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vendredi, 13 mai 2011

La minute de Madame Boutrypède. (6)

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Minute 6 : « mes lunettes, elles sont où ? »

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Psychologue, Laetitia Boutry "décrypte"© le fonctionnement d’une "personnalité manipulatrice"©. Elle nous apprend notamment à "reconnaître"© les ruses et mécanismes de ces personnes au comportement « pathologique »©. Le détecteur, lui, va nous permettre de décrypter le « décryptage »©.

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Ce que je vous dis :

« …Alors, les résultats de cette communication pervertie, évidemment eh bien, c’est le doute que cela insinue en permanence dans l’environnement de la personnalité manipulatrice. J’ai parlé d’un malaise tout à l’heure : il est vraiment palpable. Quand il y a plusieurs personnes –toutes les personnes sont atteintes par ce malaise-là- parce qu’il sème subtilement le trouble et la méfiance : il déstabilise tout le monde– il utilisera beaucoup la dévalorisation, l’ironie, les remarques dévalorisantes si c’est quelqu’un qui travaille avec vous, qui est votre patron, par exemple, c’est extrêmement déstabilisant. Et quand on est quelqu’un de relativement normal et qu’on a un patron qui est manipulateur, eh bien très souvent (que ce soit un patron d’ailleurs, ou quelqu’un que l’on connaît) très souvent on en vient à se poser la question : « mais est-ce que j’ai vraiment dit ça ? est-ce que ?… » on doute en permanence de ce qu’on a fait, de nos intentions (« je ne lui ai pas dit ça ! Il me renvoie des choses dont je ne me souviens pas.») Et on finit inévitablement par se poser la question : « mais c’est moi qui suis folle ou c’est lui qui a un problème ? » Et quand vous en arrivez à cette question-là, effectivement, on peut vraiment s’interroger sur la pathologie de la personne qu’on a en face de soi. Parce que la personnalité manipulatrice est atteinte d’une véritable patholo… » (couic !)


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Oups : ce que j’ai "oublié" de vous dire :

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       Non mais, qu’est-ce qui m’a fichu un monteur pareil ? Lui aussi est atteint, ou quoi ? Ah évidemment, vous ne vous rendez pas compte, vous autres : mais ça fait tout de même plus de sept minutes que je rongeais mon frein, attendant le moment ultime de cette vidéo pour vous montrer combien je maîtrisais mon sujet… et pour enfin pouvoir vous lâcher LE mot qui fait tourner ma boutique, par lequel je vous libère de tous vos malaises en vous donnant généreusement droit de vie et de mort sur votre semblable. Après, bien sûr, vous avoir longuement insinué en permanence que justement, semblable il ne l’était plus. Car ici, avec le mot « pathologique » -merveilleux sésame, magique et universellement dévalorisant, semant subtilement le trouble et la méfiance à haute dose-, ça devient vraiment palpable, pas vrai ? Bref, il s’en est donc fallu d’un cheveu que ce monteur trop zélé me fiche tout ça par terre en me coupant mes effets à l’instant le plus crucial de mon exposé : celui où je vous frotte plus que jamais dans le sens du poil en vous confortant dans votre « interrogation » sur la p1986-cirque-du-soleil-le-magie-continue.jpgathologie de la personne que vous avez en face de vous, mes pauvres petits lapins [1]. Et puisque vous en êtes arrivés à m’écouter jusque là, effectivement, il y a longtemps qu’en réalité vous ne vous posez plus la moindre question [2] et attendiez avec fébrilité que je vous livre plus explicitement la « réponse » afin de vous laver de tout ce qui précède, attendu comme toujours que vous ne m’aviez pas attendue : c’est qu’avec toutes les personnes sur lesquelles vous avez déjà abondamment répandu votre malaise du chat-qui-tourne [3], sachant évidemment que toutes ces personnes sont aussi « relativement normales » que vous, il était vraiment grand temps que la personne que vous avez en face de vous ne le soit plus [4] : bref, que celle-ci soit « absolument anormale ». (Je vous rappelle à cet égard que la « norme » est établie via certification exclusive Paris V [5, note 6][6, note 1]. Je ne voudrais pas avoir l’air de dévaloriser à mon tour [6, APR note 5] trop visiblement le non-diplômé de cette vénérable institution ; mais il va sans dire que s’il ironise à son sujet –et au mien de surcroît-, c’est également crac dedans pour ma « réponse » à son sujet, non mais !)

       Cela dit, il ne faut pas trop lui en vouloir, au monteur : en effet, ses consignes étaient hyper draconiennes. Parce qu’avec une vidéo destinée à circuler sur la Toile afin de déstabiliser tout le monde [7], la problématique n’est pas du tout la même que celle de la personne « relativement normale » se trouvant en direct face à l’ex-personne « absolument anormale ». « Mais est-ce que j’ai vraiment dit ça ? Je ne lui ai pas dit ça… », eh bien évidemment tout ça, ça ne fonctionne pas avec un enregistrement que n’importe qui peut vérifier à la seconde près, se passer et repasser infiniment en boucle : aucune échappatoire possible ! Alors là, voyez : il nous faut donc composer avec ces limites de ma communication pervertie, celles-ci m’ayant déjà fait suffisamment de chaleurs [8, APR note 12][6, APR note 10] en dépit de l’adresse aux ciseaux du menteur monteur ! Enfin, quoi qu’il en soit –et bien qu’il était moins une : mon deuxième « pathologique » ayant in extremis perdu sa queue-, il me semble que l’essentiel [9, APR note 30] est sauf : que le message est bien passé, le mot magique [10] ayant malgré tout été prononcé. Vous vous imaginez un peu notre mutuelle frustration s’il ne l’avait pas été ? C’est un peu comme si on vous avait invités aux jeux du cirque et qu’au moment du spectacle, personne ne se décidait à lâcher les lions affamés dans l’arène : impensable ! Eh bien ici, c’est pareil : le lion, c’est le « pathologique ». Attention, ne pas le confondre avec le chat : surtout le deuxième… puisqu’il a perdu sa queue, devenant ainsi inexploitable en vue du syndrome que nous savons [3].

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       Alors, en dehors de votre libération, le « pathologique », qu’est-ce que c’est ? Alors voyez, je vous ai pas mal orientés dans mon discours sur des relations de travail patron/employé : c’est toujours ici le fruit précieux de mon irremplaçable expérience en maternité… bien que j’estime personnellement que le niveau salarial des nouveaux-nés soit loin d’être à la hauteur de la tâche qu’ils accomplissent : il est clair que les chers petits se laissent copieusement manipuler. Mais enfin, je ne voudrais pas semer subtilement le trouble en m’écartant du sujet principal : ce serait extrêmement déstabilisant, non ? Bref, j’appuie ostensiblement sur le salaud de patron : avec lui, je suis à peu près sûre de ne rencontrer que des échos favorables auprès des classes laborieuses, le patron restant l’archétype de l’exploiteur dans toute sa splendeur : tout pour lui, et que dalle pour les autres. Bref, le portrait tout craché de la "personne manipulatrice"©: pouah ! Et puis, mine de rien, parvenue ainsi à la toute dernière minute de ma vidéo, je m’aperçois que mes sympathies "marxisoïdes"[11] deviennent si caricaturales que cela pourrait finir par desservir mon propos. Quid des entrepreneurs en EURL, des artisans indépendants, des cultivateurs, des chômeurs, des SDF, des bébés non-salariés etc. ? Si j’ai attendu tout ce temps pour lâcher le « pathologique » dans l’arène –et si je veux lui conserver sa consonance universelle-, il me faut donc vous le rendre plus crédible encore en l’étendant au-delà du ghetto patron/employé, zut ! C’est pourquoi j’ai pris le soin de vous ajouter : que ce soit un patron d’ailleurs, ou quelqu’un que l’on connaît. Ainsi, nous sommes certains [12] que personne ne sera oublié, n’est-ce pas ? Et ainsi, quelle que soit la personne que la « relativement normale » a en face d’elle, elle n’a plus besoin de s’interroger : c’est inévitablement celle-ci qui a un problème, grâce au sésame « pathologique ». Le tout est, bien sûr, que la personne « relativement normale » tire la première [13,6,8] ! Ainsi, non seulement elle n’a plus de problème mais elle bénéficie de tous les avantages du service après-vente du « pathologique » : à commencer par la compassion [14] pervertie. Vous voulez un exemple ?

       Quelqu’un que l’on connaît, effectivement, il n’y a plus à s’interroger : ce peut être le facteur, la caissière de la supérette… ou encore : son conjoint. Alors ça, avec le « pathologique », ça va être difficile de trouver mieux pour se débarrasser d’un conjoint auprès duquel la "souffrance importante"©[3] est devenue insupportable [15]. Le « pathologique », c’est le must, la Rolls-Royce des poubelles [16], tout inox [17,im.4][18,im.3] : il perm1238033835.jpget en effet de jeter en gardant la tête haute auprès de tout le monde « relativement normal »… mieux, grâce à la compassion pervertie du monde « relativement normal ». Ainsi de quelqu’un que l’on connaît, et puis, pfuit ! du jour au lendemain, ce quelqu’un disparaît de la circulation là où on s’était habitué à l’apercevoir quasiment au quotidien. Alors on s’interroge : non pas sur son « pathologique », mais sur son absence. Et si ce quelqu’un a un conjoint qui, lui, est toujours en circulation, eh bien c’est lui qu’on va tout naturellement interroger. Et là, qu’apprend-on inopinément ? Celui qui a disparu est à l’hôpital ! Ici, il n’y a pas à s’interroger sur son « pathologique » s’il est à l’hôpital : les deux allant super bien ensemble. Mais sans vouloir être excessivement indiscret, viennent immédiatement se greffer les interrogations liées à la manifestation d’une compassion spontanée, encore « relativement normale » elle aussi : d’abord à l’endroit de l’hospitalisé lui-même, ensuite à celui de ses proches, conjoint présent et enfants qui, par rebondissement, ne peuvent que pâtir eux-mêmes de cette absence nécessairement « accidentelle ». Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu : que lui est-il arrivé ? Aurait-il malencontreusement traversé la chaussée en dehors du passage clouté ? S’est-il fait agresser ? Est-il tombé d’une échelle ? S’est-il pris les pieds dans le tapis [19] ? A-t-il subi quelque intoxication alimentaire [20] ? A-t-il glissé sur une peau de banane [21][22] ?  Il n’est pas à l’article de la mort, au moins ? Bref, de quoi souffre-t-ilindigestion.gif [23, APR note 69] exactement ? À quelles heures peut-on éventuellement lui rendre visite sur son lit de souffrance ? Est-il seulement encore en état d’avoir conscience d’une telle visite, de la supporter sans que cela ne le perturbe [24?] ? Enfin… à quel hôpital a-t-il été confié ? Ah bon ? L’hôpital de X-City ? Euh… vous avez bien dit l’hôpital de X-City ? Et là, le couperet tombe : la compassion s’étoffe à l’endroit des proches… et se réduit comme peau de chagrin à celui de l’absent, principal concerné : quand je vous dis que le « pathologique » est absolument magique ! Il faut dire que notre « pathologique » -à nous autres, diplômés de Paris V- est un peu particulier : pendant que l’un "souffre"©, c’est sur les autres que s’exerce la "compassion"© ; surtout pas sur celui qui "souffre"©. Parce que celui-là n’a que ce qu’il mérite : n’ayant que trop fait "souffrir"© les autres, n’est-ce pas ? (Simplement, il ne faut pas le dire trop fort, afin de nous maintenir dans une chaleureuse et réconfortante atmosphère de "compassion"©…) Et ce qui est merveilleux avec notre « pathologique », c’est que nous n’avons pas besoin d’appuyer beaucoup sur la dévalorisation, l’ironie, les remarques dévalorisantes ou calomniatrices puisque tout va résider dans le non-dit. En effet, reprenons notre exemple de l’interlocuteur venant aux nouvelles. Il vient donc d’apprendre inopinément que le conjoint absent est à l’hôpital de X-City : dès lors, toutes ses interrogations tombent instantanément et il n’insiste plus 1187211746.jpgguère. Parce que tout le monde sait qu’à X-City, il n’y a qu’un seul hôpital… et en dehors de proches immédiats, personne n’ira se bousculer au portillon pour aller rendre visite à l’un ou l’autre des patients de l’hôpital de X-City : l’établissement serait-il donc le jouet d’une étrange malédiction ? Serait-il hanté ? D’une certaine manière… oui. Parce que, vous l’avez bien compris –et l’interlocuteur le premier-, chacun sait parfaitement que l’hôpital de X-City est en réalité un "hôpital"©[25, note 40/1][26] : quelle horrrreeeeeeuuuur ! Les faits divers -dont se délectent les médias [27][28]- aidant, ce genre d’endroit est instantanément -et instinctivement- associé à des pensionnaires fort peu fréquentables, de ces êtres infâmes que pour rien au monde l’on ne voudrait rencontrer au coin d’un bois (sauf battue volontaire [29]) : ce dont on se souviendra d’ailleurs à la sortie du conjoint absent… si tant est qu’il en sorte. En attendant, notre « pathologique » remplit ici toutes ses promesses, voire davantage que ses promesses. Parce que, peu importe que sur place le "souffrant"© parvienne à passer au travers des mailles du filet "thérapeutique"©[30] : l’important, c’est de connaître [9, APR note 30] qu’il y soit, sur place. Et le plus longtemps possible : car, plus longtemps il y restera, moins cela sèmera subtilement le trouble et la méfiance à propos de son état « pathologique » comme évidemment de la validité des circonstances l’ayant mené sur place. Et beaucoup, beaucoup plus longtemps pourra-t-il ensuite en subir les conséquences [31][32, APR note 62] (à lui tout seul, évidemment : sinon ce serait extrêmement déstabilisant). Quoi qu’il en soit, que l’interlocuteur n’insiste plus, que le conjoint présent n’insiste pas davantage (ou fasse subtilement dériver la conversation sur un autre sujet), celui-ci passe déjà implicitement pour un conjoint "survivant" ! En effet, comment être incarcéré [33, APR note 5] pensionné à l’"hôpital"© de X-City sans avoir « pété les plombs » ? Si le conjoint absent a « pété les plombs » et n’est plus au logis à cause de cela, la folle [34], elle, y est… et elle a de quoi se régaler : en toute liberté, contrairement [35][36] au « fou » officiel. Derrière le non-dit va donc bon train l’effroyable « calvaire » -que l’on "devine"[37] entre les mots- chez le conjoint "survivant" (l’idéal étant atteint quand, beaucoup mieux qu’une "devinette", un acte public préalable [38] aura pu apporter quelque semblant de consistance au dit « calvaire » [32, note 36] : mais tout le monde n’a pas non plus les moyens de s’offBoutry4silhouette+lunettes.jpgrir les "services"© d’un psyvocat [39][40] !…) : celui-là bénéficie alors d’un surcroît confortable de compassion sur sa personne. Parce qu’il va de soi que personne ne peut faire la différence entre une "souffrance importante"©[41, note 24/2] et un profond malaise engendré par des circonstances bien réelles [42, APR note 16] : de l’extérieur –surtout de l’extérieur !-, cela se ressemble en tout point [43,1]. Mais ne vous en faites pas : vous savez bien que nous autres, diplômés de Paris V, voyons parfaitement [44] à l’intérieur des autres [5, note 3][45]. Alors, plutôt que de jouer aux malins, vous seriez plus avisés de m’aider à retrouver mes lunettes noires et ma canne blanche : je ne me souviens pas de ce que j’en ai fait.

       Bon, eh bien mes p’tits lapins, ce n’est pas que je m’ennuie avec vous. Mais n’ai-je pas atteint mon but en vous en insinuant assez pour que vous sachiez à présent partir en chasse, tout seuls comme des grands ? (Pour les raisons que je vous ai déjà exposées, je vous déconseille cependant de dépasser le mètre vingt [6, APR note 1]…) Pour moi, j’ai rempli mon office : tant auprès de vous qu’auprès des instances supérieures, très fières de moi puisque grâce à cette communication pervertie, je leur assure en abondance gibier [46] et rabatteurs [47]. Vous savez : ça a été très dur pour moi de me retenir de prononcer le mot « pathologique » avant cette dernière minute. Mais il le fallait absolument, afin de ne pas vous laisser croire que j’empiétais sur le terrain du Docteur. Parce que le patron, c’est vraiment lui [13] : c’est donc bien lui qui prend le relais, à présent que nous sommes enfin passés au « pathologique » officiel. Mais ne pleurez pas : il m’est arrivé de communiquer ailleurs sur la Toile. Aussi ne vous étonnez pas si, de temps en temps, je viens vous faire un petit coucou : ce serait une méga-surprise [48, notes 1], pas vrai ? En attendant, je vous tire ma révérence à l’italienne, d’accord ? Alors… arrivederfroi !

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Commentaires

Whaoo ! réussi à ajouter un commentaire sur " Psyché sans tain " sans passer par les fesses d'un bouc ... (démarche fort peu correcte au demeurant.) Par conséquent, la vie est belle, le ciel est bleu et les cailloux sont en fleurs ! ...

Écrit par : devinez qui ? | vendredi, 13 mai 2011

Ah ben tant mieux : comme cela, vous pourrez nous apprendre avec quoi vous arrosez vos cailloux ! Parce que les faire fleurir, hein ? Voilà qui n'est pas donné à tout le monde, et pourrait agrémenter le béton de nos cités sans âme...

Écrit par : N'oublions pas les petits z'oiseaux | vendredi, 13 mai 2011

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