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Invitation à la joie

Homélie du 2 septembre 2012

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Comme chaque année le cercle Ratzinger des anciens élèves de Benoît XVI s’est réuni autour du Pape à Castel Gandolfo. Dans son homélie, le dimanche 2 septembre, celui-ci est revenu sur les lectures du jour, invitant l’Église à être dans la joie humble et la gratitude pour le don de la loi et le don du Christ .


Chers frères et sœurs,


(§1) Les paroles avec lesquelles, il y a trois ans, le cardinal Schönborn nous a fait l’exégèse de cet Évangile [1,Mc(1)] retentissent encore profondément en moi : la corrélation mystérieuse de l’intérieur avec l’extérieur et ce qui rend l’homme impur, ce qui le contamine et ce qui est pur. C’est pourquoi, aujourd’hui, je ne veux pas faire moi aussi l’exégèse de ce même Évangile, ou je ne la ferai que de manière marginale. J’essayerai en revanche de dire un mot sur les deux lectures [1,Dt,Jc].


(§2) Dans le Deutéronome [1,Dt] nous voyons la « joie de la loi » : la loi non pas comme une entrave [2], comme quelque chose qui nous ôte la liberté [3, note 15][4][5], mais comme un cadeau et un don. Quand les autres peuples se tourneront vers ce grand peuple -c’est ce que nous dit la lecture, c’est ce que nous dit Moïse [6]- alors ils diront : Quel peuple sage ! Ils admireront la sagesse de ce peuple, l’équité de la loi et la proximité de Dieu qui est à ses côtés et qui lui répond quand il est appelé. Telle est l’humble joie d’Israël : recevoir un don de Dieu. Cela est différent du triomphalisme, de l’orgueil pour ce qui vient de soi-même : Israël n’est pas orgueilleux de sa propre loi, comme Rome pouvait l’être du droit romain comme un don à l’humanité, comme peut-être la France l’est du « Code Napoléon », comme la Prusse du « Preussisches Landrecht », etc. -des œuvres du droit que nous reconnaissons [7, note 51][8/1][8/2][8/3][8/4][9, notes 377,378]. Mais Israël le sait : cette_Loi il ne l’a pas faite lui-même, elle n’est pas le fruit de son génie, elle est un don. Dieu lui a montré ce qu’est le droit_[10!][11][12].


La loi est sagesse


(§3) Dieu lui a donné la sagesse. La Loi est la sagesse [13, notes 346,349!]. La sagesse est l’art d’être des hommes, l’art de pouvoir bien vivre et de pouvoir bien mourir. Et l’on ne peut bien vivre et mourir que lorsqu’on a reçu la vérité et quand la vérité nous indique le chemin [14][15]. Etre reconnaissants pour le don que nous n’avons pas inventé [16,Ga(1)], mais qui nous a été offert en don, et vivre dans la sagesse ; apprendre, grâce au don de Dieu, à être des hommes de manière droite.


(§4) L’Évangile nous montre cependant qu’il existe également un danger — comme il est dit aussi de manière directe au début du passage d’aujourd’hui du Deutéronome : « n’ajoute rien, n’enlève rien »[1,Dt][16,note<210]. Il nous enseigne que, avec le passage du temps, au don de Dieu se sont ajoutées des suppléments, des œuvres, des coutumes humaines, qui en se développant cachent [16, note 207] ce qui est propre à la sagesse donnée par Dieu, devenant ainsi un véritable joug [17] qu’il faut briser, ou bien qui conduisent à l’orgueil [18][19][20][21][22] : c’est nous qui l’avons inventé !


(§5) Mais venons-en à nous, à l’Église. En effet, selon notre foi l’Église est l’Israël qui est devenu universel, dans lequel tous deviennent, à travers le Seigneur, des fils d’Abraham [23][16,Ga(3)] ; l’Israël devenu universel, dans lequel persiste le noyau essentiel de la loi, privé des contingences du temps et du peuple. Ce noyau est simplement le Christ lui-même, l’amour de Dieu pour nous et notre amour pour Lui et pour les hommes. Il est la Torah vivante, il est le don de Dieu pour nous, dans lequel, à présent, nous recevons toute la sagesse de Dieu. En étant unis avec le Christ, en « marchant avec » et « en vivant avec » Lui [16, APR note 325], nous apprenons nous-mêmes comment être des hommes de façon juste, nous recevons la sagesse qui est la vérité, nous savons vivre et mourir, car Lui-même est la vie et la vérité.


(§6) Il convient donc à l’Église, comme pour Israël, d’être pleine de gratitude et de joie. « Quel peuple peut dire que Dieu a été aussi proche de Lui ? Quel peuple a reçu ce don ? ». Ce n’est pas nous qui l’avons fait, il nous a été donné. De la joie et de la gratitude pour le fait que nous pouvons le connaître, que nous avons reçu la sagesse [24] pour bien vivre, que cela est ce qui devrait caractériser le chrétien [25?][26]. En effet, dans le christianisme des origines [27][28>29][30] il en était ainsi : être libérés des ténèbres et de marcher à tâtons, de l’ignorance -que suis-je ? pourquoi est-ce que j’existe [31!][16, notes 208] ? comment dois-je aller de l’avant ?-, être devenus libre, être dans la lumière, dans la plénitude de la vérité. Telle était la conscience fondamentale. Une gratitude qui rayonnait alentour et qui unissait ainsi les hommes dans l’Église de Jésus Christ.


L’humain gâche la joie


(§7) Mais dans l’Église aussi se produit le même phénomène : des éléments humains s’ajoutent et conduisent ou bien à la présomption, ce qu’on appelle le triomphalisme, qui se vante lui-même au lieu de rendre louange à Dieu, ou encore au joug, qu’il faut ôter, briser et écraser. Que devons-nous faire ? Que devons-nous dire ? Je pense que nous nous trouvons précisément dans cette phase, dans laquelle nous ne voyons dans l’Église que ce qui a été fait par nous-même, et la joie de la foi en est gâtée ; où nous ne croyons plus et nous n’osons plus dire [32] : Il nous a indiqué qui est la vérité, ce qu’est la vérité, il nous a montré ce qu’est l’homme, il nous a donné la justice d’une vie droite. Quant à nous, nous ne sommes préoccupés que de nous louer nous-mêmes, et nous craignons de nous retrouver liés par des règlements qui font obstacle à notre liberté et à la nouveauté dans la vie.


(§8) Si nous lisons aujourd’hui, par exemple, dans la Lettre de Jacques : « Vous êtes engendrés au moyen d’une parole de vérité »[1,Jc], qui de nous oserait jouir de la vérité qui nous a été donnée ? Une question vient immédiatement à l’esprit : mais comment peut-on détenir la vérité ? C’est de l’intolérance [33] ! L’idée de vérité et d’intolérance aujourd’hui ont pratiquement fusionné entre elles, et ainsi nous n’osons plus du tout [32] croire à la vérité ou parler de la vérité. Elle semble être lointaine [16, APR note 142/1!][34, APR note 11!][2, note 30!][35], elle semble quelque chose auquel il vaut mieux ne pas avoir recours. Personne ne peut dire : je détiens la vérité -telle est l’objection qui nous anime- et, en effet, personne ne peut détenir la vérité.


La vérité nous possède


(§9) C’est la vérité qui nous possède, elle est quelque chose de vivant [36!] ! Elle ne nous appartient pas, mais nous somme saisis par elle. Ce n’est que si nous nous laissons guider et animer par elle, que nous restons en elle, ce n’est que si nous sommes avec elle et en elle, pèlerins de la vérité, qu’elle est alors en nous et pour nous. Je pense que nous devons apprendre à nouveau cette manière de « ne pas détenir la vérité ». De même que personne ne peut dire : j’ai des enfants -ils ne nous appartiennent pas, ils sont un don, et comme don de Dieu ils nous sont donnés pour une tâche- ainsi nous ne pouvons pas dire : je détiens la vérité, mais la vérité est venue vers nous et nous pousse [37][38]. Nous devons apprendre à nous laisser animer par elle [39][40][41][42, note 9][43!][44][45], à nous laisser conduire par elle. Et alors elle brillera à nouveau : si elle-même nous conduit et nous compénétre.

(§10) Chers amis, nous voulons demander au Seigneur qu’il nous fasse ce don. Saint Jacques nous dit aujourd’hui dans la lecture : vous ne devez pas vous limiter à écouter la Parole, vous devez la mettre en pratique [1,Jc][46,Jc(1>7)]. Il s’agit d’un avertissement à propos de l’intellectualisation [9][47][48] de la foi et de la théologie. C’est une de mes craintes à notre époque, quand je lis tant de choses intelligentes [*] : que cela devienne un jeu de l’intellect, dans lequel « nous nous passons la balle »[74,com.5], dans lequel tout est seulement un univers intellectuel qui ne compénétre pas et ne forme pas notre vie, et qui ne nous introduit donc pas dans la vérité. Je crois que ces paroles de saint Jacques s’adressent précisément à nous comme théologiens : il ne s’agit pas seulement d’écouter [75][76], pas seulement de l’intellect - mais de faire, de se laisser former par la vérité, se laisser guider par elle ! Prions le Seigneur que cela se produise, et qu’ainsi la vérité devienne puissante au-dessus de nous, et qu’elle conquiert de la force dans le monde à travers nous.

[*] (NB :attention : les notes ci-dessous renvoient à deschosesépouvantablement inintelligentes !…)>
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[49][50][51][52][53][54][55][20][27][56][57][58][59][60][61][62][63][64][65][66][67!][68][69][70][71][72][73]


(§11) L’Église a placé la parole du Deutéronome -« Où existe-t-il un peuple dont Dieu soit si proche, comme notre Dieu l’est de nous à chaque fois que nous l’invoquons ? »[1,Dt]- au cœur de l’Office divin du Corpus Domini, et elle lui a ainsi donné une nouvelle signification : où existe-t-il un peuple dont le Dieu soit si proche, comme notre Dieu l’est de nous ? Dans l’Eucharistie [77] cela est devenue une pleine réalité. Assurément, il ne s’agit pas seulement d’un aspect extérieur : quelqu’un peut être proche du Tabernacle et, dans le même temps, être loin du Dieu vivant [78, note 26][79, APR note 28][80, note 17][81][82][83, note 52][84, APR note 104][85?][16, note 318]. Ce qui compte c’est la proximité intérieure ! Dieu est devenu si proche de nous qu’il est lui-même un homme : cela doit nous déconcerter et nous surprendre toujours à nouveau ! Il est si proche qu’il est l’un de nous. Il connaît l’être humain, la « saveur » de l’être humain, il le connaît de l’intérieur, il l’a éprouvé avec ses joies et ses souffrances. En tant qu’homme, il est proche de moi, « à portée de voix » -si proche qu’il m’écoute et que je peux savoir : il m’entend et il m’exauce, même si ce n’est peut-être pas comme je me l’imagine.


Dieu nous touche de l’intérieur


(§12) Laissons-nous combler à nouveau par cette joie : où existe-t-il un peuple dont Dieu soit si proche, comme notre Dieu l’est de nous ? Proche au point d’être l’un de nous, de me TOUCHer [86][16, notes 289,293][87, note0/8>463] de l’intérieur. Oui, au point d’entrer en moi à travers la Sainte Eucharistie. Une pensée qui est même déconcertante. Sur ce processus, saint Bonaventure a utilisé une fois, dans ses prières de communion, une formulation qui dérange, qui épouvante presque. Il dit : mon Seigneur, comment a-t-il pu te venir à l’esprit d’entrer dans les latrines sales de mon corps ? Oui, il entre dans notre misère, il le fait de manière consciente et il le fait pour nous compénétrer, pour nous nettoyer et pour nous renouveler, afin qu’à travers nous, en nous, la vérité soit dans le monde et que le salut se réalise. Nous demandons pardon au Seigneur pour notre indifférence [88], pour notre misère qui nous fait penser uniquement à nous-mêmes [89, notes 165,166][90, notes 133 à 135][91, notes 35 à 38], pour notre égoïsme qui ne cherche pas la vérité [46, notes 402][92], mais qui suit son habitude, et qui fait que le christianisme ressemble peut-être souvent uniquement à un système d’habitudes [>93, APR note 171]. Demandons-lui d’entrer, avec puissance, dans nos âmes, qu’il soit présent en nous et à travers nous -et qu’ainsi la joie naisse aussi en nous : Dieu est ici, et il m’aime, il est notre salut [94] ! Amen.

 

Présentation et intertitres librement reproduits de 

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(édition papier)
n°1526 du 29 septembre 2012 (pp.30/31)
L’article lui-même est librement reproduit depuis le site du Vatican

[ Les notes de renvoi ([x]), la  numérotation des paragraphes (§), ainsi que la sélection de certains éléments du texte en caractères gras/verts sont en revanche de l’initiative de l’auteur du présent blog. ]
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Retrouver la joie de la vérité.


(§13) Benoît XVI vient de prononcer pour le cercle d’études des anciens élèves du cardinal Ratzinger une homélie d’une profondeur et d’une force extraordinaire, dans laquelle il dénonce avec beaucoup de charité et de vérité les maux actuels que nous trouvons même dans l’Église, sainte en elle-même mais pourtant composée de pécheurs. Commentant les lectures du jour, le Pape y parle de la joie de la foi engendrant la joie de la vérité, thèmes très augustiniens [95] en même temps que thomistes [96], bien que le Pape ne cite ni l’un ni l’autre de ces grands docteurs. Je me contenterai de rappeler le fameux texte de saint Augustin, dans le « Miroir de Dieu » : « Je leur demande à tous s’ils ne préfèrent pas la joie de la vérité à celle du mensonge. Et ils n’hésitent pas plus ici que pour la réponse à la question du bonheur. Car la vie heureuse c’est la joie de la vérité ; c’est la joie en vous, qui êtes la Vérité. » On connaît aussi la fameuse phrase de saint François de Sales [97] : « Un saint triste est un triste saint. »


(§14) Peu de temps après la proclamation de l’Année de la foi et dans le cadre de l’Année sainte de 1975 anticipée pour les églises locales, Paul VI nous donnait son exhortation sur la joie chrétienne qui devait servir de programme non seulement pour l’Année sainte mais pour toute la vie. Malheureusement, ce petit joyau fut mis aux oubliettes. En cette nouvelle Année de la foi [98], une relecture de cette exhortation permettrait à beaucoup de persévérer sur le chemin évangélique des béatitudes [99] ou bien de le retrouver, en particulier par le sacrement de la réconciliation.


(§15) La structure de l’homélie du Pape est juridique. Il parle de l’ancienne loi, donnée par Dieu à son peuple. Mais les Juifs ne s’en contentèrent pas. Ils rajoutèrent de nombreuses autres recommandations à la loi divine qui par l’amour conduisait à la vérité. On retrouve là le cœur du drame qui opposa Jésus et les Pharisiens [100]. Et l’on comprend pourquoi Jésus leur dit : « la vérité vous rendra libres. [101] » C’était la phrase préférée de Jean Paul II. Le combat entre Jésus et les Juifs se présente de fait comme un combat entre le mensonge et la vérité, entre la lumière et les ténèbres [102,Jn(3)][103, note 10!]. Saint Jean en annonça tout à la fois le drame et l’enjeu : « Il est venu chez lui et les siens ne l’ont point accueilli »[104]. (*)


(§16) Mais comme le remarque Benoît XVI, cette lutte se poursuit encore au sein même de l’Église. C’est elle qui est le lieu de ce combat divisant tous les hommes en deux camps inégaux : ceux qui suivent la chair, les ténèbres, le mensonge ; ceux qui suivent l’Esprit, la lumière et la vérité. Mais affirmer cela, n’est-ce pas de l’intolérance ? Benoît XVI répond magistralement à cette objection toute teintée de matérialisme relativiste, remarquant qu’hélas, les notions de vérité et d’intolérance ont si bien fusionné de nos jours (**) que l’on ne supporte plus que quelqu’un possède la vérité et que cette vérité le libère précisément (***). Or, Jésus nous l’a affirmé : « Je suis la Vérité »[105, note 68].


(§17) Il nous faut redécouvrir Jésus, Vérité qui s’est fait proche de nous en étant réellement présent dans la sainte Eucharistie. Puisse Marie, « icône de l’Eucharistie » selon l’expression de Jean Paul II, nous aider à retrouver et à conserver la joie de la vérité en lisant Benoît XVI et en nous imprégnant de son enseignement. Entrant ainsi avec Marie par la porte de la foi, nous éviterons les embûches, avançant vers la béatitude éternelle, tout en étant comme Jésus signe de contradiction [106][107,Jr(2)][108]. Le Pape en cela nous montre l’exemple.


Un moine de Triors


Commentaire librement reproduit de
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(même édition papier)
à la suite de l’homélie ci-dessus (p.31)

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(*)« Il est venu chez lui et les siens ne l’ont point accueilli » Formule à ne pas confondre avec la suivante : « Il a été chassé de chez lui et il peut le cas échéant être accueilli dans sa famille »[109, notes 51 à 53]. L’apparent paradoxe que dégage cette phrase tient à ce qu’elle comporte une structure juridique… elle aussi (§15).


(**) Si nous poursuivions cette remarque, nous pourrions ajouter que "les notions de vérité et d’intolérance ont si bien fusionné de nos jours" qu’elles ne sont pas sans avoir entraîné d’autres fusions dans leur sillage : par exemple, celle entre la "tolérance"… et une certaine empathie [110, APR note 55]. Objecter le "manque" de celle-ci [111], n’est-ce pas une manière détournée [102] d’affirmer de l’intolérance… tout en se préservant chez soi une apparence de "tolérance" ? Ce qui est là rejoindre le camp tout teinté du phénomène bien connu de la projection [112, APR note 16][113, note 107][114, note 181][16,[9]note 107].


(***) Dans la même veine, là où "l’on ne supporte plus que quelqu’un possède la vérité [115,2Tm(3)] et que cette vérité le libère précisément", ce ne sera pas faire injure à notre moine anonyme que d’envisager que cette "libération précise" à laquelle il fait allusion soit intérieure : ce qui ne présume donc pas de son aspect extérieur… comme des ses intolérables atteintes. De fait, si "l’on ne supporte plus" un tel cas de figure, se contentera-t-on simplement de passer son chemin en haussant les épaules ? Plus précisément, quelle est le plus souvent l’inclination première face à une "vérité libérante" que "l’on ne possède pas" (bien que cette dernière expression soit impropre : cf.(§8,9)? N’est-elle pas de se l’aliéner… ou d’en aliéner le "quelqu’un la possédant" ? À l’extrême de cette logique (quoique à l’usage, le "cas" soit de moins en moins "extrême"[116, APR note 27][117]…), n’est-elle pas d’aller jusqu’à redéfinir [118, APR note 129] (et faire redéfinir) ce "quelqu’un la possédant" comme étant lui-même un "aliéné"©, le faisant passer pour tel [119, notes 159 à 163] sans vergogne ? Avec les moyens dont on dispose de nos jours sur le "marché"[5], n’est-elle pas enfin de pousser (§9) l’inclination première en cherchant à déposséder quelqu’un de sa liberté intérieure par une agression (à peine) subtile contre sa liberté extérieure ? Ce qui est formidablement stupide [120, APR note 8][121,com.19][107, note<121>][122, APR note 31], puisque préjuger de ce que la vérité (et la liberté)biens immatériels par définition- puissent se traiter selon les schémas des biens matériels : pouvant alors répondre à un système d’échange intérieur/extérieur, ou à une sorte d’effet de balancier en interne. Il est vrai que l’impression, l’illusion [123, APR note 44] en sont savamment entretenues par les "spécialistes"©[16, notes 115][124, note 63][125,com15>20] idoines s’étant constitués maîtres de cet étrange "marché"©[126][127] (de dupes, pour le moins) ou personne ne possède réellement ce qu’il croit "acheter" ou "vendre"[128, notes 201 à 209]. "Mieux" encore : plus on se croit autorisé à "acheter" et on "vendre" de ces biens irrémédiablement non négociables, moins on les possède… et plus on atteste les avoir volés ! À "quelqu’un possédant la vérité" par exemple : afin de l’en "libérer précisément"
"L’on ne supporte plus que quelqu’un possède la vérité et que cette vérité le libère précisément" ? En clair –on l’aura plus que deviné-, n’est-ce pas là tout simplement la brève traduction théologique de ce que, sur d’autres fondements [112, notes 148,149], on va s’empresser de déguiser [129] sous une brillante [130] "symptomatologie"© de "maladie"© dite "mentale"©[131, notes 53 à 56][132] ? Celle-ci constitue un remarquable "progrès"© dans la désertion [133][134] du combat contre ceux que "l’on ne supporte plus", puisque de nos jours ses "traitements"©[135][136][137][138] permettent de s’attaquer également à leur liberté intérieure avec une redoutable efficacité [139,com.3§5][140, notes 119].
Sur ce thème, si l’avertissement à ce propos est moins ancien que celui de Jacques (§10), celui du bienheureux Théophylacte [141, AV note 7][142, notes 52,53][143, note 7][144, notes 116,117][145, notes 93 à 97][146, note 93] n’est pas exactement tout neuf… et conserve d’autant mieux sa pertinence que bien malin qui pourrait en démentir le plus petit élément sur le terrain. Du côté de ceux qui suivent l’Esprit, la lumière et la vérité (§16), il en est également d’autres, beaucoup plus proches dans le temps [147, APR note 47]. Mais c’est encore depuis le côté adverse que les avertissements se font légion [148, note 8][149, notes 14 à 21][150][151, notes 37 à 46][152, note 1][51,com.32], relativisant magistralement toute objection prétendant invoquer la méga-surprise [153, notes 1][140, note 138]au sein même de l’Église (§16)[154]. C’est elle qui est le lieu de ce combat divisant tous les hommes en deux camps inégaux : ceux qui suivent la chair, les ténèbres, le mensonge ; ceux qui suivent l’Esprit, la lumière et la vérité. Mais affirmer cela, n’est-ce pas de l’intolérance ? (§16) Pourquoi le serait-ce, décidément… surtout depuis que les deux camps sont devenus tellement inégaux qu’on a peine à distinguer qui suit encore le deuxième cité ? L’intolérance ? Ne serait-elle pas un tantinet évidente chez qui "ne supporte plus que quelqu’un possède la vérité et que cette vérité le libère précisément" ? Ceci au sein même de l’Église (§7)(§16) : en dehors, ce n’est pas exclu, mais là n’est pas la question. Celle-ci serait plutôt en ce que ce soit bien en son sein que l’on ne suive pas nécessairement l’Esprit, la lumière et la vérité.


Mardi 16 octobre 2012

Écrit par MdT Lien permanent | Commentaires (0)

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