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dimanche, 17 mars 2013

Rencontre au sommet (d'une falaise).

Une légion d'horreurs ?

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ACTE 14 :  UN BOUT DE JOUR NE NUIT PAS.

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- Qu’allez-vous comparer à présent ?- Rien de moins que ma ruche allégorique… et ma citation de tout à l’heure. « […] Les gens ne veulent pas savoir la vérité, ils préfèrent vivre dans le monde qu’ils s’imaginent… [0/11, note<320>].[…] » Si nous transcrivions ceci façon ruche, comment le traduiriez-vous ?
- Façon ruche… selon ce que nous venons d’évoquer, c’est bien cela ?
- C’est bien cela.
- « Les gens ne veulent pas allumer la lumière, ils préfèrent vivre dans le noir… », ça vous va ?
- Pas mal du tout ! Mais vous pouvez faire mieux.
- Ah ? En quoi ?
- En quoi ? Lorsque nous envisagions à l’instant que vous-même étiez dans le noir, c’était là un monde que nous nous imaginions, certes : mais dans cette perspective, ce n’était PAS là un monde dans lequel VOUS préféreriez vivre, n’est-ce pas ? De l’imaginaire, sans doute : mais dans une version ô combien dérangeante : en rien tranquillisante [328, APR note 21].
- Ah non, alors !
- Vous m’en voyez ravi. D’où que vous puissiez compléter votre traduction… si vous voulez, naturellement.
- Ah mais oui ! « Ils préfèrent vivre dans le noir… tout en s'imaginant que leurs ténèbres sont de la "lumière". »
- Eh bien, voyez… quand vous voulez ! Nous sommes également dans le schéma d’un regard outrepassant la vision immédiate ; mais hélas, en négatif : la vision médiate de l’
imaginaire ne se situe plus au-delà de ce que l’on voit, mais en deçà. À mi-chemin de cette préférence, on prétend ne croire que ce que l’on voit ; à terme, on en vient d’ailleurs à ne plus même y croire ! Tout au moins, à la mesure de ce que l’on croit plus volontiers à ce qui est rendu "visible" par des "visionnaires"… de la vision médiate en deçà de l’imaginaire.
- "Plus volontiers" ? Encore la volonté, alors ?
- Oui, mais une volonté passive et molle : sans volonté, si j’ose dire. Plutôt descendante qu’ascendante ; plutôt entraînée qu’entraînante. "Plus volontiers" n’a pas la même densité que "plus volontairement", par exemple.
- Encore l’une de vos subtilités !
- Pas du tout ! Ce que je vous signifie par là, c’est que l’on peut déceler une certaine volonté au travers de la deuxième formule, plus abrupte : une forme de volonté qu’on ne trouve pas nécessairement au cœur de la première.
- Ah ? Laquelle ?
- Laquelle ? Mais celle de… nuire !
- Alors, vous absolvez d’avance ceux qui ressortent de la première formule ?
- Qui vous dit qu’ils ne nuisent à personne ?
- Mais… vous-même, non ? Puisque vous semblez les défalquer de la volonté de nuire.
- Et alors ? Ne savez-vous pas qu’il y a loin de la coupe aux lèvres ? Vous souvenez-vous comment j’ai qualifié cette hypothèse où vous poussiez le bouton de la lumière avec… votre nez ?
- Oui : vous parliez d’un acte involontaire, c’est bien cela ?
- Parfaitement. À votre avis, un acte involontaire peut-il produire quelque bénéfice ?
- Oui, bien sûr : lorsque j’éclaire grâce à mon nez, justement !
- Non, pas justement… mais disons : heureusement.
- Comme il vous plaira : cela change quoi ?
- Cela change qu’à un acte involontaire, il convient d’appliquer les mots qui lui seyent le mieux. Or, l’adverbe "justement" sous-tend une certaine notion de justice : soit l’exercice d’une volonté éclairée… avant même que vous n’ayez allumé ! Permettez donc que, pour ma part, je lui préfère "heureusement". C’est un bénéfice heureux, nous en convenons : personne ne crache dessus. Mais il n’a pas été exactement… voulu. L’inverse non plus, du reste.
- L’inverse ?
- Oui… parce que je n’ai pas achevé ma question : un acte involontaire ne peut-il produire QUE du bénéfice ?
- Malheureusement non.
- Très bien, jeune homme : vous assimilez vite le vocabulaire adéquat ! Encore qu’il existe parfois moult "malheurs" que l’on feint plus ou moins de déplorer
[42, APR note 30/2]  afin de mieux celer la possibilité que l’on fût –peu ou prou- de leurs artisans… mais laissons cela pour l’instant. Pour l’heure, rangeons cela dans la catégorie "accident" : soit, tout ce qui définit un acte involontaire ayant nui.
- Bon. Et après ?
- Après, je m’inscris donc en faux au sujet de "l’absolution d’avance" ! Prenons un exemple un peu extrême. Voici que vous disposez d’une arme à feu : celle-ci est chargée. Dans un premier temps, vous voulez BIEN faire : en la déchargeant afin de la rendre inoffensive. Au cours de cette opération, pas de chance : votre doigt -encore lui !- tire malencontreusement sur la gâchette. Pas de chance derechef : il y avait quelqu’un dans l’axe de tir du canon. Il y AVAIT quelqu’un ; il n’y a plus, attendu que le malheureux gît dans une mare de sang : couic ! Entre ici de nouveau –de manière plus aiguë s’il en est- une notion certaine de justice. Vous "absoudre d’avance" aura-t-il pour effet de remettre sur pied l’occis ?
- Non, évidemment. Seulement, la question est-elle là ?
- Assurément, non. Mais elle le devient implicitement si nous suivons une telle logique. Non moins implicitement, on répond que le coup n’est "jamais parti"… que personne n’a subi la moindre nuisance. In fine, votre victime est "toujours sur pied" puisqu’elle n’est "jamais tombée" !
- Mais c’est absurde : puisqu’on ne voit qu’elle, baignant dans son sang.
- N’est-ce pas ? Donc, aussi visible que soit votre victime, qu’en déduisez-vous ?… Selon cette logique, entendons !
- Eh bien, c’est comme… comme si on
préférait ne pas la voir ? Comme si on ne VOULAIT pas la voir ?
- Bravo. Et qu’en déduire encore ?
- Que si j’ai moi-même voulu bien faire, difficile de contester que j’ai plutôt mal fait.
- Oui : parce que vous êtes honnête homme et n’entrez pas le pouce dans notre logique absurde. Il va de soi que sur les aspects les plus immédiatement visibles, il y a néanmoins absence de toute malignité ou de méchanceté de votre part : un point sur lequel on peut favorablement préjuger que la justice (pénale, celle-ci) tienne compte. En grattant un peu, on peut estimer que celui qui a acquis l’arme, qui l’a chargée ou qui l’a laissé traîner ne porte pas une moindre responsabilité que la vôtre : tout au contraire. Mais lorsque je vous demande "qu’en déduire encore", ce n’est nullement à propos de tant d’évidences.
- Ah non ? À propos de quoi, dans ce cas ? N’est-ce pas là l’essentiel de l’affaire ?
- L’essentiel le plus visible, sans doute. Mais vous devriez commencer à me connaître : j’ai comme un faible pour le moins visible !
- J’ai cru remarquer, en effet !
- Mais vous remarquez moins le reste : puisque vous ne répondez pas à ma question. Il est vrai que cela vous concerne moins personnellement.
-  Tant mieux :  dans votre scénario, ne suis-je pas assez coupable ainsi ? En attendant, j’avoue que je sèche un peu…
- C’est pourtant simple. Dans le dit scénario (gratifié de la logique de "l’absolution d’avance"), nous partions du fait qu’on préférait ne pas voir votre victime, qu’on ne VOULAIT pas la voir. Dès lors, nous passons insidieusement d’un acte involontaire ayant nui… à des actes subséquents volontaires qui nuiront à leur tour.
- Comment ? par des actes similaires ? On va encourager à tirer volontairement dans le tas ?
- Je n’ai pas dit cela ! Mais entre l’acte involontaire ayant nui et l’acte ayant pour volonté délibérée de nuire, il existe une étape intermédiaire : une sorte de sas entre les deux. Cette étape se situe précisément au travers des actes subséquents volontaires qui nuiront à leur tour. J’emploie bien le futur : l’effet n’est pas immédiat.
- Bon. Et il se présente comment, votre sas ?
- Comme la négation de la nuisance d’autrui, tout bêtement. Ceci indifféremment du fait que cette nuisance ait été froidement calculée ou non : dès lors que l’on incline à relativiser la portée de la nuisance d’autrui, on devient
de facto suspect numéro un.

Montage Usual Suspects.jpg
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