Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 27 février 2012

Eux aussi, ils ont dit Carême ?

Lapin bleu carême.jpg

( NB : surtout ici ? )

[*]

À n’en pas finir de savoir si, oui ou non, "les gens" finiront un jour –ou dans quarante !- par "faire le bonheur de Pierre, Jacques ou Jean"[1], on pourrait se demander si eux aussi n’auraient pas été poussés au désert ? Ce qui n’est pas là très étranger à la période liturgique que nous traversons : ici ou là, en effet, il se murmure que le temps du Carême [2] aurait commencé de s’accomplir. Cette information étant venue jusqu'à nous, si d’aventure quelque visiteur (fût-il étranger : le module de traduction est toujours efficient !) avait quelque faim et soif de ne pas rester prisonnier de certains schémas préconçus proclamant à son propos une Bonne Nouvelle… comparable à un avant-goût de "châtiment éternel" (!) charitablement réduit à quarante jours, qu’il ne s’en aille pas trop loin (surtout si ses pas le conduisaient par inadvertance "dans le feu éternel préparé pour le démon et ses anges" !: peut-être trouvera-t-il -ici même- matière à "manger" de la Bonne Nouvelle nécessitant moins de bicarbonate de soude à la digestion. Car, on a beau dire : une Bonne Nouvelle n’est jamais aussi Bonne que lorsqu’elle est bonne sur l’ensemble du processus d’assimilation. Une fois n’étant pas coutume, ce n’est pas l’auteur de ces lignes qui livrera cette matière : car hélas, il n’est pas cuisinier [1, APR note 301]. Il s’en voudrait donc de rendre malade quiconque… ou d’aller en prison pour avoir 192645650.jpgrendu malades ses visiteurs. Quoique à cette aune, si l’on devait mettre en prison tous ceux qui rendaient malades [1, note 341], le plus étonnant est sans doute qu’il ne serait pas nécessaire de bâtir de nouvelles prisons : en caricaturant à peine, ajouter seulement des barreaux aux fenêtres des hôpitaux existants y pourvoirait sans doute. Il suffirait à cet effet qu’ils prennent pour modèles-types ces établissements partageant avec eux la même dénomination [3, notes 51 à 56][4, notes 38,39][5, APR note 100][6, note 40]pourvu que guillemets et © ne soient pas oubliés en cours de route [7, APR note 9]. Àla décharge (ce que d’ailleurs ils sont [8]) de ces établissements, notons toutefois qu’ils ont au moins le mérite de parfaitement illustrer certains schémas préconçus proclamant un Carême à l’avant-goût (et au goût : sans supplément de prix [9!) de "feu éternel préparé pour le démon et ses anges" : de fait, bien que temporel, ce feu–là distille néanmoins comme un parfum d’éternité [10, APR note 13] Ce qui n’est pas sans créer quelque confusion, attendu qu’il arrive parfois que les "Pâques"©[11] de leur calendrier sacrificiel [12] coïncident curieusement avec la Pentecôte [13] du calendrier liturgique officiel. Mais l’essentiel n’est-il pas de… rester quarante jours dans le désert [14] ? Ce sans quoi nous irions nous étioler ; ou ce sans quoi nous n’irions pas, finalement, assumer de façon heureuse le dessein de Carême sur nous qui est celui des autres [15, APR note 30]

Or, puisqu’il est question des autres, c’en seront deux autresau dessein moins discutable, rassurons-nous !- qui vont nous livrer matière à "manger" de la Bonne Nouvelle "digeste". Deux prédicateurs "diplômés" apportant chacun leur vision du Carême : cependant, sur une même thématique, l’approche va se révéler radicalement différente. Cette différence n’est cependant en aucun cas une opposition : comme le serait une sorte de vision "brebis" d’un côté, "chèvres" de l’autre ! Elle tient plus volontiers à de tous autres facteurs, conférant d’ailleurs à la présente note une tonalité œcuménique : en effet, "l’ancien" appartient à la tradition orthodoxe, et développe son sujet depuis le dimanche précédant le Carême. (Cependant, son commentaire sera proposé "en écho"à l’Evangile de ce jour, premier lundi de Carême). Son dimanche est dénommé "dimanche du pardon" ou "dimanche de la… Tyrophagie"[16] : il est donc bien question de "manger" ! Cet "ancien" appartient également à l’histoire (russe), puisque nous ayant quittés en 1908 [17]. Le "nouveau", quant à lui, est de tradition catho classique, développant son sujet depuis le premier dimanche du Carême : soit celui d’hier. Sans surprise, son commentaire est proposé "en écho" à l’Evangile d’hier également. Ce "nouveau" n’appartient pas encore (!) à l’histoire (française), puisque ayant été quitté par l’auteur de ces lignes… hier, encore et toujours. Avec "l’ancien", l’avantage est que le texte de son discours a été recueilli depuis longtemps par des mains expertes. Avec le "nouveau", l’inconvénient est que son discours est si "frais" que s’il en existe quelque trace écrite, il est vraisemblable que seul l’auteur lui-même la possède ! L’exercice se fait donc un peu plus aléatoire à son sujet, puisque son texte est en réalité la retranscription -de mémoire- de l’un de ses auditeurs du moment : aussi conservera-t-il un style "oral". L’avantage reste cependant que hier est nettement moins ancien que 1908 : aussi le transcripteur ose-t-il espérer (croisant les doigts et criant vers le Ciel) ne pas avoir défloré -encore moins trahi !- la pensée de l’orateur. Sinon il pourrait bien hériter, pour sa punition, de quarante jours de désert.
       Moteur !

(1)[Lundi 27 février 2012]    
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 25, 31-46.
{*}{*} 
(
Lc)(Lc)(Lc)                                                      {*}{*}{*}{*}{*(5)}
1500670553.jpgJésus parlait à ses disciples de sa venue : « Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres : il placera les brebis à sa droite, et les chèvres à sa gauche. Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : 'Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j'avais faim, et vous m'avez donné à manger
(*)(*) ; j'avais soif, et vous m'avez donné à boire (*)(*)(*) ; j'étais un étranger, et vous m'avez accueilli (*)(*)(*)(*) ; j'étais nu, et vous m'avez habillé [1]; j'étais malade, et vous m'avez visité [40] ; j'étais en prison, et vous êtes venus jusqu'à moi !' Alors les justes lui répondront : 'Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu...? tu avais donc faim, et nous t'avons nourri ? tu avais soif, et nous t'avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t'avons accueilli ? tu étais nu, et nous t'avons habillé ? tu étais malade ou en prison... Quand sommes-nous venus jusqu'à toi ?' Et le Roi leur répondra : 'Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait.'
Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : 'Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le démon et ses anges. Car j'avais faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'avais soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'étais un étranger, et vous ne m'avez pas accueilli ; j'étais nu, et vous ne m'avez pas habillé
[Jc|Jc] ; j'étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité.' Alors ils répondront, eux aussi : 'Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu avoir faim et soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?' Il leur répondra : 'Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces petits [32>], à moi non plus vous ne l'avez pas fait.' Et ils s'en iront [?](*), ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »

« Si vous pardonnez aux gens leurs péchés, votre Père céleste aussi vous pardonnera vos péchés » dit le Seigneur (Mat.VI,14-15).

« Ce dimanche s'appelle dans la langue populaire "dimanche du Pardon". Depuis les temps St J C.jpganciens, on garde la coutume en ce jour et durant toute la semaine de la Tyrophagie, de se demander mutuellement pardon pour les péchés commis l'un envers l'autre. Magnifique coutume, authentiquement chrétienne : qui de nous, en effet, ne pèche pas contre son prochain, que ce soit en paroles, en actes ou en pansées? En demandant pardon à l'autre, nous montrons notre foi en l'Evangile, notre humilité, notre refus du mal, notre amour de la paix. Au contraire, ne pas désirer demander pardon montre notre peu de foi, la suffisance, la rancune, l'insoumission à l'Evangile, la résistance à Dieu, la complicité avec le Diable.

Pourtant nous sommes tous enfants du Père céleste par la grâce, membres du Christ notre Dieu, membres de l'unique corps, l'Eglise, qui est Son Corps, et membres les uns des autres ; Dieu est Amour (I Jn.IV,8); et plus que tous les holocaustes et les sacrifices, Il exige de nous un amour mutuel, qui est patient, fait miséricorde, n'envie pas, ne s'enfle pas, ne s'enorgueillit pas, ne fait pas de scandale, ne recherche pas son intérêt, ne s'irrite pas, ne tient pas rancune, ne se réjouit pas de l'injustice, mais se réjouit de la vérité. Il excuse tout, croit tout, supporte tout et jamais ne cesse (I Cor.XIII,4-8). Toute la loi tient en deux mots : aime Dieu et ton prochain. Le cœur de l'homme est extrêmement égoïste, impatient, jaloux de son dû, méchant et rancunier ; il est prêt à s'emporter contre son frère contre un mal patent, mais aussi pour un mal imaginaire [18], pour une parole offensante, mais aussi pour une parole équitable ou tranchante - et même pour un regard qui a semblé peu indulgent, équivoque, rusé, fier, c'est tout juste s'il ne s'emporte pas contre les pensées du prochain, celles qu'il lui invente. Le Seigneur qui sonde les cœurs, dit ceci : c'est du cœur que sortent les pensées méchantes, adultère, débauche, meurtre, vol, emportement, méchanceté, fourberie, obscénités, envie, blasphème, orgueil, déraison (Mc.VII,21-22)[19,Mc2d2]. A la méchanceté humaine doit être opposée l'infinie bonté et la grâce toute puissante de Dieu ; avec son secours, il est aisé de fuir tout mal par la douceur, la bonté, l'esprit de concession, la patience et la longanimité. (...) En échange des péchés pardonnés au prochain, le Père céleste nous promet le pardon de nos péchés, l'acquittement au Jugement dernier, la béatitude éternelle ; les miséricordieux obtiendront miséricorde (Mat.V,7)[20]. La méchanceté invétérée doit s'attendre au juste Jugement de Dieu et au tourment éternel.

Ecoutez ce récit qui montre comment Dieu punit dès ici-bas les méchants qui ne veulent pas se réconcilier entre eux. Dans la laure des Grottes de Kiev, il y avait deux solitaires -deux moines- le prêtre Tite et le diacre Evagre. Après avoir vécu quelques années en bonne intelligence, pour une raison quelconque, ils se prirent d'inimitié et de haine l'un envers l'autre ; leur animosité mutuelle dura fort longtemps, et eux, sans se réconcilier, avaient l'audace d'offrir à Dieu le Sacrifice non sanglant de l'Autel.
Tous les conseils de la communauté, de laisser là leur colère et de vivre entre eux dans la paix et la bonne entente, demeurèrent vains. Un jour le prêtre Tite tomba gravement malade. Désespérant de survivre, il commença à pleurer amèrement son péché et envoya quelqu'un demander pardon à celui qu'il n'aimait pas ; mais Evagre ne voulut même pas en entendre parler et se mit à le maudire sans pitié. La communauté des frères, déplorant un si grave égarement, l'amena de force auprès du mourant. Tite, aperçevant son ennemi, se dressa sur sa couche avec l'aide des autres et tomba devant lui, le suppliant avec des larmes de lui pardonner. Mais Evagre était si inhumain qu'il se détourna de lui et s'écria avec fureur : ni dans cette vie, ni dans l'autre, je ne veux me réconcilier avec lui ! Il s'arracha des mains de la communauté et tomba à terre. Les moines voulurent le relever, mais quelle ne fut pas leur surprise de le voir mort, et si froid qu'on eût dit qu'il avait expiré depuis longtemps ! Leur surprise s'accrut encore quand ils virent au même moment le prêtre Tite se lever en bonne santé de sa couche de douleur, comme s'il n'avait été jamais malade. Frappés de stupeur devant un événement si inattendu, ils entourèrent Tite et l'un après l'autre l'interrogeaient : « qu'est-ce que cela signifie ? » Il répondit : « J'étais dans cette grave maladie, jusqu'à ce que moi, pécheur, qui m'étais emporté contre mon frère, je visse les Anges s'éloigner de moi et verser des larmes sur la perte de mon âme et les esprits impurs se réjouir. Voilà la raison pour laquelle j'ai désiré plus que tout me réconcilier avec lui. Mais comme on me l'amenait, que je me prosternais devant lui et que lui commençait à me maudire, je vis un Ange menaçant de le frapper avec une lance de feu, et le malheureux tomber à terre, mort. Et le même Ange me tendit la main et me releva de ma couche de douleur. » Les moines pleurèrent la terrible mort d'Evagre et depuis lors ils commencèrent à veiller à ce que jamais le soleil ne se couche sur leur colère.

Frères et sœurs, la rancune est le plus terrible des vices, elle est aussi détestable devant Dieu que funeste dans la société. Nous sommes créés à l'image et à la ressemblance de Dieu : la bonté et l'innocence doivent être nos vertus permanentes ; car Dieu se conduit à notre égard selon sa Bonté ; Il est lent à la colère et nous pardonne sans compter. Nous aussi nous devons pardonner. Mais le rancunier n'a pas en lui l'image et ressemblance de Dieu, il est plutôt une bête qu'un homme. Amen. »

Saint Jean de Cronstadt

______________________________________________

(2)[Dimanche 26 février 2012]    
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 1, 12-15.
{*} {*}/(Lc)(Mt)
Jésus venait d'être baptisé
[<-]. Aussitôt l'Esprit le pousse au désert. Et dans le désert il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages [>6?], et les anges le servaient.
Après l'arrestation de Jean Baptiste, Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

« Le Carême, c'est quoi ? Ah oui, c'est "faire des efforts" ! Quoi, quoi, quoi : vous rigolez mes frères. Vous les premiers, vous êtes bien placés pour savoir que c'est TOUTE l’année que l'on "fait des efforts". Nos enfants, par exemple, est-ce seulement pendant le Carême que vous leur demandez de "faire des efforts" ? Non, bien sûr. dans ce cas, c'est toute l'année le Carême ! Toute l'année ? Bigre : ça ferait long pour quelques-uns... Eh bien non mes frères, le Carême c'est pas ça, tenez-vous le pour dit ! D'abord le Carême, c'est la joie. La JOIE, vous avez entendu ? Pas des mines de hareng saur. Le Carême c'est SE CONVERTIR... moi le premier, mes frères. Je vous demande d'ailleurs instamment de prier pour moi. Car, moi aussi, à l'image du Maître qui est parti quarante jours au désert, je pars cette semaine "au désert". Je n’y vais pas afin de "fuir mes responsabilités" de curé -ou un truc du genre-, mais justement -et au contraire- : pour ME CONVERTIR. Le Carême, c'est lâ-cher prise, mes frères. Le monde se déglingue autour de nous ? Raison de plus pour ne pas lui prêter main-forte, montrer notre différence. Rendre compte de notre espérance dans un monde qui en a urgemment besoin, qui, lui, crève de sa désespérance. Le m1973347306.jpgonde se déglingue autour de nous ? Rien de nouveau sous le soleil : les 40 jours au désert du Maître, c'était "parmi les bêtes sauvages". Et ces "bêtes sauvages", mes frères, chacun les affronte déjà chez lui, dans son propre foyer... toute l'année. Le père, la mère, l'enfant, le frère avec lequel ça fait parfois quelques étincelles : c'est aussi la "bête sauvage" ! Et c'est aussi toute l'année ! Le Carême, c'est déjà de savoir cela. Si on veut vraiment "faire des efforts", alors oui faisons-en... précisément dans cette direction-là. 40 jours pour essayer de vivre un peu moins en "bêtes sauvages" entre nous, c'est déjà pas si mal, non ?

Mais ça mes frères, SANS illusion aucune. Tout seuls, vous n'y arriverez PAS : c'est perdu Acidenitrix.jpgd'avance. C'est ça le Carême : demander -SUPPLIER- Dieu de vous donner un sacré coup de pouce à ce sujet, vous savoir DÉPENDANTS d'un Autre, plus Grand que nous, plus Grand que notre péché. D'un Autre qui, UNE FOIS POUR TOUTES, s'est TOUT pris sur Lui Tout Seul. D'un Autre qui vous dit, là, aujourd'hui : par Lui, TOUT est ACCOMPLI. Par Lui, VOUS êtes victorieux face aux "bêtes sauvages" du monde. Un "hareng saur", vous croyez que ça apparaît victorieux aux yeux du monde ? Le Carême, c'est rendre compte de cette victoire en soi d'abord ; autrement dit, d'y consentir pleinement, pas à moitié... comme Jehanne [21], à sa manière, en a elle-même rendu compte à sa manière : "aux soldats, la bataille : à Dieu seul la victoire !" Jehanne, dont c'est le six-centième anniversaire de la naissance cette année. Le Carême,  c'est "bouter les Anglais" : pas être "tolérant" avec eux pour ne point les contrister. Est-ce que Jésus a été "tolérant" avec les bêtes sauvages du désert ? Ce serait plutôt le contraire, non ? Parce que le Carême, c'est être IN-TO-LÉ-RANTS ! Intolérants, non par rapport aux autres (!) bien sûr, mais par rapport à nous-mêmes : dans cette toute première tentation, subtile, qui consiste à vouloir tout résoudre par nous-mêmes, tout expliquer, tout piger par nos seules capacités. C'est ça et pas autre chose, la première tentation : l'autre -celle de sombrer dans quelque déréliction morale- est seconde par rapport à la première, voire un de ses effets indirects.

Non, mes frères : nous DÉPENDONS de Quelqu'un qui, Lui, comprend tout... -mais : aïe !- ne nous explique pas tout sur-le-champ. Au contraire : Il déconcerte. Déconcertée Marie, lors de l'Annonciation [22]. Elle n'a rien compris : RIEN de RIEN ! Mais elle a dit OUI : à l'aveuglette... au regard de sa propre perception, mais pas à celui de son cœur. Jehanne -encore elle-, déconcertée. Des voix pendant quatre ans, avant qu'elle ne se mette en route pour sa folle équipée : "folle" aux yeux du monde, encore aujourd'hui. La première fois qu'elle les a entendues, elle avait treize ans. Bernadette à Lourdes, une enfant aussi ! De même à Fatima : douze, treize ans. Etc. Les enfants disent plus spontanément "oui" que les "grandes personnes"... parce qu'ils ne cherchent pas à tout prix à comprendre en long, en large et en travers ce qui leur tombe dessus. Ils se savent des enfants : des dépendants de plus grands qu'eux. Ils se laissent déconcerter. Il n'est pas interdit de comprendre, bien sûr : ce serait même totalement répréhensible sur des domaines que l'on maîtrise mieux, sur lesquels nous avons de réelles capacités. Dans le travail, par exemple, on exige de vous que vous soyez "parfaits" : non parce que vous l'êtes, mais parce que vous êtes censés disposer de capacités, de connaissances qui, justement, plaident en faveur d'un résultat concret, d'un travail sans faute sur le "produit fini".

Dans la foi, non : parce qu'encore une fois, c'est un don. Ce n'est pas une sorte de "produit" obtenu à la force du poignet, par nos "mérites" ou que sais-je. "Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle" : c'est le message délivré à l'issue des quarante jours de désert. On nous demande de nous convertir, de croire : pas de "faire" au sens du travail. Parce que ça, c'est Lui qui fait : pas nous. Et là aussi, UNE FOIS POUR TOUTES, c'est Lui et Lui seul : pas nous. Parce que si la foi est un don, elle n'est pas une sorte de "bien acquis" une bonne fois pour toutes : c'est tous les jours qu'il faut la demander...la CHINER ! Et pas QUE pendant le Carême, évidemment. Il n'empêche que c'est ça aussi, le Carême : ne pas avoir peur de crier... de "déranger" le Ciel jusqu'à ce que le "Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle" soit un peu plus crédible, ici et maintenant. Pour nous... mais pour les autres aussi : personne n'aura jamais envie le moins du monde de se "convertir" en hareng saur ! Pas même en "bête sauvage".

C'est quoi, la "bête sauvage" ? Celui qui se veut libre de toute entrave ? ou bien celui qui, au contraire, va se faire passer pour une "bête domestique" en suivant impeccablement bequille20copie.jpgles préceptes d'une religion ? "Croyez à" quoi ? à la "Bonne Nouvelle". Or, cette "Bonne Nouvelle" ne peut être "nouvelle" que si elle est constamment renouvelée dans le vécu : pas même dans la pratique de la religion. La "Bonne Nouvelle", ce n'est pas une "religion" : la religion, c'est encore quelque chose d'humain ; ça n'a rien de "nouveau" en soi. Bien sûr, ce n'est pas moi qui vais vous dire que la pratique de la religion, ça ne sert à rien ! Simplement, c'est une béquille nécessaire : qui nous permet de cheminer dans le désert sans nous faire bouffer par les "bêtes sauvages". C'est un moyen : pas une fin en soi. D'ailleurs, si cela devenait une fin en soi, ça se verrait tout de suite. La béquille se fait "jambe" à elle toute seule : pour une raison ou pour une autre, vous la lâchez... et vous tombez aussitôt ! Ce qui est encore plus vrai... avec toutes ces fausses béquilles, dont nous nous repaissons avec avidité, en vue de gommer nos inévitables fragilités : en soi, ces fausses béquilles sont déjà le signe de la confiance -toute relative !- que nous daignons accorder à la vraie béquille ! Et ça mes frères, je peux vous garantir que ce n'est une "bonne nouvelle" pour personne : pas même pour vous !

La vraie "Bonne Nouvelle", ce sont les jambes (les nôtres avant que d'être celles du prochain) qui nous permettent d'avancer, un pas après l’autre, à son rythme : c'est plus vivant qu'une béquille, non ? Mais la béquille, on est quand même rudement contents de la trouver... quand on est tombés, qu'il faut nous relever. Simplement, s'il est bon de crier -de "réclamer" un coup de main salutaire auprès de celui qui est encore debout lorsqu'on est tombés-, encore une fois cela ne se limite pas à cela : une situation extrême, malheureuse, de souffrance... "d'efforts de Carême" ! Ils n'ont pas tort ces enfants qui ne tiennent pas en place, à qui c'est tout le temps que l'on demande de "faire des efforts" : pour eux, c'est un peu toute l'année "le Carême" ! Là où ils ont raison encore une fois, ce n'est pas tant sur les "efforts" que sur "toute l'année". Nous ne sommes pas "tombés" toute l'année non plus, heureusement !

Mais justement, c'est ça enfin le Carême : réapprendre à profiter aussi des bons moments -plus agréables à nos sensibilités humaines-, pour demander cette grâce de la foi. J'irais même jusqu'à dire : la demander avec insolence. Ne pas craindre d'être "insolent" vis à vis du Ciel : insolente, il fallait l'être pour avoir le culot de traverser le pays à cheval (à l'issue de quatre ans de préparation par les "voix"), aller voir un roi "couché" en son château de Chinon, le remettre en place sur son trône royal, "bouter les Anglais" etc. C'est sûr : le hareng saur, lui, est tranquille, couché dans sa boîte. Il n'est insolent avec personne. Personne n'est insolent avec lui. C'est un hareng : personne ne demande non plus à un hareng de "se convertir et de croire à la Bonne Nouvelle" ! Il ne le demande pas davantage lui-même. Même à supposer qu'il le demande... qu'il le reçoive (!) et se plaise ensuite à se faire l'écho de "Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle", personne ne le croirait, lui. Non parce que c'est un hareng.... mais parce qu’il se fait hareng dans la mesure où, simultanément, il reste tranquillement couché dans sa boîte. Le Carême ? Et si c'était tout simplement sortir de la boîte ?
Il n'est pas interdit de prier en ce sens, mes frères ! Amen. »

"Father Greg" (26-02-2012)

L'insolent Beaumarchais.jpg

____________________________

QUOI QU’ON EN D.I.S.E…(Dernières Interventions sur des Sites Extérieurs)

Montage-LA-TRANSE-FORTE-copie-2.jpg

Mercredi 29 février 2012

 

Les commentaires sont fermés.