d’amour" ? Dès qu’elle entend cela, la biochimie se lève aussitôt et vient nous présenter sa copine ‘Tonine [52, notes 88] : entre gens de bonne compagnie ("qui s’aiment [79,Mt] et sont gentils"©[17, notes 37 à 40][80, notes 31,32]), tout "s’explique"© ! De plus –ô merveille !-, tout homme qui (sur)vit et qui croit [81][82] en cela ne manquera jamais de sérotonine [83]. Et si "celui qui ne l’aime pas"© en est moins bien pourvu que lui, quelle importance [84] ? La "lumière"© n'étant pas en lui, ce malheureux [53, APR note 30] n’en "souffre"© pas trop, parce qu’"il n’a pas besoin d’amour"©[52, note 88/4] ; pas de chance pour lui : il fait assurément partie de la minorité des êtres humains incapables d'amour [51,12]. Or, la mort ne peut être conduite que sur du vivant… de l’existant. Redéfinir le concept du respect [51,6] dû à cet existant -voire en éradiquer jusqu’au concept [85][86] lui-même en retournant [87][88] les données de cet existant [89, notes 53 à 56]-, à défaut de ressusciter (!), cela ne sauve-t-il pas opportunément de tout soupçon de susciter activement [90, note 2][91, note 34] ce qui conduit à la mort ?… Un tel soupçon est d’ailleurs lui-même retourné : c’est tout un de "celui qui n’aime pas"©, qui "ne fait pas ce qui plaît" à "ceux qui l’aiment"©, "ne rend pas heureux" jusqu’à "rendre malheureux" : ce qui conduit -au moins symboliquement [53, AV note 4/2?]- à la mort. « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui ! » ? Surtout pas : la priorité absolue est d’empêcher à tout prix de mourir par lui [92, note 10][51,7] ! Telle est en effet la grande mission [51,10]. Car, non seulement la majorité des êtres humains est capable d'amour, mais elle cultive parallèlement un remarquable instinct de conservation [93] : c’est que les morts, eux, n’aiment pas. (Voilà bien en sus ce qui réjouit le cœur de ceux qui auront conduit le"suicidaire"©[27] à la mort, l’ayant plus qu’influencé [94] de leurs complaisantes convictions acte de "soins"©[95, APR note 74][96,im.6] = acte "d’amour"©[95, note 92], refus de "soins"©[97, notes 3,4][98, notes 17,18] = "refus d’amour"©les "soins"© sous contrainte [99][100] entrant sans doute dans la catégorie de "l’amour"© obligatoire (?) : de par son acte fatal, celui-ci "prouvera"© post mortem au monde le "bien-fondé"© de l’ensemble de cette supercherie, allant jusqu’à "démontrer"© brillamment que sa "maladie"© atteignait l’instinct de conservation lui-même ! Tant que les morts ne parlent plus [31, notes 34] -et qu’on leur lave également les mains [101][102, APR note 27]-, d’aucuns se réjouissent, eux, que Jésus ne soit pas là pour crier d'une voix forte : « Un tel, viens dehors ! »)

1903207429.jpg

         Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort… » Puis il leur dit clairement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n'avoir pas été là… » ! La contradiction n’est qu’apparente : la première phrase évoque la mort de l’âme [103] … et tout ce qui y conduit [7]; la deuxième celle de la chair. Si celle-ci avait conduit Lazare au feu qui ne s’éteint pas [104][105][106], il n’y aurait évidemment pas eu lieu de se réjouir… ni de dire (à l’issue de deux jours… ou de mille ans) aux disciples : « Revenons en Judée. » Parce que ce retour n’eût apporté que de minces consolations humaines : il eût été inutile d’enlever la pierre.

---(*) Quand Jésus arriva, il trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem - à une demi-heure de marche environ - beaucoup de Juifs étaient venus manifester leur sympathie à Marthe et à Marie, dans leur deuil. Lorsque Marthe apprit l'arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort.  Mais je sais que, maintenant encore, Dieu t'accordera tout ce que tu lui demanderas. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu'il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » [6/2] Elle répondit : « Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. » ---

            « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » Certes, mais s’Il avait été là, beaucoup de Juifs de Jérusalem seraient tranquillement restés chez eux, n’ayant pas eu besoin de venir manifester leur sympathie à Marthe et à Marie, dans un deuil qui n’aurait pas eu lieu d’être : Lazare eût sans doute été guéri ; mais l’événement n’aurait pas eu le même impact, s’ajoutant -presque banalement- à tous les événements de nature similaire qui l’ont précédé. Or, alors qu’ils n’ont pas été les derniers à être témoins de tels événements (n’est-ce pas lui qui -entre autre- a ouvert les yeux de l’aveugle [2] ?), tout récemment, les Juifs cherchaient néanmoins à Le lapider : ce qui manifeste à Son égard une sympathie plus mesurée… ainsi qu’une relation à la mort pour le moins ambiguë : cherchant d’un côté à la faire survenir [107], et de l’autre manifestant leurs regrets qu’elle soit survenue chez Marthe et Marie ! Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Beaucoup de Juifs aimaient Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare… mais les amis de nos amis ne semblent pas toujours nos amis ! Beaucoup de Juifs de Jérusalem, c’est davantage qu’il n’en faut pour nous rappeler à bon escient que la manifestation ostensible de gentillesse à l’égard de celui qui est gentil avec vous ne saurait signer un chèque en blanc à un porteur inconditionnel de gentillesse universelle. « Seigneur, celui que tu aimes est malade » : "Si vous aimez ceux qui vous aiment" [79,Mt], que faites-vous d'extraordinaire ? Si le Seigneur avait été là, le frère de Marthe ne serait pas mort… mais seule sa guérison eût été extraordinaire : pour le reste, un tel signe eût-il suffi à entamer un tant soit peu la détermination de gentils à géométrie variable, témoins d’un acte "ordinaire" en ce qu’il n’eût pas dépassé le stade de l’amour porté à ceux qui vous aiment ? Cet "ordinaire"-là n’eût jamais fait que rencontrersans le heurter [108]- celui d’une gentillesse sélective se destinant à (se) rassurer [51, note 3] à bon compte, voilant [109][I][II][III][IV] opportunément la part de méchanceté subsistant en soi  [85]: quoi d’extraordinaire à projeter [110, APR note 16] cette part sur autrui [111, note 30][112, note 72]… ou à la décréter "abolie" pour tous [53, AV note 41][45, AV note 50][17, notes 102 à 105] ? Ce qui est pire : puisque la répandant [113][114][115][116] au lieu de la contenir !

763594679.jpg

- - - - - - - - - - - - - - -

            « Seigneur [117], si mon frère était mort [15, APR note 39], il ne serait plus là pour mettre désagréablement au jour toutes les méchancetés [118, notes 25 à 30] que les gentils-entre-eux [119, notes 6,7] ont placé sur sa route afin de le faire trébucher s’en "protéger"©[118, notes 19 à 24]. » Parce que tout frère qui survit avec insolence à son incarnation forcée du chat-qui-tourne ne croira jamais à la gentille sympathie [120][121] qu’on lui aura manifestée ; se demandant plutôt ce qu’on valui servir au titre de la "gentille" méchanceté suivante, la logique 1396714449.jpglui commanderait presque de se protéger de ceux qui se "protègent"© de lui : un comble !  Depuis que celui qu’ils aiment est "malade"©, moins il veut "guérir"© et moins "il les aime"© ; moins "il les aime"©, et plus il est atterrant [122][123][124]. Or, comme nous sommes plongés là dans un bain [125] dégoulinant d’"amour"©[53, APR note 30 !], il n’est surtout pas question d’invoquer la crainte [126][127, APR note 20][128,p.7] ! Aussi, bien que :
1°) la
peur fournisse depuis longtemps le prétexte à chercher à faire mourir celui qui n’a pas même nui à quiconque [129][130]… voire en constitue l’alibi inverse [131, AV note 32][132, APR note 4] : en ce que ce soit lui qui rue dans les brancards, ayant subi la nuisance [133],
2°) la
légalité du faire mourir soit abolie [17, AV note 48] (on n’ose imaginer l’hécatombe s’il était accompli à la mesure [134] de la "justice"©©©[135][136] le mettant en œuvre…),
3°) le recours au
tueur à gages (se déclarant officiellement comme tel [20][21][21bis][137][138][139][140] !) ferait tache [141, AV note 9] dans un sympathique paysage suintant d’"amour"© de toutes ses pores,
DISONS
[142, note 20] que chercher aujourd’hui activement à faire mourir ayant mauvaise presse, le sujet (contre lequel cette recherche se serait autrefois appliquée) viendrait manifester une grande sympathie à beaucoup s’il mourait de lui-même ! En attendant, ne ferait-il pas saliver d’envie (et de nostalgie) à l’égard de la loi de Moïse ? En effet, si celle-ci interdisait beaucoup le jour du sabbat [143](!), il semble que chercher à faire mourir s’y trouvait aussi aisément qu’une amende pour défaut de stationnement (!) :

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 8,1-11.  [*]/(*)(*)(*) [Lundi 11 avril 2011]
femme adultère.jpgJésus s'était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens [*] lui amènent une femme qu'on avait surprise en train de commettre l'adultère. Ils la font avancer, et disent à Jésus :
« Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. Or, dans la Loi,
Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ? »
Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve
[4], afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus s'était baissé et, du doigt, il traçait des traits [<18] sur le sol. Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit :
« Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre. »
Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol. Quant à eux, sur cette réponse, ils s'en allaient l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui. Il se redressa et lui demanda :
« Femme, où sont-il donc ? Alors, personne ne t'a condamnée ? »
Elle répondit :
« Personne, Seigneur. »
Et Jésus lui dit :
« Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

Livre de Daniel 13,1-9.15-17.19-30.32-62. (*)/(*) [Lundi 11 avril 2011]
Il y avait un habitant de Babylone qui se nommait Yoakim. Il avait épousé une femme nommée Suzanne, fille d'Helkias. Elle était très belle et respectait le Seigneur. Ses parents étaient des justes, et ils avaient élevé leur fille dans la loi de Moïse [13]. Yoakim était très riche, et il possédait un parc auprès de sa maison ; les Juifs affluaient chez lui, car il était le plus illustre d'entre eux. Deux anciens avaient été désignés dans le peuple pour être juges cette année-là ; ils 084133db3877f82f0eaa02d21a2a8856.jpgétaient de ceux dont le Seigneur a dit : Le crime est venu de Babylone par des anciens, par des juges qui prétendaient guider le peuple [*]. Ils fréquentaient la maison de Yoakim, et tous ceux qui avaient des procès venaient les trouver. Lorsque le peuple s'était retiré, vers midi, Suzanne entrait dans le parc de son mari, et s'y promenait. Les deux anciens la voyaient chaque jour entrer et se promener, et ils se mirent à la désirer : ils faussèrent leur jugement [?], ils détournèrent leurs yeux pour ne plus regarder vers le ciel et ne plus se rappeler ses justes décrets. Ils guettaient le jour favorable, lorsque Suzanne entra dans le jardin, comme la veille et l'avant-veille, accompagnée seulement de deux jeunes filles ; il faisait très chaud, et elle eut envie de prendre un bain dans le parc. Il n'y avait personne, en dehors des deux anciens qui s'étaient cachés et qui l'épiaient. Suzanne dit aux jeunes filles :
« Apportez-moi de quoi me parfumer et me laver, puis fermez les portes du parc, pour que je puisse prendre mon bain. »
Dès que les jeunes filles furent sorties, les deux anciens surgirent, coururent vers Suzanne et lui dirent :
« Les portes du parc sont fermées, on ne nous voit pas ; nous te désirons, sois consentante
[?] et viens avec nous. Autrement nous porterons contre toi ce témoignage [1][*] : il y avait un jeune homme avec toi, et c'est pour cela que tu as renvoyé les jeunes filles. »
Suzanne dit en gémissant :
« De tous côtés, je suis prise au piège : si je vous cède, c'est la mort pour moi ; et si je refuse de céder, je n'échapperai pas à vos mains. Mais je préfère tomber entre vos mains sans vous céder, plutôt que de pécher aux yeux du Seigneur. »
Alors Suzanne poussa un grand cri, et les deux anciens se mirent à crier contre elle. L'un d'eux courut ouvrir les portes du parc. Les gens de la maison, entendant crier dans le parc, se précipitèrent par la porte de service pour voir ce qui arrivait à Suzanne. Quand les anciens eurent raconté leur histoire, les serviteurs furent remplis de
honte, car jamais on n'avait dit pareille chose de Suzanne. Le lendemain, le peuple se rassembla chez Yoakim son mari. Les deux anciens arrivèrent, remplis de pensées criminelles contre Suzanne, et décidés à la faire mourir. Ils dirent devant le peuple :
« Envoyez chercher Suzanne, fille d'Helkias, épouse de Yoakim. »
On l'appela aussitôt. Elle se présenta
[*] avec ses parents, ses enfants et tous ses proches. Tous les siens pleuraient, ainsi que tous ceux qui la voyaient. Les deux anciens se levèrent au milieu du peuple, et posèrent les mains sur sa tête. Tout en pleurs, elle leva les yeux vers le ciel, car son cœur était plein de confiance dans le Seigneur. Les anciens déclarèrent :
« Comme nous nous promenions seuls dans le parc, cette femme y est entrée avec deux servantes. Elle a fermé les portes et renvoyé les servantes. Alors un jeune homme qui était caché est venu vers elle, et a péché avec elle. Nous étions dans un angle du parc, nous avons vu le crime, et nous avons couru vers eux. Nous avons vu qu'ils étaient ensemble, mais nous n'avons pas pu nous emparer du jeune homme, car il était plus fort que nous : il a ouvert la porte et il s'est échappé. Mais elle, nous l'avons appréhendée, et nous lui avons demandé qui était ce jeune homme ; elle n'a pas voulu nous le dire. De tout cela, nous sommes témoins
[67]. »
L'assemblée les crut, car c'étaient
des anciens du peuple et des juges
[Ez], et Suzanne fut condamnée à mort. Alors elle cria d'une voix forte :
« Dieu éternel, toi qui pénètres les secrets
[Jr][Sm][Jr], toi qui connais toutes choses avant qu'elles n'arrivent, tu sais qu'ils ont porté contre moi un faux témoignage. Voici que je vais mourir, sans avoir rien fait de tout ce que leur méchanceté a imaginé contre moi. »
Le Seigneur entendit sa voix. Comme on la conduisait à la mort, Dieu éveilla l'esprit de sainteté chez un tout jeune garçon nommé Daniel, qui se mit à crier d'une voix forte :
« Je suis innocent de la mort de cette femme ! »
Tout le peuple se tourna vers lui et on lui demanda :
« Que signifie cette parole que tu as prononcée ? »
Alors, debout au milieu du peuple, il leur dit :
« Vous êtes donc fous, fils d'Israël ? Sans interrogatoire, sans recherche de la vérité
(*)(*)[56 à 59], vous avez condamné une fille d'Israël. Revenez au tribunal, car ces gens-là ont porté contre elle un faux témoignage [>66]. »
Tout le peuple revint donc en hâte, et le collège des anciens dit à Daniel :
« Viens siéger au milieu de nous et donne-nous des explications, car Dieu a déjà fait de toi un Ancien. »
Et Daniel leur dit :
« Séparez-les l'un de l'autre, je vais les interroger. »
Quand on les eut séparés, Daniel appela le premier et lui dit :
« Toi qui as vieilli dans le mal, tu portes maintenant le poids des péchés que tu as commis autrefois en jugeant injustement : tu condamnais les innocents et tu acquittais les coupables
[*], alors que le Seigneur a dit : Tu ne feras pas mourir l'innocent et le juste. Eh bien ! si réellement tu as vu cette femme, dis-nous sous quel arbre tu les as vus se donner l'un à l'autre ? »
Il répondit :
« Sous un sycomore. »
Daniel dit :
« Voilà justement un mensonge qui te condamne : l'ange de Dieu a reçu un ordre de Dieu, et il va te mettre à mort. »
1489170033.jpg
Daniel le renvoya, fit amener l'autre et lui dit :
« Tu es de la race de Canaan et non de Juda ! La beauté t'a dévoyé et le désir a perverti ton cœur. C'est ainsi que vous traitiez les filles d'Israël, et, par crainte, elles se donnaient à vous. Mais une fille de Juda n'a pu consentir à votre crime. Dis-moi donc sous quel arbre tu les as vus se donner l'un à l'autre ? »
Il répondit :
« Sous un châtaignier. »
Daniel lui dit :
« Toi aussi, voilà justement un mensonge qui te condamne : l'ange de Dieu attend, l'épée
[Is] à la main, pour te châtier, et vous faire exterminer. »
Alors toute l'assemblée poussa une grande clameur et bénit Dieu qui sauve ceux qui espèrent en lui. Puis elle se retourna contre les deux anciens que Daniel avait convaincus de faux témoignage par leur propre bouche. Conformément à la loi de Moïse, on leur fit subir la peine que leur méchanceté avait imaginée contre leur prochain
[Lv] : on les mit à mort. Et ce jour-là, une vie innocente fut épargnée.

            Pour une vie innocente épargnée ce jour-là, combien de vies innocentes massacrées en d’autres jours ?… Deux femmes que tout oppose en apparence. La première est certes moins innocente, puisque surprise "en flagrant délit" : délit qui prête à sourire de nos jours, tant il est devenu un lieu commun [64] témoignant du syndrome de la grenouille cuite [144][145] ; mais la question n’est pas . Nous ne sommes pas de nos jours –plus exactement sous nos contrées : sous d’autres cieux, la lapidation pour adultère (à l’instar du blasphème [17, note 41]) n’appartenant nullement à un passé révolu-, mais sous ceux régentés par la rigide loi de Moïse. Or, telle que se présente cette loi, CONSTATONS froidement [146?] qu’elle rapproche morbidement ces deux femmes au sein d’un même article… de la mort. Entre elles, la loi ne fait pas de différence [147][117, APR note 41]… mais le sens divin en est ici copieusement escamoté afin d’agréer à ce qui plaît aux coupables et aux méchants.
         D’un côté, une femme ayant préféré plaire aux hommes plutôt qu’à Dieu ; de l’autre, une femme ayant préféré plaire à Dieu plutôt qu’aux hommes : pourtant, les deux sont bel et bien menacées d’un châtiment qui ne les distingue plus l’une de l’autre. In extremis, les deux ne sont pas condamnéessans escamoter, svp, le final chez la première : les traits tracés sur le sol n’étant pas censés représenter la miséricorde à boîte automatique [142, note 74], que désormais elle ne pèche plus (d’elle-même : non par décret "abolissant" le péché [45, notes 29,30] !). Remarquons d’ailleurs à cet égard combien son alter ego [148, APR note 31] -la justice à boîte automatique- ne se retourne pas moins violemment contre les mots qu’elle désigne, tout en les vidant systématiquement [149, APR note 15] de leur sens.

3959623769.jpg

         Coupables ou innocentes, les femmes ont désormais trouvé la combine pour s’épargner de tels désagréments : en siégeant à leur tour au sein du "collège des anciens" [150, notes 71 à 97][151] ! À présent, voici que sans avoir rien fait de tout ce que leur méchanceté a "psychologiquement"©[152,im.2] imaginé contre l’homme, celui-ci est CONDAMNÉ [153, note 11] à tour de bras sans interrogatoire, sans recherche de la vérité, personne ne s’offusquant de ne jamais avoir entendu : « Séparez-les l'un de l'autre, je vais les interroger. » L'assemblée [154?] les croyant [47], car ce sont des "anciens du peuple" et des juges (certains étant même diplômés de Paris V [155] dans leur domaine…), elle ne voit pas davantage d’inconvénient à ce qu’on ne s’"interroge" [156][157] exclusivement qu’entre femmes afin de les séparer l’un de l’autre [158][158bis] ! À défaut de pierre, l’article 220-1 du Code civil [72, note 53] ne fait pas mauvaise figure [31, APR note 9], possédant en lui-même des vertus remarquablement lapidaires
         Notons de surcroît que lorsque Daniel interroge les siens à propos de leur folie, ce sont bien les accusateurs qu’il vise, non l’accusée. Aujourd’hui, c’est l’inverse qui prévaut : par la grâce d’une affirmation [159] péremptoire de "folie"©[45, notes 52,53] (s’étant déjà elle-même exercée en son temps sans interrogatoire, sans recherche de la vérité [142, notes 48 à 53][160, AV note 53] !) sur la seule personne de l’accusé, le "CONSTATER, l’ORDONNER, le DIRE, le CONDAMNER et le SUCCOMBER" [142, note 20] sans interrogatoire et sans recherche de la vérité ne présente aucune difficulté particulière [161] : y compris chez des disciples d’une Écriture laissant apparaître le mot "justice" dans quatre-cent treize de ses versets [162, note 40]. Quant à pousser de grandes clameurs parce qu’on ne fait subir à personne la peine capitale, alors de quoi parle Suzanne lorsque, prise au piège de tous côtés, elle dit : « si je vous cède, c'est la mort pour moi » ??? [103][163,Mc]

Cependant, que cette digression à propos de réchappées de la mort par lapidation ne nous fasse pas oublier qu’un autre est au tombeau depuis quatre jours déjà [ NB : signe des temps ? il n’en va pas autrement pour l’accès à internet de l’auteur de ces lignes !… ]. Et si celui-là n’est pas mort par condamnation infamante, pour l’heure il se trouve toujours derrière sa pierre. Lazare : encore un mort qui n’a pas fini de parler [31, APR note 34/3]

- - - - - - - - - - - - - - -

         « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » Cette phrase est communément interprétée comme un reproche de Marthe à l’égard de Jésussans doute à cause de l’amalgame avec l’image d’elle-même qu’elle nous a ensuite léguée : celle d’une Marthe soucieuse de la qualité du service, le reproche étant alors dirigé contre Marie [164]. Le problème est que personne n’est sur place, au momentelle a été prononcée : personne n’est plus là pour en saisir les intonations. En admettant une telle interprétation, pourquoi Marthe partit-elle à la rencontre de Jésus lorsqu’elle apprit Son arrivée ? Son frère étant au tombeau, le mal est consommé : si prévalait un esprit de reproche, cet esprit n’est plus à quelques minutes près : pouvant bien attendre que le Maître parvienne jusqu’à la maison. Seulement, Marthe non plus n’a pas fini de parler ! En effet, elle ajoute aussitôt : « Mais je sais que, maintenant encore, Dieu t'accordera tout ce que tu lui demanderas. » De nouveau, si prévaut un esprit de reproche, cette phrase lui offre un écho pour le moins étrange. Elle eût été énoncée d’une manière plus… horizontale : « Mais je sais que, maintenant encore, tu m'accorderas tout ce que je te demanderai. » (sous-entendu : « puisque tu me l’accorderas -et que cela me plaira-, je n’aurai plus rien à te reprocher. »)
         Flash back : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » Restons-en précisément à cette dimension horizontale [165, notes 8,9] de l’amour, telle que déjà envisagée plus haut : "viens sauver celui que tu aimes afin de plaire à ceux que tu aimes". Là-dessus, imaginons que Jésus parte sur-le-champ. Arrivant à Béthanie, Lazare n’en mène pas large, mais il est toujours là. Voilà qui est plaisant pour tout le monde : celui que Jésus aime est guéri, ses deux sœurs n’ont pas même à prendre le deuil. « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Soit : mais dans ce cas, la gloire de Dieu ne se distingue guère de ce qu’elle était au chevet d’autres malades ; par cette maladie le Fils de Dieu n’est pas vraiment beaucoup plus glorifié que par d’autres. Et s’il y a là matière à se réjouir d’avoir été là à temps, la seconde partie de la phrase tombe à l’eau : « …à cause de vous, pour que vous croyiez. »  En effet, de leur côté, qu’eussent cru de plus les disciples, qu’ils n’aient déjà vu ? Or, avec la prochaine victoire –ponctuelle- de la mort qui s’annonce sur le Golgotha, les disciples eux-mêmes ont présentement besoin d’être témoins d’un fait qui surpasse la mort elle-même. Chez eux, bien que l’aspect plaisant n’en soit pas absent, il passe déjà au second plan : ce n’est d’ailleurs pas sur cet aspect que Jésus se réjouitpas plus, naturellement, qu’Il se réjouit de la mort elle-même.

Montage a mort.jpg

[*]

         Retour à notre première rencontre entre Jésus et Marthe : toujours dans l’hypothèse de l’esprit de reproche, cet esprit étant –rappelons-le- celui d’une femme fragilisée par un deuil extrêmement récent, que devient la seconde partie de leur dialogue ? Ne tombe-t-elle pas également à l’eau, de par son aspect aussi peu plausible que compréhensible ? Car c’est à cette femme –dont le frère est au tombeau depuis quatre jours- que Jésus dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Et quand bien même Marthe songe davantageà la résurrection du dernier jour, nous sommes ici à Béthanie, non sur le Thabor où Jésus apparaît à quatre de Ses disciples [31,Mt] sous un aspect rendant une telle phrase des plus crédibles. Il est peut-être "la résurrection et la vie" : en attendant, Il est arrivé en retard… trop tard. C’est une atmosphère oppressante de deuil qui règne à Béthanie, pas de gloire : quatre jours de tombeau, sans compter les pénibles jours d’agonie ; tout ceci restant au cœur de Marthe. « Crois-tu cela ? » En dépit des apparences, il n’est pas demandé à Marthe de croire en ce qu’elle voit [166], Jésus étant alors physiquement en face d’elle : en matière de "visibilité", les deux cumulent de tels "handicaps" sur leur personne que ce « Crois-tu cela ? » vient l’interroger sur l’exact contraire de ce qu’elle voit présentement. En de telles conditions, répondre : « Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. » serait parfaitement incohérent dans un esprit de reproche. Cet esprit est surtout celui de beaucoup de ces Juifs qui sont venus manifester leur sympathie aux deux sœurs : si ce dialogue avait eu lieu à la maisonils sont : "coincés" par Marie qui y est judicieusement restée-, aurait-il seulement pu avoir lieu dans son intégralité, réponse de Marthe comprise ? Comprise dans le texte : non par les témoins qui l’auraient sans doute jugés eux-mêmes parfaitement incohérente, la mettant au compte de la douleur d’une femme éplorée. Il fallait donc que Marthe parte à sa rencontre -en tête à tête, à un endroit où Il n’était pas encore entré dans le village-, tandis que Marie restait à la maison, retenant avec elle les oreilles indiscrètes… jusqu’à ce que Marthe revienne, tentant -en vain !- de l’appeler en aparté :

--- Ayant dit cela, elle s'en alla appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t'appelle. » Marie, dès qu'elle l'entendit, se leva aussitôt et partit rejoindre Jésus. Il n'était pas encore entré dans le village ; il se trouvait toujours à l'endroit où Marthe l'avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie, et lui manifestaient leur sympathie, quand ils la virent se lever et sortir si vite, la suivirent, pensant qu'elle allait au tombeau pour y pleurer. Elle arriva à l'endroit où se trouvait Jésus ; dès qu'elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » Quand il vit qu'elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi (*), Jésus fut bouleversé d'une émotion profonde [19s]. Il demanda : « Où l'avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Viens voir, Seigneur. » Alors Jésus pleura. Les Juifs se dirent : « Voyez comme il l'aimait ! » Mais certains d'entre eux disaient : « Lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » ---

            Avec Marie -et tous les suivants à ses trousses-, il ne subsiste plus que la première phrase : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort » ! Cependant, son attitude diffère notablement de celle de Marthe : au préalable, elle se jeta à ses pieds ; se jette-t-on aux pieds de quelqu’un à qui l’on a des reproches à formuler ? De plus, elle pleure… et fait pleurer tout le monde autour d’elle ! Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés  [167] ? De fait, ceux-là n’attendront pas le "dernier jour" pour être consolés. Mais est-on parvenu jusqu’ici pour sombrer dans le sentimentalisme larmoyant ? Certes, Jésus lui-même fut bouleversé d'une émotion profonde : ceci en voyant Marie pleurer, ainsi que les Juifs venus avec elle. Mais… ce n’est pas aussitôt qu’Il pleura ; autrement dit, ce n’est pas pour avoir été gagné à Son tour par une sorte de contagion des larmes qu’Il pleura : c’est bien à la vision du tombeau qu’Il associe Ses larmes. Si Son émotion première n’est pas étrangère à un accès de juste compassion à l’endroit de la peine d’autrui, nous serait-elle précisée comme étant profonde si elle devait se limiter à cet aspect bien humain ? D’autant qu’à en demeurer à un tel aspect, c’est le début de cet Évangile qui deviendrait trouble : « Lazare est mort, et je me réjouis de n'avoir pas été là… »… ainsi que la fin, ci-dessous : « Père, je te rends grâce parce que tu m'as exaucé », toutes manifestations de joie en complète dissonance avec le contexte. Par deux fois, il vient de Lui être dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » S’Il avait été là, de fait Il pouvait empêcher Lazare de mourir : par conséquent, empêcher toutes ces larmes. Quand il apprit que Lazare était malade, il demeura pourtant deux jours à l'endroit où il se trouvait : serait-Il demeuré ainsi s’Il avait voulu épargner les larmes ? À raison humaine, n’est-ce pas en apprenant que Son ami Lazare était malade qu’Il aurait dû être bouleversé d’une émotion assez profonde pour se mettre immédiatement en route ? Jésus fut bouleversé d'une émotion profonde, en ce que les larmes ont pour vertu de dissoudre ce que le cœur a de pierre en contribuant à ouvrir le tombeau qu’il se creuse à lui-même [168][169]. « Père, je te rends grâce parce que tu m'as exaucé… », le signe de cet exaucement Lui ayant été donné avant que Lazare ne sorte : les Juifs pleuraient aussi.
            « Viens voir, Seigneur. » Alors –et alors seulement- Jésus pleura. Que va-t-Il voir pour pleurer ainsi ? Un tombeau contenant un mort ? Et après ? Encore une fois, n’est-ce pas délibérément qu’Il a tant tardé pour venir jusqu’à Béthanie ? Mieux encore : n’est-Il pas le premier à savoir que pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu -Lui, la résurrection et la vie- soit glorifié, le contenu dudit tombeau est sur le point d’être rendu à la vie ? Les Juifs se dirent : « Voyez comme il l'aimait ! ». Mais les Juifs, eux, ne voient toujours l’amour que dans sa dimension horizontale, laissant sans réponse toutes les questions précédentes, plus celle-ci : s’"Il l’aimait" tant, ne L’aurait-Il pas "mieux aimé" en arrivant plus tôt ? Jésus ne pleure pas souvent. S’Il pleure, c’est moins par accès "dépressif"©[32](sic) que parce queLui voit comme Il n’est pas aimé de ceux qui disent et ne font pas [170, APR note 2], puis de leurs héritiers vidant de tout sens ce qu’ils disent par ce qu’ils font [51, APR note 13] au nom même de ce qu’ils disent. Au-delà d’une grotte fermée par une pierre, Il voit dans un tombeau comme le reflet de tous ces endroits où l’on ne reconnaît nice qui peut donner la paix, ni les moments où Dieu visite [171] : ce qui sent déjà la mort, puisque la paix ne peut se donner sans être reçue [172], la visite ne peut être imposée sans que la porte ne soit ouverte [148, APR note 4]. C’est alors que l’ennemi peut venir mettre le siège, encercler et presser de tous côtés, jeter à terre, et ne pas laisser pierre sur pierre [171]

 --- Jésus, repris par l'émotion, arriva au tombeau. C'était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du mort, lui dit : « Mais, Seigneur, il sent déjà ; voilà quatre jours qu'il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l'ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m'as exaucé. Je savais bien, moi, que tu m'exauces toujours ; mais si j'ai parlé, c'est pour cette foule qui est autour de moi, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé. »
Après cela, il cria d'une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »
[?] Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » (*)(*)(*)(*)(*)
Les nombreux Juifs, qui étaient venus entourer Marie et avaient donc vu ce que faisait Jésus, crurent en lui.
(->)(->)

            « Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu » : cela a été dit à Marthe, non à la foule. Moins proche, plus versatile, parfois hostile à la mesure de ce qu’elle s’enferme dans ses tombeaux de certitudes, si sa vision de la gloire de Dieu devait répondre aux mêmes critères… elle ne verrait rien du tout. Aussi les données en sont-elles inversées pour eux ; c’est afin qu’ils croient qu’un signe leur est proposé, alors qu’ils sont davantage sous l’emprise de la chair : un signe assez fort pour enlever la pierre en eux.

Livre d'Ézéchiel 37,12-14. (*)/(*)
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai sortir, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Vous saurez que je suis le Seigneur, quand j'ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai sortir, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous installerai sur votre terre, et vous saurez que je suis le Seigneur : je l'ai dit, et je le ferai. » Parole du Seigneur.

Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8,8-11. (*)/(*)(*)
[
15](Rm)(Pr)(Ep)(Ph)[7](1Co)(He)(Ep)(1Th)(Ps)(Mi)(Ep)(He)(Ep)
Frères, sous l’emprise de la chair, on ne peut pas plaire à Dieu.
Or, vous, vous n'êtes pas sous l'emprise de la chair, mais sous l'emprise de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n'a pas l'Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, votre corps a beau être voué à la mort à cause du péché, l'Esprit est votre vie, parce que vous êtes devenus des justes. Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

Montage pansés pharaon solo.jpg

Télécharger une version imprimable de la note
 (fichier Word 8 pages, sans les images)

Les commentaires sont fermés.