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dimanche, 27 avril 2014

Mets ta tente à Sion : il y tombe des cordes misérables.

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[Deuxième dimanche de Pâques – Dimanche de la Miséricorde]
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           Saute-mouton [1, APR note 43][2, note<209>][3, note 45(>119)] dominical (!) autorisé au sujet de l'article ci-dessous. Du moins au seul sujet de l'axe de réflexion autour duquel tourne son auteur : "l'accès à la communion des divorcés remariés"(§1) pouvant à juste titre ressembler à une sorte d'auto-débat [4] pour qui ne se sent intéressé (ou concerné) ni par "la communion"[5] elle-même ("accessible" ou non) ni même par l'état de vie maritale dont il est question au regard dudit débat. À brièvement survoler cet aspect, précisons néanmoins que la question reste douloureuse pour qui y est davantage impliqué, sachant par ailleurs qu'il s'agit moins de stricte observance disciplinaire que d'un souci de cohésion sacramentelle.

          Si la première devait réellement constituer la priorité du "processus général" de la discussion, il faudrait alors considérer que celle-ci relève de quelque "mérite personnel" (à supposer que quiconque ait légitimité et compétence [6] pour en juger en for externe…) : ce qui –eu égard au sujet évoqué- éliminerait d'emblée… rien de moins que tout le monde [7,Rm(1)][8, note 168/2] ! Sans parler de ce qui se fait plus perceptible –négativement- de l'extérieur : partout où "la communion" (prise dans un sens plus large : non sacramentelle et horizontale) ne nécessite ni fine réflexion ni grand débat pour en CONSTATER [9, notes 118>119][10, AV note 636] de substantielles carences [11][12]. Un état des lieux qui ne relève pas davantage de perception extra-sensorielle : les dites carences étant observables à l'œil nu chez qui les subit de près en son for interne/externe, jusque chez de plus lointains [13, notes 154,155<14, APR note 19/2][13, note 130(>166)]. Ce quel que soit décidément l'état de vie de chacun : par ailleurs, nul besoin d'être fin théologien ou philosophe (que notre auteur du jour nous en fasse miséricorde !) pour en attester sans que cela ne relève d'un implacable jugement. (Mais voilà qui, en revanche, devrait ouvrir à l'exercice -parfois sportif- de la… miséricorde.)

865411594.jpg       C'est dire que si les critères de "l'accès" susnommé devaient ainsi dépendre de "bons points" de cet ordre, il est à craindre que nous allions de sacrées surprises [15, note 7] en surprises désacralisées ! À cette aune en effet –à ne considérer que l'ouverture de cœur [16,(§19)]-, moult "divorcés remariés" pourraient sans doute tenir la dragée haute à d'autres, ces derniers étant formellement plus "accédants" qu'eux parce que canoniquement "propres sur eux"[17][18][19][20][21][22][23] : après tout, n'est-il pas question quelque part de sépulcres blanchis [24]… tout aussi "propres sur eux" ? La miséricorde recommande de ne pas y regarder de trop près, tant les ressemblances_[25,6][25,6] peuvent s'en avérer elles aussi surprenantes :
- brillant de partout [26][8, notes 10,11][27, notes 13 à 15][28],
- éviter_[25,8][25bis,8] d'ouvrir [16,(§19)] hors nécessité_[25,6][25,6] du moment,
- "vitalité" globale plutôt discutable [29][30][31][32][33][34][35][36][37]
- …et autres efficaces répulsifs qui, pour l'illusion [38, APR note 44][39] passagère de s'offrir_[40,[19]] son petit salut perso [41][42, notes 6>16], ne sont vraisemblablement pas indifférents à ce quesoient de plus en plus nombreux_[8, AV note 7?][27, AV note 10?] ceux qu'indiffère plus directement un "débat" qui leur semble pour le coup appartenir à une autre planète [43]. Encore que… si leur apparaissait_[44, notes 1,2] inopinément un petit homme vert, qui sait s'ils ne le trouveraient pas moins étrange_[45,[4]] que "d'impeccables" "accédants" à une "communion" sans miséricorde [46] ? C'est fou, non ?

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            La miséricorde ? C'est bien au sujet précis de celle-ci que nous laisser à présent la parole à notre auteur : même à le "déconnecter" du strict contexte "catho-interne" de "l'accès à la communion des divorcés remariés", il est patent que la "dénaturation" de "la notion même de miséricorde"[16, note 8][47, APR note 88][48, notes 52 à 54][49] est à l'ordre du jour bien au-delà d'un tel contexte.

 

La méta-tentation de la miséricorde

TC ne pas détruire.jpg(§1) Débattu aujourd’hui à nouveau, l’accès à la communion des divorcés remariés s’inscrit dans un processus général qui en se déconnectant de la conversion dénature la notion même de miséricorde et méconnaît l’appel à la sainteté du Père de toute miséricorde. Sans péché [50, notes 10 à 12][51, notes 25 à 30][52, APR note 94][53, note 15][7, note<121>][54, APR note 72], plus de miséricorde possible ni conscience de la possibilité de se tourner vers Dieu.
Paradoxe ?

Une telle expression joignant miséricorde et tentation n’est-elle pas un paradoxe douteux ?
(§2) Jean-Paul II dans Dives in misericordia note que« plus peut-être que l’homme d’autrefois, la mentalité contemporaine semble s’opposer au Dieu de miséricorde, et elle tend à éliminer de la vie et à ôter du cœur humain la notion même de miséricorde »[55,2.,§3]. Il me semble qu’une des figures de cet effacement est une représentation mentale pervertie de la miséricorde. On peut en effet s’opposer à quelque chose soit en le rejetant, soit en s’en faisant une image tronquée et dénaturée. La deuxième attitude est plus subtile car elle ne se présente pas comme une opposition mais bien au contraire comme une manière d’honorer ce qui est, en réalité, bel et bien rejeté dans sa nature propre.

La question des divorcés-remariés

(§3) La question de l’accès aux sacrements de l’Eucharistie et de la réconciliation des fidèles divorcés et remariés civilement est revenue au cœur de l’actualité ecclésiale et médiatique. À cette occasion beaucoup ont de nouveau réclamé une approche pastorale et non plus juridique de ce problème majeur. La première serait attentive aux personnes accueillies dans leur unicité ; la seconde serait objective et impersonnelle. Ces deux approches s’incarneraient dans deux pratiques opposées de la vie sacramentelle. La miséricorde est alors invoquée pour souligner à quel point seule la première correspond au cœur de Dieu. La loi n’est-elle pas liée à la justice dont la miséricorde est le dépassement ? Rester sur une approche légaliste de l’accès aux sacrements serait une nouvelle forme de pharisaïsme. Le magistère ecclésial aurait jusqu’alors toujours privilégié la loi et le dogme, ressemblant étrangement à ces pharisiens disposant de lourds fardeaux sur les épaules de leurs disciples. Le temps serait enfin venu de vivre pleinement les valeurs évangéliques dont la miséricorde est la quintessence. Au terme d’un temps de pénitence, dont les conditions seraient à préciser, les divorcés remariés devraient être admis à la réconciliation sacramentelle et à l’Eucharistie. Leur refuser serait faire preuve d’obstination aux antipodes de l’empressement de Jésus à guérir les blessés de la vie et à pardonner aux pécheurs.

Le pardon de Dieu

(§4) Si Dieu n’est que pardon pourquoi l’Église s’entêterait-elle à mettre des conditions au don de Dieu ? La médiatrice de la grâce divine deviendrait-elle son principal obstacle dans une sorte d’avarice insupportable ? Une telle Église serait davantage un organe de pouvoir (nostalgique d’un temps de chrétienté ?) qu’une servante de l’humanité souffrante. Depuis quand le Bon Samaritain [16, notes 13>56,Lc(2)] ou n’importe quel médecin digne de ce nom ­pose-t-il des conditions objectives au soin qu’il dispense ?

(§5) J’utilise à dessein le préfixe « méta » car celui-ci renvoie en grec à une dimension plus fondamentale et englobante [57, APR note 390]. La méta-tentation assume [38, APR note 30/2][58, note 223] toutes les autres et donc les rend vaines [22][59,Ec(1)]. Comme le dit Jean-Paul II, la mentalité contemporaine a du mal avec la miséricorde car celle-ci semble impliquer la misère, et du coup être synonyme de pitié. Être l’objet de la miséricorde, c’est perdre sa dignité d’homme capable et autonome. Est-ce paradoxal avec ce que je viens de dire plus haut ?

Miséricorde sans conversion

(§6) Non car ce refus de la miséricorde, chez beaucoup de chrétiens imprégnés de la mentalité actuelle, se drape justement dans l’appel à la miséricorde. En effet, le présupposé de tout ce que j’ai exposé consiste à déconnecter la miséricorde de la conversion [60, note<15>]. Les divorcés remariés sont bien sûr l’objet de la miséricorde de Dieu comme n’importe quel pécheur mais seuls la contrition de son péché reconnu comme tel et le ferme propos de le rejeter peuvent permettre de recevoir la miséricorde. Vouloir être pardonné sans reconnaître son péché est une contradiction dont l’apparente solution consiste à dénaturer ce que l’on entend par miséricorde. En fait, c’est tout simplement le péché qui est nié en tant que tel. Ainsi les divorcés remariés ayant de nouveau accès à la vie sacramentelle ne seraient ni mariés ni adultères, ils seraient dans un entre-deux qui en tout cas ne serait pas peccamineux. Or s’il n’y a pas de péché, vaine et inutile est la miséricorde, puisque celle-ci est la réponse de Dieu à la misère de l’homme. Avec l’évacuation du péché disparaissent aussi la conscience de la liberté et sa capacité à se tourner vers Dieu en réponse à l’appel à la sainteté qu’Il adresse à tous les hommes quel que soit leur péché.

Thibaud Collin est philosophe. Dernier ouvrage paru : Sur la morale de Monsieur Peillon, Salvator, 142 p., 14,50 €.

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Article librement reproduit du blog de

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reproduisant lui-même sa propre édition papier
du n° 1563 du 29 mars 2014 (p.3)

 

"L’interprétation" typographique de la mise en page -distinction et numérotation de paragraphes (§), ajout de notes de renvoi ([x]), ainsi que l’ensemble des illustrations- est de l'initiative de l’auteur du présent blog. L'introduction (en (§1)) et les intertitres sont de L'Homme Nouveau.

Le temps de la miséricorde

Pape François pasteur.jpg[Deuxième dimanche de Pâques – Dimanche de la Miséricorde]

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Au début du Carême [1][2][3], lors de sa rencontre avec le clergé romain, le Pape François [4, APR note 208>5][6, APR note 222>7] a délivré un très beau message sur la miséricorde [8, APR note 88]. En conseillant d'éviter l'écueil du rigorisme [9,8][9bis,8] et celui du laxisme [10, notes 52 à 54][11][12], il a aussi recommandé d'imiter le Bon Samaritain [13,Lc(2)][14] figure du Christ.

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS
AUX PRÊTRES DU DIOCÈSE DE ROME
Salle Paul VI
Jeudi 6 mars 2014

(§1) Lorsque, avec le cardinal-vicaire, nous avons pensé à cette rencontre, je lui ai dit que je pouvais faire pour vous une méditation sur le thème de la miséricorde. Au début du Carême, réfléchir ensemble en tant que prêtres, sur la miséricorde, nous fera du bien. Nous en avons tous besoin. Et les fidèles aussi, parce que, comme pasteurs, nous devons donner beaucoup de miséricorde, beaucoup !

Sur les routes

(§2) Le passage de l’Évangile de Matthieu que nous avons écouté nous fait tourner le regard vers Jésus qui marche à travers les villes et les villages. Et cela est curieux. Quel est le lieu où Jésus se trouvait le plus souvent, où l’on pouvait le trouver le plus facilement ? Sur les routes. Il aurait pu passer pour un sans-abri, parce qu’il était toujours sur la route. La vie de Jésus était sur la route. Il nous invite surtout à saisir la profondeur de son cœur, ce qu’il ressent pour les foules, pour les gens qu’il rencontre : cette attitude intérieure de « compassion », en voyant les foules il en eut compassion. Parce qu’il voit les personnes « fatiguées et épuisées, comme des brebis sans berger ». Nous avons entendu si souvent ces paroles qu’elles n’entrent peut-être pas avec force. Mais elles sont fortes ! Un peu comme de nombreuses personnes que vous rencontrez aujourd’hui dans les rues de vos quartiers… Et puis l’horizon s’élargit et nous voyons que ces villes et ces villages sont non seulement Rome et l’Italie, mais le monde… et ces foules épuisées sont les populations de tant de pays qui souffrent des situations encore plus difficiles…

(§3) Alors, nous comprenons que nous ne sommes pas ici pour faire un bel exercice spirituel au début du Carême, mais pour écouter la voix de l’Esprit qui parle à toute l’Église de notre temps, qui est précisément le temps de la miséricorde. Cela, j’en suis sûr. Ce n’est pas seulement le Carême ; nous vivons dans un temps de miséricorde, depuis au moins trente ans, jusqu’à aujourd’hui.

(§4) Cela a été une intuition du bienheureux Jean-Paul II. Il a eu le « flair » de sentir que nous sommes dans le temps de la miséricorde. Pensons à la béatification et à la canonisation de sœur Faustine Kowalska ; ensuite, il a introduit la fête de la Divine miséricorde. Il a avancé peu à peu, et il a continué d’avancer dans ce sens.

(§5) Dans son homélie pour la canonisation, qui eut lieu en l’an 2000, Jean-Paul II a souligné que le message de Jésus Christ à sœur Faustine se situe dans le temps entre les deux guerres mondiales, et qu’il est profondément lié à l’histoire du vingtième siècle. Et en regardant l’avenir, il disait : « Que nous apporteront les années qui s’ouvrent à nous ? Quel sera l’avenir de l’homme sur la terre ? Nous ne pouvons pas le savoir. Il est toutefois certain qu’à côté de nouveaux progrès ne manqueront pas, malheureusement, les expériences douloureuses. Mais la lumière de la miséricorde divine, que le Seigneur a presque voulu remettre au monde à travers le charisme de sœur Faustine, illuminera le chemin des hommes du troisième millénaire ». C’est clair. Cela était explicite, en 2000, mais c’est quelque chose qui mûrissait depuis longtemps dans son cœur. Dans sa prière, il a eu cette intuition.

(§6) Aujourd’hui, nous oublions tout trop vite, même le magistère de l’Église ! C’est en partie inévitable, mais les grands contenus, les grandes intuitions et les consignes laissées au peuple de Dieu, nous ne pouvons pas les oublier. Et celle de la miséricorde divine en fait partie. C’est une consigne qu’il nous a laissée, mais qui vient d’en-haut. C’est à nous, en tant que ministres de l’Église, de garder ce message vivant, surtout dans la prédication et dans les gestes, dans les signes, dans les choix pastoraux, par exemple, le choix de redonner la priorité au sacrement de la Réconciliation, et dans le même temps, aux œuvres de miséricorde. Réconcilier, faire la paix à travers le sacrement et aussi par les paroles et par les œuvres de miséricorde.

S'émouvoir devant les brebis

(§7) Il me vient à l’esprit que certains d’entre vous m’ont téléphoné, m’ont écrit une lettre, et ensuite j’ai parlé au téléphone… « Mais, Père, pourquoi en voulez-vous aux prêtres ? ». Parce qu’ils disaient que je malmène les prêtres. Je ne veux pas malmener ici…

(§8) Demandons-nous ce que signifie la miséricorde pour un prêtre, permettez-moi de dire pour nous, prêtres. Pour nous, pour nous tous ! Les prêtres s’émeuvent devant les brebis, comme Jésus lorsqu’il voyait les gens fatigués et épuisés comme des brebis sans berger. Jésus a les « entrailles » de Dieu, Isaïe en parle beaucoup : il est plein de tendresse pour les personnes, surtout pour celles qui sont exclues, c’est-à-dire pour les pécheurs, pour les malades dont personne ne s’occupe… Ainsi, à l’image du Bon Pasteur, le prêtre est un homme de miséricorde et de compassion, proche de son peuple et serviteur de tous. C’est un critère pastoral que je voudrais vraiment souligner : la proximité. La proximité et le service, mais la proximité, être proche !... Quiconque est blessé dans sa vie, de quelque façon que ce soit, peut trouver chez lui attention et écoute… En particulier, le prêtre manifeste des entrailles de miséricorde lorsqu’il administre le sacrement de la Réconciliation ; il le manifeste dans tout son comportement, dans sa manière d’accueillir, de conseiller, de donner l’absolution… Mais cela vient de la manière dont lui-même vit le sacrement en personne, de la manière dont il se laisse embrasser par Dieu le Père dans la confession et dont il reste dans ses bras… Si l’on vit cela en soi-même, dans son cœur, on peut le donner aux autres dans le ministère. Et je vous pose cette question : Comment est-ce que je me confesse ? Est-ce que je me laisse embrasser ? Il me vient à l’esprit un grand prêtre de Buenos Aires, il est plus jeune que moi, il doit avoir 72 ans… Un jour, il est venu me voir. C’est un grand confesseur : il y a toujours la queue pour le voir... Les prêtres, la majorité, vont le voir pour se confesser... C’est un grand confesseur. Et un jour, il est venu me voir : « Mais, Père… », « Dis-moi », « J’ai des scrupules, parce que je sais que je pardonne trop ! » ; « Prie… si tu pardonnes trop… ». Et nous avons parlé de la miséricorde. À un moment, il m’a dit : « Tu sais, quand je sens que ce scrupule est trop fort, je vais dans la chapelle, devant le tabernacle, et je Lui dis : “Excuse-moi, mais c’est de ta faute, parce que tu m’as donné le mauvais exemple !” Et je repars tranquille… ». C’est une belle prière de miséricorde ! Si dans la Confession, l’on vit cela pour soi, dans son cœur, on peut aussi le donner aux autres.

(§9) Le prêtre est appelé à apprendre cela, à avoir un cœur qui s’émeut. Les prêtres — je me permets ce terme — « aseptisés », ceux « de laboratoire », tout propres, tout beaux, n’aident pas l’Église. L’Église d’aujourd’hui, nous pouvons l’imaginer comme un « hôpital de campagne ». Excusez-moi, je répète cela parce que je le vois comme cela, je le sens comme cela : un « hôpital de campagne ». Il faut soigner les blessures, tant de blessures ! Tant de blessures ! Il y a tant de personnes blessées par les problèmes matériels, par les scandales, même dans l’Église… Des personnes blessées par les illusions du monde… Nous, les prêtres, nous devons être là, auprès de ces personnes.

Soigner les blessures

(§10) La miséricorde signifie avant tout soigner les blessures. Quand quelqu’un est blessé, il a immédiatement besoin de cela, non pas d’analyses, comme le taux de cholestérol, de glycémie… Mais il y a la blessure, soigne la blessure, et après on verra les analyses. Après, on donnera les soins spécialisés, mais d’abord, il faut soigner les blessures ouvertes. Pour moi, en ce moment, c’est cela le plus important. Et il existe aussi des blessures cachées, parce qu’il y a des personnes qui s’éloignent pour ne pas montrer leurs blessures… Il me vient à l’esprit l’habitude, pour la loi mosaïque, des lépreux au temps de Jésus, qui étaient toujours éloignés, pour ne pas contaminer… Il y a des personnes qui s’éloignent par honte, parce qu’elles ont honte qu’on voie leurs blessures… Et elles s’éloignent peut-être un peu en regardant de travers, contre l’Église, mais au fond, à l’intérieur, il y a la blessure… Elles veulent une caresse ! Et vous, chers confrères — je vous le demande — connaissez-vous les blessures de vos paroissiens ? Est-ce que vous les devinez ? Est-ce que vous êtes proches d’eux ? C’est la seule question…

(§11) Revenons au sacrement de la réconciliation. Il nous arrive souvent, à nous prêtres, d’entendre l’expérience de nos fidèles qui nous racontent avoir rencontré, dans la confession, un prêtre très « strict » ou au contraire très « large », rigoriste ou laxiste. Et cela ne va pas. Il est normal qu’il y ait des différences de style entre les confesseurs, mais ces différences ne peuvent pas concerner la substance, c’est-à-dire la saine doctrine morale et la miséricorde. Ni le laxiste, ni le rigoriste, ne rendent témoignage de Jésus Christ, parce que ni l’un ni l’autre ne prend sur lui la personne qu’il rencontre. Le rigoriste se lave les mains : en effet, il la cloue à la loi, entendue de manière froide et rigide ; le laxiste, lui, se lave les mains : il n’est miséricordieux qu’en apparence, mais en réalité, il ne prend pas au sérieux le problème de cette conscience, en minimisant le péché [15, notes 10 à 12][16, notes 25 à 30]. La véritable miséricorde prend sur elle la personne, l’écoute attentivement, s’approche avec respect[9,6][9,6]!  et vérité de la situation, et l’accompagne sur le chemin de la réconciliation. Et cela est fatigant, oui, bien sûr. Le prêtre vraiment miséricordieux se comporte comme le Bon Samaritain [13,Lc(2)]… mais pourquoi le fait-il ? Parce que son cœur est capable de compassion, c’est le cœur du Christ !

(§12) Nous savons bien que ni le laxisme ni le rigorisme ne font croître la sainteté. Peut-être que certains rigoristes semblent saints, saints… Mais pensez à Pélage et ensuite nous en reparlerons… Ni le laxisme, ni le rigorisme ne sanctifient le prêtre, et ils ne sanctifient pas le fidèle ! La miséricorde, en revanche, accompagne le chemin de la sainteté, l’accompagne et la fait croître... Trop de travail pour un curé ? C’est vrai, trop de travail ! Et de quelle manière accompagne-t-il et fait-il croître le chemin de la sainteté ? À travers la souffrance pastorale, qui est une forme de la miséricorde. Que signifie souffrance pastorale ? Cela veut dire souffrir pour et avec les personnes. Et cela n’est pas facile ! Souffrir comme un père et une mère souffrent pour leurs enfants; je me permets de dire, avec angoisse aussi…

(§13) Pour m’expliquer, je vais vous poser quelques questions à vous aussi, qui m’aident lorsqu’un prêtre vient me voir. Elles m’aident aussi lorsque je suis seul devant le Seigneur !

3865535862.jpg(§14) Dis-moi : Est-ce que tu pleures ? Ou bien avons-nous perdu nos larmes [17][18>18bis] ? Je me souviens que dans les anciens missels, ceux d’autrefois, il y a une très belle prière pour demander le don des larmes. La prière commençait ainsi : « Seigneur, tu as donné à Moïse le mandat de frapper la pierre pour que sorte l’eau, frappe la pierre de mon cœur pour que les larmes… » : la prière disait plus ou moins cela. Elle était très belle. Mais combien d’entre nous pleurent devant la souffrance d’un enfant, devant la destruction d’une famille, devant tant de personnes qui ne trouvent pas le chemin ?... Les larmes du prêtre… ! Est-ce que tu pleures ? Ou bien avons-nous perdu nos larmes dans ce presbyterium ? [(Jc7)]

(§15) Est-ce que tu pleures pour ton peuple ? Dis-moi, est-ce que tu prononces la prière d’intercession devant le tabernacle ?

(§16) Est-ce que tu luttes avec le Seigneur pour ton peuple, comme Abraham a lutté ? « Et s’il y en avait moins ? Peut-être n’y en aura-t-il que 25 ? Peut-être n’y en aura-t-il que 20 ?... » (cf. Gn 18, 22-33 [19,Gn(1), APR note 11]). Cette courageuse prière d’intercession… Nous parlons de parresia, de courage apostolique, et nous pensons aux programmes pastoraux, c’est bien, mais cette parresia est nécessaire également dans la prière. Est-ce que tu luttes avec le Seigneur ? Est-ce que tu discutes avec le Seigneur comme l’a fait Moïse ? Quand le Seigneur en avait assez, quand il était fatigué de son peuple et qu’il lui a dit : « Sois tranquille… je les détruirai tous et je te ferai chef d’un autre peuple ». « Non, non ! Si tu détruis le peuple, détruis-moi aussi ! » Mais eux, ils avaient du courage ! Et je vous pose la question : Est-ce que nous avons le courage de lutter avec Dieu pour notre peuple ?

(§17) Une autre question que je pose : le soir, comment est-ce que tu conclus ta journée ? Avec le Seigneur ou avec la télévision ?

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 (§18) Quel est ton rapport avec ceux qui aident à être plus miséricordieux ? C’est-à-dire, quel est ton rapport avec les enfants, avec les personnes âgées, avec les malades ? Est-ce que tu sais leur donner une caresse, ou est-ce que tu as honte de donner une caresse à une personne âgée ?

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 (§19) N’aie pas honte de la chair de ton frère (cf. Reflexiones en esperanza, ch. i). À la fin, nous serons jugés sur la façon dont nous aurons su nous approcher de « toute chair » — c’est Isaïe qui le dit. N’aie pas honte de la chair de ton frère. « Nous faire proches » : la proximité, se faire proche de la chair de son frère. Le prêtre et le lévite qui passèrent avant le Bon Samaritain [13,Lc(2)] n’ont pas su s’approcher de cette personne malmenée par les bandits. Leur cœur était fermé. Peut-être le prêtre a-t-il regardé sa montre et a-t-il dit : « Il faut que j’aille à la messe, je ne peux pas arriver en retard à la messe » et il est parti. Justifications ! Combien de fois trouvons-nous des justifications pour contourner le problème, la personne. L’autre, le lévite, ou le docteur de la loi, l’avocat, a dit : « Non, je ne peux pas parce que si je fais ça, demain, je devrai aller témoigner, je vais perdre du temps… »[20]. Les excuses !... Ils avaient le cœur fermé. Mais le cœur fermé se justifie toujours de ce qu’il ne fait pas. Au contraire, ce Samaritain ouvre son cœur, se laisse émouvoir dans ses entrailles et ce mouvement intérieur se traduit en action pratique, dans une intervention concrète et efficace pour aider cette personne.

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 (§20) À la fin des temps, ne sera admis à contempler la chair crucifiée du Christ que celui qui n’aura pas eu honte de la chair de son frère blessé et exclu.

(§21) Je vous confesse, cela me fait du bien, parfois, de lire la liste sur laquelle je serai jugé, cela me fait du bien : c’est dans Matthieu 25 [21,Mt(2)][22][23, note<161>].

(§22) Ce sont ces choses qui me sont venues à l’esprit, pour les partager avec vous. Elles sont un peu spontanées, comme elles me sont venues…

foi,évangile,christianisme,philosophie,politique,littérature,société[*]

(§23) [Le cardinal Vallini : « Un bel examen de conscience »]. Cela nous fera du bien. [applaudissements].

À Buenos Aires — je parle d’un autre prêtre — il y avait un confesseur célèbre : c’était un prêtre du Saint-Sacrement. Presque tout le clergé se confessait à lui. Quand, l’une des deux fois où il est venu, Jean-Paul II a demandé un confesseur à la nonciature, c’est lui qui y est allé. Il est âgé, très âgé… Il a été provincial de son Ordre, professeur... mais toujours confesseur, toujours. Et il y avait toujours la queue, dans l’église du Saint-Sacrement. À cette époque, j’étais vicaire général et j’habitais à la curie et tous les matins, tôt, je descendais au fax pour voir s’il y avait quelque chose. Et le matin de Pâques, j’ai lu un fax du supérieur de la communauté: « Hier, une demi-heure avant la Veillée pascale, le père Aristi est mort, à 94 — ou était-ce 96 ? — ans. Les funérailles seront célébrées tel jour… » Et le matin de Pâques, je devais aller déjeuner avec les prêtres de la maison de retraite — je le faisais en général à Pâques — et puis — je me suis dit — après le repas, j’irai à l’église. C’était une grande église, très grande, avec une très belle crypte. Je suis descendu dans la crypte et il y avait le cercueil, et seulement deux petites vieilles qui priaient là, mais pas de fleurs. J’ai pensé : mais cet homme, qui a pardonné les péchés de tout le clergé de Buenos Aires, et les miens aussi, même pas une fleur… Je suis remonté et je suis allé chez un fleuriste — parce qu’à Buenos Aires, aux croisements des rues, il y a des fleuristes, dans les rues où il y a du monde — et j’ai acheté des fleurs, des roses… Et je suis revenu et j’ai commencé à bien arranger le cercueil avec les fleurs… Et j’ai regardé le chapelet qu’il avait entre ses mains… Et aussitôt il m’est venu à l’esprit — ce voleur qui est en chacun de nous, non ? — et pendant que j’arrangeais les fleurs, j’ai pris la croix du chapelet et, en forçant un peu, je l’ai détachée. Et à ce moment, je l’ai regardé et j’ai dit : « Donne-moi la moitié de ta miséricorde ». J’ai senti quelque chose de fort qui m’a donné le courage de faire cela et de faire cette prière ! Et puis, cette croix, je l’ai mise ici, dans ma poche. Les soutanes du Pape n’ont pas de poches, mais je porte toujours sur moi une petite pochette en tissu et depuis ce jour-là, jusqu’à aujourd’hui, cette croix est avec moi. Et lorsqu’il me vient une pensée mauvaise contre quelqu’un, ma main se pose toujours ici. Et je sens la grâce ! Je sens que cela me fait du bien. Que de bien fait l’exemple d’un prêtre miséricordieux, d’un prêtre qui s’approche des blessures…

(§24) Si vous réfléchissez, vous en avez sûrement connus beaucoup, beaucoup, parce que les prêtres d’Italie sont bons ! Ils sont bons. Je crois que si l’Italie est encore si forte, ce n’est pas tant à cause de nous, les évêques, mais grâce aux curés, aux prêtres ! C’est vrai, c’est vrai ! Ce n’est pas pour vous encenser et vous réconforter, c’est ce que je pense.

(§25) La miséricorde. Pensez à tous les prêtres qui sont au ciel et demandez cette grâce ! Qu’ils vous donnent cette miséricorde qu’ils ont eue avec leurs fidèles. Et cela fait du bien.

Merci beaucoup de m’avoir écouté et d’être venus ici.

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Article librement (et partiellement) reproduit de
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(édition papier) n° 1564 du 12 avril 2014 (pp.30/31)

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"L’interprétation" typographique de la mise en page -distinction et numérotation de paragraphes (§), ajout de notes de renvoi ([x]), ainsi que l’ensemble des illustrations- est de l'initiative de l’auteur du présent blog. L'introduction et les intertitres sont de L'Homme Nouveau.