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jeudi, 11 avril 2013

Le risque de Nicodème.

FIN au samedi 11 mai 2013

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(1)[Mardi 9 avril 2013]
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 3, 7-15.
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Jn 3, 1-8][<-Jn 3, 1-8] Jésus disait à Nicodème : « Ne sois pas étonné si je t'ai dit qu'il vous faut renaître. Le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais pas [*] d'où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né du souffle de l'Esprit. [>10][1][32] » Nicodème reprit : « Comment cela peut-il se faire ? » Jésus lui répondit : « Toi, tu es chargé d'instruire Israël, et tu ne connais pas ces choses-là ? Amen, amen, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous n'acceptez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? Car nul n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme. De même que le serpent de bronze [Nb] fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. » [Jn 3, 16-21->]

            Ne soyons pas étonnés s’il est dit à Nicodème qu'il lui faut renaître : à condition toutefois de procéder à un léger flash back à propos de ce dialogue… comme de nous rappeler que l’on parle ici des "choses du ciel". Non qu’elles interfèrent avec celles "de la terre", mais qu’il ne faille pas non plus compter sur celles-ci pour embrasser les premières dans toutes leurs dimensions [1, notes 1,2] : elles offrent assurément une abondante matière à fournir comparaisons –et autres paraboles [2] (ce dont Jésus ne se prive pas)-, mais comme le vent qui souffle où il veut –alors qu’il est, lui, des "choses de la terre"-, nul ne sait d’où elles viennent ni où elles vont. Ne soyons donc pas étonnés de trouver là, en filigrane, une certaine mise en garde : tout homme qui laisse accroire que toute "explication"[3] au sujet des "choses du ciel" s’épuise tôt ou tard dans celles "de la terre", parle de ce qu’il ne sait pas [4], témoigne de ce qu’il n’a pas vu [5, notes 187 à 193]et doit-on encore s’étonner que son "témoignage"[6, note 1][7] soit néanmoins accepté comme du petit-lait [8] ? Pourquoi pas ? On devrait : parce qu’un tel "témoignage" est du même tonneau que de prétendre faire souffler le vent là où l’on veut, de "savoir" ainsi d’où il vient et où il va. S’il passe néanmoins, c’est davantage par sa vertu [9] à préserver certaines tranquillités d’esprit [5, note 402/2][10] qu’à sa propre crédibilité. Ce qui est ici hors de propos : même chez Nicodème.

         Soyons en effet étonnés de Nicodème : car c’est un pharisien. Par une telle identité, il est loin d’être le premier venu : c'était en effet "un notable parmi les Juifs"[11,Jn]. « Lui, il est chargé d’instruire Israël » : ici, c’est Jésus qui s’étonne : "qu’il ne connaisse pas ces choses-là". Ce disant, étant venu pour accomplir et non pour abolir [12,Mt(6)], pas un instant Il ne dévalorise ni ne délégitime le moins du monde l’autorité de son visiteur noctambule… car celui-ci est venu Le "trouver pendant la nuit"[11,Jn]. Ce qui est là l’aspect le moins étonnant de l’affaire : les Juifs n’étant alors pas mus des meilleures intentions à Son égard [13], étant un notable parmi eux, Nicodème n’allait pas faire sonner de la trompette devant lui en plein jour pour aller Le trouver au vu et au su de tous. Ce qui relève moins de tranquillité d’esprit ou de sauvegarder à tout prix sa réputation ou sa fonction : Nicodème est plutôt bien placé pour savoir que chez les siens, faute d’avoir déjà inventé quelque "établissement"©[14(et suivants)] spécialisé [15] à déconsidérer durablement le trouble-fête qui se présente, on ne lésine pas [16] à le supprimer de corpslui, comme ceux qui auraient pu lui montrer quelque sympathie trop prononcée [17,Jn] : s’il le faut, on sait ratisser [18] large.

À en demeurer à une simple lecture horizontale du texte, il n’y a donc pas vraiment lieu de s’étonner que Nicodème… ne soit pas du vent (!) ; lui, on sait d’où il vient et où il va. Ce sera d’ailleurs au même homme que ses pairs répliqueront qu’eux "savent" d’où Jésus "ne vient pas"[19,Jn][12,Jn(3)]… et l’on remarque que c’est toujours le même qui, précisément à cette occasion, tentera –mais en vain- de les ramener à un minimum d’esprit : c’est-à-dire, de raison : mieux que personne, il aura entendu le bruit qu’ils auront fait. En somme, tout pharisien qu’il fût -"chargé d'instruire Israël" : installé dans une situation "assise", honorable et convenable [20]-, il disposait de plus qu’il ne lui en fallaitpour dormir tranquillementla nuit sur ses deux oreilles, Nicodème se distingue… en ce qu’il pensait différemment [14(et suivants)]. En effet, non seulement il se fait momentanément insomniaque, mais il s’agit là d’une "insomnie" volontaire et mesurée, dictée par la conduite de sa pensée du moment : une pensée aiguisée par les signes que Jésus a accomplis [11,Jn]. "Il vint trouver Jésus pendant la nuit" : dans une lecture horizontale plus large –mâtinée d’une lecture verticale-, il n’est pas que réveillé : il est aussi –et surtout- en éveil. Éveil aux "choses du ciel" comme au "souffle de l’Esprit". Mais pas plus qu’un autre, il n’est un "pur esprit" : « Comment cela peut-il se faire ? » ; la question est posée du point de vue légitime des "choses de la terre". Cette question sollicite néanmoins l’étonnement de Jésus : moins parce qu’il est chargé de transmettre "les choses du ciel" que parce qu’il a de lui-même passé outre les "choses" immédiates "de la terre" le concernant : son temps de sommeil !

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Cependant, n’y a-t-il pas une autre "nuit" plus symbolique- que celle qui alterne avec le jour ? Celle-ci non plus n’est pas comme le vent : on sait "d’où elle vient et où elle va" : quand elle tombe et quand elle s’achève. Cette autre "nuit", Jésus l’évoquera à peine quelques instants plus tard : «  quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises [5, APR note 246]. En effet, tout homme qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière [21, APR note 96], de peur [22, notes 151/2>195][23][24>25] que ses œuvres ne lui soient reprochées [26].»[12,Jn(2)] Accessoirement, il détourne [27] la question en appelant "lumière"©[28, notes 304 à 307] ses ténèbreset en retournant en "ténèbres"© toute lumière étrangère à sa tranquillité d’esprit. ("changeant le bien en mal [29, notes 9 à 15], il est à l'affût, aux meilleures qualités il trouve des tares"[30, notes 56>57(>335)][31], etc.) Toutes choses qui, de nouveau, sont hors de propos au sujet de Nicodème : même à en rester au strict contexte de son époque, nous aurions peine à le reconnaître au travers de l’illustre parabole (fort peu élogieuse à l’égard de ses pairs) du pharisien et du publicain au Temple [32]. À la limite, on l’identifierait davantage au publicain ; non en ce qu’"il se frappe la poitrine" : mais de par sa situation sociale "assise", comparable à celle d’un certain Matthieu [33,Mt]avec le capital antipathie de la fonction [34] en moins. Ce qui, bien entendu, n’exclut pas les substantielles différences entre les deux hommes : l’un est appelé en plein jour, au beau milieu de son activité laïque du moment ; en quittant cette activité, il quitte également l’institution qui la sous-tend. Chez Nicodème, rien de tel : il n’est pas littéralement appelé, mais va au-devant de Jésus ; ceci de manière ponctuelle et non engageante. S’il vient Le trouver pendant la nuit, c’est aussi pour ne pas compromettre la pérennité de son activité du moment : une activité à laquelle il retournera ensuite sans que Jésus ne l’en retienne en rien.

Autrement dit, le risque de Nicodème réside moins dans "les choses de la terre"… que dans celles "du ciel". "La nuit" de Nicodème vient ainsi rejoindre celle de tout homme qui, étant du souffle de l'Esprit, reste vigilant à ne pas éteindre [35] la flamme vacillante de son propre esprit [36][37][38][39] : c’est "la nuit" de l’inconnu. plus vaste… et parfois plus aventureuse que "le jour" du connu ; encore que cette "nuit"-là n’interdise pas quelque "étoile" guidant à point nommé [40,Mt(1)]. Le risque de Nicodème ? Plutôt celui de raviver la flamme vacillante : car nul ne sait à l’avance si, dans les effets de cet attisement, il sera un "Nicodème"… ou un plus radical "Matthieu" ; s’il va demeurer dans son institution du lieu et du moment… ou devoir s’en affranchir. Serait-ce cette dernière hypothèse qui l’emporte, elle ne serait valide que pour ce "Matthieu", ne présumant en rien de ce qu’à chacun de ses frères soit distribuée la même part : Il n’est toujours pas venu pour abolir, mais pour accomplir [12,Mt(6)]. Ce qui veut dire que s’il faut des "Nicodème"Coup de fouet.jpg, toujours pas de "pur esprit" en vue : alors, il faut aussi… des collecteurs d’impôts [34; juste ce qu’il faut pour dissuader le contribuable trop pressé de se faire "Matthieu" pour ne pas nourrir quelque vilaine arrière-pensée, davantage en phase avec son portefeuille… qu’avec "le souffle de l’Esprit" !
        Celui-ci souffle
certes où Il veut : mais qui a dit qu’Il soufflait contre le vouloir de l’inspiré ? Inversement, où a-t-on lu qu’Il n’était que "brise légère"[41] ? Ce serait faire peu de cas de la multitude de mauvais inspirés [42][43] qui, eux, ont moins de scrupules à "souffler" contre [29, APR note 32][44] le vouloir de l’inspiré [45]. Il n’est pas venu abolir… mais Il n’est pas davantage venu laisser indéfiniment abolir. Lorsque le sabbattout "sabbat"[46][47]- se fait contre l’homme et non plus pour lui [48], qui abolit quoi ? Lorsque la béquille [49, APR note 3][50, notes<468>] prétend régenter la jambe (jusqu’à parfois nier son existence propre [51!) alors que celle-ci n’est pas même défaillante, qui abolit quoi ? Partout où, sur la balance, le plateau de l’abolition se fait plus pesant que celui de l’accomplissement, suffira-t-il d’une "brise légère"pour rétablir l’équilibre ? Le souffle a parfois besoin d’un sérieux coup de fouet [52]

Le risque de "Matthieu" s’inscrit ainsi néanmoins dans le prolongement de celui de Nicodème, attendu que « la force dont nous avons besoin, c’est bien la force des témoins qui, en définitive, savent renoncer aux illusions du monde. C’est-à-dire, ceux qui, pour leur foi ou pour leurs convictions, vont jusqu’à risquer […] leur réussite matérielle, leur carrière… »[53, AV note 42/2]… ceci non seulement au travers d’impeccables envolées lyriques et autres belles intentions n’engageant que ceux qui les écoutent : mais dans les œuvres qui, elles, ne craignent pas de venir à la lumière [12,Jn(2)] dès lors qu’elles n’annihilent en rien les premières [54, note<414>][55, notes 70 à 73] ; quitte à se défaire de quelques béquilles aussi inutiles qu’étouffantes : Il n’est pas venu abolir… mais ouvrir portes et fenêtres, avant que cela ne sente trop le renfermé.

Livre des Actes des Apôtres 4, 32-37. {*}{*}{*}
La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi avait un seul cœur et une seule âme (*)(*) ; et personne ne se disait propriétaire de ce qu'il possédait, mais on mettait tout en commun. C'est avec une grande force que les Apôtres portaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et la puissance de la grâce était sur eux tous. Aucun d'entre eux n'était dans la misère, car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et ils en apportaient le prix pour le mettre à la disposition des Apôtres. On en redistribuait une part à chacun des frères au fur et à mesure de ses besoins. Joseph, que les Apôtres avaient surnommé Barnabé (ce qui veut dire : l'homme du réconfort), était un lévite originaire de Chypre. Il avait une terre, il la vendit et en apporta l'argent qu'il déposa aux pieds des Apôtres

Lecture horizontale du texte : "la multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi" ont inventé le communisme –version "bénie"- deux mille ans avant celui de Karl [56]. Mais ça, c’était avant [57, note 11>58: à l’époque héroïque où il fallait "lancer la machine", où tout le monde débordait d’enthousiasme, où l’Esprit soufflait à cœur joie et toussa. Hélas, nous sommes à présent en 2013 : la "machine" n’en peut mais, la "crise" est passée par là (le furet [59] aussi…), les héros [60] sont fatigués [61] et c’est à peine s’ils supportent encore que l’Esprit se manifeste par une infime "brise légère". Au-delà ? N’en parlons pas : par les temps qui courent, c’est sans doute trop risqué [62, APR note 221][63][64, notes 132,133]. Le risque de "Nicodème" -ou de "Matthieu"-, pourquoi pas ? Mais de grâce : uniquement du temps des intéressés eux-mêmes, s’il vous plaît. Mais ça, n’est-ce pas un peu trop facile pour y adhérer les yeux fermés ?
        Lecture horizontale du texte ? N’invite-t-il pas à une telle lecture ?OUVERTURE-PORTE-DE-COFFRE-FORT-2008-11-14-10-31.jpgN’y parle-t-on pas de façon terrestre [>Jn(2)] ?  Que l’on se dise propriétaire de ce qu'on possède, ou que l’on mette tout en commun : terrestre. Que l’on soit dans la misère, ou que l’on possède des champs ou des maisons : terrestre. Que dans la deuxième hypothèse –plus heureuse- on les vende afin d’en apporter le prix pour le mettre à la disposition des Apôtres : attitude assurément généreuse… mais toujours terrestre. Qu’on en redistribue une part à chacun des frères au fur et à mesure de ses besoins, voilà qui devrait efficacement couper court à toute rancœur et à toute jalousie [66, notes 7] ; mais ne parle-t-on pas de besoins… terrestres ? Enfin, que Barnabé aie une terre, la vende et en apporte l'argent qu'il dépose aux pieds des Apôtres, bravo ; mais autant celui qui arrive sur terre y naît sans un radis [67], autant il en repart dépourvu : terrestre encore, mais on ne voit jamais un coffre-fort suivre un cercueil [68][69].
        Lecture verticale du texte, vue "d’en haut" ; non pour s’imaginer "au-dessus de tout"[>Jn(2)], mais parce qu’on a beau dire : avant même de considérer la propriété de champs, de maisons, de parts, de terres ou d’argent, nous lisons que la multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi avait d’abord un seul cœur et une seule âme. Ce qui ne présente en soi aucun intérêt immédiat au regard du négociant immobilier et foncier, ou du banquier : si cœur et âme 2853781834.jpgétaient cotés en Bourse, il semble que cela se saurait. Pourtant, sans cette adhésion, qui aurait accepté la seule perspective de donner ainsi sans compter ? Le partage eût été hautement improbable ; si improbable que rejaillit la tentation d’en rester à notre lecture horizontale : "ça c’était avant, uniquement du temps des intéressés eux-mêmes, s’il vous plaît". Au nom d’un réalisme de bon aloi, il est unanimement considéré [70, notes 43/633>][71] qu’un tel schéma est sans doute sympathique, mais qu’il n’est ni transposable ni reproductible de nos jours, relevant de quelque idéalisme parfaitement utopique. L’expérience inspirée par Karl [72, APR note 26] est aussi passée par là, montrant qu’à vouloir l’imposer hors "cœur et âme" d’une multitude, le réveil est douloureux. De fait, la question n’est pas tant de remettre à présent en cause le moins du monde cette unanime considérationsauf à vouloir se hisser "au-dessus de tout" à la force du poignet !- qu’à ne pas s’en laisser conter par ses alibis officiels du moment : en la matière, la complexité du monde actuel [73,§5][74, note<4>][75, AV note 9][27, AV note 21][76, notes 411>412][14(et suivants)] se place le plus souvent en pole position. Parce qu’il n’y a aucune complexité à remarquer ce dont il est permis de prendre acte à la suite des Actes (des Apôtres: aussi compétent [77], efficace, honnête, généreux, sympathique, ouvert et empathique [78] que soit un négociant immobilier et foncier… ou un banquier [79] (soit également hors toute considération de regard parfaitement utopique sur les personnes !), il échouera là où la multitude adhère sinon à une foi inexistante [80, note<171>], du moins [9, note 0/1][81,Lc(1)] à une foi extraordinairement vague [53, AV note 30/2][82][82bis] : notamment lorsque celle-ci se mâtine de quelques béquilles [0, notes 49,50][83][84>29, notes 9 à 15][85] ayant tôt fait de se prendre pour des "jambes"[86,1Co, APR note 44] afin de mieux prendre les jambes pour des "béquilles". Et, si parce que l’iniquité s’accroît, l’amour du plus grand nombre se refroidit [87][88][59, APR note 169], alors la pluscomplexe et la mieux huilée des "machines" n’en peut mais [0, note 59/1], en effet. Ce qui ne doit rien à quelque "crise" externe [89, notes 30], aveugle, "fatale"[11, note 9] et implacable (sauf à la déclencher sciemment [90][91]), parlant de façon terrestre… mais à l’inverse, celle-ci lui doit beaucoup.

(2)[Jeudi 11 avril 2013]
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 3, 31-36.
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*}{*}{*}{*(2)} 
« Celui qui vient d'en haut est au-dessus de tout. Celui qui est de la terre est terrestre et il parle de façon terrestre.  Celui qui vient du ciel rend témoignage de ce qu'il a vu et entendu, et personne n'accepte son témoignage. Mais celui qui accepte son témoignage certifie par là que Dieu dit la vérité [§9]. En effet, celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, car Dieu lui donne l'Esprit sans compter. Le Père aime le Fils et a tout remis dans sa main. Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui refuse de croire en lui ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. »

        La colère de Dieu ? Qui peut le plus peut le moins : à l’occasion, elle sait aussi "parler de façon terrestre"[92, APR note 17][93, APR note 20][1, APR note 26] : entre autres, par la bouche même de ceux qui demandentde façon terrestre- ce qu’est la vérité [94][95, note 54][96,Mt(7){3}][97, note 112][98, notes 384 à 388]. À d’autres occasions, elle contriste le thuriféraire de la tranquillité d’esprit dans sa version "brise légère"[41] : celui-là est moins dérangé par une béquille se prenant pour une "jambe" que par un anémomètre se prenant, lui, pour une éolienne. Car, si Dieu donne l'Esprit sans compter… Il le donne aussi à qui n’accepte pas le témoignage de celui qu’Il a envoyé : alors, inutile de vous dire que [99, AV note 13] la perception du refuznik [100, APR note 77] n’est pas exactement la même. Il est vrai que dans cette configuration "colère de Dieu", le souffle de l’Esprit [>Jn(1)] n’a pas non plus la même pédagogie dans son émission [101, APR note 5] ; moins qu’une sorte de "divine vengeance" prématurée -se plaisant "méchamment" à "détruire les cieux embrasés et à désagréger les éléments en feu"[102,2P][103, notes 276]- il s’agit surtout de détruire et de désagréger ce qui est plus terre à terre : comme une "brise légère acceptée"… en tant que "somnifère" du cœur et de l’âme ; tout le monde [104, note<12>] n’est pas Moïse -ne vit pas au temps de Moïse-, et la brise légère a pour fonction de respecter la liberté de chacun : non de contribuer à ce que les uns la redéfinissent [105,6][106, APR note 129] à leur seul profit, contre [29, APR note 32][44] celle des autres. Ce qui est plus terre à terre, c’est également la "béquille" surnuméraire : non seulement  elle est inutile mais elle fait obstacle à ce qui l’est moins, jusqu’à menacer de l’étouffer ; sont alors de mise le coup de fouet [0, note 52]… et des "courants d’air" plus vifs, si nécessaire.

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        De même, "détruire et désagréger ce qui est plus terre à terre" ne réclame pas –heureusement !- le feu du cielpas davantage quelque potentat local, ou autre fabuleux héros doté de super-pouvoirs [107][108][109] ; en somme, pas de spécialiste [110][15], réel ou auto-proclamé [111, notes 31,32]. Surtout pas de "rois de la terre"[112][113][114][115][116][117][118][119][120][121][122][123][124][125][126][127][128][129][130] : car chez eux -et entre eux-, on "se dresse, on se ligue contre le Seigneur et son messie : « Faisons sauter nos chaînes, rejetons ces entraves [131] ! » Celui qui règne dans les cieux s'en amuse, le Seigneur les tourne en dérision [132][133][134][135][136][137][138][139][140][141] ; puis il leur parle avec fureur, et sa colère les épouvante"[11,Ps][23][142][143, notes 28 à 30][144]."Au contraire, ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages ; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d'origine modeste, méprisé [145] dans le monde, ce qui n'est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose, afin que personne ne puisse s'enorgueillir devant Dieu"[146,1Co][147,1Co]. Dès lors, avec un tel profil, la mission du "destructeur" ne verse pas tant dans le spectaculaire/extraordinaire [5, APR note 295][14, note 33!] –ou le bouleversement de l’"ordre établi"- que dans ce qui nuit ou empêche de "construire"[148][149: à commencer par ce qui coupe le "souffle de l’Esprit".

        Par "ce qu'il y a de fou dans le monde, ce qu'il y a de faible dans le monde, ce qui est d'origine modeste, méprisé dans le monde", voilà aussi par où se fait entendre le "souffle de l’Esprit" : y compris sur un registre moins rebutant que celui de la "colère de Dieu", voire sur quelques éléments seulement : et non dans leur ensemble. Ainsi du signe de Nicodème : "chargé d'instruire Israël" -et jouissant par conséquent d’une situation sociale enviable-, le visiteur nocturne de Jésus ne fournit pas l’exemple le plus probant de "ce qu'il y a de faible dans le monde, ce qui est d'origine modeste, méprisé dans le monde". Il est assurément de ceux "qui sont quelque chose" : représentant de l’autorité religieuse du lieu et du moment, il fait partie des "sages", est tenu pour tel. Néanmoins, il n’est pas davantage concerné par la "colère de Dieu" : s’il l’avait étési sa position lui avait dicté de "s'enorgueillir devant Dieu"-, il ne se serait tout simplement pas dérangé pour aller trouver un rabbi qui, lui, représente "ce qu'il y a de fou dans le monde". Naturellement, ce qu’il y a de tel dans le monde est parfaitement étranger à toute considération (fût-elle unanime) de "déséquilibre chimique"© du cerveau [150][151, APR note 394][152, notes 35,36][153] [sic] : il s’agit de ce qui déborde –ou dépasse- de l’entendement des "sages", de ce qui s’inscrit hors de leurs rails [154, AV note 79][155, note 75], de ce qui semble nuire à leur tranquillité d’esprit ou menacer leur pouvoir.
        « Rabbi, nous le savons bien, c'est de la part de Dieu que tu es venu nous instruire, car aucun homme ne peut accomplir les signes que tu accomplis si Dieu n'est pas avec lui. »[11,Jn] Par cette entrée en matière, le "sage" fait montre de sagesse… mais aussi de "folie". "Folie" du "sage" venu se frotter au "fou" ; mais "folie sage", puisque venu nuitamment afin ne de ne pas risquer de passer pour "fou" auprès de ceux qui le réputent "sage"hors du cercle officiel des "sages". Pourquoi hors de ce cercle ? Parce qu’il est d’autres "fous" à l’intérieur de ce cercle. Parce qu’il n’est pas certain que la démarche de Nicodème ait été clandestine vis à vis de tous ses pairs ; parce qu’il n’est pas même inenvisageable que ces derniers l’aient envoyé au titre de porte-parole : étant moins "fous" que Nicodème, ils auraient alors préféré demeurer en retrait. Parce qu’enfin, lorsque le visiteur de la nuit dit : « nous le savons bien », il ne dit pas : « je le sais bien ». Ce qu’il dit, il le dit au nom de ses pairs comme en son nom propre. En écho (nous sommes en Orient il y a deux mille ans : le vouvoiement reste plus que jamais étranger aux coutumes locales [156, AV note 31][157, note 71]), ce qui lui est répondu l’est également au pluriel : « …et vous n'acceptez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? »[>Jn(1)] "Le risque de Nicodème", c’est aussi celui de se voir court-circuité dans la possible tentation de s’enorgueillir de cette "folle" équipée -pouvant compromettre sa réputation- en s’excluant personnellement de ce "vous", voire en s’en rebellant : après tout, par sa seule démarche –éminemment ouverte à l’interrogation-, ne donne-t-il pas lui-même des signes plus positifs d’acceptation dudit témoignage, de croire davantage que les autres lorsqu’on lui parle des choses de la terre ou du ciel ? Ce qui n’altère d’ailleurs en rien la première acception, visée plus haut : "le risque de Nicodème" ravivant la flamme vacillante [0, APR note 40]. Une acception que nous retrouvons dans l’autre pluriel employé : «nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous n'acceptez pas notre témoignage.»[>Jn(1)] S’il ne s’agissait là que d’un "nous" de majesté, pourquoi Jésus se désigne-t-Il tout à coup par la première personne du singulier à la phrase suivante (« …quand je vous parlerai ») ? Question subsidiaire : pourquoi, alors même qu’Il parle au présent, conjugue-t-Il alors le verbe parler au futur ? Pourquoi, sinon pour illustrer "le risque de Nicodème" dans sa première acception ? "Nous", c’est bien sûr Lui au premier chef ; ce sont aussi les prophètes qui L’ont annoncé avant Lui ; ce sont enfin les multiples aventuriers du "risque de Nicodème" à venir après Lui (d’où le verbe parler conjugué au futur). Ne soyons pas étonnés si, chez ceux-là, prestige de la fonction et autorité dans le siècle ne sont pas toujours au rendez-vous : ce n’est pas non plus exclu [158][159][160][161] (ce qui est heureux, et illustre en permanence la parabole : "à chacun selon ses capacités"[Lc>162/163/164(3)]), mais autant les "sages" les plus officiels sont souvent décevants [5, APR note 424][165], autant il se murmure que… "ce qu'il y a de fou dans le monde, ce qu'il y a de faible dans le monde, ce qui est d'origine modeste, méprisé dans le monde"[146,1Co][147,1Co] n’est pas sans réserver quelques surprises.

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            L’aventure du "risque de Nicodème" ? Et si c’était déjà "ne pas se dire propriétaire de ce qu'on possède, mais mettre tout en commun"[>Ac] ? Cependant, qui parle… seulement de biens matériels ? Rien de plus commun que de mettre en commun ce qui l’était déjà : il y a là peu d’aventure… et peu de risque. Mettre tout en commun, c’est un ton au-dessus : il s’agit de mettre en commun ce qui l’était déjà, plus ce qui l’était moins… voire ce qui –selon les normes de quelque "sagesse" en cours- semble ne pas l’être. Ce qui ne fonctionne qu’en "ayant un seul cœur et une seule âme"… ou en visant sciemment un tel objectif ; et ce qui requiert de chatouiller plutôt "les choses du ciel" que "celles de la terre". Parce qu’à parler de façon uniquement terrestre, on peut aussi mettre tout en commun sans difficulté particulière [166, AV note 15] : les poules et les renards, les chiens et les chats, les loups et les agneaux, les souris et les éléphants, les lapins et les chasseurs, les lions et les gazelles, les gendarmes et les voleurs [167, notes 276 à 295], etc. Ce n’est toujours pas très aventureux pour ceux qui mettent en commun, mais cela peut aisément virer à la mésaventure carabinée chez ceux qui sont mis en commun : très exactement à la mesure où certaines "sagesses"© en vogue finissent par ne plus mettre en commun que ce qui ne l’est pas [168, notes 159>183].
        Par ailleurs, l’aventure du "risque de Nicodème", c’est aussi une aventure librement [0, notes 105,106] acceptée pour soi-même : non imposée par procuration par des "aventuriers" de salon, friands de la faire vivre à d’autres qu’eux-mêmes ! Sans compter qu’à procéder de la sorte, il va sans dire qu"un seul cœur et une seule âme" sont à ranger au rayon de galéjades rendues de plus en plus inaccessibles ; quant au "souffle de l’Esprit"[>Jn(1)], il ne s’agit plus de le canaliser mais de lui couper le sifflet : pas même de "brise légère"[0, note 41].
       L’aventure du "risque de Nicodème" ? C’est une très vieille histoire : encore plus ancienne que Nicodème lui-même. Elle s’exprime en effet –fort joliment- dans le livre d’Isaïe : "Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l'ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l'enfant étendra la main"[169,Is]. Si l’on remarque assurément quelques points communs avec l’énumération énoncée plus haut, tout n’est pas à mettre en commun ! De fait, celle d’Isaïe est conditionnée au préalable par un "esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur, qui lui inspirera la crainte du Seigneur"[169,Is] : c’est dire qu’avec cela, il n’y a déjà plus grand chose de commun ! (D’autant que plus haut, les quelques bestiaux cités préfèrent se manger entre eux plutôt que de manger du fourrage…) Une autre question demeure cependant en suspens : qu’y a-t-il de commun entre cet extrait d’Isaïe… et l’aventure du "risque de Nicodème" ? Il y avait le partage hautement improbable [0, AV note 70] ; mais avant de songer à partager quoi que ce soit, il semble que la condition première soit de se rencontrer : dans la même "collection", nous avons donc à présent la rencontre hautement improbable [170][171]. L’épithète est ici loin d’être neutre : ce qui rend en effet "improbable" la rencontre, c’est moins quelque empêchement interne à mettre en commun que sa substitution verbale par "celui qui parle de façon terrestre"[>Jn(2)]. À "l’improbable", celui-là ne fait pas dans le détail : il pense et parle"impossible". L’épithète est plus radicale ; accessoirement, elle trouve force impeccables justifications au sein de la "sagesse" du lieu et du moment. Moins accessoirement –mais tout aussi radicalement [29, notes 9 à 15]-, elle coupe le sifflet du "souffle de l’Esprit"[>Jn(1)] : Celui qui est pourtant "au-dessus de tout"[>Jn(2)]; donc, des plus impeccables justifications au sein des "sagesses" de tout lieu et de tout moment. In fine, l’épithète "impossible" ne garde du "risque de Nicodème" que le seul "risque" : le malheureux "Nicomède" est évacué, prié d’aller voir ailleurs. Cette polarisation sur le seul "risque" entraîne de facto sinon [9, note 0/1] sa réduction à zéro [64] du moins sa minimisation quasi obsessionnelle. On n’en présente plus les dégâts sur le terrain, ceux-là conduisant tout droit à désagréger des éléments [0, notes 102,103] de rencontres accomplies [63,[8]+APR note 222], improbables ou non. Sans oublier l’anti-"risque"[29, APR note 32][44] (!), qui consiste à se donner l’impression, l’illusion [53, APR note 44] d’encourager au retour de balancier par la promotion frissonnante… de rencontres osées [172! Mais pas de méprise : la promotion de telles rencontres –et le frisson qu’elles génèrent- n’ont rien de commun avec l’amour ("un seul cœur et une seule âme") puisqu’elle s’élabore sur sa tueuse [173][174][175] la plus ordinaire : la peur [0, notes 22 à 25][176>177>178! Il fallait oser, en effet

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        Elle est si ordinaire, cette tueuse, qu’elle n’est pas la dernière à participer à l’évacuation de "Nicomède"[179?] : à figer l’esprit sur le "risque" au nom de craintes dont on aurait peine à discerner qu’elles ressortent toujours de celle du Seigneur [169,Is] (d’autant moins si celles-ci [180, APR note 20] résultent en droite ligne de l’application de "conseils"[99, note 30][181, notes 12,13] à la "force" douteuse [30, notes 336 à 344]…). Il est alors aisé de recourir à quelque opportune "sagesse" de circonstance -"parlant de façon terrestre"-, derrière laquelle on s’abrite afin de justifier sa propre renonciation à la rencontre improbable : tendance minimale si on la compare à celle qui  motive rien de moins que la machine arrière, poussant à renoncer aux plus probables des rencontres déjà accomplies jusqu’à s’organiser activement pour qu’elles n’aient pas -ou plus- lieu [182] ! (Le plein accomplissement de l’organisation de non-rencontre trouve même une comparse efficace, avec laquelle se mettre tout en commun : la non-"existentialisation"©[51] !) Ce qui n’élimine pas toujours le "risque" : car, à l’éventuel jeu postérieur de l’organisation de rencontres sélectives ponctuelles, celle du non-sélectionné non-"existentialisé"© peut encore conserver une probabilité assez consistante pour générer quelques sueurs froides chez le sélectionneur de rencontres [99, notes 78,79][22, notes 3 à 17]. Il est néanmoins des organisations [183,3°)] moins ponctuelles qui, de la considération unanime [70, notes 43/633>][71] de leurs (gentils[184, AV note 9] ?) organisateurs [185], sont devenues très communes : à défaut de parvenir à"un seul cœur et une seule âme", au moins revient-on ainsi à "un seul corps" [sic]. Toujours est-il que, même au plus acharné et obtus du travail d’évitement de la rencontre, on observe là comme une sorte d’hommage inversé à la rencontre improbable… puisqu’il s’agit de rendre délibérément "improbable" ce qui n’est pas censé l’être !
        L’aventure du "risque de Nicodème" ? Elle aussi rend hommage à la rencontre improbable… mais la tête à l’endroit [116][186][187]. Ce qui n’est pas toujours le moindre des paradoxes, attendu que son hommage à la tranquillité d’esprit se fait -si nécessaire- nettement plus relatif : n’est-il pas relativement normal [188, APR note 3][189] que l’aventure en appelle à froisser quelques plis, à bousculer deux ou trois habitudes ? Ainsi de celle quiMontage gergovie2.jpg consiste à porter le chef à l’envers : on peut certes se rassurer [5, note 402/2] un moment parce que tout le monde [104, note<12>] autour de soi le porte dans le même sens [190, note 30]… et que tout le monde aura "décidé"©[191, AV note 46] d’"un seul cœur et d’une seule âme"© [sic] que l’endroit était "l’envers"©, que l’envers était "l’endroit"©. De la même façon terrestre, tout le monde pourrait bien "décider"© unanimement que l’ouest se désignât présentement par "l’est"©[192][193] : il est à craindre que le soleil ne s’en amuse, persistant à se lever à l’est comme à se coucher à l’ouest. Plus près de nous, ne s’est-il pas récemment avéré qu’en dépit de certains "décideurs"© ayant appelé "bœuf"© du cheval [195][196][197], quelques esprits forts se soient levés, refusant de croire à une telle transmutation génétique ? (Il est des scandales qui ont quelque chose de rassurant : en ce que, par contraste, leur éclatement témoigne de ce qu’il existe encore une poignée d’irréductibles observant un substantiel recul au regard de certaines "décisions"© unanimes : des aventuriers, peut-être ?…)

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      La question n’est à présent pas tant de savoir que l’aventure du "risque de Nicodèmerende hommage à la rencontre improbable : ne serait-elle pas plutôt d’appréhender comment elle lui rend hommage ? Ce qui nous amène à considérer de plus près la rencontre improbable elle-même : ceci en évacuant à notre tourretour de balancier ?- toute autre de ces considérations (unanimes ou non) s’articulant sur des "sagesses" qui concourent fâcheusement à troquer "l’improbable" contre "l’impossible". Non que celles-ci n’aient jamais quelque légitimité… mais à vouloir fermer complètement le robinet pour ne pas "risquer" de se "mouiller", chacun reste sur sa soif : à moins d’une fuite [198], l’eau n’en coule plus. L’improbable, lui, semble suggérer que l’on consente à laisser couler un mince filet d’eau : la rareté plutôt que le tarissement, la pondération (voire la ration tout court !) plutôt que le jaillissement d’abondance. Une suggestion qui parle de façon terrestre, elle aussi. Parce qu’à lire l’Écriture [199>200,Mt] (nouvelle et ancienne Alliance confondues), la rencontre probable se fait singulièrement plus sporadique que l’autre. Rappelons ici que nous associons la rencontre au "risque de Nicodème" : il n’existe pas de véritable "risque" (de "Nicodème" ou non) dans l’organisation de la rencontre commune, dès lors que celle-ci s’inscrit dans le cadre de mises en commun minimales accomplies, desquelles nul ne déborde, de l’intérieur comme de l’extérieur : rencontre sportive (ou partageant quelque activité sociale commune), religieuse [201], amicale ou familiale, festive ou même douloureuse. En soi, la rencontre commune coule de source : n’étant ni probable ni improbable, elle échappe à cette catégorie.
      À tout seigneur, tout honneur : il serait mal venu de ne pas commencer par Nicodème en personne. Membre d’une communauté cherchant alors à faire périr [13] Jésusrestant membre avant, pendant et après-, il incarne mieux que personne le "risque de… lui-même" : eusse-t-elle été prudemment effectuée de nuit, sa rencontre avec Jésus était ô combien improbable. Si elle avait été "impossible"… il serait surtout impossible d’en parler encore de nos jours ! À l’entrée de Capharnaüm : Matthieu [33,Mt] ; la rencontre est inévitable… mais quoi de commun entre un collecteur des impôts [34] assis -comptant méticuleusement ses sous-, et un rabbi réputé thaumaturge gratuit [202], pérégrinant en compagnie d’une poignée de disciples ? La rencontre est inévitable… mais elle est aussi commune que celle du client et de la caissière de supermarché. Si le client dit à la caissière : « Suis-moi », ne nous étonnons pas qu’elle ne se lève pas et ne le suive pas. En revanche, si elle se levait et le suivait, il y aurait tout lieu d’en déduire que cette rencontre commune devient… improbable. À Matthieu, Jésus "lui dit : « Suis-moi. » L'homme se leva et le suivit"[33,Mt]. Nulle considération de "charme", de contrainte plus ou moins manipulatrice [203] ou de quelque automatisme acquis d’avance dans la réponse de Matthieu : Jésus est Le même quand le jeune homme riche vient Le rencontrer de son propre chef (accourant vers Lui et se mettant à genoux). « Maître, j'ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse. »[204,Mc] Autrement dit, tenant plutôt le haut du pavé en matière de rencontres communes, ayant initié par ailleurs cette nouvelle rencontre, cet homme-là était a priori bien mieux disposé -que le futur Apôtre de l’entrée de Capharnaüm- pour franchir le pas décisif entre la rencontre commune et la rencontre improbable : celui-là incarne la rencontre… probable. La différence entre l’improbable et le probable ? Hors de celle -évidente et visible- du préfixe les opposant sémantiquement, elle se situe tout simplement dans la phrase suivante, à propos de laquelle on prête généralement une attention distraite : "posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l'aimer"[204,Mc]. Ce qui, en soi, est presque absurde. Parce qu’il est inconcevable que Jésus "se mette" à aimeren "parlant de façon terrestre" : ce qui signifierait qu’Il ne "s’y était pas mis" avant, qu’Il pourrait ne plus "s’y mettre" après, que s’Il "s’y est mis" pour celui-làIl "s’y est moins mis" -ou pas- pour d’autres, etc. Ce qui suppose enfin que Jésus puisse conjuguer le verbe aimer au négatif… alors que jusqu'au bout [205] de sa trahison, même Judas aura été appelé « mon ami »[206]. En clair, à ne parler que "de façon terrestre"… c’est tout bonnement une catastrophe que "Jésus se mette à aimer" ! Cette précision de Marc (qu’on ne trouve pas chez Matthieu, au sujet de Matthieu lui-même : ce qui n’en exclut pas, bien entendu, des conditions similaires) revêt donc une autre signification que l’interprétation un poil "gnangnan" qui pourrait lui être concédée : une interprétation trop facile pour en avoir livré la substantifique moelle. Certes, on peut encore l’élever à un degré supérieur : en considérant, par exemple, que "poser son regard, se mettre à aimer" est une manière d’exprimer le souci d’ouvrir le cœur et l’âme de l’autre : qu’à son tour, il puisse envisager de "se mettre à aimer". C’est déjà plus satisfaisant, en ce qu’il s’agit toujours de "se mettre à aimer", non de s’essayer à exercer quelque contrainte intimant plus ou moins subtilement à l’autre "d’aimer" : ce serait alors un non sens. Il n’en demeure pas moins que même si Jésus est assurément hors de soupçon sur cet aspect, la phrase conserve un quelque chose de gênant quand on Lui applique. À moins de la considérer autrement.

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      "Posant alors son regard sur lui, Jésus"… tourna la clef de contact. C’est plus moderne, mais moins poétique : c’est pourtant ce qui va contribuer à gommer le petit quelque chose de gênant.
      La rencontre commune ? Le véhicule est correctement stationné : sur un emplacement approprié, à un endroit qui ne perturbe pas la libre circulation de ceux qui ne le sont pas ; si l’emplacement est payant, le conducteur s’est dûment acquis de sa contribution auprès du "collecteur" local, homme ou machine [207]. En somme, rien à redire… sinon que le véhicule est stationné. "Celui qui est de la terre est terrestre et il parle de façon terrestre"[>Jn(2)]. Pour celui-là, tout est clair. Matthieu est assis à son bureau de publicain : tout le monde va et vient autour de lui, mais lui reste à son emplacement. Matthieu "incarne" à la perfection… le véhicule stationné.
      La rencontre improbable ? Le véhicule file à toute allure, et… pardon ? Soit, à allure raisonnable : afin de respecter les limitations de vitesse. Néanmoins, il roule : ce qui rend peu probable que son conducteur en rencontre un autre… sauf collision, naturellement. Mais ça, c’était avant [0, notes 57,58] c’est accident : ce sont davantage les véhicules que leurs conducteurs qui se rencontrent : sauf œuvre de pure fiction [208], il ne faut pas trop compter sur une "rencontre improbable"à moins que les conducteurs ne s’en sortent sans bobo : tout reste possible tant que l’on voit la vie ! "Celui qui est de la terre est terrestre et il parle de façon terrestre"[>Jn(2)]. Pour celui-là, tout est clair : "quand un homme accourt vers Jésus" (qui "se mettait en route"[204,Mc] : Il n’était donc plus "stationné" (!), mais n’avait pas acquis autant d’énergie cinétique que son intercepteur [ NB : remarquons que "se mettre en route" est plus neutre que "se mettre à aimer" !… ]), quand cet homme accourt,  il "incarne" à la perfection… le véhicule filant àtoute al allure raisonnable.
      En définitive, "celui qui est de la terre" pose le postulat suivant Matthieu "incarne" la rencontre commune, l’homme "mis à être aimé" la rencontre improbable. Alors que dans un réel qui est là, pour tous [53, AV note 41] les deux, c’est… le contraire que l’on peut observer. Reprenons la phrase originale : "posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l'aimer"[204,Mc]. Jésus se mit à… démarrer le moteur même de la rencontre improbable. (Il est… probable qu’Il ne l’ait pas moins démarré à l’entrée de Capharnaüm, mais à l’énoncé de la réponse, la précision textuelle était moins nécessaire…) L’un s’est levé pour L’accompagner dans Son véhicule (en abandonnant le sien), l’autre s’est levé aussi… mais pour "s’en aller tout triste: dans son propre véhicule.

      De fait, la rencontre improbable ne saurait se limiter à son aspect le plus immédiatement visible : au contraire trouve-t-elle sa source dans le caractère -invisible par définition- du "souffle de l’Esprit". On "ne sait pas d'où il vient ni où il va"[>Jn(1)] : si on le savait, alors il serait visible. Si on le savait, alors on pourrait en "parler de façon terrestre"[>Jn(2)]. On peut néanmoins en parler de cette façon –sinon comment en parler dans la chair ?-, mais uniquement par analogies paraboliques, par recoupements : dans un langage se sachant"ne pas savoir [4] d'où il vient ni où il va". "Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau"[169,Is], etc. : même énoncé dans un langage volontiers suggestif quant à ses implications sur des sujets moins bestiaux que ceux décrits ("La Fontaine" longtemps avant La Fontaine [209]), même conjugué au futur –et même prononcé depuis un lointain passé !-, ceci demeure inconcevable au présent par le seul parler dans la chair. Précisément est-ce lorsque "ce qui est fort dans le monde" prétend concevoir par là –et seulement par là- ce qui échappe à sa visibilité qu’il "couvre de confusion"avant d’en être lui-même couvert [146,1Co][147,1Co].
      Tant qu’à citer l’Apôtre des païens, suivons justement un instant son parcours. À l’époque où il était encore Saül de Tarse [210,Ac][211,Ac], il lui est arrivé de rencontrer visiblement Étienne. Une rencontre qui ne doit rien au schéma de la rencontre improbable :
- parce qu’il était encore Saül de Tarse, d’une ardeur jalouse [212]à rendre l’improbable "impossible" (!)
- parce que l’issue de cette rencontre est en opposition radicale avec le dit schéma,
- parce que cette rencontre était finalement assez probable…
- enfin parce que simultanément, Étienne lui-même témoignait devant ses juges de rencontres ô combien improbables [213,Ac][214,Ac][215, notes 8,9], celles-ci se greffant en effet dans un invisible qui leur était assez inaccessible pour les exaspérer et leur faire grincer des dents [216,Ac][217,Ac].
      Mais ça, c’était avant [57, note 11>58] (et pendant) Étienne. Et c’est compter sans LA46915066.jpg rencontre improbable -dans l’invisible- de celui qui était encore Saülquelque part sur la route de Damas [210,Ac][211,Ac]. Une rencontre improbable si bien greffée dans l’invisible qu’il faudra attendre la rencontre improbable suivante (dans le visible, cette fois : celle de Saul avec Ananie) pour que le futur Paul recouvre lui-même… la visibilité dans sa chair. Depuis lors, tout ce petit monde étant naturellement redevenu invisible par inéluctable disparition de la chair, "ce qui est quelque chose" -de visible- à notre époque ne se prive pas de nous offrir une belle démonstration de sa "force" -confinant à l’absurde- en "couvrant" l’improbable "de confusion" jusqu’à le rendre si "impossible" que cela en détruit la démonstration elle-même ! N’est-ce pas en effet un peu fou –y compris dans le monde- que de prétendre détruire d’une main la branche-mère de quelque "discipline"©[218, note 22bis] dont on utilise néanmoins abondamment le jargon interne [211, notes 57 à 63] de l’autre main ? Ce qui, en soi, ne constitue jamais qu’un amusant exercice "intellectuel"©[219] -propre à "l’airain qui sonne" (mais croit raisonner !) et aux "cymbales qui retentissent"[220,1Co]-, brassant un vent dont on sait parfaitement d’où il vient et où il va : d’abord "aérer"© sinon les esprits les plus crédules [221] du moins [9, note 0/1] ceux qui aspirent à la tranquillité [5, note 402/2][10] ; ensuite, "mesurer"© une ancienne rencontre improbable dans l’invisible –inaccessible dans l’espace comme dans le tempsau moyen d’outils déjà passablement abscons à la mesurer un tant soit peu dans le présent et dans le visible ! Est-ce donc cela "être sage [222] dans le monde" ? Alors, le "salut" est décidément dans la "folie" !…

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      Quand bien même on se limiterait à l’aspect le plus immédiatement visible de la rencontre improbable, il n’est jamais que la plage mouillée par les vagues d’un océan d’invisible : si le sable, les galets ou les coquillages dévoilent quelque chose de cet océan, c’est encore à peine s’ils en suggèrent l’étendue, la profondeur et le contenu. Ici le "fou" ne sera-il pas celui qui prétendrait égaler le navigateur au long cours –et par tous temps- au seul moyen de ces quelques éléments côtiers ? La mesure de Paul n’est-elle pas justement d’être sans mesure : de par "la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur"[223,Ep] ? "Car Dieu donne l'Esprit sans compter"[>Jn(2)]. Un point de vue qui, loin de lui être tombé du ciel –sinon quelque part sur la route de Damas (encore que ce ne fut là qu’un nouveau départ : le contraire d’un point final)–, lui a valu quelque substantiel combat en son for interne [224, AV note 12>225].
      Or, qui dit côtier nous ramène précisément à la rencontre : ce qui côtoie, par excellence. Par conséquent, ce qui se rencontre : probablement… et plus improbablement. Accordant la part belle aux plus improbables des rencontres, l’Écriture est à ce titre comme un océan sans fond que la succession des générations ne saurait épuiser : seuls les membres desdites générations s’épuisent –ou se font épuisants- à la mesure de que l’un ou l’autre prétende en avoir TOUCHé [226] quelque fond. C’est pourquoi il convient de TOUCHer au moins la fin de cette note en sachant que ce n’est pas davantage ici qu’ailleurs que nous parviendrons à effectuer le tour -complet et exhaustif- des improbables rencontres de l’Écriture. Conservons toutefois à l’esprit ce qui constitue peut-être la plus emblématique de ces rencontres, sur un mode collectif : celle de douze hommes dontà quelques exceptions près- la probabilité de leur rencontre était proche du zéro absolu, hors des conditions que nous en connaissons [227][228, APR note 4][229][180, notes 15,16].
      Sans omettre en aval que la dite rencontre n’invite personne à baisser la garde [230][231] et à s’estimer parvenu à bon port : jusqu’au bout [232], la mer d’huile n’est pas vraiment à l’ordre du jour [233][234]. Jusqu’au bout, ce qui flotte à la surface de l’océan ne saurait négliger les probabilités de rencontre avec ce qui y flotte en sous-marin [235] : pas toujours animé des meilleures intentions. Jusqu’au bout, la boussole n’est pas à confondre avec le quai… et ses amarres tranquillisantes [5, note 402/2][10]. À cet égard, vient épisodiquement surnager la bouée du risque de Nicodème :
- à passer d’un côté, on incline à vouloir sinon exclure radicalement la rencontre improbable du Montage LA FRANCE COULE extrait avant4.jpgmoins [9, note 0/1] la redéfinir [105,6][106, APR note 129] en "probable" afin de se justifier de la contenir à cette limite, au nom d’un "impossible" de bon aloi. Au-delà de l’aspect apparent des seuls biens matériels, on distingue ici l’attitude du jeune homme riche [204,Mc] : alors même qu’il pouvait cumuler nombre d’atouts jouant en sa faveur, il n’est pas allé jusqu’au bout : c’est-à-dire qu’au moment de franchir ce paspetit, mais décisif- qui l’aurait basculé de la rencontre probable à l’improbable, il n’a pas osé se frotter à celle-ci : c’est aussi à cause de la proximité de cette étape -à laquelle il a préféré renoncer- qu’il s’en est allé tout triste ; un peu à la façon du coureur qui, tout proche de vaincre, s’arrête net avant la ligne d’arrivée
- à passer de l’autre côté (de la bouée du risque de Nicodème), on observe le phénomène inverse : l’attitude adoptée est alors de s’attacher à dénicher quelque pépite [236, APR note 62] improbable au cœur du probable, de ne pas s’arrêter à ce dernier. Quoi de plus probable –et de plus grossier- qu’un champ, par exemple ? Pourtant, "l'homme qui a découvert un trésor caché dans un champ le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il possède, et il achète ce champ"[237, Mt(1/1)]. Champ probable + trésor improbable = attitude basculant du probable à l’improbable… avec joie à la clef. La préconisation requise est commune au deux : mais seul celui qui l’agrée en pratique y trouve sa joie. Si personne n’oblige personne à vendre tout ce qu’il possède, personne n’est censé contraindre non plus personne à une sorte de paupérisation misérabiliste : "vendre ce qu’on possède", en l’espèce, c’est surtout accepter