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La réciprocité des attitudes

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« Au départ de la vie communautaire il faut la confiance réciproque, au moins dans une certaine mesure. La relation est corrélation ; ou si l’on veut, le type d’attitude par lequel je prends contact avec les autres engendre "par réaction" un type d’attitude des autres envers moi. Il se trouve donc qu’un homme soupçonneux et méfiant, s’il ne rend absolument pas impossible la vie communautaire, handicape grandement pour lui-même l’entrée en communion et rend très difficile aux autres, en dépit de leur bonne volonté, les possibilités d’accès amical et profond envers lui. »
Basile Rueda,
Apologie et démythisation de la vie commune

(Apostolat des éditions, 1972, 253 p.
[*])

Apologie et démythisation de la vie commune.jpg       (§1) Ce texte a un intérêt tout particulier dans le domaine éducatif, car il donne l’une des clés de l’établissement ou pas d’un rapport de confiance dans la réciprocité relationnelle entre l’éducateur et l’enfant (1). La confiance ne se décrète pas. Elle est le fruit du respect que l’on porte à autrui. Mais comme le souligne ici avec force Basile Rueda, elle se manifeste dans les « attitudes » que nous avons les uns à l’égard des autres lorsque nous prenons contact entre nous. Il ne s’agit pas d’un rapport de politesse, mais d’une orientation intentionnelle de l’esprit et du cœur relative à la considération et à la bienveillance que nous avons à l’égard d’autrui. Le texte ne dit pas comment nous devons nous considérer ; il dit seulement que la confiance, comme fondement de la vie communautaire, ne peut pas s’établir ou très difficilement quand certains types d’attitudes intérieures président à nos relations humaines (2).

Dans l’éducation

       (§2) Le constat est facile à faire dans son application à la communauté éducative. L’éducateur qui regarde un jeune en le jugeant intelligent, riche, beau et fort n’aura pas la même représentation de ce jeune que s’il le considère à l’inverse comme stupide et sans attrait (3). Or ces dispositions sont bien réelles. Elles accompagnent tous les processus éducatifs et aucun éducateur ne peut faire l’économie d’un discernement personnel envers ses propres inclinations relationnelles immédiates.
       (§3) De ce discernement au sein des communautés d’éducation résulte le vrai niveau d’entrée dans la profondeur de confiance réciproque de ceux qui sont engagés les uns envers les autres mais pas à la même place. La confiance ne fait pas l’économie de la vérité (4). Mais la confiance dans les relations interpersonnelles entre éducateurs et jeunes ne peut pas dépendre, même s’il convient d’en tenir compte, des multiples représentations positives ou négatives, fondées ou infondées, non parce qu’elles seraient a priori trompeuses, mais parce qu’elles exigent un niveau supérieur de considération et de bienveillance qui ne peut pas prendre sa source dans cette unique et très relative appréhension d’autrui.
       (§4) Ces représentations, quelles qu’elles soient, ont besoin d’être traversées par la lumière d’un jugement et d’une bienveillance plus élevés qui les ramènent à leur juste place. La confiance n’est établie solidement que si la réciprocité relationnelle entre l’éducateur et l’enfant ou le jeune se situe, dans l’espérance, au niveau de reconnaissance et d’appréhension de l’humain où ils sont appelés à se rencontrer l’un et l’autre par l’ancrage de leur communauté éducative si celle-ci a pour véritable fondement et visée le bien réel de leur personne (5).
     (§5) Dans la relation éducative nos représentations, même les meilleures, ne doivent pas déterminer nos attitudes (6) mais nous donner seulement à entendre et à voir d’où nous partons quand, de ces images que nous nous forgeons inévitablement les uns sur les autres, en bien comme en mal, nous cherchons à nous rendre là où nous espérons nous rencontrer en vérité. Mais sur ce chemin de vie commune, l’exemplarité de l’attitude de l’éducateur dans cette élévation du regard et du cœurest primordiale. La réciprocité relationnelle n’est pas une symétrie.

Pierre DURRANDE

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Article librement reproduit de 

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(édition papier)
n°1521 du 30 juin 2012 (p.27)

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(1) S’il a un intérêt tout particulier dans le domaine éducatif –domaine de prédilection de l’auteur, au sein duquel il développe ci-dessus son argumentation-, ce texte n’est pas sans présenter d’autres intérêts, ceux-là embrassant un champ plus large. Il se limite ici explicitement aux rapports de confiance dans la réciprocité relationnelle entre l’éducateur et l’enfant (ou le jeune), mais il est bien évident que de telles entités ne détiennent pas -loin s’en faut- le monopole de la réciprocité relationnelle ! C’est dire que l’analyse de l’auteur ne devient en rien caduque –bien au contraire- si, à ce binôme éducateur-enfant (jeune), chacun s’essaie à lui substituer quelque autre binôme, selon sa convenance… ou son expérience personnelle : hors domaine strictement éducatif, ce ne sont pas les représentations de la vie commune qui manquent.

(2) La confiance ne se décrète pas. Elle est le fruit du respect que l’on porte à autrui, etc. Bel exemple, précisément, d’un paragraphe dont pas un iota ne saurait perdre de sa légitimité –et de sa force- hors du contexte éducatif. Il devrait couler de source que "l’orientation intentionnelle de l’esprit et du cœur relative à la considération et à la bienveillance que nous avons à l’égard d’autrui" vaut pour tout "autrui", quel qu’il soit. Le texte ne dit pas comment nous devons nous considérer, non ; mais s’il est reproduit ici, ce n’est pas tant pour le plaisir d’une énième analyse traitant des relations humaines que par le saisissant contraste qu’il nous offre aujourd’hui, face à de nombreux autres textes –également reproduits ici- qui, eux, ont l’extravagante prétention de nous "dire comment nous considérer"… ou plus exactement, considérer tel, ou tel autre chez autrui. La confiance ne se décrète pas ? Non, assurément. Mais il apparaît que sous diverses plumes, la méfiance, elle, se décrète. Objectivement, que subsiste-t-il de "l’orientation intentionnelle de l’esprit et du cœur relative à la considération et à la bienveillance que nous avons à l’égard d’autrui" si, établissant un rapport deconfiance (pas même réciproque, puisque à distance !) envers Robert [1], Martha [2][3] (grande redéfinisseuse du respect que l’on porte à autrui [4,6][5,6] !), Laura [6], Madame Boutrypède [7], Timothy [8] ou tout membre de la sphère "psychopathologue"©[9] ("experte"©[10] –sans rire- es "relations humaines" (sic)),  nous obéissons à leurs "décrets" ??? « Au départ de la vie communautaire il faut la confiance réciproque… », soit. Mais bien entendu, ce départ n’exclut pas de la poursuivre tout au long de cette vie communautaire. Dès lors, que se passe-t-il si l’un des éléments de la communauté de vie en vient à accorder inconditionnellement sa confiance à quelque membre de la sphère évoquée plus haut, au détriment d’un autre élément de sa communauté ? Ce texte a décidément un intérêt particulier pour bien d’autres domaines

(3) Le constat n’est pas moins facile à faire dans son application à d’autres formes de communauté. La personne qui en regarde une autre en la jugeant intelligente, riche, belle et forte n’aura pas –mais alors, pas du tout !- la même représentation de cette personne que si elle la considère à l’inverse comme… devant illustrer dans sa vie l’un ou l’autre des "décrets" édictés par quelque membre de la sphère évoquée plus haut ! (Mais tout va bien : si cette autre personne "représente" donc le "loup"©[11][12][13][14][15] de l’histoire, "la réciprocité des attitudes" et "les relations humaines" sont d’ores et déjà hors sujet [16] !) Jusqu’à ce que, finalement (éventuellement sous la foi d’un nouveau "décret"[4,8][5,8][17, APR note 76]…), elle initie le processus qui lui permettra de ne plus avoir à la regarder [18, APR note 191][19] : ainsi peut-elle avantageusement faire l’économie d’un discernement personnel envers ses propres inclinations relationnelles immédiates. Ce qui, convenons-en, constitue alors un singulier pied de nez au point de vue émis par notre auteur

(4) La confiance ne fait pas l’économie de la vérité ? Là où la méfiance se décrète, si : impérativement. En revanche, pour ce qui relève de l’erreur et du mensonge [18, Mc(1)+Tm(2)], attendons-nous à des dépenses somptuaires !…
Mais la confiance dans les relations interpersonnelles […] ne peut pas dépendre, même s’il convient d’en tenir compte, des multiples représentations positives ou négatives, fondées ou infondées, non parce qu’elles seraient a priori trompeuses, mais parce qu’elles exigent un niveau supérieur de considération et de bienveillance qui ne peut pas prendre sa source dans cette unique et très relative appréhension d’autrui. Là où la méfiance se décrète, la très relative appréhension d’autrui devient une très absolue
"protection"©[20] contre autrui (cf. la plupart des auteurs cités plus haut) ; ici encore, on n’y regarde pas à l’économie ! Les relations interpersonnelles dépendent uniquement des multiples représentations négativesinfondées (!) –qu’elles soient a priori trompeuses est le cadet des soucis- et très partagées [21, note 6][22, note 26], à la mesure de ce qu’elles sont peu exigeantes au niveau de la considération et de la bienveillance [23, APR note 18] : fermez le ban !

(5) …si celle-ci a pour véritable fondement et visée le bien réel de leur personne. Dans cette prudente conclusion à son paragraphe, sachons gré à l’auteur de ne pas nous bercer d’illusions en nous brossant un tableau excessivement idyllique ! Comme d’autres, il n’ignore évidemment pas que, sous couvert de "viser le bien réel de la personne", certains types d’attitudes (§1) intérieures comme extérieures- s’avèrent remarquablement efficaces à véritablement fonder l’enfer [24][25]
Du reste,
ces représentations, quelles qu’elles soient, ayant besoin d’être traversées par la lumière d’un jugement et d’une bienveillance plus élevés qui les ramènent à leur juste place, le discours ne ménage aucune ambiguïté ; il n’est pas superflu,  son auteur rappelant à bon escient que cette juste place ne tombe pas du ciel comme la manne : en effet, tant qu’on ne leur laisse rencontrer aucun obstacle, certaines représentations ne craignent guère de s’approprier toute la place [26, APR note 13]. Ce qui, pour le moins, offre ensuite une portion congrue à la réciprocité des attitudes !…

(6) Dans la relation […] nos représentations, même les meilleures, ne doivent pas déterminer nos attitudes… Remarquons ici que l’auteur illustre lui-même ce qu’il ajoute plus loin, poussant la prudence (qui n’est pas à confondre avec la méfiance) jusqu’au cœur de son propos : la primordiale exemplarité de l’attitude […] dans cette élévation du regard et du cœur. Élévation qui, en l’espèce, ne cède rien à cette tentation –que l’on pourrait a priori tenir pour légitime- de déterminer son attitude selon des représentations au top niveau. Dès lors, on ose à peine mesurer l’abîme [27] –déjà vertigineux !- qui se creuse entre cette recherche-là, et l’attitude diamétralement opposée… farouchement déterminée selon les pires représentations. À revenir ici dans le giron du domaine éducatif, c’est l’exemplarité de l’attitude de l’éducateur qui se fait très relative lorsqu’il donne en pâture à l’enfant (ou au jeune) le spectacle affligeant d’une minable représentation "éducative"[28, note 21] (?) relationnelle (?bis) "loup"©/"agneau"©[29, note 54][30][31, AV note 30]. L’éduqué (?) n’est d’ailleurs pas le dernier à confirmer implicitement l’auteur dans son discours ci-dessus, ne se laissant pas si facilement tromper, a posteriori -par ce type de représentation [32, APR note 17][33, APR note 11][34, AV note 7][35, note 8] : particulièrement quand l’attitude est si froidement déterminée [36, APR note 22][37, APR note 36] par la pire d’entre elles [29, APR note 84] que le décalage [38?] caricatural entre les actes et les mots [39,<note 414>] peut difficilement ne pas lui sauter aux yeux. Y compris, parfois, chez ceux qui sont engagés les uns envers les autres -et à la même place (§3)-, la réciprocité relationnelle est moins que jamais une symétrie !

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Mardi 10 juillet 2012

Écrit par MdT Lien permanent | Commentaires (0)

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