Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

L’amitié spirituelle

Montage amitiés sincères.jpg

Les différents langages de l’amour possibles analysés dans les articles précédents [1][2][3][4][5] ne doivent pas cacher d’autres facettes de la vie en couple (1). Les responsables de l’association Croître et progresser ensemble [6] s’attachent à un autre domaine non moins important : l’amitié entre époux à la fois utile, plaisante et spirituelle.

(§1) On ne peut pas, dans un aperçu sur le mariage, garder sous silence un sujet qui d’une certaine manière, est l’achèvement et la perfection de l’amour mutuel requis entre les époux. Il s’agit d’une réalité peu connue et mal estimée au sein du couple ; sous l’influence de l’ignorance et de la force des lieux communs, l’homme et la femme contemporains pensent qu’une amitié entre un homme et une femme n’est pas nécessaire, parfois banale ou puérile, souvent inutile ou impossible, voire nocive.

(§2) L’amitié dont nous parlons est une amitié spécifique, possible entre les époux, qui donne au mariage une autre dimension que celle de la justice [2, notes 9,10!][6]. Elle ne se demande pas tant « qu’est-ce que j’attends de l’autre ? », mais elle se soucie surtout de « qu’est-ce que l’autre attend de moi ? ». Retenons la définition d’Aristote [7] : « L’amitié est amour de bienveillance réciproque fondée sur la communion de vie supposant la connaissance mutuelle ».

Trois amitiés selon Aristote

(§3) Dans l’Éthique à Nicomaque [8,(§4), notes 19,20][9] livre VIII et IX, Aristote distingue trois espèces d’amitiés.
           (§3a)
La première est l’amitié utile : en quoi puis-je être utile à mon ami ? en quoi puis-je lui rendre la vie plus simple, plus belle ? Toutes questions qu’une personne mariée devrait se poser quotidiennement par rapport à son conjoint. Cela fait allusion aux services rendus
[4,(§3)], notons-le au passage, mais on ne saurait en rester à ce premier niveau.
           (§3b) La deuxième espèce d’amitié est l’amitié plaisante : je me plais en présence de mon ami [10!]. En quoi puis-je lui rendre ma présence agréable ? Il est certain qu’à ce degré les émotions ont leur place : paroles valorisantes [4,(§3)], tendresse exprimée de diverses manières… Il n’y a pas d’amour conjugal véritable sans gestes et paroles de tendresse échangés régulièrement [11], nous rappelle l’abbé Dantec (1).
         (§3c) La troisième espèce d’amitié est la plus élevée. Il s’agit de l’amitié vertueuse, où chacun admire les vertus [12, APR note 5][13, APR note 199] de l’autre et où chacun désire progresser dans l’exercice des vertus pour l’autre. Cette amitié qui « tire vers le haut »[14, notes 311>314][15, note 48][16, note 30] est le couronnement de l’amitié.

(§4) En tant que bienveillance envers la personne aimée, l’amour est la source [17, notes 81 à 83] et l’origine de l’amitié. Mais contrairement à l’amour, il n’y a jamais d’amitié sans réciprocité.
      Choisir un ami prend du temps car la connaissance mutuelle ne peut se faire instantanément. Dans son ouvrage intitulé L’Amitié spirituelle (2), saint Aelred de Rievaulx (1099-1166) écrit : « Ce choix ne doit pas se faire d’après les caprices de l’affectivité, mais d’après la clairvoyance de la raison, en fonction d’habitudes de vie semblables et après avoir contemplé les vertus de cette personne ».

Accepter les limites de l’autre

(§5) L’amitié a besoin d’autant de compréhension [18] que de compassion [19][20, APR note 53]. L’ami est un être humain avec ses limites et ses défauts. Pour être vraie, l’amitié doit pouvoir accepter [21] les limites réelles [22, APR note 522] de l’ami et de soi-même (2).

(§6) L’amitié fait que les amis cheminent ensemble partageant joies et peines, dans la patience et le pardon [23][24], unis dans un mouvement vers le même but.

(§7) Cependant, saint Aelred de Rievaulx nous met en garde contre des défauts qu’il faut absolument « corriger pour être digne d’amitié, car ces défauts détruisent et empoisonnent l’amitié » : il veut parler des gens colériques, instables, soupçonneux et des bavards. Il n’est pas raisonnable de se lier d’amitié avec des personnes qui n’en sont pas guéries ; un ami qui sait gérer ses passions est précieux. Un ami doit être capable d’être fidèle dans la joie comme dans l’adversité : c’est le fondement de la stabilité de l’amitié.

(§8) Quand des amis se sont choisis il faut savoir cultiver l’amitié : on se dépense pour l’ami, on lui rend service, on se plie à ses désirs, on lui fait confiance et on lui communique ses pensées, ses désirs et ses projets… et les fruits de cette amitié permettent une véritable communion : « Voyez comme il est bon, qu’il est doux d’habiter ensemble » (cf. Ps 132)

(§9) « À cela s’ajoute la prière faite l’un pour l’autre. Ainsi en priant le Christ pour un ami on se tourne vers le Christ avec beaucoup d’amour et un grand désir » (saint Aelred de Rievaulx). « Amitié » n’est donc pas un terme simple et univoque, mais une réalité complexe et très riche. L’amitié des époux aura le privilège d’être les trois à la fois, alliant le plaisir, l’utile et la vertu, une amitié noble et désintéressée, une amitié de soutien [25, notes 32 à 37][26, note 49] et de réconfort, une amitié pleine d’allégresse et de délectation.

 

Marc et Maryvonne PIERRE
Croître et Progresser

Ensemble-N.-D. de Cana
________________________________________________    

1.       Abbé François Dantec, Voyez comme ils s’aiment, éd. Saint-Rémi, 318p., 22 €
2.       Aelred de Rievaulx, L’Amitié spirituelle, Cerf, 112p., 12 €


Voyez comme ils s'aiment.jpgcouv8875g_260.jpg

________________________________________________

Article librement reproduit de 

Logo HN.jpg
(édition papier)
n°1531 du 8 décembre 2012 (p.20)

________________________________________________

 

(1) …et de la vie en toute relation humaine, celle-ci fusse-t-elle plus ponctuelle, plus superficielle, moins contractuelle et moins exigeante : ici comme précédemment, il pourrait ne pas être moins "utile, plaisant et spirituel" de poursuivre au-delà du contexte spécifiquement conjugal que revendiquent les auteurs, en s’efforçant d’entendre les quelques arguments posés par eux dans une acception sémantique plus globale : qui peut le plus ne peut-il pas le moins ?…

(2) On mesurera ici le grand abîme [27][28, note 180] qui se creuse entre l’amitié spirituelle vertueuse (§3c)… et ce qu’on pourrait qualifier d’ « amitié psychique tueuse » : dès lors que l’amitié n’accepte pas les limites de l’ami et de soi-même (§5), qu’elle entreprend résolument de redéfinir [29,6][30, APR note 129][31, APR note 44][32, note<189>][33, AV note 129][34, notes 32 à 36][35, notes 62 à 66][16, notes 4 à 10]jusqu’aux moins réelles de ces limites [36, notes 53 à 56] -les réduisant de surcroît à quelque supposé "déséquilibre biochimique"©[37, notes 35,36][38, note<617>] afin de mieux les affubler d’étiquettes pseudo-"pathologiques"©[39>40] (par action [41,[9]] ou réaction victimaire [35,[2>6], notes 14 à 26][42][43])-, il n’est plus guère besoin de grands discours pour établir de subtiles distinctions entre le psychique et le spirituel [44, APR note 12] ! Il ne sera pas plus nécessaire [29,6] de retenir le moindre mot des quelques auteurs cités. Tous étant alors hors-sujet, il ne reste pas pierre sur pierre de leurs discours… sinon pour les détourner [45] au profit des gens colériques, instables, soupçonneux et des bavards (§7)[46][17,1Tm] attirant à eux le soutien univoque (§9)[25, notes 32 à 37][26, note 49] de pseudo-"spécialistes"©[47] de l’histoire tragique de chacun, itinéraire si personnel et si intime qu’ils l’ignorent la plupart du temps [48,[8]]!…

Moyennant quoi, plutôt que d’absolument « corriger pour être digne d’amitié, car ces défauts détruisent et empoisonnent l’amitié »(§7), on bascule allégrement (§9)dans la non moins absolue correction "thérapeutique"©"pour être digne de santé"[49][50] [sic] ; tant pis si cela a pour "léger" défaut de détruire et empoisonner l’ami lui-même [13, note<256>][51]mais une réalité simplifiée[52][53] et très subordonnée[34, notes 1,2][54, notes 1 à 3] n’est-elle pas plus réconfortante (§9) qu’une autre, moins abordable parce que  complexe et très riche ?

1635712538.jpg

Télécharger une version imprimable de la page
 (fichier Word 2 pages, sans les images)

Samedi 5 octobre 2013

Écrit par MdT Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.