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samedi, 16 mars 2013

Rencontre au sommet (d'une falaise).

Une légion d'horreurs ?

Astérix LE GRAND SAUT.jpg

ACTE 1 :  L’HOMME QUI ÉTAIT ASSIS

« Je vous ai entendu malgré moi, jeune homme. Vous avez bien lu : "il y en avait environ deux mille". Et vous avez eu raison de souligner que ça faisait beaucoup.
- Ah ? Vous m’en voyez ravi !
- Tant mieux… mais ne soyez pas trop vite satisfait !
- Pourquoi donc ?
- D’abord parce que ce constat n’était pas si difficile à établir, n’est-ce pas ?…
- Non, c’est vrai.
-… Ensuite, parce que les porcs, eux, sont moins faciles à établir qu’il n’y paraît.
- Ça, vous pouvez le dire ! Si peu "établis" que tout le troupeau s’est jeté à l’eau !
- Bien sûr… mais ça aussi, c’est facile à établir : qui sait lire sait l’établir.
- C’est vrai aussi. Dans ce cas, où réside la difficulté ?
- Tout simplement dans ce que ces porcs ont quelque chose… disons, d’apocalyptique.
- Ça, je veux bien vous croire aussi ! Pour les témoins d’alors, le spectacle d’un pareil troupeau se précipitant du haut de la falaise a dû être rudement impressionnant : dantesque !
- Sans doute. Mais ce n’est pas ce que j’ai voulu dire…
- Ah ?
- Non, j’entends "apocalyptique" au sens premier du terme : celui de "révélation"
[232,Ap(1)]. Non à ce sens devenu commun, suggérant je ne sais quelle catastrophe.
- Bon. Et alors ?
- Alors, si les porcs ont ce quelque chose d’apocalyptique, il convient d’en tenir compte.
- Comment cela ?
- En tenant compte du vocabulaire employé.
- Du vocabulaire ?
- Eh oui : du vocabulaire. Parce que si Marc n’est pas Jean, les deux sont cependant confrontés -en leur temps- aux mêmes limites.
- … qui sont ?
- Celles du vocabulaire de leur époque, justement !
- C’est-à-dire ?
- C’est-à-dire que c’est un peu comme s’ils avaient dû mesurer le volume de la mer, là en bas de la falaise, avec… un dé à coudre. Ils étaient bien obligés de composer avec ce dont ils disposaient : des mots -décrivant habituellement ce qui est visible-, "détournés"
[233] en quelque sorte afin de décrire ce qui l’est moins. Tenez, par exemple : vous vous souvenez des circonstances qui ont retiré le prophète Élie [234] de la vue d’Élisée ?
- Oui, assurément :  c’est d’ailleurs autrement plus ancien que Jésus et ses disciples débarquant chez les Géraséniens ! Le deuxième Livre des Rois évoque "un char de feu, avec des chevaux de feu, qui les sépara, et Élie monta au ciel dans un ouragan"
[235,2R].
- Parfait ! Maintenant, comment voulez-vous que le plus évolué des scribes de l’époque puisse transcrire de manière intelligible (y compris à ses propres yeux) ce récit de l’enlèvement du prophète par un aéronef ?
- Par un… aéronef 8| ???? Vous plaisantez, je suppose ?
- Pas du tout.
- Mais enfin : il a fallu attendre le XVIIIe siècle pour que l’homme parvienne seulement à s’affranchir (un peu) de la pesanteur !
- Justement ! D’où cette énorme indescriptibilité du phénomène, à laquelle a dû être confronté le rédacteur. Le malheureux devait bien s’adapter avec ce qu’il connaissait de plus usuel : un "char de feu", des "chevaux de feu", un "ouragan"… autant de métaphores susceptibles de lever un coin du voile avec les moyens du bord, non de prétendre se livrer à la description exhaustive d’un événement impossible à discerner dans toutes ses dimensions à la seule échelle humaine… même avec un répertoire sémantique plus riche.
- Attendez ! Je veux bien être un touriste égaré. Mais là, vous nous égarez davantage, non ? Ne seriez-vous pas en train de défendre certaines thèses en vogue… notamment à propos des extra-terrestres, de civilisations inconnues appartenant à quelque autre galaxie de notre univers ?
- C’est un risque à courir, en effet…

[Suite ->]

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