16.04.2008

Alix obéit mais se réveille


Chapitre 1  -  Où le sourire prête main forte à l’inhumation…
   
    Il était une fois une très belle princesse qui désirait redevenir une enfant. Un jour froid d´hiver, elle était assise à une fenêtre, lisant un livre fort ennuyeux décrivant par le menu les mille manières d’être sérieux. C’est que la vie de princesse ne transige point avec le protocole. Pauvre Alix, priée d’être le prototype de tout ce qui colle : dans l’ombre, sa mère veille. Soudain passe en courant dans le jardin un énorme lapin noir coiffé d’une toque blanche. La princesse Alix fut stupéfaite ! Par son sourire de fille de beauté, par son sourire lumière dans l’obscurité, cette vision l’horrifia : à l’ère des mille et une couleurs de l’arc-en-ciel, comment peut-on encore courir ainsi en brandissant le flambeau du monochrome ?
    N’en pouvant mais de cette insulte vivante à la bonne humeur, elle entreprit derechef de poursuivre le scélérat qui chantait à tue-tête : "il est urgent !… il est urgent !… il est urgent !… " Le cas de ce lapin s’aggravait : on sait bien que l’urgent ne fait pas le bonheur. Cette énigme vivante s’enfonça alors dans un sombre terrier : encore du noir ! Ce n’est pas un obstacle pour la jeune princesse : son sourire est lumière dans l’obscurité. Wonder full : ses piles se rechargent à coups de zygomatiques. La gaîté n’empêche pas de se retrouver dans une pièce souterraine après une interminable chute dans le terrier. Au milieu de cette pièce, une table. Au milieu de cette table, une tasse à moitié pleine de ce qui semblait du café. Sur l’anse de cette tasse, une étiquette avec cette indication : "à la tienne, Etienne !" . Le sourire d’Alix se figea un instant : ne serait-elle pas seule ? Qui donc est cet Etienne ? Ne serait-il pas tapi dans l’ombre, prêt à lui voler son âme d’enfant ? Ce questionnement la fatiguant, elle résolut d’y remédier en prenant un petit café. Ce qui tombait bien : bien qu’un peu tiède, il était servi ! Alix but donc d’un trait le contenu de la tasse. Elle fut alors envahie d’une étrange sensation : le protocole princier lui devint tout à coup sympathique… et la lumière faiblit. Elle eut juste le temps d’apercevoir un biscuit posé près de la tasse, à côté duquel trônait une nouvelle étiquette : "pour te couper la faim, de la part du nain !"  Un nain, à présent : ce n’est plus un terrier, mais une bouche de métro ! À moins naturellement qu’Etienne et le nain ne fassent qu’un, le coquin. Désireuse de renouer avec la lumière, Alix ne fit qu’une bouchée du biscuit. Pourvu qu’il lui rétablisse son sourire, sinon elle sera doublement cuite !…

Chapitre 2  - Où l’on se demande si Alix ne va pas prêter main forte au lapin…
   
    Le biscuit fit son effet, en effet. Double effet : fondant à l’extérieur, craquant à l’intérieur. Les spécialistes sont plus précis : fins pâtissiers, ils reconnaissent sans peine l’effet bipolaire. (Et ce, indépendamment de la fraîcheur qui règne naturellement sous terre.) Sans peine, c’est beaucoup dire. Car Alix fait peine à voir ! Cette peine est aussi double que l’effet, concernant au même titre l’observateur que la jeune observée. Double effet : Alix a craqué pour le biscuit, le laissant fondre sous son palais de princesse. Et elle craque… en fondant en larmes ! Quand une pâtisserie est doublement cuite, elle se durcit ; quand on la mange, on se ramollit : ce monde souterrain est bien étrange…

    Et Alix grandit, grandit : jusqu’alors si abscons, le livre fort ennuyeux décrivant par le menu les mille manières d’être sérieux lui parut tout à coup de plus en plus abordable. Et elle grandit encore : le livre fort ennuyeux commença à lui sembler suranné. Elle pleure toutes les larmes de son corps. Si elle n’était pas aussi déprimée, elle aurait commencé à rire : le livre fort ennuyeux ressemblait à présent à un amanach d’histoires drôles ! Entre deux hoquets de lourds sanglots, elle aperçoit le lapin noir qui repasse. Opportuniste, l’animal avait ignominieusement profité de ce chagrin pour emplir le réservoir de son fer à vapeur en recueillant les eaux lacrymales : son linge aussi était urgent, et peu lui importait qu’une jeune princesse en soit froissée.
    Le liquide restant malgré tout plus abondant que la vapeur, la pièce commença à se remplir : meubles, lapin, fer à repasser, linge propre (et moins sec) et princesse furent contraints de surnager dans une véritable piscine souterraine. C’est bien connu : tout lavage présente l’inconvénient possible du rapetissage. Intérieurement de plus en plus grande, la chère Alix a le don de s’adapter rapidement à son environnement : extérieurement, voilà qu’elle se fait toute petite. Non qu’elle aie peur de déranger le lapin -qui a bien du mérite à repasser encore en de telles conditions-, mais elle a surtout peur que cet animal lui demande de repasser à sa place : c’est qu’elle a tellement mûri depuis son arrivée qu’il est devenu tentant de penser qu’elle en réunit davantage les aptitudes qu’une enfant insouciante… ou qu’un lapin, fût-il noir et coiffé d’une toque blanche. On a beau être dans un conte : on sait bien que toute légende comporte une part de concordance avec le réel…

Chapitre 3  - Où Alix demande au lapin…
   
    Cependant, la pile de linge repassé montait aussi vite que le niveau des larmes d’Alix. À la légitime appréhension de la jeune princesse, succéda un soupir de soulagement, épuisant ses produits lacrymaux à proportion du linge froissé. Rien ne se perd, rien ne se crée : tout se transforme. Le regard se fait plus incisif… sur les incisives du repasseur. Déjà que ce lapin n’est pas très drôle dans son pelage noir : pourquoi faut-il donc qu’il s’adonne à une activité si contraire aux aspirations d’une très belle princesse qui désirait redevenir une enfant ? Il ne manquerait plus qu’il passe l’aspirateur, à présent ! Résolue à retrouver un peu de lumière, Alix prit son courage à deux mains et tendit ses muscles zygomatiques aujourd’hui. Miracle ! La pièce s’éclaircit alors, apportant autant de chaleur que de lumière : ainsi s’évaporèrent les dernières flaques humides. Si la princesse retrouva sa taille normale, elle n’était cependant pas tirée d’affaire ! À la surface, elle avait connu la peur d’être sérieux par l’entremise d’un livre fort ennuyeux qui était étrangement passé au travers des mailles du filet de la loi n°49-956 du 16 juillet 1949. Et voilà que dans cette sordide pièce, cette peur l’a envahie de l’intérieur, la faisant trembler de la tête jusqu’aux pieds. Ces derniers touchant de nouveau une terre ferme, elle résolut de la chasser. Fallait-il pour cela chasser le lapin ? Changeant son fusil d’épaule, elle entreprit alors de le questionner :
    « Etienne ?
    Le lapin ne fit pas un pli : il venait en effet d’achever son ouvrage. Il se retourna alors vers la princesse et lui sourit. Visiblement, si les éléphants gris ont peur des souris, les énormes lapins noirs n’ont pas peur de sourire… et d’éclairer ainsi davantage cette buanderie improvisée.
-          Pas du tout, belle enfant. Mon nom est Nut.
-          Nut ?
-         Oui. Comme vous pouvez le constater : Nut est là. Car du fer je suis le héros ! »

    À ces mots, une odeur envoûtante de chocolat envahit la pièce. Ce lapin serait-il un lapin de Pâques ? Absurde : un lapin de Pâques ne saurait utiliser sans risque un fer à vapeur… Ne voulant pas en rester à cette réponse de Normand, notre princesse s’enhardit :

   « Le nain ?
-          Oui. C’est à quel sujet ?
-          Comment ? Vous êtes le nain ? Mais vous êtes énorme !
-          Rassurez-vous, gente demoiselle. N’y voyez là que sot briquet. Ces galeries étant fort sombres, une petite flamme n’est point de trop pour m’éclairer. Et par ma foi, je ne suis qu’un lapin : ayant plus d’oreilles que de cervelle, une flamme trop grosse me cuirait plus qu’elle ne m’éclairerait.
-          Pourtant, euh… vous n’êtes pas en chocolat ?
-          Certes non !
-          Alors, pourquoi cette odeur ?
-          Vous n’aimez pas ?
-          Si fait : au contraire. Mais d’où vient-elle ?
-          C’est que… moi aussi, j’accommode à volonté le chocolat ! »
    Ce lapin commence à devenir sympathique ! Voilà donc ce qui explique la présence de cette toque blanche qui le coiffe : il est pâtissier. S’il n’avait pas de si longues oreilles, il deviendrait un parfait petit homme d’intérieur…
 
Chapitre 4  - Où l’inhalation prête main forte au sourire…
   
    Toujours envoûtée par l’odeur qui envahissait la pièce (et par la pièce elle-même, puisqu’elle était voûtée), notre princesse se sentait revivre : elle aurait volontiers troqué le livre fort ennuyeux décrivant par le menu les mille manières d’être sérieux par un livre moins ennuyeux, décrivant mille menus accommodant sérieusement le chocolat. Voilà un aliment qui sied à merveille pour qui désire redevenir une enfant ! Elle réfléchit un instant : le pâtissier ayant plus d’oreilles que de cervelle, il ne saurait être assez créatif pour imaginer de lui-même de tels menus. Alors, elle se plaît à imaginer que le livre moins ennuyeux existe !

    Par son sourire de fille de beauté, par son sourire lumière dans l’obscurité, la nostalgie de la surface commençait à lui peser : là-haut règnent le soleil et les couleurs, ici le chocolat ne saurait lui faire oublier. Et si elle joignait l’utile à l’agréable ? Si elle échangeait le livre moins ennuyeux du lapin contre le sien ? Que pourrait-il y trouver à y redire ? Après tout, quand on repasse une pile si impressionnante de linge, on doit cultiver un goût certain pour les ouvrages ennuyeux. Naturellement, il convenait d’être habile : bien que bénéficiant de la lumière du jour, un livre fort ennuyeux restait un livre fort ennuyeux. Ce qui le rendait plus ennuyeux encore, c’est que les recettes qu’il proposait étaient aussi peu comestibles qu’indigestes : qu’en ferait un lapin pâtissier ? Il en serait bien ennuyé.
    En attendant, c’est Alix qui l’était… et la pièce s’assombrit. Ah non ! L’obscurité est trop laide. Et hop : un sourire de fille de beauté. Le noir était toujours là : il avait forme de lapin. Il sourit à son tour, aussi ébloui par un sourire lumière dans l’obscurité que reconnaissant à la princesse de lui avoir fourni matière à fabriquer de la vapeur. Au fond, n’était-elle pas en position de force, ayant tous les atouts en main pour négocier en sa faveur ?

    Son âme d’enfant aidant, la belle Alix avait cependant quelque scrupule à procéder à cet échange : n’était-ce point mentir au lapin que de lui proposer pareil marché ? Mais Dieu, cette odeur de chocolat !… Quand on sait pareillement l’accommoder, on doit savoir transformer une pierre en pain d’épices.
     « Vous m’avez l’air songeur, gente demoiselle. Et m’avez-vous dit de quel nom on vous appelle ? »
    Alix sursauta : Nut rimant ! Il est vrai qu’il est pâtissier… Il n’en est pas moins lapin : quand on a plus d’oreilles que de cervelle et que l’on vit sous terre, les vers que l’on peut dénicher ne sont guère du genre à se faire pâmer une jeune et jolie princesse...
 
Chapitre 5  - les questions prêtent main forte à la sonnerie
 
    Il n’en demeure pas moins que ce ver est un ver de trop : à quoi rimerait-il de ne point y répondre ? C’est que la vie de princesse ne transige point avec le protocole. Rien de moins protocolaire qu’une charmante princesse qui fait parler un lapin sans prendre lapine… -pardon, la peine- de s’être présentée à l’embarcation. Ce qui est une façon de parler, cette discussion ne volant pas haut et la pièce asséchée ne valant plus la moindre croisière en sous-sol. Au quai, se dit Alix : il me faut donc répondre !
 
  « Après réflexion, non. Je ne crois pas vous l’avoir dit.
-    Quoi donc, gente demoiselle ?
-    Eh bien, de quel nom on m’appelle, pardi !
-    Mais qui donc vous appelle ? »
 
    Ça par exemple ! Alix se surprend à échanger des vers avec ce lapin : voilà qui n’est pas franchement le prototype de tout ce qui colle ! Mais au fait, elle est ici à l’ombre… et sa mère veille : que penserait-elle d’une telle discordance protocolaire, elle qui s’évertue à la dissuader de parler aux inconnus ? À plus courte vue, que va-t-elle penser de son absence ? Bonne fille, elle s’en voudrait de l’inquiéter outre-mesure : il va lui falloir songer à remonter à la surface. Cependant, elle n’a pas mauvaise conscience : le fait est qu’elle ne parle pas à un inconnu puisqu’il s’est de lui-même présenté comme Nut. Et puis, ne s’est-il pas montré le plus mal élevé ? N’est-ce pas lui qui parle à une inconnue ? N’est-ce pas lui qui est passé sous sa fenêtre, odieuse insulte en noir et blanc à son sourire multicolore de fille de beauté ? N’est-ce pas encore lui qui, ensuite, a repassé sous son nez, épouvantable défi laborieux à qui désire redevenir une enfant ? N’est-ce pas enfin lui qui la retient, d’abord avec un café et un biscuit, ensuite avec cette enivrante odeur de chocolat ? N’est-ce pas toujours lui qui tend démesurément l’oreille ?…
 
    « Enfin, me direz-vous qui vous appelle ? »
    Alix prit alors un air fort ennuyé… un peu comme si elle avait dû apprendre par cœur cet objet de son prochain négoce : le livre décrivant par le menu les mille manières d’être sérieux. Mais c’est la question insistante du lapin qui suscita cet assombrissement chez elle : fouillant dans la poche de sa robe écarlate, elle en extrait son téléphone portable. Quelle que soit l’activité à laquelle on s’adonne -et aussi gaie puisse-t-elle être-, il suffit que sonne son portable pour que sonne simultanément le glas de tout désir de redevenir une enfant. Les sourcils se froncent, le sourire se fige, le teint pâlit : on sent que de l’appel qui nous parvient va dépendre l’avenir du monde…
    Mais l’objet de cette soudaine gravité est éteint : aucun appel, aucun message. Bien que lapin, Nut erra ! Alors, elle sourit…
 
 
Chapitre 6  - les questions prêtent question
 
    Rassurée de ne pas avoir à peser immédiatement sur l’avenir du monde, la charmante Alix se remit le portable dans la poche, avec son mouchoir par dessus. Ce nouveau sourire lumière dans l’obscurité éclaira d’un jour nouveau le lapin interrogateur : il lui semblait que ses oreilles avaient grandi depuis tout à l’heure… à moins que ce ne soit la tête qui aie rétréci ? La jeune princesse fit sienne les deux thèses : elle était ainsi certaine de ne se tromper qu’à moitié ! Mais se trompait-elle seulement ? Quand on interroge avec autant d’insistance, c’est bien que l’on affute son sens de l’écoute. Quand chaque question posée semble ignorer la précédente, la tête se doit de s’adapter à l’organe qu’elle protège afin d’éviter les courants d’air. Il fallait qu’Alix fasse vite : à ce train, le lapin allait devenir méconnaissable ; il fallait l’amadouer afin de l’ouvrir à l’échange envisagé, répondre enfin à sa question.
     « Alix !
    - 
Je vous demande pardon ?
    - 
Je disais que je m’appelle Alix.
     -  Rassurez-vous, belle enfant. Vous n’avez pas besoin de pelle : ni à l’x ni ailleurs dans l’alphabet. J’ai déjà tout creusé ! »
 
    La négociation s’annonçait plus difficile que prévue : si les réponses aux questions apportaient indubitablement une touche de fantaisie rafraîchissante, elles manquaient singulièrement de sérieux ! En de telles conditions, le partenariat commercial avait toute chance de capoter. Et ce fumet de chocolat qui n’en finissait pas de titiller les princières narines… Pourquoi ce lapin ne lui en a-t-elle pas proposé ? Ne subodorait-il pas qu’une jeune et jolie jeune fille puisse l’apprécier, fût-elle de bonne famille ? C’en était trop : à défaut du produit fini, elle devait s’emparer de l’ouvrage qui en décrit l’art de l’accommoder. Il fallait aboutir ! Mais où ?
     «  Ici !
    -  
Je vous demande pardon ? ( Ce lapin lirait-il à présent dans les pensées ? )
    -  
Venez ici, belle enfant : dans la pièce d’à côté, vous attend un chocolat fumant.
    -   J’avoue que c’est tentant. Mais n’est-il pas frelaté ? »
 
    Alix se faisait volontiers provocante. Ce lapin ne répond pas aux questions qu’on lui pose ouvertement, et semble répondre à celles qu’on ne lui pose pas ! Il allait finir par devenir sa bête noire : ce qui n’éclaircirait ni son pelage ni la situation…
 
 
INTERLUDE IMPOSSIBLE
 
     À propos d‘éclaircissement, que se passe-t-il tout à coup ? Qui a éteint la lumière ? Que t’arrive-t-il, princesse Alix ? Qu’as-tu fait de ton sourire de fille de beauté, de ton sourire lumière dans l’obscurité ? Vois ce qui se passe à présent ! Ou plutôt, ne vois pas : car la pièce s’est assombrie, et on n’y voit plus rien...
    En revanche, on a entendu une discrète sonnerie de portable. Cette fois, ce n’était pas une illusion. Non : c’était bien pire. Folle d’inquiétude, et restant dans l’ombre, Madame mère a fermement invité la chère Alix à remettre les pieds sur terre. Pourquoi le livre fort ennuyeux décrivant par le menu les mille manières d’être sérieux était-il ainsi abandonné au pied de la fenêtre, là-haut ? Quoi, comment ? Un lapin ? Un lapin au chocolat ? Non ? Un lapin… qui fait du chocolat ? Un lapin qui propose du chocolat ? Mais il parle, ce lapin ! Voyons, ma chérie : un lapin, ça ne parle pas ! C’est IMPOSSIBLE. Un lapin au chocolat, à la rigueur… mais qui en fait et s’en vante, non. C’est IMPOSSIBLE. Comment, il repasse aussi ? Normal, les lapins, cela passe partout ! Comment… du linge ? C’est IMPOSSIBLE. Il s’appelle Nut ? Eh là ! C’est IMPOSSIBLE. Et que la princesse ne rentre pas dare-dare, c’était IMPOSSIBLE aussi. Effondrée, la pauvre Alix tourna le dos au lapin. Il pourrait bien faire du vélo sous son nez, elle n’y croirait pas ; voire lui proposer de l’emmener sur son destrier, elle n’aurait plus confiance. Mitraillée d’IMPOSSIBLES, elle se surprit à se faire IMPOSSIBLE. De fait, sans son sourire de fille de beauté, elle devenait méconnaissable ; sans son sourire l’obscurité prenait le pas sur la lumière. Âme d’enfant, qu’un simple coup de fil pouvait altérer. Pour se venger de cet infâme appareil -qui cumulait les fonctions-, elle l’utilisa pour photographier le lapin à son insu : puisque Nut est là, autant l’immortaliser afin de s’assurer que ce n’était pas un rêve !
    Mais puisqu’elle n’y voyait plus rien, il devenait IMPOSSIBLE qu’elle rentre toute seule. Elle décida alors de s’agenouiller et d’attendre son roi.
    « Entre l’ombre et la lumière, comme la Belle au Bois dormant,

    Elle attend celui qui viendra doucement
    Malade d’amour, elle attend… »
 
    Viendra-t-il, ce roi ? Sait-il au moins où en est sa fille ? Dans quelle sombre pièce elle joue ce rôle IMPOSSIBLE ? A-t-elle seulement pensé à l’appeler ? C’est bien la peine d’avoir un portable…
 


podcast

Daniel Facérias : Thérèse  5mn32
(extrait de « Oser l’éternité », Bayard Musique)
 

  Dernière M.A.J. : mercredi 7 mai 2008, 23h00
À suivre…
 
Dernière minute : n’ayant pas perdu le nord en dépit de ses mésaventures souterraines, Alix se plaît à signaler que le regard d’aime d’été n’a pas attendu la vague actuelle d’hommages au regretté Pierre Desproges pour se rappeler à son bon souvenir : en témoignent encore les posts des cinq et six mars. Serait-ce le lapin de mars ?
 
La minute de Monsieur Cyclopède

27.03.2008

Un rapport de recrutement

De Jordan & Jordan, consultants en management

Destinataire :
Jésus, fils de Joseph
Menuiserie charpentage
Nazareth.

    Jérusalem,

    Cher Monsieur,
   Merci de nous avoir confié les curriculum vitæ des douze hommes que vous avez choisis pour leur confier des postes de responsabilité dans votre nouvelle organisation. À présent, tous ont subi une série impressionnante de tests, dont les résultats ont été traités par ordinateur, et, pour chacun, nous avons en outre organisé un entretien personnalisé avec notre psychologue et consultant en aptitudes pour le ministère.
    Notre cabinet est arrivé à la conclusion que la plupart de vos candidats manquent d’expérience, qu’ils n’ont guère de formation et peu d’aptitudes pour le genre d’entreprise dans laquelle vous comptez vous lancer. Ils n’ont pas l’esprit d’équipe. Nous vous recommandons donc de continuer vos recherches en vue de découvrir des candidats qui aient de l’expérience dans la gestion des affaires et qui aient prouvé leurs compétences.
   Simon-Pierre est un instable émotionnel, en proie à des sautes d’humeur. André n’a vraiment aucun don pour assumer des responsabilités. Les deux frères, Jacques et Jean, les fils de Zébédée, placent leur intérêt personnel au-dessus du dévouement envers la société. Thomas a tendance à discutailler, ce qui ne pourra que freiner l’enthousiasme de l’ensemble de l’équipe. Nous nous voyons dans l’obligation de vous faire savoir que Matthieu figure sur la liste noire de la Commission du Grand Jérusalem pour l’honnêteté dans les affaires. Jacques, fils d’Alphée, et Thaddée ont indéniablement une tendance à la radicalisation, tous deux ont atteint un score élevé sur l’échelle maniaco-dépressive.
  Toutefois un des candidats a de grandes possibilités. Il est capable, imaginatif, a le contact facile et un sens développé des affaires, il ne manque pas de relations avec les personnalités haut placées. Nous vous conseillons donc de prendre Judas Iscariote comme votre administrateur et bras droit. Il est très motivé, ambitieux et n’a pas peur des responsabilités.
  Les autres profils ne demandent pas de commentaires.
  Nous vous souhaitons beaucoup de succès dans votre nouvelle aventure.
  Meilleures salutations.
 
Bernard Peyrous § Marie-Ange Pompignoli, « Dieu est Humour »
(p. 124-125), éditions de l’Emmanuel

23.03.2008

Veillée de larmes

Lève-toi, ô femme : pourquoi pleures-tu ?
É
veille-toi, fille de Sion : la mort s’est tue.

 

Fille de rien, tu es fille de roi : entends-tu ?
Dis-moi, que sont tes larmes devenues ?

 

Fille de rien, est-ce que tu le crois ?
Maintenant, tu es fille de roi :
Disparus tristesse et désarroi
À la mesure de ta grande foi.

 

Femme de grand amour, vois tes larmes :
Chacune fut une perle à mon cœur,
Toutes furent d’impitoyables armes
Terrassant d’innombrables erreurs.

 

Femme de petite vie, vois ton dépit ;
Il n’est d’égal qu’à ce que tu renies :
Car de l’amour tu avais tout pris,
Voluptés et vanités t’avaient brûlée.

 

À ces grands incendies de miel,
Ne restaient plus qu’un goût de fiel.
Femme, comme tu t’étais consumée ;
De tes amours il ne t’est rien resté.

 

Or, de ses cendres tu ne le savais pas,
De la mort l’amour prend le pas.
Réjouis-toi, femme : ce que tu ignorais,
Dans ton grand cœur se cachait.

 

Femme d’espérance, vois ton chagrin ;
Aura-t-il raison de son coûteux parfum ?
Mère, épouse ou fille, femme est de vertu
Telle qui se fie à l’amour qu’elle a reçu.

 

Fille de rien, tu es fille de roi : entends-tu ?
Dis-moi, que sont tes larmes devenues ?

 

Elles ont tressé la couronne de ta charité,
Dressé un rempart contre la fatalité,
Pressé ton cœur contre le mien.
La passion de tes larmes oppressées
A distillé le mal : ne reste que le bien.
La lie de la mort s’en est allée.

 

Femme de beauté, vois ton sourire ;
Il est lumière dans l’obscurité !
Alors qu’il fait encore sombre,
De grand matin tu es levée
Car de la nuit tu te fais l’ombre.
C’est que dans ton cœur tu l’as deviné :
La pierre ne saurait garder le pire.

 

Tu te lèves, ô femme : pourquoi ris-tu ?
Tu as entendu l’appel : tu n’es plus méprisée.
Foi, espérance et charité t’ont pardonnée.
À ta dignité de femme elles t’ont rendue.

 

Fille de rien, tu es fille de roi ;
Reine de cœur, tu es femme de joie ;
Mère de vie, à la Source tu enfantes
La passion de tes larmes riantes.

 
free music

 

(À la femme X…)

 

11.03.2008

Dialogue amniotique : la vie existe-t-elle après l'accouchement ?

Dans le ventre d’une femme enceinte se trouvent 2 embryons. L’un est croyant, l’autre est non-croyant

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Le petit non-croyant :
Comment quelqu’un peut-il croire à la vie après l’accouchement ?

 
Le petit croyant :
Mais naturellement. Il n’y a aucun doute qu’il y ait une vie après l’accouchement. Notre vie ici n’a de sens que parce que l’on grandit pour nous préparer à la vie après l’accouchement. Nous devons ici prendre de la force pour ce qui nous attend plus tard.
 
Le petit non-croyant :
Cela n’a aucun sens. Il n’existe pas de vie après l’accouchement. Quelle forme peut avoir une telle vie ?
 
Le petit croyant :
Ça, je ne peux pas le savoir exactement. Mais c’est sûr qu’il y a plus de lumière qu’ici. Et peut-être pourrons-nous manger avec notre bouche, courir avec nos jambes et…
 
Le petit non-croyant :
Arrête un peu avec ces sornettes. Courir ? Ce n’est pas possible. Et une bouche qui mange est une image ridicule. Et pourquoi ? Nous avons notre cordon ombilical qui nous nourrit. Et c’est évident que le cordon ombilical ne peut nous conduire quelque part, tellement il est court.
 
Le petit croyant :
Ce doit être sûrement possible. Ce sera sûrement totalement différent quand nous nous y habituerons.
 
Le petit non-croyant :
Et personne n’en est jamais revenu. Compris ? Avec l’accouchement finit la vie. C’est aussi simple que cela. Et surtout, la vie n’est rien de plus qu’une grande plaie dans le noir.
 
Le petit croyant :
Oui, je suis d’accord que nous n’avons aucune représentation de la vie après l’accouchement. Dans tous les cas, nous verrons enfin notre maman. Et elle prendra soin de nous.
 
Le petit non-croyant :
Maman ? Tu crois à une maman ? Et qui est-elle ?
 
Le petit croyant :
Elle est tout autour de nous. Nous vivons en elle et par elle. Sans elle, nous n’existerions pas.
 
Le petit non-croyant :
C’est le top de la confusion ! Je n’ai pas vu le moindre bout de maman ici. La conclusion finale est qu’il n’y en n’a pas ! 
 
Le petit croyant :
Quelquefois, quand un calme bienfaisant apparaît, nous pouvons percevoir son chant. Nous pouvons aussi sentir comment elle caresse notre monde. C’est pourquoi je suis sûr que c’est alors que la vraie vie commence. 

( source inconnue )


06.03.2008

Blanche-Neige et les Certains

    Il était une fois une très belle reine qui désirait avoir un enfant. Un jour froid d´hiver, elle était assise à une fenêtre dont le cadre était en bois noir d´ébène et cousait. En regardant tomber les flocons de neige, elle se piqua le doigt et quelques gouttes de sang tombèrent sur la neige. En voyant cela, elle se dit: "Ah ! Si j´avais un enfant, blanc comme la neige, rouge comme le sang et noir comme le bois d´ébène !"
    Peu de temps après, elle accoucha d´une fille mais la reine ne survécut pas. Le roi faillit choir dans un profond trouble bipolaire, sans doute influencé par la température qui régnait dehors. Il se reprit et reprit simultanément une nouvelle épouse. Celle-ci était également très belle, mais elle était fière de sa santé et jalouse de celle de sa belle-fille surnommée Blanche-Neige. Elle possédait un miroir magique qui affirmait que c´était elle la femme du royaume qui affichait la santé la plus insolente.
 
    Mais un jour funeste, le miroir affirma que c´était Blanche-Neige qui pétait le plus la forme. Elle demanda alors à un docteur de diagnostiquer l'enfant et de lui trouver une souffrance qu’elle ignorait. Le docteur n’eut pas besoin d’emmener l'adolescente dans les bois (contrairement à son prédécesseur chasseur). Car lui disposait d’une étonnante boule de cristal encore plus magique que le miroir de la reine : il lui permettait en effet de voir à l’intérieur de la tête de sa patiente ! Il n’eut donc pas besoin non plus de la laisser s'enfuir et de tromper la méchante reine en lui rapportant, par exemple, les poumons et le foie d'un marcassin. C’est que son diagnostic se suffisait à lui-même, attestant formellement de la dangerosité de la jeune princesse. Pour des raisons éminemment sanitaires, il devenait donc urgent qu’elle quitte dare-dare le château familial.
    Alors qu'elle errait dans la forêt, Blanche-Neige découvrit une petite maison et y entra pour s'y reposer. Elle fit bientôt la connaissance des Certains, propriétaires des lieux. Après qu'elle leur eut expliqué son histoire, ceux-ci la prirent en compassion. Si le docteur a dit qu’elle était malade, c’est qu’elle l’est : ils en sont Certains. Elle put rester avec eux mais en échange, elle dut s´occuper de tenir la maison, de faire la cuisine… bref, tout ce qui ne sollicite pas trop ses fonctions cognitives de crainte qu’elle ne pétasse les plombs, ce qui serait un comble pour une princesse !
 
   La méchante reine, apprenant grâce au miroir que Blanche-Neige était toujours en pleine forme, fomenta une nouvelle ruse afin de nuire à sa réputation sanitaire. Elle se déguisa en diseuse de bonne aventure : le pendant féminin du docteur. Frappant à la porte de la petite maison des Certains, c’est Blanche-Neige en personne qui lui ouvrit. Ses hôtes étaient partis chez l’apothicaire afin de lui trouver quelque concoction hallucinogène destinée à parer toute éventualité en ce sens. Il vaut mieux prévenir que guérir : ils en sont Certains. Blanche-Neige ouvrit donc l’huis et se trouva nez à nez avec une somptueuse pomme, appétissante à souhait. Coquine, la reine déguisée lui assura que ce fruit était non seulement délectable mais qu’il avait pour vertu de déclencher l’amour, voire de renouer avec les amours perdues. Quand on est une princesse esseulée, jolie comme un cœur et en pleine santé, voilà un argument qui porte ! Naturellement, elle n’a pas reconnu la reine, et elle ignorait que la belle pomme avait été évidée : en son cœur avait été logée une infâme pâte à base de champignons psychotropes, dont le secret de fabrication était transmis de docteur à docteur… et les dividendes d’apothicaire en apothicaire.
 
    Pauvre Blanche-Neige : comment aurait-elle pu deviner que la pomme était empoisonnée ? Elle ne l’eût pas sitôt croquée qu’elle perdit tout à coup le contact avec le réel. Tout devint triste et glauque, elle n’eût plus goût à rien et n’aspirait qu’à mourir.
    Bons princes (si l’on peut dire), les Certains se montrèrent compréhensifs : comme tous les habitants du royaume, ils savaient que ces malades sont comme les autres et doivent être soutenus. Par conséquent, afin de ne point contrister davantage leur charmante -mais déconcertante- invitée, ils suivirent ses aspirations : Ils la placèrent dans un cercueil en verre et l´exposèrent en haut d´une colline afin que toutes les créatures de la forêt puissent l´admirer.
 
    Un prince passa par là, sans doute égaré au cours d’une chasse. Mais quelle étrange châsse trouva-t-il là ! Une très belle princesse -quoiqu’un tantinet tristounette- gisant dans un cercueil de verre. Avec l´autorisation des Certains, il décida de faire porter le cercueil dans son château. Mais en chemin, les porteurs trébuchèrent. Le cercueil tomba, et le choc fit sauter le morceau de pomme hors de la gorge de Blanche-Neige. Elle se réconcilia avec le réel, retrouva le sourire et la bonne humeur. Définitivement conquis, le prince décida de l´épouser. C’était donc vrai : la pomme avait bien la vertu de déclencher l’amour ! À condition de la recracher, bien sûr…
 
    Loin de toute méchante reine et de tout docteur, ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants en pleine forme. (C’est que pour avoir beaucoup d’enfants, il y faut de la santé…)
    À ce propos, il semblerait qu’apprenant cet heureux dénouement, la méchante reine soit devenue folle de rage. L’histoire se termine cependant bien pour elle aussi : elle aurait trouvé asile
 

(avec la contribution involontaire des frères Grimm…)